DPUBFTB - Chapitre 120 - Cycle du karma, la rétribution est inévitable (34)

 

Fin, zéro, critères de sélection.

 

Lorsque 061 claqua soudain la porte du bureau de 023, il effraya celui qui, à l’intérieur, était en train de traîner et jouer (NT : pendant les heures de travail).

Le bas de son pantalon, du côté droit, pendait en se balançant, vide.

La main du jeune homme avec laquelle il s'appuyait contre le mur tremblait, son regard était si flou qu’il n’arrivait pas à faire le point, et sa frange, trempée, laissait tomber des gouttes de sueur froide.

« Je n’ai pas l’esprit très clair en ce moment », dit 061 en s’accrochant à la dernière parcelle de lucidité qui lui restait. « Aide-moi à réécrire mon programme. Vite. »

Alors que 023 restait figé, console en main, 089 avait déjà jeté la sienne et s’était précipité devant 061.

061 ayant ouvert les autorisations de son propre corps, 089 ne dit pas un mot : il nettoya et répara immédiatement les données endommagées, copia celles de la jambe gauche de 061, les inversa et les dupliqua, puis injecta ce nouveau segment de données à la place correspondante.

À peine sa jambe droite réparée, 061 le remercia brièvement et se dirigea vers la sortie.

Sa démarche n’était pas très stable, sa respiration désordonnée ; la douleur résiduelle continuait de tourmenter ses nerfs, mais il corrigeait cependant, tout en marchant, les détails que 089 n’avait pas eu le temps de prendre en compte.

Totalement perplexe, 023 voulut le rattraper : « Attends ! »

089 tendit la main pour l’arrêter.

023 regarda 089. « Tu sais ce qui lui arrive ? »

089 répondit honnêtement : « Je n’en sais rien. »

023 : « …Alors pourquoi m’empêches tu d’y aller ?! »

089 : « Il est évident qu’il a quelque chose d’urgent à faire. »

Tout en parlant, 089 posa nonchalamment son coude sur l’épaule de 023 et dit en souriant : « De toute façon, ce type-là devra bien revenir tôt ou tard. Tu pourras simplement lui demander la prochaine fois qu'il reviendra. »

023 n’arrivait toujours pas à se sentir rassuré.

Dans son agitation, il remarqua le geste excessivement ambigu de 089.

023 lui lança un regard de côté : « Ton bras. »

089 continua à s’appuyer contre lui, mou comme s’il n’avait pas d’os.

La veine de la tempe de 023 palpita : « …Ton bras. Si tu continues à t’appuyer, je le tranche. »

089 retira aussitôt son bras.

023 s’apprêtait à le poursuivre pour demander des explications, mais à peine eut-il fait deux pas qu’il sentit soudain deux bras l’enserrer à la taille. Une force colossale le souleva d’un coup net.

089 le porta sans effort et l’installa à califourchon sur ses épaules.

023 : « Qu’est-ce que tu fais ?! »

089 maintint fermement sa taille, abaissant la voix jusqu’à lui donner une sensualité troublante : « Ne le poursuis pas. »

…Ne le poursuis pas, ne demande rien.

061 était blessé et se hâtait de repartir ; inutile de réfléchir pour savoir que cela avait un rapport avec Chi Xiaochi.

Et 061 était si protecteur envers Chi Xiaochi, à tel point qu'il avait même prévu d'aller aux archives la dernière fois. Il semblait déjà douter de ce qui s’était passé il y a plusieurs années, lorsque le Maître Suprême lui avait effacé la mémoire.

Ainsi, pour le bien de 061, il valait mieux qu'ils ne parlent de rien ayant à voir avec Chi Xiaochi dans une zone que le Maître Suprême pouvait surveiller. Si, par mégarde, la conversation venait à évoquer les événements d’alors et attirait son attention et ses soupçons, il pourrait très bien, comme il y avait quelques années, trouver un prétexte pour procéder une nouvelle fois à l’effacement de la mémoire de 061.

Mais 089 ne confia pas entièrement ses pensées à 023.

