IRNDGL - Chapitre 39 - Soupe de viande de chien fraîche

« Son omniscience est comparable à celle d’un dieu. »

En écoutant les paroles de Ji Zhixu, le regard de Yuanwei Ruisi se voila d’un profond doute, qu’elle dissimula toutefois très vite.

Elle remua doucement le bouillon de viande dans son bol et, sans laisser transparaître ses pensées, sourit légèrement : « Cela ressemble au portrait d’un personnage tout à fait remarquable, mais…

« Afin de mieux m’intégrer à la vie humaine, j’ai récemment étudié la liste des êtres extraordinaires de l'Union de la Vérité de l’année précédente ; il ne semble pas y avoir de personne correspondant à cette description… enfin, je crois.

« Puisque c’est à Nuozin, cela aurait dû être consigné par l’Union de la Vérité. »

Ji Zhixu ne fut nullement surprise par les interrogations de Yuanwei Ruisi .

Après tout, se fier à un simple témoignage oral ne suffisait effectivement pas à convaincre quelqu’un que, dans cette même ville, existait un être presque omniscient.

Ce qu’elle venait de dire… ressemblait beaucoup à —

« Excusez-moi, puis-je vous prendre un instant ? J’aimerais vous parler de notre Père céleste et Sauveur, Monsieur Lin. »

Une tirade débordant de l’odeur caractéristique du prosélytisme fanatique.

D’autant plus que son interlocutrice était une créature dotée de longévité et de croyances ancestrales.

De la même manière que Ji Zhixu elle-même aurait été incapable de croire que le rêve d’une Sorcière Primordiale puisse descendre à Nuozin.

Que Yuanwei Ruisi ne croie pas en la grandeur de Monsieur Lin était donc parfaitement naturel.

Ji Zhixu secoua la tête : « Je comprends tes doutes, mais l’Union de la Vérité n’est pas non plus une autorité absolue et infaillible. Elle ne s’appuie pas sur un dieu omniscient et tout-puissant, n’est-ce pas ? Je ne fais que relater les faits tels que je les perçois. Monsieur Lin est un véritable ermite ; même le réseau de surveillance de l’Union de la Vérité est incapable de détecter son existence, et la renommée n’a jamais été son objectif. »

Elle laissa apparaître une expression empreinte de ferveur : « Comme je l’ai dit, c’est un grand homme qui diffuse la Parole céleste au monde. »

« À une époque bien plus sombre qu’aujourd’hui, c’est lui qui m’a offert une direction dans les ténèbres et un soutien pour tenir debout. C’est grâce à cela que j’ai pu vaincre mes ennemis et engager ma vengeance. »

Yuanwei Ruisi observa son expression résolue et déclara : « On dirait que tu possèdes une foi inébranlable, tout comme nous croyons en Baiyin, et que, depuis des dizaines de milliers d’années, nous n’avons jamais renoncé à renouer le pacte de la Nuit de Walpurgis. »

« Il m’a donné tout ce que j’ai aujourd’hui. »

Ji Zhixu sourit, se leva et commença à défaire les bandages autour de son bras.

Dans un léger froissement, les bandes blanches tombèrent en spirale sur le sol. La peau pâle qui apparut dessous était presque sans défaut ; son bras fin et gracieux était intact, sans la moindre trace de cicatrice.

Yuanwei Ruisi avait personnellement soigné ces plaies et connaissait leur gravité : c’était comme si une personne ordinaire avait été piétinée à plusieurs reprises par des éléphants.

Plus grave encore, ces blessures avaient été infligées par des attaques éthériques, ce qui ralentissait considérablement la capacité de régénération du corps.

Et pourtant, depuis le réveil de Ji Zhixu, à peine une dizaine de minutes s’étaient écoulées, et il ne restait déjà plus aucune blessure.

C’était là la puissance extrême du sang des bêtes oniriques.

Lorsque Ji Zhixu avait repris connaissance, le sang et l’âme — ces deux monnaies de la vie — s’étaient remis à circuler, et, dans un processus métabolique accéléré, avaient entièrement réparé la chair.

Elle serra le poing : une force explosive sommeillait sous cette enveloppe humaine, dans le sang bestial qui y coulait.

Le regard de Yuanwei Ruisi changea subtilement. Elle prit une cuillerée de soupe et déclara: « Je commence à croire ce que tu dis. Ce propriétaire de librairie, Monsieur Lin, semble effectivement tout à fait extraordinaire. »

Elle pouvait sentir ce sang bestial en pleine effervescence ; devant elle se tenait une présence semblable à un loup prêt à rugir, à déchirer sa proie de ses griffes à tout instant.

Des yeux écarlates semblaient fixer leur cible, tandis qu’un sang bouillonnant diffusait une aura de danger.

