KOD - Chapitre 79 - Le monde à l’extérieur des portes
Zhuo Feiquan
La mort de Li Dongyuan semblait n’être plus qu’un intermède sans grande importance. Cerf Blanc, ayant changé de chef, retrouva rapidement sa trajectoire normale. Toutefois, ceux qui nourrissaient en secret du mécontentement à l’égard de Jin Yurui devinrent un danger latent. Peu de temps après, Lin Qiushi apprit que Cerf Blanc s’était scindé en deux factions : l’une, menée par Jin Yurui, était l’ancien Cerf Blanc ; l’autre avait quitté la base originelle de Cerf Blanc et se proclamait le nouveau Cerf Blanc.
Ruan Nanzhu ne manifesta guère de surprise à ce sujet; il semblait l’avoir anticipé depuis longtemps.
« Pour Jin Yurui, c’est peut-être au contraire une bonne chose », commenta Ruan Nanzhu. «Ses fondations sont encore instables. Il lui serait difficile de contrôler tout le monde à l’intérieur de Cerf Blanc. Plutôt que de garder à ses côtés des personnes aux intentions douteuses, autant les laisser fonder leur propre camp. »
Lin Qiushi répondit par un simple « oh ». En réalité, il trouvait cela assez inconcevable. Tous étaient des personnes susceptibles de mourir à tout moment ; à quoi bon se soucier encore de cette mince gloire et de ces intérêts ? Même en se disputant davantage, au final, il ne resterait qu’une poignée de terre jaune (NT : idiome désignant la mort et le fait de retourner à la poussière).
En entendant les paroles de Lin Qiushi, Ruan Nanzhu eut presque envie de rire. Il secoua la tête et dit d’un ton calme : « Les humains sont toujours avides. »
Peu importait ce qu'ils recevaient, ils n'étaient jamais satisfaits.
Lin Qiushi comprenait ce que voulait dire Ruan Nanzhu, mais il lui était réellement difficile de ressentir la même chose que ces personnes. En comparant le monde réel et celui de l’intérieur des portes, il n’avait jamais trouvé le fait de vivre aussi merveilleux. À tel point que la satisfaction procurée par tout le reste s’en trouvait atténuée.
C’était comme si ce n’était qu’après être sorti du désert que l’on pouvait comprendre à quel point on chérissait et désirait l’eau.
Récemment, Lizi avait retrouvé l’attitude qu’il avait autrefois envers Lin Qiushi. Il miaulait souvent, sautait sur sa poitrine pour s’y allonger en ronronnant doucement, et aimait frotter ses joues contre le menton de Lin Qiushi, prenant un air excessivement câlin.
En voyant Lizi faire des manières, le cœur de Lin Qiushi se ramollit comme une source d’eau claire. Il lui caressa doucement le menton du bout des doigts et l’appela tendrement : « Mon gentil bébé, mon gentil bébé. »
En voyant Lin Qiushi ainsi, Cheng Qianli déclara : « Qiushi, sais-tu que lorsque tu taquines un chat, tu ressembles beaucoup à une mère bienveillante ? »
Lin Qiushi resta un instant interdit en entendant cela : « Pourquoi pas à un père bienveillant ? »
Cheng Qianli : « … » Tu sais vraiment saisir l’essentiel.
Mère bienveillante ou non, Lin Qiushi n’avait de toute façon pas envie de s’attarder sur ce genre de détails.
Cela faisait environ trois mois qu’il était sorti de la porte. Il était presque entièrement rétabli. Mais Ruan Nanzhu, lui, paraissait toujours très affaibli, même si, comparé à son état juste après être sorti de la porte, il allait déjà bien mieux.
Par un après-midi baigné de soleil, Ruan Nanzhu vint soudain trouver Lin Qiushi, disant vouloir lui parler.
Lin Qiushi se rendit dans la chambre de Ruan Nanzhu et le vit assis sur une chaise près de la fenêtre. La lumière chaude du soleil déposait sur lui une fine couche dorée, le faisant presque paraître entouré d’une douce lueur.
