KOD - Chapitre 78 - Imprévu
Vie et mort
Tan Zaozao, venue rendre visite au malade, adressa à Ruan Nanzhu des paroles de réconfort pleines de sollicitude, bien que, du début à la fin, Ruan Nanzhu l’ait à peine prise en considération.
« Comment s’est passée ta quatrième porte ? » demanda Lin Qiushi d’un ton détaché, assis à côté sans rien à faire.
« La quatrième porte ? » Tan Zaozao se gratta la tête. « Ça allait, je suppose… » Elle semblait peu disposée à parler du monde à l’intérieur des portes et changea rapidement de sujet.
Voyant cela, Lin Qiushi ne posa pas davantage de questions.
Une publicité pour un parfum mettant en scène Tan Zaozao passait au téléviseur accroché au mur de l’hôpital. À l’écran, elle paraissait noble, froide et hautaine, inaccessible. Lin Qiushi regarda la publicité, puis jeta un coup d’œil à Tan Zaozao recroquevillée près de Ruan Nanzhu, occupée à manger de la mangue, le visage couvert de pulpe jaune, et tomba dans un silence quelque peu subtil.
Tan Zaozao devina manifestement à l’expression de Lin Qiushi ce à quoi il pensait et s’emporta : « Ne regarde pas, tout est faux de toute façon! »
Lin Qiushi : « Oh… »
Tan Zaozao le fixa et lui demanda avec une pointe de malice : « Tu as une célébrité que tu aimes particulièrement ? »
Lin Qiushi répondit très franchement : « Non. » Il ne suivait pas les célébrités.
Tan Zaozao dit avec regret : « C’est dommage, j’aurais peut-être pu t’aider à obtenir un autographe. » Et peut-être même révéler quelques potins qui feraient s’effondrer les valeurs morales…
Pendant qu'ils discutaient, une information de dernière minute fut diffusée à la télévision : une célébrité avait été victime d’un accident de voiture alors qu’elle se rendait à un concert et était morte sur le coup. Les images particulièrement atroces de l’accident furent ensuite montrées.
Tan Zaozao, qui était encore en train de mâcher sa mangue, eut un instant d’égarement sur le visage. Elle dit : « Lui… »
Allongé sur le lit, Ruan Nanzhu demanda doucement : « Tu le connais ? »
Tan Zaozao hocha la tête.
Elle posa la mangue et dit à voix basse : « Il semble que ce soit aussi quelqu’un qui est entré dans les portes. Nous avons tourné une publicité ensemble, sans être vraiment proches… »
Lin Qiushi la regarda ; son humeur s’était visiblement assombrie.
« Plus tard, il lui est arrivé plusieurs incidents », poursuivit Tan Zaozao. « Lors d’un concert, un projecteur est tombé directement sur lui, mais il n’a été que légèrement blessé. Ensuite, il y a encore eu d’autres accidents. » Elle ajouta lentement. « À ce moment-là, j’ai commencé à avoir des doutes… »
« Et si ce n’était qu’un accident ? » fronça les sourcils Lin Qiushi. « Ce n’est pas forcément les portes… »
« C’était probablement les portes. » Tan Zaozao soupira, visiblement abattue. « Je vais y aller. Prenez bien soin de vous. »
Lin Qiushi, la voyant ainsi, ne sut comment la réconforter et la laissa finalement partir précipitamment.
Lorsque Tan Zaozao s’en alla, l’expression de Ruan Nanzhu resta très calme. Lin Qiushi demanda : « Elle va aller bien ? »
Ruan Nanzhu répondit : « Oui. Dans deux jours, ça ira sans doute mieux. »
Lin Qiushi trouvait Tan Zaozao habituellement très optimiste ; il ne s’attendait pas à ce que son émotion s’effondre soudainement… même si, avant de s’effondrer, elle était partie à la hâte.