L’ignorance était une bénédiction, après tout, il était rare de pouvoir se permettre de faire semblant de ne pas tout comprendre.

Il sortit en une seconde de son attitude sérieuse et lança d’un ton désinvolte : « Quand un enfant grandit, nous devrions lâcher prise et le laisser voler de ses propres ailes. »

023 : « … » Idiot. Voler où, exactement.

À cause de cette diversion volontaire de 089, 061 s’était déjà éloigné.

Revenant sur ses pas, 089 dit avec une insouciance totale : « Allez, allons-y, on retourne jouer. »

023 tenta de lui tirer les cheveux : « Pose-moi par terre ! »

089 répondit en toute mauvaise foi : « Non. Si tu en es capable, attrape ma tête avec une prise de ciseaux et fais-la exploser. »

023 répliqua : « Pour écraser ta cervelle, un casse-noix suffirait. »

089 éclata de rire, comme si rien de ce qui venait de se produire n’avait existé.

Lorsque 061 se libéra de l’espace du Maître Suprême et rouvrit les yeux, la jambe droite de Gan Tang était déjà complètement guérie. La douleur subsistait encore, mais elle s’était beaucoup atténuée.

Il laissa échapper un long soupir de soulagement.

Depuis le début, « Gan Yu » et « Gan Tang » n’avaient pas intégré le système de ce monde. Le prétendu « système » présent dans leurs corps n’était qu’une imitation, copiée à partir des données de Xi Lou, uniquement destinée à faciliter la conclusion d’un contrat d’alliance avec Chi Xiaochi.

Heureusement, bien que le système de ce plan disposât d’une priorité élevée et imposât partout des restrictions aux capacités de 061, pour un système du niveau de 061, copier un système suffisamment convaincant pour passer l’examen d’alliance ne constituait pas une difficulté majeure.

Mais cela avait aussi pour conséquence que le frère et la sœur devenaient des «personnes en trop» dans le monde des systèmes, incapables de bénéficier des réparations automatiques offertes par le système.

Au moment où Chi Xiaochi commença à révéler les cartes cachées de Yuan Benshan, 061 profita de l’occasion pour se téléporter dans l’espace du Maître Suprême, réparer à toute vitesse ses données endommagées, puis revenir en hâte, juste avant la dernière seconde précédant la téléportation.

… Il était finalement arrivé à temps.

Après la téléportation, la première chose que Chi Xiaochi fit en ouvrant les yeux fut de regarder la jambe de Gan Tang.

Ses deux jambes étaient bien là, longues et harmonieuses, soigneusement enveloppées de bas noirs ; de toute évidence, le système avait déjà réparé cette blessure non mortelle.

Elle s’était réveillée et caressait doucement sa jambe droite pour vérifier qu’elle avait bien repoussé.

Ce n’est qu’alors que Chi Xiaochi se détendit complètement. Aussitôt après, une fatigue déferlante l’envahit comme une vague, au point qu’il s’affaissa directement sur la table, heurtant de la tête la tour de blocs devant lui.

La tour de blocs s’écroula dans un grand fracas, et les petites pièces de bois roulèrent partout sur le sol.

Le jeune employé, qui jouait sur son téléphone la tête baissée, leva les yeux en entendant le bruit, lança un « oh » et se leva : « Que se passe-t-il ? Vous ne vous sentez pas bien ? »

Gan Yu essuya la sueur froide sur son front, se tourna vers lui et expliqua à sa place : « Ce n’est rien, il fait une hypoglycémie. Il ira mieux après s'être allongé un moment. »

Tout en parlant, il sortit un bonbon de sa poche, en ôta l’emballage et le lui tendit, effleurant légèrement les lèvres de Chi Xiaochi.

Chi Xiaochi ouvrit la bouche et prit le bonbon.

Gan Yu hocha la tête avec des excuses à l’adresse du jeune employé, puis se mit patiemment à réparer le désordre : il se pencha pour ramasser les blocs éparpillés et reconstruisit la tour.

Pendant ce temps, Xu Jiayi se leva silencieusement et sortit d’un pas hésitant.

