Buddha - Chapitre 44 - Je vais t‘apprendre.

 

La porte de la chambre d’hôtel fut violemment ouverte d’un coup de pied, puis claquée aussitôt. Les silhouettes emmêlées furent brièvement saisies par l’éclair de lumière du couloir avant de replonger dans l’obscurité.

Personne n’alluma la lumière.

Dans ces ténèbres apparemment sans fin, on n’entendait plus que des respirations lourdes et désordonnées.

« You Shulang. » Les lèvres serrées, Fan Xiao parla sans s’éloigner de la bouche de l’homme. Chaque mot s’échappa entre leurs lèvres jointes, indistinct, saturé d’intimité. « Tu aimes les types à la peau claire, au joli visage, au corps doux, hm ? »

Le ton faussement vexé lui arracha quelques rires étouffés. La voix de You Shulang, encore étouffée, répondit : « Et toi, quel avantage as-tu ? Laisse Gege inspecter la marchandise. »

Clac ! Une lampe dans un coin de la pièce s’alluma soudain. Transperçant les couches d’ombre, la petite veilleuse diffusa une lueur trouble et tamisée, enveloppant les deux hommes enlacés.

Les lèvres de Fan Xiao quittèrent enfin celles de You Shulang. Il se redressa, l’expression froide, arrogante, dominatrice. « You Shulang, ce que tu aimes, c’est un homme — pas une petite chose efféminée. »

Le bout de ses doigts se posa sur les boutons de sa tenue décontractée. Son regard, presque perçant, se fixa droit sur You Shulang.

D’un simple mouvement du poignet, un bouton céda. La lumière chaude glissa le long de son cou long et élégant, se répandant de façon ambiguëe sur la peau nouvellement dévoilée. Même le pendentif du Bouddha aux quatre visages autour de son cou semblait adouci, presque bienveillant, sous cet éclairage.

You Shulang relâcha son dos contre le mur, glissa une cigarette entre ses lèvres et déclara avec un sourire : « Continue. »

Un autre bouton se détacha, laissant entrevoir ses pectoraux puissants. Le troisième bouton perdit à son tour toute utilité, dévoilant une taille et un abdomen fermes qui rappelèrent à You Shulang un lion lancé à pleine vitesse.

La respiration de You Shulang s’accéléra légèrement ; il en oublia d’allumer sa cigarette.

Plus bas se dessinait cette magnifique ligne en V. Fan Xiao ne chercha pas à la dissimuler sous son pantalon. Sa chemise glissa au sol, et dans le même mouvement fluide, il défit sa ceinture. Ses deux pouces s’accrochèrent à la ceinture du pantalon tandis qu’il levait les yeux vers l’homme adossé au mur.

You Shulang sentit sa bouche s’assécher, une flamme féroce s'allumer en lui. Il se raidit et releva le menton : « Continue. »

Les vêtements étaient éparpillés sur le sol, et devant You Shulang se tenait un homme qui semblait tout droit sorti d’un mythe.

Il savait que Fan Xiao avait un beau corps, mais jamais il n’aurait imaginé qu’il soit à ce point exceptionnel. Le regard de You Shulang se voila et le désir qui l'habitait hurla de rage.

Ne portant plus que le pendentif du Bouddha aux quatre visages, l’homme s’avança pas à pas vers lui. Chaque pas résonnait à ses oreilles comme le battement d’une immense cloche de bronze.

(NT : image évoquant un choc solennel et puissant. En Chine, les cloches de bronze symbolisent traditionnellement l'autorité, la communication avec le sacré,, et servent de lien solennel entre le pouvoir temporel, le divin et le peuple).

« Directeur You, la marchandise inspectée est-elle acceptable ? » La grande main de Fan Xiao se leva pour caresser la joue de You Shulang.