Face à la perplexité de Lin Qiushi, Ruan Nanzhu laissa transparaître un brin d’impuissance et dit : « N’as-tu jamais aimé quelqu’un de manière particulière ? »
Lin Qiushi y réfléchit attentivement, puis secoua lentement mais fermement la tête : « Non.» Il poursuivit : « Mes relations familiales sont distantes. Dans mes souvenirs… je n’ai effectivement jamais eu quelqu’un que j’aimais particulièrement. »
Depuis son enfance jusqu’à ce jour, les amis autour de lui se comptaient sur les doigts d’une main. C’est précisément pour cela qu’il avait pu quitter sans regret sa ville natale et venir travailler ici.
« Il y a bien des filles qui t’aiment », remarqua Ruan Nanzhu d’un ton assuré. « Ne me dis pas que tu n’as jamais reçu de déclaration. »
« Si, on m’en a fait, mais je les ai toutes refusées », répondit Lin Qiushi.
Ruan Nanzhu demanda : « Pourquoi as-tu refusé ? »
Lin Qiushi répondit : « Parce que je ne pouvais pas leur donner ce qu’elles voulaient. »
Ruan Nanzhu fronça les sourcils : « Comment sais-tu que tu ne peux pas ? »
Lin Qiushi resta silencieux un moment, puis dit doucement : « Parce que je ne les aimais pas.»
Ruan Nanzhu resta un instant sans voix, puis sourit : « Tu es lucide. »
Lin Qiushi sourit à son tour : « Je ne peux pas les faire perdre leur temps. Ce sont toutes de bonnes personnes. »
Lin Qiushi était en effet quelqu’un de chaleureux. Lorsqu’il rencontrait quelqu’un ayant besoin d’aide, il faisait toujours de son mieux pour tendre la main. Mais sa bonté n’était pas sans limites. Autrement dit, il ne faisait jamais preuve de générosité aux dépens d’autrui, il avait une conscience claire de ses propres capacités et n’exigeait jamais des autres quelque chose dépassant leurs capacités.
Une personne à la fois bienveillante, intelligente et capable d’évaluer la situation avec discernement est, en fin de compte, très attirante.
Ruan Nanzhu ferma lentement les yeux, mais ce qui l’attirait chez Lin Qiushi ne se limitait pas à cela.
Pensant que Ruan Nanzhu était fatigué, Lin Qiushi se leva de son côté, quitta la chambre à pas feutrés et, en sortant, tomba sur Cheng Qianli qui revenait justement avec des litchis lavés.
« Pourquoi es-tu sorti ? » demanda Cheng Qianli.
« N’entre pas », dit Lin Qiushi, « il se repose, et Tan Zaozao est déjà partie. »
Cheng Qianli répondit : « Oh, alors que fait-on des litchis ? »
Lin Qiushi jeta un coup d’œil et proposa : « Laisse-les là. Quand il se réveillera, tu pourras les lui apporter. Sinon, tu peux aussi les manger. »
Cheng Qianli déclara : « Je vais m’abstenir. Ruan Ge semble beaucoup aimer les litchis. »
En entendant cela, Lin Qiushi éprouva soudain un peu de curiosité : « En dehors des litchis, qu’aime-t-il encore ? » Il vivait pourtant avec Ruan Nanzhu depuis un certain temps, mais ne connaissait pas très bien ses préférences.
Cheng Qianli : « Ce qu’il aime ? Il aime pas mal de choses. » Il regarda les litchis, puis Lin Qiushi. « Il semble aussi beaucoup t’aimer. »
Lin Qiushi répondit : « Se pourrait-il qu’il ne t’aime pas, toi ? »
Cheng Qianli sourit naïvement : « Hé hé hé, c’est vrai aussi, je suis pourtant si adorable. »
Lin Qiushi pensa intérieurement que son absence de retenue était vraiment remarquable.
Durant la période de convalescence de Ruan Nanzhu, de nombreuses personnes issues d’autres organisations vinrent lui rendre visite. Officiellement, il s’agissait de visites, mais en réalité, il s’agissait surtout de prendre des informations, car quelqu’un comme Ruan Nanzhu, ayant déjà franchi plus de dix portes, était extrêmement rare.