« Nanzhu », l’appela Lin Qiushi.
Ruan Nanzhu ouvrit les yeux. Il n’y avait aucune trace de somnolence dans son regard, toujours aussi profond et calme qu’un lac. Il dit : « Assieds-toi. »
Lin Qiushi entra et s’assit à côté de lui.
« Comment te sens-tu physiquement ? » demanda Ruan Nanzhu.
Lin Qiushi hocha la tête : « Je suis presque complètement rétabli. »
Ruan Nanzhu le regarda. Cette fois, son regard portait une légère nuance d’évaluation, comme s’il examinait l’état physique de Lin Qiushi. Très vite, il arriva à une conclusion : «Tu peux entrer dans le monde des portes seul désormais. »
Les paroles de Ruan Nanzhu ne surprirent pas Lin Qiushi. En réalité, il réfléchissait lui aussi à cette question depuis quelque temps. Depuis qu’il avait commencé à affronter les portes, il n’avait jamais été séparé de Ruan Nanzhu. C’était toujours Ruan Nanzhu qui le guidait et le protégeait. Dans la villa, tous les autres étaient capables de se débrouiller seuls à part Cheng Qianli.
Lin Qiushi ne voulait pas devenir un fardeau pour Ruan Nanzhu. Plutôt que d’être celui qu’on protégeait, il souhaitait davantage combattre à ses côtés.
« Qu’en penses-tu ? » demanda Ruan Nanzhu.
« Je trouve ça très bien », répondit Lin Qiushi. « Moi aussi, je pense que je devrais essayer seul. »
Ses yeux s’abaissèrent légèrement, mais son regard se posa sur la clavicule de Ruan Nanzhu. Les clavicules de Ruan Nanzhu étaient magnifiques, leurs lignes élégantes, presque dignes d’une sculpture. Le seul défaut était cette cicatrice rouge sombre, un peu plus bas, laissée par la neuvième porte et qui n’avait pas encore disparu. Lin Qiushi ressentit soudain un certain regret. Ruan Nanzhu était parfait ; une personne aussi parfaite ne devrait pas porter de telles marques.
Ruan Nanzhu, observant l’expression de Lin Qiushi, lui demanda : « As-tu peur ? »
Lin Qiushi secoua la tête.
« Vraiment pas peur ? » insista Ruan Nanzhu.
« Pas peur », répondit Lin Qiushi. Il ne mentait pas.
Ruan Nanzhu resta silencieux un moment, puis parla lentement : « La première fois que je suis entré seul par la porte, j’avais très peur. » Il sembla trouver cela un peu amusant. « J’avais peur à en mourir. Mais la peur ne sert à rien. On ne peut pas compter éternellement sur les autres… Lin Qiushi. » Il prononça son nom.
Lin Qiushi leva les yeux vers lui. Leurs regards se croisèrent, et il entendit Ruan Nanzhu parler à voix basse.
Son ton était calme, mais empreint d’une obstination presque entêtée : « Mais si tu le veux, si tu le veux vraiment, je peux te protéger toute une vie, que ce soit ta vie ou la mienne. »
Ces mots firent battre le cœur de Lin Qiushi violemment. Une légère rougeur monta à la racine de ses oreilles, et il se sentit soudain un peu gêné.
« Alors ? » Ruan Nanzhu pencha légèrement la tête. « Il suffit que tu le dises… »
« Non, je veux y aller seul », dit Lin Qiushi.
Ruan Nanzhu se tut. L’aura de nonchalance qui l’entourait se rétracta aussitôt, remplacée par une froideur tranchante, semblable au vent et à la neige.