Le jeune employé, surpris, demanda : « Monsieur, vous ne jouez plus ? »

Xu Jiayi s’arrêta, regarda autour de lui d’un air perdu, sans apercevoir personne.

À leur arrivée, tous étaient pleins d’espoir : Meng Qian bavardait sans arrêt, répétant que tout allait enfin se terminer ; Qiao Yun discutait avec Jia Siyuan, projetant de vider la moitié de ses économies pour acheter des vêtements et des cosmétiques en guise de récompense; lui, comme à son habitude, n’avait pas dit un mot.

Bien sûr, Xu Jiayi se réjouissait d’avoir survécu, mais il n’avait jamais imaginé qu’il partirait seul.

De nature solitaire, et n’étant l’ami d’aucun des trois autres, il n’avait jamais révélé qu’il possédait des yeux yin-yang, se contentant d’aider discrètement chacun du mieux qu’il pouvait.

À vrai dire, il détestait l’égoïsme de Qiao Yun et l’arrogance de Meng Qian, et parfois méprisait aussi la pusillanimité de Jia Siyuan, mais malgré tout, il avait accompagné ces trois personnes de la première épreuve jusqu’à la dernière, même s’il les critiquait intérieurement.

Cependant, lorsqu’il dut réellement faire face à leur mort, Xu Jiayi se rendit compte qu’il n’était pas entièrement dépourvu d’émotions.

Il tourna la tête vers Chi Xiaochi et vers Gan Yu et Gan Tang, miraculeusement survivants, et ressentit une profonde tristesse.

Après être resté un moment figé, Xu Jiayi dit enfin au jeune employé : « Je ne joue plus. Les amis avec qui j’avais rendez-vous ont tous des imprévus, ils ne viendront pas. »

Sur ces mots, il s’appuya contre le mur et s’éloigna lentement.

Comparé à Xu Jiayi, Gan Yu se préoccupait davantage de l’état mental de Chi Xiaochi : « Qu’y a-t-il ? »

Chi Xiaochi répondit péniblement : « Je suis fatigué. »

Son esprit était resté sous tension pendant une heure entière ; il était réellement épuisé.

Gan Yu éprouva une pointe de compassion : « Tu as beaucoup donné. »

Bien qu’il fût épuisé à la fois physiquement et mentalement, Chi Xiaochi ne perdait rien de sa malice. Pressant le côté de son visage contre son bras, il fixa Gan Yu et lui demanda en retour : «Ta jambe ne te fait plus mal ? »

Il avait encore le bonbon dans la bouche ; sa joue était légèrement gonflée, comme pour provoquer délibérément l’envie d’y donner une petite tape.

Il suffisait à Gan Yu de le regarder pour avoir envie de sourire.

Chi Xiaochi lui rendit un sourire éclatant, se ressaisit, se redressa de la table et appela Gan Tang : « Grande sœur Tang, tu peux marcher ? »

Soutenant Gan Tang, marchant côte à côte avec Gan Yu, ils gagnèrent lentement la rue.

Dans la rue, un flot ininterrompu de voitures et de passants se pressaient. Le soleil éclatant de l’après-midi descendait en nappes lumineuses, teintant les cheveux de Song Chunyang d’un blond doré et chaleureux.

Chi Xiaochi avait réglé toutes les affaires de Song Chunyang ; il était temps pour lui de se retirer.

Il demeura encore deux jours dans ce monde,achetant tous les accessoires surnaturels qu'il avait voulus sans jamais oser les obtenir, puis s’arrêta enfin à regret.

Il craignait que Yuan Benshan ne se suicide ; aussi surveillait-il constamment l’évolution de la valeur de repentir. Une hausse anormale et soudaine aurait signifié qu’il avait pris la ferme résolution de mourir.

Or, les faits montrèrent que Yuan Benshan tenait énormément à la vie. Peut-être essayait-il encore de supplier ce clown désormais incapable de se relever de lui laisser la vie sauve, de le libérer de cette prison inéluctable sans issue.

En y pensant, Chi Xiaochi sourit et recopia une nouvelle série d’informations sur un pense-bête posé devant son ordinateur.