Li Dongyuan du Cerf Blanc vint également sans honte. Bien que Ruan Nanzhu ait accepté de le laisser entrer dans la chambre, il ne lui accorda pas la moindre expression aimable du début à la fin.
Lin Qiushi était assis à côté, occupé à éplucher des litchis pour Ruan Nanzhu. Celui-ci entrouvrait légèrement la bouche ; la chair blanche et tendre du fruit était alors portée à ses lèvres pâles. Après avoir mâché soigneusement, il ouvrait de nouveau la bouche, Lin Qiushi lui tendait l’assiette, et sa langue poussait le noyau noir vers l’extérieur.
L’ensemble du processus était d’une élégance surprenante. En regardant Ruan Nanzhu, Lin Qiushi comprit soudain la phrase de Tan Zaozao : « Une belle personne devrait manger des litchis. »
Li Dongyuan était assis à côté, son visage juvénile orné d’un sourire affable, totalement différent de l’homme qu’il était à l’intérieur de la porte. Il dit : « Nanzhu… » (NT : en Chine, appeler quelqu’un par son prénom est très familier)
Ruan Nanzhu lui lança un regard de biais.
Li Dongyuan dut se corriger : « Ruan Ge, Ruan Ge, comment vas-tu ? »
Ruan Nanzhu répondit : « Tu ne le vois pas ? Dis directement ce que tu veux. »
Li Dongyuan tourna la tête et jeta un regard à Lin Qiushi.
Ruan Nanzhu comprit son intention et baissa les yeux : « Pas besoin de le lui cacher. »
Li Dongyuan continua : « Je vais bientôt passer la neuvième porte, alors tu sais, est-ce que celle-là… »
Ruan Nanzhu répondit : « Non. Va-t’en. »
Li Dongyuan resta sans voix.
Lin Qiushi eut envie de rire, mais estima que ce ne serait pas approprié ; il baissa donc les yeux et fit semblant d’éplucher les litchis avec sérieux.
« Ne sois pas si dur », se plaignit Li Dongyuan, l’air soudain peiné. « Je ne t’ai même pas reproché d’avoir fait semblant de sortir avec moi sous l’identité de Zhu Meng. » Ses grands yeux humides donnèrent à Lin Qiushi l’impression inexplicable de voir le corgi élevé par Cheng Qianli…
Mais Ruan Nanzhu, au cœur dur comme l’acier, resta totalement impassible. Il ne montra même pas la moindre surprise face à la révélation de son identité : « Assez de paroles inutiles. Parle de choses sérieuses. »
Li Dongyuan dit : « J’ai entendu dire que tu aurais encore un indice concernant la neuvième porte… »
Ruan Nanzhu esquissa un sourire ambigu : « Tu as entendu dire ? »
Li Dongyuan répondit : « Bon sang, je l’ai vraiment entendu, tout le monde en parle. »
À ce moment-là, Lin Qiushi se rappela soudain que Ruan Nanzhu avait déjà franchi la dixième porte ; il était donc très possible qu’il ait déjà obtenu l’indice de la onzième porte. Il se demanda à quoi pouvait ressembler cet indice, et s’il différait de ceux des autres portes.
« Et donc ? » demanda Ruan Nanzhu en le regardant.
« Donc, pourrais-tu me vendre l’indice ? » Li Dongyuan exprima enfin l’objectif de sa visite.
Ruan Nanzhu refusa sans hésitation : « Impossible. »
Li Dongyuan dit : « Tu peux fixer le prix que tu veux, tant que je peux me le permettre… » L’indice de la neuvième porte était extrêmement précieux, et même lui n’avait pas réussi à l’obtenir.
Seul un fou comme Ruan Nanzhu pouvait en posséder deux.
Ruan Nanzhu mangea un litchi porté à sa bouche et ne répondit pas.
