Buddha - Chapitre 41 - Mains gauche et droite.
Fan Xiao mit une bonne partie de la nuit à se faire pardonner cette simple remarque lancée sur le ton de la plaisanterie.
You Shulang n’était pas un homme mesquin ; pourtant, il conserva de bout en bout son air distant, simplement parce que voir Fan Xiao rire et plaisanter contribuait à apaiser sa mauvaise humeur et sa tristesse.
La nuit tombée, Fan Xiao alla prendre une douche.
Il avait déjà fait preuve d'un talent d'acteur exceptionnel, incarnant avec brio l'histoire tragique d'un handicapé doté d'une volonté de fer. Mais l n'avait pas réussi à convaincre You Shulang de lui donner un bain . Tout ce qu’il avait obtenu, c’était un énorme sac plastique que le directeur You avait soigneusement noué autour de sa main blessée.
Dans la salle de bain, Fan Xiao retira son attelle avec une indifférence détachée. De sa main droite désormais totalement rétablie, il baissa son pantalon. Il ne l’avait tiré qu’à mi-cuisses lorsqu’une silhouette projeta son ombre sur la porte vitrée depuis l’extérieur.
You Shulang frappa doucement à la porte : « Fan Xiao, tu as oublié de prendre ta serviette de bain. »
Fan Xiao était pointilleux — lorsqu’il voyageait, il emportait toujours ses propres serviettes et son peignoir.
Il se dégagea complètement de son pantalon et se promena sans aucune honte, puis entrouvrit la porte. « Merci. »
Après avoir pris la serviette, Fan Xiao voulut encore échanger quelques paroles désinvoltes, mais avant même qu’une syllabe ne sorte de sa bouche, la porte se referma brusquement de l'extérieur. Heureusement, il eut le réflexe de reculer à temps, évitant ainsi un écrasement douloureux.
Après sa douche, lorsqu’il rouvrit la porte de la salle de bain, Fan Xiao — une serviette nouée autour de la taille — resta interdit.
You Shulang était adossé au chambranle, un verre de vin rouge à la main. Sa posture était souple et nonchalante, un sourire léger et insaisissable flottant au coin de ses lèvres. Lorsqu’il leva les yeux vers Fan Xiao, une séduction incroyablement envoûtante s’y glissa.
Le cœur de Fan Xiao se mit soudain à battre la chamade ; ses pensées déraillèrent, tandis qu’il cherchait mentalement où l’hôtel proposait des préservatifs en distributeur automatique.
« Le directeur You a finalement décidé d’ouvrir cette bouteille de vin ? »
Le vin rouge avait été apporté par Fan Xiao dans ses bagages ; il était même plus cher que celui offert à Lu Zhen. You Shulang n’aimait pas particulièrement l’alcool et avait déjà refusé à deux reprises, l’empêchant d’ouvrir la bouteille.
Le vin rouge, pas encore totalement aéré, dégageait une légère odeur acide. You Shulang laissa échapper un petit rire doux : « Tu veux un verre ? »
Son regard se posa sur la main blessée de Fan Xiao : « Puisque cette main est hors service, dois-je te servir ? »
La dernière partie de sa phrase monta légèrement en intonation, véhiculant un sens qui ne coïncidait pas avec les mots eux-mêmes. Fan Xiao réfléchit un instant, puis osa répondre avec prudence : « Alors je vais devoir déranger le directeur You. »
You Shulang sourit : « Viens ici. »
« Tu veux boire… ici ? » Fan Xiao jeta un coup d’œil vers le canapé, mais s’approcha néanmoins docilement de l’homme.
La chaleur de leurs corps commençait à peine à se mêler que, soudain, You Shulang attrapa le col du peignoir de Fan Xiao et le projeta violemment contre le mur.
Le liquide couleur carmin s’agita brutalement dans le verre ; quelques gouttes éclaboussèrent et tachèrent le peignoir blanc immaculé de Fan Xiao.
Leurs respirations s’entremêlèrent. Le sourire dans les yeux de You Shulang brillait d’un éclat acéré et dangereux : « Président Fan, comment devrions-nous boire ce vin ? Un verre entier, ou juste une gorgée ? »
Sa poitrine pressait fermement contre celle de l’autre homme, une jambe coincée entre les siennes : You Shulang maintenait une posture de contrôle parfaite, digne d’un manuel. Pourtant, sous cette emprise implacable… Fan Xiao fut excité.
« Comme tu le souhaites, directeur You. Je suivrai tes instructions. » Sa voix était basse et rauque, semblable à du gravier raclant le cœur : âpre, provocante.
« Alors bois davantage. »
Le verre de vin rouge, presque plein, fut plaqué avec force contre les lèvres de Fan Xiao ; le bord heurta ses dents avec un bruit sec. You Shulang tourna le poignet, inclina le verre, et le vin rouge, acide et âpre, se déversa dans la bouche de Fan Xiao.
Fan Xiao ne chercha ni à esquiver ni à résister. Il avala rapidement, sa pomme d’Adam montant et descendant en mouvements rapides.