Guan Qiaoqiao et Yuan Benshan n’étaient plus là ; Song Chunyang aurait du mal à assumer seul le loyer. Il fallait donc trouver rapidement un autre logement et déménager dès que possible.

Tout en échangeant des accessoires, Chi Xiaochi recherchait sur Internet des annonces immobilières appropriées.

Une fois toutes les affaires réglées, Gan Yu transféra bel et bien de l’argent sur son compte : pas moins de 1,2 million.

Chi Xiaochi l’appela pour demander : n’était-il pas convenu de 1 million ? D’où venaient ces 200 000 de plus ?

Gan Yu répondit en souriant que c’était les intérêts.

C’était la première fois de sa vie que Chi Xiaochi entendait dire que le payeur ajoutait volontairement des intérêts au bénéficiaire. Trouvant cela pour le moins étonnant, il renvoya de sa propre initiative les 200 000 supplémentaires.

C’était aussi une manière de tracer une ligne de démarcation.

Heureusement, en dehors du monde de la mission, Gan Yu se montrait parfaitement courtois : il accepta l’argent poliment, sans rien ajouter, avec une attitude qui disait : « Si tu n'es pas intéressé, j'arrête ».

Cela permit également à Xi Lou de pousser un soupir de soulagement en secret.

Voyant Chi Xiaochi concentré sur la comparaison des différents logements, Xi Lou dit : « Tu n’as pas besoin de t’en occuper. »

Chi Xiaochi : « Hmm ? »

« Ce clown qui tenait le jeu d’évasion semble être un personnage qui donne bien du fil à retordre au Maître Suprême. Dès qu’un missionné y est affecté, c’est pratiquement un risque de dix morts pour une survie. » Xi Lou poursuivit : « Le Maître Suprême est donc très satisfait que tu l’aies éliminé et souhaite t’accorder une récompense supplémentaire. »

La récompense était un appartement, dont l’emplacement, le type et la superficie seraient laissés à son choix.

Il semblait que le Maître Suprême avait également mené une enquête sur Song Chunyang, sachant parfaitement ce qui lui manquait le plus à présent.

Chi Xiaochi déchira le pense-bête, le glissa dans sa poche et corrigea Xi Lou : « Cette récompense n’est pas pour moi. Elle est pour Song Chunyang. »

Xi Lou resta silencieux.

Lorsque Chi Xiaochi disait cela, il semblait réellement décidé à partir.

Cet après-midi-là, Chi Xiaochi déclara à sœur Su, qui était de service, qu’il ne se sentait pas bien. Il se rendit ensuite dans la salle de repos, se recroquevilla sur un canapé et cessa d’échanger des cartes et des marchandises, laissant la valeur de repentir de Yuan Benshan grimper lentement.

Au moment de la séparation, Xi Lou ressentit au contraire une certaine réticence envers ce petit renard rusé : « Tu pars aujourd’hui ? »

Chi Xiaochi répondit : « C’est le moment. » Plus tard, si Yuan Benshan mourait de faim ou se pendait nu à une corde, tous ses efforts récents seraient été réduits à néant.

« Tu ne comptes pas aller voir Gan Yu ou Gan Tang ? »

« Non. » dit Chi Xiaochi. « Autant éviter de causer encore des ennuis à ton Song Chunyang. »

Xi Lou pensa que, pour une fois, c’était une remarque convenable.

Il avait souvent imaginé que, le jour où Chi Xiaochi quitterait le corps de Chunyang, il ferait éclater une longue série de pétards pour célébrer l’événement.

Mais lorsque ce moment arriva réellement, Xi Lou éprouva une véritable mélancolie. Après plusieurs mois passés ensemble, s’ils n’étaient pas des amis, que pouvaient-ils bien être d’autre ?

Chi Xiaochi perçut lui aussi cette tristesse diffuse, flottant dans l’air. Il préféra briser le silence et détourner la conversation.