You Shulang leva la main, l’attira brutalement contre lui et l’embrassa avec fougue. Un murmure haletant s’échappa du coin de ses lèvres : « Président Fan, tu aurais dû te déshabiller plus tôt. Même si tu avais été hétéro, je t’aurais quand même accepté ! »

Le lit était sens dessus dessous, les corps emmêlés, les souffles hors de contrôle — quand, soudain, un cri aigu retentit : « You Shulang ! »

« Qu’y a-t-il ? » L’homme ainsi appelé s’appuya sur ses coudes au-dessus de Fan Xiao et demanda entre deux respirations inégales : « Tu as peur ? »

« Laisse-moi fumer une cigarette. » Fan Xiao mordit la cigarette ‘rouge à lèvres’ qu’il venait de porter à sa bouche, s’adossa à la tête de lit et laissa échapper un petit rire. « Je me suis toujours imaginé jouer le rôle du dominant. » … Maintenant… « Ça va, laisse-moi juste m’y habituer et me préparer mentalement. »

Délibérément, il dissimula la panique et la retenue dans son regard, n’y laissant filtrer que la juste dose d’un sourire forcé.

L’odeur épaisse du tabac les enveloppait tous les deux. You Shulang resta silencieux un long moment, suffisamment longtemps pour que l’anxiété commence à palpiter dans la poitrine de Fan Xiao, jusqu’à ce qu’il lui arrache finalement la cigarette des lèvres, en tire une profonde bouffée et l’écrase avec force dans le cendrier.

Puis l’homme se retourna et s’allongea sur le lit, donnant un coup de pied à Fan Xiao :
« Fais-le, toi. »

Réussi !

Fan Xiao eut toutes les peines du monde à réprimer son expression triomphante, affichant à la place un air faussement surpris : « Tu es sûr… que tu veux que ce soit moi ? »

« Mm. Je ne veux pas qu’il y ait de regrets pour notre première fois. » You Shulang passa un bras autour de Fan Xiao, l’embrassa encore et encore, la voix basse et ensorcelante. « Mais tu dois émettre un joli son pour que je l'entende. »

Fan Xiao se rappela instinctivement le mot laissé par Lu Zhen, où figuraient les mots « You shushu ». La faible lumière dissimula le frisson soudain qui traversa son regard. D’une voix parfaitement maîtrisée, il demanda : « Comment veux-tu que je t’appelle ? »

« Appelle-moi “petit ami” (NT : nán péngyǒu. désignation exclusive du partenaire amoureux). J’ai encore l’impression de rêver d’être avec toi. »

Il haussa les sourcils, et la joie revint illuminer le visage de Fan Xiao. Il se pencha pour embrasser l’homme : « Directeur You, suis-je déjà apparu dans tes rêves ? »

You Shulang lui donna une tape sur la taille et insista : « Tu le fais ou non ? »

« Je le ferai, mon petit ami. »

Mais… il y avait encore un peu de regrets.

Une fois terminé, Fan Xiao posa sa joue contre le côté du cou de You Shulang, restant ainsi longtemps sans bouger.

You Shulang caressa son dos pour le rassurer : « Ça va. Ce n’était pas si court. Tu as probablement… déjà atteint la durée moyenne d’un homme normal. »

La grande main de Fan Xiao se referma soudain sur la bouche de You Shulang. Il leva la tête, les yeux rougis, fixant intensément l’homme sous lui : « J’étais juste trop excité, et un peu… nerveux. »

Sous sa paume, You Shulang hocha la tête, lui signalant qu’il comprenait.

Fan Xiao murmura un bas « Putain », puis abandonna tout simplement toute apparence : «C’était ma première fois, donc… »

You Shulang hocha de nouveau la tête.

« …Je ne l’avais jamais fait avec personne. Même pas avec une femme… Tu es le premier. »

Les yeux de You Shulang s’écarquillèrent brusquement. Il tapota la main encore pressée contre ses lèvres. Fan Xiao retira sa main, les bouts de ses oreilles rougissant tandis qu’il détournait le regard.

« Vraiment ? »

« Mm. »

You Shulang riait rarement avec un tel abandon, et pourtant Fan Xiao avait réussi à provoquer ce rire chez lui.

« Désolé, je ne voulais pas rire de toi. » You Shulang tenta de retenir le tremblement de ses épaules, « C’était juste… inattendu. »

Il rapprocha l’homme abattu et l’embrassa doucement : « Baobei (NT : bébé, mon chéri), ne t’inquiète pas. Je vais t’apprendre. »

Le souffle dans leurs oreilles, le rythme de leurs battements de cœur, la chaleur de leurs paumes, le parfum mêlé de leurs corps—le monde avait disparu. En cet instant, dans l’univers de You Shulang et Fan Xiao, il il n’y avait que l’un et l’autre.

