Buddha - Chapitre 45 - Changer les rideaux.

 

En penchant la tête en arrière, il dévoila la belle courbe de sa gorge ; sa pomme d’Adam devint plus saillante, montant et descendant légèrement dans un mouvement délicat—offrant ainsi son endroit le plus vulnérable comme un sacrifice rituel aux dents les plus acérées.

You Shulang possédait une endurance remarquable ; seul un dépassement de ses limites faisait échapper un gémissement doux de ses lèvres.

« Fan Xiao, » les muscles à l’intérieur de ses cuisses se contractèrent, ses orteils se recroquevillèrent, « assez, ça suffit. »

Sa voix profonde, teintée de désir, devint encore plus enivrante et séduisante. Fan Xiao poussa sa méchanceté jusqu’au bout—non seulement il ne s’arrêta pas, mais il enfonça encore plus profondément, plus fort, avec une intensité accrue.

« Laoshi (NT : professeur), tu m’as tout appris. Je fais bien ? » Il agrippa la taille de You Shulang, tirant fermement l’homme—qui continuait de se faire repousser à chaque impact—dans sa position avant d’asséner une nouvelle poussée puissante. « Donne-moi une note, laoshi. Combien de points ? »

« Cigarette. » You Shulang ressemblait à un poisson mourant sur le rivage, désespérément en quête d’une poignée d’eau juste pour rester en vie, « J’ai besoin d’une cigarette rouge».

Fan Xiao tint une cigarette entre ses lèvres, l’alluma, puis la lui tendit. You Shulang tira profondément dessus, essayant de stabiliser les tremblements persistants et les sensations écrasantes parcourant son corps.

« 0 point. » Ses longs doigts tenaient la cigarette lâchement au bord du lit, sa voix rauque et basse, « Le sexe est censé être un plaisir mutuel, pas un côté qui conquiert pendant que l’autre est poussé au bord de l’effondrement. »

« Au bord de l’effondrement ? Donc ça veut dire que tu n’es pas encore effondré ? » Fan Xiao se pencha pour l’embrasser, murmurant lentement contre ses lèvres, « You Shulang, tu dois être magnifique quand tu es au bord de l’effondrement. »

La férocité qui s’amassait dans ses yeux n’avait pas encore complètement cédé quand You Shulang fut de nouveau emporté par les vagues déferlantes. Le son coincé dans sa gorge ne pouvait plus être réprimé ; son corps trembla de spasmes incontrôlables, et la cigarette entre ses doigts manqua de lui échapper, laissant tomber des cendres en flocons légers qui perdaient aussitôt leur chaleur.

Une lueur humide jaillit dans les yeux de You Shulang ; son expression oscillait entre un submergement total et une résistance tendue, ce qui ne fit qu’attiser un désir encore plus sombre de le dévorer.

Fan Xiao n’était plus capable de penser aux techniques que You laoshi lui avait enseignées ; il ne se mouvait plus que par instinct et par force brute. Leurs respirations, haletantes et hachées, s’entremêlaient dans l’air.

Chaque poussée brutale brisait le regard de You Shulang, fissurant peu à peu son sang-froid et libérant entièrement le désir longtemps réprimé qu’il portait en lui.

« Main… » Le mot s’échappa de ses lèvres, chargé de désir.

« Mmm ? » Fan Xiao jeta un regard distrait à la main qui tenait la cigarette.

Mais You Shulang recouvrit lentement la large paume appuyée près de son corps, la guida vers le haut et entrelaça leurs doigts. Comme si cela ne suffisait pas, il porta cette main à ses lèvres, mordillant et embrassant doucement les veines saillantes jusqu'au bout des doigts.

Il releva la tête et fixa Fan Xiao. Ces yeux, d’ordinaire si clairs et perçants, étaient désormais embrumés d’un fin éclat humide ; une brume scintillait sous ses longs cils mouillés, révélant une profonde tristesse que Fan Xiao ne lui avait encore jamais vue.

Leurs regards se croisèrent. You Shulang entrouvrit les lèvres et prit l’un des doigts rugueux de Fan Xiao entre elles.

Fan Xiao n’avait jamais enduré une telle tentation. Enveloppé par cette chaleur humide et souple, il sentit des explosions éclater dans tout son corps ; son sang se mit instantanément à bouillir, rugissant d’un désir frénétique d’envahir.

Son doigt s’enfonça brusquement plus profondément, atteignant le fond de cette gorge fine. Fan Xiao se pencha, murmura contre ses lèvres : « Ce n’est pas que je ne veuille pas respecter mon laoshi. C’est toi, le laoshi, qui me séduis en premier. You Shulang, tu sais ? Tu es né pour être sous un homme — personne n’est plus sadique que toi. »

Abandonnant toute raison et perdant le contrôle, Fan Xiao se pencha en avant, avançant comme une bête en pleine chasse, montrant les crocs tandis qu’elle déchirait la chair, déclenchant une nouvelle tempête de sang et de frénésie……

La lumière du soleil s’infiltrait obstinément à travers les rideaux étroitement tirés, projetant quelques rayons tenaces dans la pièce, éclairant les minuscules particules de poussière flottant dans l’air.