Il demanda : « Xi Lou, et toi ? Une fois tes dix missions terminées, quand comptes-tu partir ? »

Xi Lou répondit : « Je dois attendre le retour de Chunyang, m’assurer qu’il va bien, puis lui raconter tout ce qui s’est passé durant cette période. »

Chi Xiaochi insista : « Et s’il va bien, quels sont tes projets ensuite ? »

Xi Lou répondit : « Bien sûr, revenir le voir avec un nouveau corps. »

Chi Xiaochi : « Pour faire quoi ? »

Xi Lou garda un silence étrange de quelques secondes, puis demanda avec une pointe de méfiance : « Pourquoi ces questions ? »

Chi Xiaochi répondit : « Par simple curiosité, pour discuter un peu. »

L'intuition de Xi Lou lui disait qu'il y avait quelque chose d'étrange dans la façon dont Chi Xiaochi agissait, mais il ne put s’empêcher de se laisser aller à ses pensées : « Quand j’étais encore en vie, j’étais en troisième année d’université, en finance. Mes parents avaient divorcé depuis longtemps et s’étaient tous deux remariés, personne ne s’occupait de moi. Le Maître Suprême a dit qu’il pouvait me donner une identité réelle et me permettre de reprendre mes études. Je lui ai demandé de poursuivre mes études dans la ville où se trouve Chunyang, pour rester à ses côtés. S’il accepte, nous serons ensemble ; s’il refuse, je continuerai d’être son ami… »

Dès qu’il s’agissait de Song Chunyang, Xi Lou devenait particulièrement bavard.

Puisqu’il n’était pas là, Xi Lou pouvait dire tout ce qu’il avait sur le cœur.

Au fil de la conversation, Chi Xiaochi remarqua que la valeur de regret était déjà pleine et que la téléportation pouvait avoir lieu à tout moment. Il envoya donc un message à sœur Su, qui connaissait bien Song Chunyang, lui disant qu’il se sentait extrêmement mal, comme s’il avait de la fièvre, et lui demanda de venir jeter un œil.

À la fin, il rangea son téléphone, tapota l’endroit de sa poitrine et dit avec un sourire espiègle : «Tu as entendu ce qu’il a dit ? À partir de maintenant, tout est entre tes mains. »

Xi Lou comprit enfin que quelque chose n’allait pas : « … Hé, qu’est-ce que tu veux dire ? »

Chi Xiaochi répondit : « Hi hi hi. »

Ce rire donna à Xi Lou la chair de poule, et son mauvais pressentiment ne fit que s’aggraver : « Hé ! Chi Xiaochi ! »

Mais plus personne ne lui répondit.

Le corps de Song Chunyang s’affaissa mollement sur le long canapé, et sa respiration devint progressivement plus rapide.

Peu après, la porte de la salle de repos s’ouvrit de l’extérieur. Une main douce se posa sur son front, puis se retira aussitôt, paniquée.

« Oh là là, comme il est brûlant ! » s’exclama sœur Su. « Chunyang ? Chunyang ! Attends, je vais appeler le docteur Ma pour qu’il vienne te voir. »

Song Chunyang entrouvrit légèrement les yeux. Ses yeux, pareils à des gemmes, clignèrent de fatigue, et il dit avec effort : « Merci. »

Sœur Su lui caressa les cheveux : « De quoi me remercier ? Ne fais pas de manières avec sœur Su, d’accord. »

Très vite, sœur Su sortit comme un coup de vent.

Song Chunyang tourna légèrement la tête vers le vide et répéta tout bas : « Merci. »

Il ne savait pas si la personne nommée Chi Xiaochi pouvait encore entendre sa gratitude, mais en dehors de ce remerciement, il n’avait rien d’autre à offrir en retour.

À plusieurs étages de bureaux de là, Gan Yu, qui baissait la tête pour dessiner au stylo-plume un portrait de Chi Xiaochi, s’arrêta soudain dans son geste. Aussitôt, un léger sourire se dessina au coin de ses lèvres.

Enfin.

Enfin, il allait pouvoir de nouveau dialoguer normalement avec lui.

En un instant, son bureau ainsi que le « Gan Yu » qui s’y trouvait disparurent complètement.

À l’emplacement du bureau se dressait désormais un mur plein et massif.