Voyant son attitude, Li Dongyuan devint visiblement anxieux : « Dans treize jours, ce sera la date limite pour que j’entre dans la porte. Je n’ai pas beaucoup de temps. »
Ruan Nanzhu répondit : « Tu n’étais pas très heureux de me voler mes affaires, en disant même que je me vendais grâce à mon apparence ? » Il sourit, mais son regard était glacial. «Et maintenant, tu viens me supplier ? »
Li Dongyuan sourit d’un air embarrassé. « Désolé, vraiment désolé. Sinon, si je passe la nuit avec toi, tu pourrais faire preuve de magnanimité et oublier cette affaire ? »
Ruan Nanzhu désigna la porte : « Va-t’en. »
Li Dongyuan prit une expression affligée.
Lin Qiushi pensa intérieurement que cet homme exagérait vraiment : vouloir l’indice passait encore, mais vouloir profiter de leur chef ? Se faire chasser ainsi n’était absolument pas injuste.
« Ce n’est pas impossible de te donner l’indice de la neuvième porte », reprit Ruan Nanzhu, «mais j’ai une condition. »
Li Dongyuan demanda : « Quelle condition ? »
Ruan Nanzhu répondit : « Tu dois l’accompagner pour entrer dans la dixième porte. »
En entendant cela, Li Dongyuan resta figé et regarda Lin Qiushi : « Tu ne serais tout de même pas… »
Ruan Nanzhu répondit : « Si. »
L’expression de Li Dongyuan changea radicalement : « Tu es fou ?! »
Ruan Nanzhu perdit patience : « Soit tu acceptes, soit tu t’en vas. Ne gaspille pas mon temps ici. »
Le visage de Li Dongyuan passa par plusieurs expressions contradictoires ; finalement, il serra les dents et accepta d’accompagner Lin Qiushi pour entrer dans la dixième porte. À en juger par son expression, il semblait toutefois avoir encore quelque chose à dire, mais n’osa pas le faire en présence de Lin Qiushi.
Lin Qiushi se leva et indiqua qu’il voulait aller se laver les mains.
Cette fois, Ruan Nanzhu ne l’en empêcha pas.
Ainsi, Lin Qiushi venait à peine de revenir des toilettes après s’être lavé les mains qu’il entendit Ruan Nanzhu se disputer avec Li Dongyuan. Li Dongyuan n’était pas de taille face à Ruan Nanzhu ; à la fin, hors de lui de colère, il sortit en claquant la porte. En voyant Lin Qiushi, il lui lança encore un regard noir.
Lin Qiushi ne comprit absolument pas pourquoi il le regardait ainsi. Li Dongyuan lança une phrase : « Fais attention à toi, Zhu Meng sortira certainement quelque chose de plus grand que toi. »
Lin Qiushi : « … » Je sais déjà qu’il est plus grand que moi, inutile de me le rappeler, merci.
Il entra dans la pièce et vit Ruan Nanzhu assis sur le lit, le visage sans expression. Il dit alors: « Comment en êtes-vous arrivés à vous disputer ? »
Ruan Nanzhu répondit : « Quelqu’un voulait absolument me donner des ordres et me dire quoi faire. » Il ajouta avec dédain : « En a-t-il seulement la qualification ? »
Lin Qiushi dit : « Tu es encore malade, ne te mets pas en colère. » Il continua d’une voix douce: « Qu’aimerais-tu manger ce soir ? »
Ruan Nanzhu, adossé au lit, répondit : « De la bouillie. Celle que tu prépares. »
Li Dongyuan était parti, emporté par la colère. Lin Qiushi n’y prêta pas attention. Il pensait qu’il y aurait encore de nombreuses histoires entre Li Dongyuan et eux, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Mais Lin Qiushi ne s’attendait pas à ce que ce jour-là soit la dernière fois qu’il verrait Li Dongyuan.
Treize jours plus tard, au matin, Ruan Nanzhu, déjà sorti de l’hôpital, reçut un appel téléphonique. À ce moment-là, les personnes présentes dans la villa prenaient le petit-déjeuner ensemble. Après avoir raccroché, son expression se figea un instant, puis il parla à voix basse : « Li Dongyuan est mort. »
Les conversations cessèrent brusquement. Tout le monde avait entendu les paroles de Ruan Nanzhu.