Lin Qiushi comprit qu’il avait mal interprété ses paroles et se hâta d’expliquer : « Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne veux pas que ce soit ainsi. » Il parlait sérieusement, son regard se posant de nouveau sur la cicatrice de la clavicule de Ruan Nanzhu. « Je ne veux plus que tu subisses ce genre de blessures. Si, à ce moment-là, j’avais été un peu plus fort… nous aurions pu tous les deux sortir indemnes. De plus, ton corps n’est pas encore rétabli… »
Il parla longuement, avec insistance, comme une vieille mère trop bavarde. Mais Lin Qiushi n’osait pas se taire ; il craignait de ne pas s’exprimer clairement, craignait que Ruan Nanzhu ne comprenne de travers.
En réalité, il voulait vraiment entrer avec Ruan Nanzhu, mais il ne pouvait pas être aussi égoïste. Le corps de Ruan Nanzhu n’était pas encore remis ; Lin Qiushi ne pouvait pas lui imposer une telle demande.
Au début, Ruan Nanzhu resta impassible, puis son regard laissa transparaître un soupçon d’impuissance. « D’accord, j’ai compris. » La pointe de ses sourcils dessina une jolie courbe. « Comment se fait-il que je ne me sois jamais rendu compte auparavant que tu étais aussi bavard ? »
Lin Qiushi : « Peut-être qu’à l’époque, je n’étais pas encore un père bienveillant qualifié ? »
Ruan Nanzhu : « … »
Lin Qiushi : « Je plaisantais… »
Ruan Nanzhu se leva de sa chaise et regarda Lin Qiushi de haut. « Une plaisanterie ? »
Sous la pression de son aura, Lin Qiushi eut inexplicablement envie de reculer de deux pas, mais il se retint de justesse. Puis il entendit Ruan Nanzhu dire : « Mais maintenant, tu es un père exemplaire. »
Lin Qiushi eut envie de rire, sans oser le faire.
La différence entre Ruan Nanzhu à l’intérieur des portes et Ruan Nanzhu à l’extérieur était trop grande, au point que Lin Qiushi en arrivait presque à se sentir mentalement scindé.
Ruan Nanzhu se retourna, se dirigea vers un côté de la pièce, et sortit une clé. Puis il se pencha, ouvrit le coffre-fort placé là et en retira un bout de papier.
Ruan Nanzhu revint devant Lin Qiushi, lui tendit le papier et dit :
«Ceci est un indice concernant la quatrième porte. Tu peux accepter des missions sur Internet, je peux aussi te mettre en relation. Quand tu voudras entrer, dis-le-moi.»
Il appuya sur ses mots : « Cette fois, il n’y aura que toi. »
Lin Qiushi hocha gravement la tête et prit ce que Ruan Nanzhu lui tendait.
« Vas-y », dit Ruan Nanzhu, puis il lui fit un signe de la main.
Lin Qiushi se retourna et quitta la pièce. En sortant, il vit Ruan Nanzhu retourner s’asseoir sur la chaise, les yeux à demi clos, l’air quelque peu fatigué. Il referma doucement la porte et souhaita intérieurement à Ruan Nanzhu de faire un bon rêve.
Ce ne fut qu’une fois dehors que Lin Qiushi regarda le contenu de l’indice. C’étaient deux phrases en rime:
Le ciel est en tumulte, la terre est en tumulte,
Chez moi il y a un enfant qui pleure sans cesse.
Que ceux qui passent ici le récitent trois fois,
Et l’enfant dormira jusqu’à la pleine clarté du jour.
Lin Qiushi se souvenait qu’il s’agissait apparemment d’une comptine populaire étrange. On disait que si un enfant à la maison pleurait sans arrêt, on pouvait écrire cette phrase sur un papier, puis coller le papier à un carrefour très fréquenté. À force que les passants la lisent, l’enfant cesserait de pleurer.
Il ne savait pas si cela avait réellement une quelconque efficacité. Lin Qiushi glissa l’indice dans sa poche, en pensant qu’il chercherait sur Internet s’il pouvait accepter une mission qui lui soit propre.
Il fallait bien reconnaître qu’Internet était réellement pratique : sans se rencontrer, on pouvait résoudre rapidement des problèmes.