À la fin, il y en eut plus qu’il ne pouvait avaler. Le liquide rouge sombre commença à s’échapper du coin de ses lèvres, glissa lentement vers le bas, traçant une ligne nette le long de son cou, avant de disparaître finalement entre les plis déjà défaits de son peignoir.
La scène dégageait une sensualité sans bornes, irrésistiblement séduisante.
La respiration de You Shulang se troubla ; la force de son immobilisation se relâcha légèrement. Détournant le regard du col entrouvert du peignoir, il croisa celui de Fan Xiao.
C’étaient des yeux de bête sauvage — dominants, avides, emplis d’un désir sans fond.
Un feu dissimulé se mit à courir dans le corps de You Shulang. Il n’aurait jamais cru pouvoir être excité par un homme aussi redoutable.
Plus il était difficile à dompter, plus il avait envie de lever le fouet et de le contraindre à se soumettre.
Le verre de vin était vide. Les deux hommes haletaient doucement, leurs souffles mêlés, se dévisageant sans un mot.
Fan Xiao écarta le bord du verre de ses lèvres. Alors qu’il s’apprêtait à se pencher en avant, You Shulang fit un pas en arrière le premier.
Il recula assez loin, baissa les yeux et demanda : « Quand est-ce que ta main a guéri ? »
Fan Xiao resta un instant stupéfait, puis laissa échapper un rire impuissant : « Alors c’est pour ça que tu es en colère. »
Il baissa la tête pour jeter un regard à l’attelle sur son bras : « Comment l’as-tu découvert ? Ah… quand j’ai ouvert la porte tout à l’heure pour prendre le peignoir, j’ai utilisé ma main droite ? »
Merde. Une pointe d’agacement le traversa ; il avait été trop négligent. « Ça ne fait pas longtemps, juste deux ou trois jours. »
«C’était si amusant que ça de te moquer de moi? » You Shulang balaya instantanément toutes les pensées interdites de l’instant précédent, son visage se glaçant. « Ou bien mon service bon marché a-t-il pleinement satisfait le président Fan ? »
« Bien sûr que j’étais satisfait. » Fan Xiao baissa les cils ; une légère mélancolie se posa sur ses traits. « Je t’ai menti. Depuis mes sept ans, personne ne s’est jamais aussi bien occupé de moi. Je m'en veux d’avoir été trop gourmand. »
You Shulang resta silencieux un moment. Voyant Fan Xiao commencer à retirer son attelle, il fit un pas en avant et écarta sa main gauche, maladroite au point d’en être presque inutile.
« Tu aimes que je prenne soin de toi ? » Son ton était très doux, mais il portait un danger latent.
Fan Xiao recula instinctivement, mais il n'y avait plus d'échappatoire.
« Alors laisse-moi te l’enlever. »
D’un mouvement soudain et puissant, You Shulang tordit le bras droit de Fan Xiao derrière son dos et le plaqua dans l’angle étroit de la pièce. En quelques gestes précis, il arracha l’attelle.
La planche de plastique tomba au sol à leurs pieds avec un claquement sec. You Shulang se pencha en avant et murmura à l’oreille de Fan Xiao : « Shi Lihua a essayé de t’appeler tout à l’heure, mais il n’a pas réussi à te joindre. Alors il m’a appelé, moi. Devine ce qu’il m’a dit ? Il a dit qu’à seize ans, tu avais participé à un tournoi d’e-sport en jouant de la main gauche — et que tu avais remporté la première place. »
À peine ces mots prononcés, You Shulang leva brusquement le pied et frappa sèchement l’arrière du genou droit de Fan Xiao avec la pointe de sa chaussure.
Privé d’appui, Fan Xiao tomba à genou. Ses paumes heurtèrent le sol, le laissant dans un état légèrement désordonné — pourtant, le coin de ses lèvres se releva. Il laissa son corps s’affaisser avec lenteur et s’assit par terre, relevant la tête pour regarder l’homme qui se tenait devant lui.
« You Shulang, crois-le ou non, je ne me suis pas joué de toi, et je n’ai jamais voulu t’humilier. Oui, je voulais que tu gravites autour de moi, que tes yeux ne voient que moi. »
Sa voix s’alourdit et ralentit. « Dis-moi… pourquoi crois-tu que ce soit le cas ? »
Un frémissement le traversa. You Shulang fronça lentement les sourcils. Il soutint le regard de Fan Xiao — ses yeux s’assombrissant, s’enfonçant, emmêlés d’émotions trop complexes pour être déchiffrées.
« Je ne sais pas. Et je ne veux pas le savoir. »
Il se détourna : « Demain, tu seras responsable de débarrasser les cartons et de classer les documents. Maintenant, relève-toi et va dormir. »
Mais derrière lui, Fan Xiao releva légèrement le coin des lèvres. Son regard profond et brûlant se fixa sur la silhouette qui s’éloignait ; dans ses yeux se tourbillonnait un mélange de froideur acerbe et d’ardeur incandescente, sa possessivité frénétique palpable.
« D’accord », répondit-il doucement.
Traduction: Darkia1030
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