Le geste de Cheng Qianli, qui était en train de mordre dans un petit pain farci, s’arrêta aussi. Il laissa échapper un « ah » et posa la question que tous voulaient poser : « Ruan Ge, qu’est-ce que tu dis… Li Dongyuan, c’est bien celui de Cerf Blanc ? »
Ruan Nanzhu répondit par un « hm » et se leva : « Je dois m’y rendre. »
Lin Qiushi proposa : « Je t’accompagne. » Bien que Ruan Nanzhu fût sorti de l’hôpital, son corps ne s’était pas totalement rétabli ; son teint était encore un peu pâle. Lin Qiushi craignait que, s’il lui arrivait quelque chose dehors, son corps ne puisse pas le supporter.
« D’accord », accepta Ruan Nanzhu.
Lin Qiushi se changea rapidement et monta en voiture avec Ruan Nanzhu.
Après avoir donné une adresse, Ruan Nanzhu s’assit sur le siège passager et ferma les yeux pour se reposer. Son visage pâle mettait encore davantage en valeur ses longs cils noirs corbeau, qui frémissaient légèrement, ajoutant une impression de fragilité. Mais cette fragilité semblait peut-être n’être qu’une illusion aux yeux de Lin Qiushi.
Ruan Nanzhu était-il triste ? Non. Lin Qiushi sentit que ce qui émanait de lui ressemblait davantage à une tristesse de type « le lapin meurt, le renard s’attriste », (NT : idiome signifiant être attristé par le sort d’autrui en pensant à sa propre fin). Ruan Nanzhu détestait Li Dongyuan, mais ne souhaitait pas qu’il meure ainsi, car en voyant le destin de Li Dongyuan, il était inévitable de penser à leur propre avenir.
Lin Qiushi se rappela la dernière fois qu’il avait vu Li Dongyuan une dizaine de jours plus tôt. Il expira profondément, comme pour chasser l’oppression qui pesait sur sa poitrine.
Après quarante minutes de trajet, ils arrivèrent devant un immeuble d’appartements situé en centre-ville.
Lin Qiushi pensait que le Cerf Blanc occupait simplement un appartement dans l’immeuble ; ce n’est qu’en arrivant qu’il comprit que tout l’immeuble avait été acheté par le Cerf Blanc.
À ce moment-là, de nombreuses personnes s’étaient rassemblées au pied de l’immeuble. En voyant cela, Lin Qiushi eut un mauvais pressentiment. Comme prévu, après s’être garé et s’être approché de la foule compacte, il vit ce qui se trouvait au centre.
C’était un cadavre écrasé en morceaux, au point qu’on ne distinguait plus les traits du visage. Mais à ses vêtements et à certaines caractéristiques corporelles, on pouvait reconnaître que la personne morte après la chute était Li Dongyuan.
Ce n’était pas la première fois que Lin Qiushi voyait un mort dans la réalité, mais c’était la première fois qu’il voyait quelqu’un qu’il connaissait mourir ainsi. Il tourna la tête vers Ruan Nanzhu et vit qu’il conservait une expression calme ; seules ses pupilles noires ondulaient, semblables à un lac profond troublé.
Des pleurs de femme retentirent. Une adolescente d’une quinzaine d’années se précipita hors de la foule, s’agenouilla près du corps de Li Dongyuan et éclata en sanglots, essayant même de serrer dans ses bras le corps déjà brisé.
Les personnes autour l’en empêchèrent et la tirèrent de force loin du corps de Li Dongyuan.
Lin Qiushi regarda autour de lui. Certains chuchotaient, d’autres affichaient une expression de profonde tristesse et un regard vide ; ils devaient appartenir aux membres de Bailu.