Une fois décidé à accepter une mission, Lin Qiushi trouva rapidement une cible. Une personne se présentant comme une jeune fille de seize ans avait publié un message, disant qu’elle cherchait quelqu’un pour la guider à travers la porte, mais qu’elle n’avait pas beaucoup d’argent, et demandait si un paiement échelonné était possible.
Après avoir consulté ses informations, Lin Qiushi lui envoya un message privé pour lui poser quelques questions de détail. Il apprit qu’elle était étudiante, actuellement en deuxième année de lycée, et que sa quatrième porte aurait lieu dans deux semaines.
Lin Qiushi montra ces informations à Ruan Nanzhu et lui demanda si cette personne convenait.
Après avoir lu le dossier, l’expression de Ruan Nanzhu devint légèrement subtile :
« Tu es sûr que tu veux cette personne ?"
Lin Qiushi répondit : « Je pense que choisir une femme est un peu plus sûr qu’un homme, et en plus elle est jeune… » Si une situation mal intentionnée survenait, ce serait aussi plus facile à gérer.
« D’accord », dit Ruan Nanzhu. « Cette personne est inscrite sur le forum depuis six mois. Même s’il y a un problème, cela ne devrait pas être trop grave… »
Lin Qiushi demanda : « Quel genre de problème pourrait-il y avoir ? »
Ruan Nanzhu répondit : « Les problèmes possibles sont nombreux.» Il ajouta : «Va voir Chen Fei et demande-lui de t’expliquer. »
Lin Qiushi hocha la tête et accepta.
« Souviens-toi absolument d’emporter tes objets quand tu entreras par la porte », lui rappela Ruan Nanzhu. « Même si l’on ne sait pas à quoi ils serviront, ces choses-là peuvent sauver la vie dans les moments critiques. »
Lin Qiushi répondit par un « oui », indiquant qu’il avait compris.
Ensuite, Chen Fei donna un cours à Lin Qiushi, lui expliquant les types d’escroqueries les plus fréquentes sur le forum. La première consistait à mentir sur le nombre de portes. Ce genre de situation était particulièrement problématique pour les autres, car certaines personnes qui acceptaient des missions n’avaient pas de bracelet et ne pouvaient entrer par la porte qu’en restant avec le commanditaire. Ainsi, lorsqu’ils découvraient que le nombre de portes ne correspondait pas, il était déjà trop tard. Il arrivait même que quelqu’un prétende être à la troisième porte alors qu’il s’agissait en réalité de la cinquième, une situation qualifiée de « piéger son père ».
« Et alors, que faire ? » Lin Qiushi ne s’attendait pas à ce genre de procédé et en fut choqué. « On ne peut qu’entrer ? »
« Oui, on ne peut qu’entrer », répondit Chen Fei très directement.
« Avant de rejoindre Obsidienne, je me suis déjà fait piéger une fois. Une fois à l’intérieur, j’avais vraiment envie de tuer cette personne. Mais maintenant, nous avons des bracelets, il n’y a pas à s’inquiéter. Si tu découvres alors que tu as été trompé et que ce n’est pas la quatrième porte comme il l’a dit, il te suffit d’enlever ton bracelet. »
Lin Qiushi répondit : « D’accord ! »
Chen Fei poursuivit : « Il y a encore un autre cas, et celui-là est impossible à prévenir. »
« Quel cas ? » demanda Lin Qiushi.
Chen Fei répondit : « Mentir sur ses propres informations. »
Un homme robuste d’un mètre quatre-vingt se faisant passer pour une jeune fille d’un mètre soixante afin d’inspirer confiance et de faire accepter la mission. Chen Fei expliqua que ce genre de situation était en réalité très courant et demanda à Lin Qiushi de s’y préparer psychologiquement.
Lin Qiushi resta sans voix un instant, puis dit : « … Il n’a pas peur que je me trompe de personne ? »
Chen Fei tapota l’épaule de Lin Qiushi et soupira longuement : « Ne réfléchis pas trop. En réalité, nous nous trompons souvent de personne. Par exemple, Frère Ruan se trompe de cible presque quotidiennement. »
Lin Qiushi resta silencieux. Il pensa à sa première rencontre avec Ruan Nanzhu.