Et pourtant, les personnes allant et venant ne remarquèrent aucune de ces transformations soudaines, comme si cet endroit avait toujours dû être un mur.

Au même moment, en l’espace d’un battement de cils, les informations concernant Chi Xiaochi furent transmises à l’écran situé devant le Maître Suprême.

Code de l’hôte : n° 1198
Nom de l’hôte : Chi Xiaochi
Évaluation du niveau de difficulté du monde : classe S
Taux d’achèvement du monde : 100 %
Évaluation de l’état de l’hôte : toutes les fonctions sont bonnes et stables, téléportation possible à tout moment
Total d’entropie obtenue : 0 (inférieur à la moyenne de 5201)

La raison pour laquelle l’entropie était à zéro tenait au fait que Song Chunyang avait conclu un contrat avec le Maître Suprême : toutes les énergies négatives qu’il produisait, que ce soit dans le monde parallèle ou dans le monde réel, y compris l’entropie, étaient absorbées en priorité par le Maître Suprême de cette ligne temporelle.

En regardant ces données revenues de la téléportation, le Maître Suprême sombra dans un long silence.

L’IA demanda prudemment : « Allez-vous bien ? »

Un brasier s’embrasa dans le cœur du Maître Suprême, brûlant jusqu’à rendre sa voix rauque : «Comment, à l’origine, Chi Xiaochi a-t-il été sélectionné pour entrer dans le système ? Comment le processus de sélection a-t-il été effectué ?! »

Il se souvenait parfaitement qu’afin de garantir que les sources d’énergie obtenues soient majoritairement qualifiées, il avait élaboré une série complète de critères de sélection à destination des hôtes.

Ces critères avaient toujours fait leurs preuves. Pourquoi, précisément, avaient-ils cessé de fonctionner avec Chi Xiaochi?

Se pouvait-il que le système de sélection ait présenté un dysfonctionnement ?

L’IA consulta l’intégralité des dossiers de Chi Xiaochi dans la base de données, y compris le rapport d’évaluation soumis par le système de sélection initial.

D’une voix mécanique et stable, elle récita : « Les critères de sélection que vous avez établis pour les hôtes sont les suivants. »

« Premièrement : avoir nourri de son vivant un attachement obsessionnel intense, ne pas accepter de mourir ainsi.

« Deuxièmement : avoir un antécédent de tentative de suicide ou un dossier médical relevant de troubles de type faiblesse mentale.

« Troisièmement : être homosexuel dans le rôle réceptif, dissimuler volontairement son orientation sexuelle, et de préférence n’avoir aucune expérience amoureuse.

« Quatrièmement : avoir des parents dont la relation est conflictuelle.

« Cinquièmement : ne disposer d’aucun ami dont la relation atteigne le niveau “intime”.

« Sixièmement : vivre seul, avoir un cercle de vie quotidien restreint et peu d’échanges avec autrui.

« Septièmement : avoir déjà perdu quelque chose de très important.

« Conformément aux règles, à l’exception du premier critère qui est obligatoire, seuls ceux qui remplissent plus de trois critères sont qualifiés pour devenir hôtes. »

L’IA marqua une pause, puis ajouta : « … Cependant, d’après les données, Chi Xiaochi remplit l’ensemble des critères ci-dessus. »

Cette fois, le Maître Suprême fut véritablement stupéfait.

Comment cela était-il possible ?

Ces critères avaient été élaborés avec le plus grand soin afin de garantir que soient sélectionnés des individus sans opinion propre, en manque d’affection, faibles et craintifs, de parfaits déchets.

Seuls de tels individus perdaient facilement leurs repères lors de l’exécution des missions, se laissaient égarer dans une douceur qui ne leur appartenait pas, et, après deux ou trois paroles enjôleuses, se laissaient docilement entraîner.

Si Chi Xiaochi remplissait toutes ces conditions, comment avait-il pu devenir ce qu’il était aujourd’hui ?

 

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L'auteur a quelque chose à dire :

089 est extrêmement intelligent !

Depuis que le Seigneur Dieu a investi dans les actions de Xiaochi, il subit des pertes chaque jour.

 

Traduction: Darkia1030