Une belle femme s’approcha de Ruan Nanzhu et lui dit à voix basse : « Monsieur Ruan, bonjour. »
« Bonjour, mademoiselle Jin », répondit Ruan Nanzhu.
« Vous pouvez m’appeler par mon nom, Jin Yurui. » La femme sembla vouloir lui adresser un sourire, mais celui-ci était particulièrement raide ; elle força simplement les coins de sa bouche à se relever, ce qui paraissait très contraint. « À l’avenir, c’est moi qui prendrai en charge les affaires internes de Cerf Blanc. »
Le sens de ses paroles était clair : elle serait la prochaine dirigeante de Cerf Blanc..
« Hm », Ruan Nanzhu hocha la tête pour indiquer qu’il avait compris. Après un court silence, il ajouta soudain : « Si vous n’avez pas envie de sourire, ne souriez pas. »
Le sourire de Jin Yurui s’estompa aussitôt. Elle inspira profondément, comme pour maîtriser ses émotions, puis dit d’une voix rauque : « Entrez, Monsieur Ruan. »
Ruan Nanzhu hocha la tête et se dirigea vers l’intérieur, Lin Qiushi le suivant.
Dans le hall de l’immeuble, six personnes étaient assises ou debout. En comptant celles à l’extérieur, l’ensemble de l’organisation Cerf Blanc devait compter une vingtaine de membres.
Jin Yurui commença à annoncer les dispositions préparées par Li Dongyuan avant sa mort. Tout le processus se déroula dans un grand silence.
Cependant, au sein de ce calme, Lin Qiushi sentit des courants souterrains. Certaines personnes semblaient mécontentes que Jin Yurui soit la successeure, mais leurs regards se posaient sur Ruan Nanzhu : elles craignaient manifestement cet étranger.
Lin Qiushi comprit enfin la raison de la venue de Ruan Nanzhu. Il était là pour « tenir une dernière fois la scène » pour Li Dongyuan.
Jin Yurui devenait la nouvelle dirigeante de Bailu. Elle venait tout juste de franchir la huitième porte et était encore à quelque distance de la neuvième.
De toute évidence, elle ne pouvait pas, comme Li Dongyuan, obtenir l’adhésion totale des membres de Cerf Blanc.
Ruan Nanzhu s’en rendait certainement compte lui aussi, mais il n’avait aucune intention de s’immiscer dans les affaires de Cerf Blanc et resta simplement assis en silence à côté.
Voyant le teint livide de Ruan Nanzhu, Lin Qiushi pensa qu’il devait se sentir un peu mal à l’aise. Un peu inquiet, il réfléchit puis sortit discrètement un bonbon de sa poche et le glissa dans la main de Ruan Nanzhu.
Ruan Nanzhu se retourna pour le regarder, hocha légèrement la tête, déballa le bonbon et le mit lentement dans sa bouche.
Le goût sucré atténua sa sensation d'inconfort. Ruan Nanzhu resta assis longtemps dans le hall, jusqu’à ce que Jin Yurui ait terminé ses instructions.
Les personnes présentes commencèrent à se disperser, ne laissant finalement plus que trois personnes.
Jin Yurui leva la tête et dit avec un sourire amer : « Merci, Monsieur Ruan. Sans vous, je n’aurais vraiment pas su quoi faire. »
Ruan Nanzhu se leva et dit : « Je ne peux vous aider que jusqu’ici. Le reste du chemin, vous devrez le parcourir seule. »
Jin Yurui hocha la tête. Elle n’était pas une plante parasite dépendante.
Même si elle avait vacillé un instant face à la tempête, elle devait finalement se dresser elle-même au cœur du vent et de la pluie.
« Nous allons donc prendre congé », dit Ruan Nanzhu.
« Monsieur Ruan, ne souhaitez-vous pas rester dîner ? » demanda poliment Jin Yurui.
« Ce ne sera pas nécessaire. » Ruan Nanzhu déclina son invitation et ajouta : « Je reviendrai lorsqu’il sera enterré. »
Jin Yurui n’insista pas davantage ; elle hocha la tête et accompagna Ruan Nanzhu et Lin Qiushi jusqu’à la porte.