« Il y a encore autre chose à noter », dit Chen Fei. « Évite autant que possible de divulguer ton identité dans le monde extérieur aux portes. C’est très dangereux. »
Lin Qiushi répondit : « J’ai compris. »
« Quand comptes-tu entrer ? » Ruan Nanzhu semblait avoir déjà parlé avec Chen Fei et ce dernier savait que cette fois Lin Qiushi entrerait seul. « Après tout, c’est ta première fois. Tout le monde devrait bien te célébrer. »
Lin Qiushi répondit : « … Ce n’est pas nécessaire. » Il n’y avait rien à célébrer.
« Si, si », insista Chen Fei. « Il faut quand même célébrer. »
Lin Qiushi : « … »
Au début, il ne comprenait pas pourquoi Chen Fei insistait autant. Ce n’est qu’en y réfléchissant attentivement qu’il comprit son intention. Entrer seul par la porte était extrêmement dangereux, et il était très facile d’y perdre la vie. Plutôt qu’une célébration, cela ressemblait davantage à une sorte de réception d’adieu préparée à l’avance : si quelque chose arrivait à l’intérieur, au moins il aurait fait ses adieux correctement aux personnes de la villa.
À table, Cheng Qianli se mit directement à pleurer et dit : « Qiushi, pars l’esprit tranquille. Je m’occuperai bien de Lizi. »
Lin Qiushi répondit : « Peux-tu arrêter de parler ? »
Cheng Qianli continua : « À partir d’aujourd’hui, Lizi est ma belle-fille. Je prendrai bien soin d’elle ! »
Lin Qiushi remarqua : « Lizi est un chat mâle. »
Cheng Qianli répondit : « Toast est bien un chien mâle ! »
Lin Qiushi resta sans voix. Il eut très envie de frapper Cheng Qianli à la tête à plusieurs reprises. De toute façon, il était déjà si stupide ; quelques coups de plus ne pourraient pas aggraver la situation. Et peut-être que, comme lorsqu’on réparait une télévision, deux tapes suffiraient à tout remettre en ordre.
Cependant, à part Cheng Qianli, Lin Qiushi pouvait voir que tous les autres occupants de la villa s’inquiétaient pour lui, même s’ils s’efforçaient tous de le dissimuler avec retenue.
Il restait encore deux semaines avant le moment d’entrer par la porte. Lin Qiushi pensait à l’origine qu’il traverserait cette période calmement, mais il ne s’attendait pas à ce qu’un autre incident survienne. En réalité, on ne pouvait pas vraiment parler d’incident : Lin Qiushi rencontra Luo Qianshan — oui, le Luo Qianshan qui, dans la porte qu’ils venaient de quitter, se trouvait avec sa sœur Luo Qianshui.
Seulement, à l’extérieur de la porte, son nom était Zhuo Feiquan, et sa sœur s’appelait Zhuo Mingyu — Feiquan Mingyu (NT : litt. source jaillissante, jade résonnant), ce qui sonnait nettement mieux que Cheng Qianli et Cheng Yixie, dont les noms évoquaient une chute en cascade sur mille lieues (NT: Yixie Qianli, litt. se déverser sur mille li).
« C’est sans doute l’importance des études », dit Cheng Qianli après avoir appris la nouvelle, si triste qu’il ne pouvait se contenir. « Qui voudrait avoir un frère aîné nommé Yixie quand on s’appelle Qianli… »
Cheng Yixie répondit : « Cheng Qianli, ta peau te démange ?» (NT : signifie chercher volontairement des problèmes)
Doté d’un très fort instinct de survie,
Cheng Qianli ne put que répondre : « Bien sûr que c’est moi qui le voudrais, après tout mon grand frère est tellement adorable. »
Cheng Yixie répondit : « Hm. »
En réalité, après être sorti de la neuvième porte, Ruan Nanzhu avait enquêté sur les frère et sœur Luo, confirmant qu’ils n’appartenaient à aucune organisation.