La séance d’« exercice » commencée après le petit-déjeuner prit finalement fin peu avant le déjeuner.

L’air était saturé d’une odeur d’hormones, leurs corps encore étroitement enlacés. You Shulang reposait dans les bras de Fan Xiao ; sa peau claire était baignée d'une douce chaleur, et la fine brume dans ses yeux ne s’était pas encore dissipée. L’humidité accrochée à ses cils noirs comme des plumes de corbeau n’avait pas séché, lui donnant l’apparence d’une porcelaine rare et précieuse, née avec une élégance solitaire et fragile.

Fan Xiao resserra son bras autour de lui, puis plaça la cigarette qu’il tenait entre les doigts sur les lèvres de You Shulang.

« Change les rideaux. Ceux-ci laissent entrer trop de lumière. »

La conscience de You Shulang revint enfin pleinement. Il se souvint des rideaux occultants à triple épaisseur chez Fan Xiao.

Il inclina la tête pour expirer la fumée et demanda : « Tu n’aimes pas la lumière du soleil ? »

Sa voix était terriblement rauque, ce qui réveilla chez Fan Xiao le souvenir de la chaleur humide et de la douceur qu'il venait d'éprouver. Il frotta ses doigts l’un contre l’autre, puis baissa la tête pour déposer un baiser sur la pomme d’Adam de You Shulang avant de répondre : « Je ne l’aime pas. »

L'émotion s'estompa lentement de ce beau visage aux traits fins. Ses lèvres s’abaissèrent, l’expression tendue et lourde — tout devint rigide, pesant : « Pendant le tsunami, ma mère a sombré dans l’eau. Je n’avais plus d’allumettes. Tout autour de moi, il n’y avait que l’obscurité, pas la moindre trace de lumière. Dans cette obscurité, je ne voyais rien, mais je pouvais encore me mentir à moi-même, croire que ma mère était toujours avec moi — qu’elle retenait simplement son souffle un peu plus longtemps sous l’eau, qu’elle n’était pas vraiment morte. »

« Mais… » Fan Xiao glissa précipitamment la cigarette entre ses dents, « six heures plus tard, quand l’eau de mer s’est progressivement retirée, cette porte en bois a été poussée. Une lumière solaire aveuglante s’est engouffrée, et j’ai vu le visage pâle et déformé de ma mère flotter dans l’eau. »

You Shulang se retourna et passa ses bras autour de Fan Xiao, déposant des baisers doux et épars sur sa tempe.

« You Shulang, l’obscurité n’est pas si mauvaise. Elle peut dissimuler beaucoup de cruauté, et elle peut aussi protéger ma faiblesse. »

You Shulang retira la cigarette des lèvres de Fan Xiao, l’écrasa, puis enfouit le visage de l’homme dans le creux de son épaule.

« D’accord, on les changera. On ajoutera dix couches supplémentaires de tissu occultant, ça va ? Dans l’obscurité ou sous la lumière du soleil, où que tu sois, je serai là avec toi. » Avec un léger sourire, sa main glissa vers le bas. « Tu étais pourtant bien dur à l’instant. Ça ne correspond pas vraiment à quelque chose de mou ou de faible. »

You Shulang plaisantait rarement de cette façon ; Fan Xiao comprit naturellement la bienveillance qui s’y cachait. Son cœur se sentit apaisé, comme enveloppé de miel. Les fragments brisés de son âme semblaient se rassembler, se réparant jusqu’à ce qu’apparaisse enfin une ébauche de sa forme originelle.

« Je veux être en toi », dit Fan Xiao, à la fois solennel et vulnérable. « Être en toi me rassure davantage que d’être dans l’obscurité. »

You Shulang resta figé un instant, puis rougit d’un mélange de gêne et d’indignation : « Fan Xiao, je t’ai beaucoup trop gâté. À partir de demain, tu ne remettras plus les pieds dans mon lit tant que ta bouche et taon pénis n’auront pas appris à se tenir correctement. »

La lourdeur se dissipa. Fan Xiao attira You Shulang dans ses bras et déclara avec une docilité exagérée : « Bodhisattva, mon corps et mon âme sont prosternés à tes pieds. Naturellement, tout ce que tu dis fait loi. Je serai aussi obéissant que tu me le demanderas. »

You Shulang n’avait pas envie de discuter davantage avec lui. Il enfila son pyjama et se leva pour aller prendre une douche. Ses mouvements n’étaient pas très stables — après avoir été tant malmené, il avait la taille endolorie. Fan Xiao se leva pour lui masser le bas du dos, collé à lui par-derrière, suivant chacun de ses pas, profitant de chaque occasion pour le peloter.

Alors qu’ils étaient en train de s’amuser, ils entendirent soudain le bruit de la porte d’entrée qu’on déverrouillait, suivi de quelqu’un qui l’ouvrait et entrait.

Après un bruissement, on entendit clairement des pas.

On frappa à la porte de la chambre, et une voix nette et lumineuse s’éleva de l’autre côté : «You shu… Shulang, tu es rentré, n’est-ce pas ? »

You Shulang tourna brusquement la tête vers Fan Xiao, pour ne croiser qu’un regard glacé, acéré comme une lame.

 

Traduction: Darkia1030