Le corps de Li Dongyuan avait déjà été emporté. Sur le sol, il ne restait plus qu’une flaque de sang, indiquant au monde ce qui s’était produit ici.
Dans quelques jours, cette tache disparaîtrait elle aussi. A Cerf Blanc, les allées et venues continueraient ; peut-être oublieraient-ils bientôt qu’il y avait autrefois eu un chef nommé Li Dongyuan.
Tout au long du trajet, le teint de Ruan Nanzhu ne fut pas très bon.
Ce n’est qu’au retour, une fois assis sur le siège du conducteur, que Lin Qiushi perçut que quelque chose n’allait pas. Il dit : « Nanzhu, tes blessures vont-elles bien ? » Il avait senti une légère odeur de sang. Au début, Lin Qiushi avait cru que cette odeur provenait de Li Dongyuan, mais à présent il la sentait encore.
« Ça va », répondit Ruan Nanzhu, appuyé de biais contre la portière.
Lin Qiushi ne le crut absolument pas. Il fronça les sourcils et dit : « Montre-moi. »
Ruan Nanzhu répondit : « Non. »
Lin Qiushi fut un instant stupéfait ; il ne s’attendait pas à un refus aussi catégorique.
« Nous en reparlerons une fois rentrés », déclara Ruan Nanzhu. Après ces mots, il ferma lentement les yeux, semblant un peu fatigué.
Le cœur inquiet, Lin Qiushi ne put s’empêcher d’accélérer légèrement.
Quelques dizaines de minutes plus tard, ils rentrèrent à la villa. Ruan Nanzhu ouvrit alors les yeux avec lassitude. Lin Qiushi se hâta de le soutenir pour entrer dans la maison. Après l’avoir vu s’allonger sur le lit, il s’assit très naturellement au bord de celui-ci et saisit le coin des vêtements de Ruan Nanzhu.
Ruan Nanzhu leva les yeux vers lui : « Qu’est-ce que tu veux faire ? »
Lin Qiushi répondit : « Je veux voir ton dos… » Les blessures les plus graves se situaient sur le dos de Ruan Nanzhu.
Ruan Nanzhu inclina la tête et regarda Lin Qiushi : « Est-ce que je peux ne pas te le montrer ? »
Lin Qiushi fronça les sourcils : « Non. » Il pensait que la plaie de Ruan Nanzhu s’était forcément rouverte.
Ruan Nanzhu réfléchit un instant : « Alors donne-moi un bonbon. »
Lin Qiushi sortit un bonbon de sa poche, l’ouvrit et le glissa dans la bouche de Ruan Nanzhu.
« Regarde », dit Ruan Nanzhu d’une voix indistincte, la bouche pleine de sucre. « En réalité, il n’y a rien de particulier à voir… »
Lin Qiushi souleva les vêtements que portait Ruan Nanzhu et, comme prévu, vit que la plaie s’était rouverte. Le sang s’écoulait le long de son dos avant d’être absorbé par le tissu.
Il fronça les sourcils : « Cela ne va pas, il faut aller à l’hôpital. »
Ruan Nanzhu ne bougea plus ; sa respiration devint régulière.
Lin Qiushi leva les yeux vers lui et soupira : « Tu as commencé à faire semblant de dormir ?»
Ruan Nanzhu ne répondit toujours pas.
L’expression de Lin Qiushi révéla son impuissance. Il ne put que se lever, prendre de la gaze à côté et aider Ruan Nanzhu à traiter sommairement les blessures, tout en disant : «Demain matin, il faudra absolument aller à l’hôpital. »
Ruan Nanzhu émit un vague « hm » étouffé, puis ferma de nouveau les yeux. Il était effectivement un peu fatigué et voulait se reposer.
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Note de l’auteur :
Les sentiments sont arrivés ; est-ce suffisamment intense ? L’auteur bombe fièrement le torse.
Traducteur: Darkia1030
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