Ces deux personnes étaient trop particulières. Quelqu'un qui avait franchi neuf portes et avait perdu un proche était sûr d'être un acteur majeur dans n'importe quelle organisation, voire très probablement une figure dirigeante. Les grandes organisations nationales se comptaient sur les doigts d’une main, et les personnes ayant franchi neuf portes étaient encore plus rares.
Ainsi, Ruan Nanzhu conclut rapidement que Luo Qianshan et Luo Qianshui n’appartenaient à aucune organisation.
Ruan Nanzhu ne manifesta pas un grand intérêt pour eux. En revanche, Cheng Yixie semblait s’en soucier beaucoup et réussit à déterrer leur identité dans le monde réel.
Comment Cheng Yixie avait-il exactement découvert l’identité réelle de Luo Qianshan ? Lin Qiushi ne posa pas la question. Quoi qu’il en soit, un jour où il rentrait à la villa, il vit un jeune homme d’une vingtaine d’années assis sur le canapé, en train de se disputer furieusement avec l’un des jumeaux.
De loin, Lin Qiushi entendit le contenu de leur dispute. En résumé, l’homme avertissait l’autre de cesser toute enquête à son sujet, faute de quoi il ne serait pas clément.
Cheng Yixie ne dit pas un mot et regarda simplement l’homme d’un air un peu hébété, affichant une expression d’innocence totale.
Après avoir observé un moment, Lin Qiushi se rendit compte que cette personne n’était absolument pas Cheng Yixie, mais Cheng Qianli.
Lin Qiushi : « … »
« Cheng Qianli, ne crois pas que je vais te faire confiance simplement parce que tu joues les innocents », dit l’homme. « Comparé à moi, tu es encore loin de savoir faire semblant d’être faible pour tromper les autres ! »
En entendant cela, Lin Qiushi eut très envie de lui dire que la personne en face de lui ne faisait pas semblant d’être stupide — elle l’était réellement.
Cheng Qianli, sur lequel on hurlait sans qu’il comprenne pourquoi, se sentit extrêmement lésé et dit : « Zhuo Feiquan, est-ce que tu es raisonnable ? Je t’ai déjà dit que cela n’avait rien à voir avec moi. Va voir mon frère, c’est forcément lui ! »
Zhuo Feiquan ricana : « Ne pense pas me tromper. La personne sur la photo te ressemble trait pour trait ! »
Cheng Qianli répondit : « Mais mon frère et moi, nous nous ressemblons aussi énormément ! »
Zhuo Feiquan dit froidement : « Vous ne pouvez pas être identiques ! Personne ne m’a jamais confondu avec ma sœur! »
Il ignorait manifestement que Cheng Qianli et Cheng Yixie étaient jumeaux, pensant qu’ils étaient simplement frères avec une différence d’âge.
Cheng Qianli fut sur le point de pleurer de frustration. Il avait déjà fait porter le chapeau à son frère pour de nombreuses mauvaises actions, mais cette fois-ci, il n’avait vraiment rien provoqué. En levant la tête, il aperçut justement Lin Qiushi et s’empressa de dire : « Qiushi, parle-lui donc un peu, cette personne a un problème ! »
Lin Qiushi demanda : « Où est ton frère ? »
Cheng Qianli répondit : « Comment pourrais-je le savoir ? Il est sûrement parti traîner avec quelque petite tentatrice. »
Ils étaient toujours dans une impasse lorsque la porte s’ouvrit de nouveau. Cheng Yixie entra en tenant un panier de légumes. Voyant l’atmosphère tendue dans la villa, son expression ne changea pas le moins du monde.