Ji Zhixu relâcha son poing, puis ôta le reste de ses bandages : « Bien sûr qu’il est extraordinaire. C’est l’être de haut rang le plus bienveillant et le plus compatissant que j’aie jamais rencontré. Ce cadeau généreux n’était pour lui qu’un simple geste désinvolte. »

Yuanwei Ruisi sourit : « Très bien. Lorsque la pluie cessera, j’irai certainement rendre visite à ce propriétaire de librairie dont tu parles, avec humilité, afin de lui demander conseil. J’espère qu’il pourra dissiper mes doutes. »

Ji Zhixu répondit avec enthousiasme : « Je suis convaincue que tu obtiendras la réponse la plus satisfaisante. »

« Espérons-le… » Yuanwei Ruisi sourit en pinçant légèrement les lèvres, puis demanda :
« Et quels sont tes projets à présent ? Continuer à combattre tes ennemis ? »

Ji Zhixu hocha la tête et dit : « Je vais prévenir mes subordonnés pour qu’ils viennent en renfort, mais j’ai encore besoin d’un peu de temps pour comprendre la situation et l’état des lieux. Je vais donc probablement rester encore un jour ou deux. Désolée du dérangement. »

Yuanwei Ruisi ramassa les bols et les cuillères et répondit : « Ce n’est pas un problème. »

Puis elle désigna la seule cloison de la pièce et dit avec un sourire : « J’ai déjà fait couler de l’eau chaude dans la salle de bain. Prends un bain pour te détendre ; tes vêtements aussi devraient être changés. »

Les vêtements que portait actuellement Ji Zhixu n’étaient d’ailleurs pas les siens : il s’agissait manifestement d’une ample robe blanche que Yuanwei Ruisi lui avait mise lorsqu'elle était inconsciente.

Mais comme elle s’était réveillée un peu trop brusquement auparavant, le sang avait de nouveau suinté sous les bandages, salissant la tenue.

Yuanwei Ruisi avait sans doute pris cet élément en compte, d’où la préparation de l’eau chaude.

Cette elfe avait vraiment un tempérament bienveillant.

Ji Zhixu la remercia tout en se dirigeant vers la salle de bain, sans oublier d’emporter sa canne-lame avec elle.

Yuanwei Ruisi fredonnait en déposant les bols et les cuillères dans l’évier sur le côté. Elle ouvrit le robinet et laissa couler l’eau. En regardant son reflet à la surface, un sourire glacé apparut sur son visage.

Elle tendit un doigt et traça un cercle sur l’eau.

« En dehors des quatre Sorcières pPrimordiales, personne ne peut être qualifié d’omniscient… Ce monde n’a jamais manqué d’escrocs talentueux, mais si leurs capacités sont trop médiocres, qu’ils ne reprochent pas aux clients pleins d’attentes déçues de passer à l’action. »

À l’extérieur, le cadavre velu d’un chasseur, cloué au mur par une flèche imprégnée d’éther, se balança encore un instant avant de se consumer entièrement, se transformant en charbon, puis se dispersant en cendres, jusqu’à disparaître sans laisser de trace.

À côté, dans un tas d’ordures, gisait une tête de chien à l’aspect féroce.

C’était là l’ingrédient de cette soupe de viande de chien fraîche et délicieuse…

(NT : En chinois, « chien » (, gǒu) est fréquemment employé comme insulte. L’expression «soupe de viande de chien» suggère donc aussi la déshumanisation et le mépris envers la victime)

***

« La personne envoyée pour la suivre ne donne plus signe de vie ? »

« Oui. “Le Traqueur” Buck, un chasseur de niveau Anormal, est confirmé comme disparu. »

Herys fronça les sourcils, ayant le sentiment que cette jeune demoiselle de la famille Ji était vraiment difficile à gérer.

« Où le contact a-t-il été perdu ? Qu’a dit la secte Chijiao ? »

« … Nous ne savons pas. »

« Bang ! »

Herys abattit violemment son poing sur la table, perdant toute contenance. Les sillons profonds de ses rides le rendaient particulièrement sinistre. Tel un vieux lion boiteux refusant d’abandonner son trône, il rugit presque : « Que veux-tu dire par “nous ne savons pas” ?! »

Son subordonné répondit en tremblant : « Toutes les traces ont été complètement effacées, même l’analyse des résidus de sorts est impossible, alors… alors… »

Herys inspira profondément et déclara d’un ton glacial : « Alors continuez à enquêter. Peu importe combien de personnes devront mourir, trouvez-la. »

« À vos ordres ! »

« Et Charles ? Quelle est sa situation ? »

« Il est complètement réveillé. You’ai a conservé son corps dans un état parfait ; la “Prieur” Mofei la secte Chijiao l’a déjà ressuscité et y a implanté la volonté dont nous avions besoin.»

Enfin une bonne nouvelle.

Une lueur glaciale traversa le regard de Herys tandis qu’il disait : « Charles… d’après les informations laissées par cette vieille ordure de Ryan, il était le disciple préféré de Wilde. Si You’ai l’a tué à l’époque, c’était précisément pour cette raison. »

Il se demanda ce qui se passerait lorsque son disciple reviendrait de l’enfer… et chercherait à le tuer.

Il espérait seulement qu’il pourrait fournir l’énergie nécessaire à l’incubation de l’Œuf du Miroir Démoniaque…

 

Traduction: Darkia1030

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