En revanche, lorsque Zhuo Feiquan vit les visages absolument identiques de Cheng Qianli et Cheng Yixie, il se figea : « Vous êtes vraiment jumeaux ? »
Cheng Qianli s’écria : « Je te l’ai déjà dit plus de trois cents fois ! »
Zhuo Feiquan, un peu embarrassé, dit : « Vous vous ressemblez vraiment beaucoup. »
Cheng Qianli répondit : « Des jumeaux peuvent-ils ne pas se ressembler ? »
Il lança un regard à son frère. Il voulait se mettre en colère, mais face au regard de Cheng Yixie, il se dégonfla immédiatement et dit : « Regarde donc, regarde donc la petite tentatrice que tu as ramenée. »
Zhuo Feiquan, désigné comme « petite tentatrice » : « … »
Cheng Yixie alla déposer les légumes dans la cuisine, se lava les mains, puis ressortit tranquillement. Il regarda Zhuo Feiquan et lâcha : « Tu as quelque chose à dire ? »
Zhuo Feiquan demanda : « C’est toi qui n’as cessé de m’enquêter dessus ? »
Cheng Yixie s’assit en face de lui : « Oui. »
Zhuo Feiquan commença : « Est-ce que tu pourrais— »
Avant qu’il ne termine, Cheng Yixie l’interrompit : « Non. »
À cet instant, il ne ressemblait absolument pas à un adolescent de seize ans. Il ajouta froidement : « Qui es-tu pour m’en faire la demande ? »
Le regard de Zhuo Feiquan s’assombrit. Il ne dit plus rien, se leva et s’apprêta à partir.
Lorsque Zhuo Feiquan passa à côté de lui, Lin Qiushi remarqua un joli pendentif accroché à sa poitrine. À l’intérieur se trouvait une photo en noir et blanc d’une jeune fille. Il devait s’agir de la sœur de Zhuo Feiquan… autrement dit Luo Qianshui de l’intérieur de la porte.
Zhuo Feiquan partit furieux. Cheng Yixie ne le retint pas et dit simplement à Cheng Qianli que, la prochaine fois qu’il rencontrerait ce genre de personne, il ne devait pas lui prêter attention, ni même ouvrir la porte.
« Qu’est-ce que tu lui as fait exactement ? » demanda Cheng Qianli.
Cheng Yixie ricana : « Frère Ruan et Qiushi ont failli mourir à cause de lui. Si je ne l’ai pas tourmenté à mort, c’est que j’ai eu le cœur tendre. »
À l’intérieur de la porte, Zhuo Feiquan était peut-être extrêmement remarquable, mais à l’extérieur, il n’était qu’une personne ordinaire. Plus important encore, il n’avait rejoint aucune organisation et ne disposait d’aucun soutien.
« Très bien », dit Cheng Qianli. « Ne va pas trop loin, sinon Ruan-ge va te réprimander. »
Cheng Yixie ne répondit pas et entra dans la cuisine. Peu après, une odeur de nourriture se répandit.
Cheng Qianli demanda : « Qu’est-ce qui s’est exactement passé dans la porte ? Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu mon frère traiter quelqu’un de cette manière. »
Lin Qiushi répondit : « Rien de très particulier… » Lui aussi trouvait l’attitude de Cheng Yixie quelque peu étrange.
En réalité, la plupart du temps, Cheng Yixie ne montrait pas d’émotions fortes. Il ne ressemblait pas à quelqu’un qui chercherait délibérément vengeance. Peut-être que ce que Zhuo Feiquan avait fait dans la porte l’avait réellement mis en colère ?
Sur ce point, Lin Qiushi n’y pensa pas davantage, car le moment pour lui d’entrer dans la porte approchait rapidement.
Lin Qiushi prépara tout soigneusement. Il fixa un code secret et des vêtements avec la personne qu’il devait rencontrer, puis commença à attendre l’arrivée du moment d’entrer.
Quelques jours plus tard, un après-midi, Lin Qiushi sentit un changement dans l’atmosphère environnante. Il poussa la porte de sa chambre et, sans surprise, vit que le couloir extérieur s'était transformé en douze portes en métal noir.
Traducteur: Darkia1030
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