« Oui, là… juste là, un peu plus profondément. »

« Trop vite, ralentis un peu, ça durera plus longtemps. »

« Fan Xiao ! Assez—ça suffit, arrête ! »

You Shulang, même si tout ce que je dis est un mensonge, je veux le répéter : « Je t’aime. Je t’aime tellement. »

***

Alors que l’avion filait dans le ciel, Fan Xiao feuilletait des documents d’une main tandis que l’autre, cachée sous la couverture, s’enroulait doucement autour des bouts des doigts de You Shulang.

You Shulang rattrapait son sommeil, un masque de sommeil sur les yeux. Fan Xiao l'avait harcelé pendant un jour et une nuit. Cet homme qui avait goûté pour la première fois à la viande n’était pas différent d’un loup affamé. You Shulang, au cœur tendre, avait cédé à ses avances, mais il en avait souffert. C’était également sa première fois à se soumettre à quelqu’un, et il ne put tout simplement pas résister à la force brute et incessante d’un débutant qui semblait ignorer la fatigue. Finalement, il dut recourir à d’autres méthodes pour le calmer—des méthodes qui, néanmoins, laissèrent Fan Xiao pleinement satisfait.

Un soubresaut de turbulence secoua l’avion, mais You Shulang ne se réveilla pas, inclinant seulement la tête sur le côté. Fan Xiao posa ses documents et guida doucement la tête de l’homme pour qu’elle repose sur son épaule. Pour lui assurer plus de confort, il se déplaça légèrement plus bas dans son siège.

L’un des ingénieurs de la même rangée jeta un coup d’œil par-dessus l’allée, la surprise traversant fugacement ses yeux. Fan Xiao rendit le regard avec un sourire—et pourtant, la lourdeur oppressante dans son regard s’accentua, assez pour faire battre le cœur à tout rompre. Ce n’est qu’après que l’ingénieur eut forcé un sourire crispé et détourné rapidement les yeux que Fan Xiao baissa le regard vers l’homme reposant sur son épaule, son regard s'adoucissant.

L’avion atterrit en douceur. Fan Xiao poussa une valise dans chaque main, protégeant You Shulang derrière lui, le préservant ainsi du flot de passagers.

Le traitement lors du voyage retour était totalement opposé à celui de l’aller, et pourtant son cœur n’éprouvait que douceur et bonheur. Même la touffe de cheveux rebelle sur la tête de You Shulang, ébouriffée par le sommeil dans l’avion, lui paraissait ridiculement adorable.

Soudain, le téléphone dans sa poche vibra. You Shulang se retourna pour prendre les valises : « Réponds à l’appel, je prends les bagages. »

« Pas besoin. Récupère juste mon téléphone pour moi, laisse-moi voir qui c’est. » Fan Xiao bougea légèrement, découvrant sa poche. Il ne voulait laisser passer aucune occasion d’intimité avec You Shulang.

La main de You Shulang glissa dans la poche du pantalon, et lorsque ses doigts pressèrent la peau chaude à travers le tissu, Fan Xiao se laissa secrètement emporter par son petit frisson coquin—mais au moment où il vit le nom s'afficher sur l’écran, son expression se figea un instant. Bien qu’il se ressaisisse presque aussitôt, You Shulang lui jeta tout de même un regard fugace.

« Lu… tu vas répondre ? » demanda l’homme en levant le téléphone.

Le téléphone vibrait dans sa main, le nom « Lu » clignotant sans relâche. Les pensées de Fan Xiao s’envolèrent vers cette photo du couple sur l’étagère—vers You Shulang détournant le visage devant le bouquet de fleurs.

« Réponds. Prends l’appel pour moi et tiens-le contre mon oreille. Ici c’est bruyant—appuie-le bien. »

You Shulang fit un petit « hmm » et fit glisser l’icône verte.

Une voix d’homme parvint au téléphone, mais fut aussitôt engloutie par le bruit et l’agitation de l’aéroport. You Shulang plaça le téléphone contre l’oreille de Fan Xiao, appuyant fermement comme demandé.

« Bonjour. » Fan Xiao salua poliment, « Oui, je viens de rentrer du voyage d’affaires. Je suis encore à l’aéroport pour l’instant. » Il regarda You Shulang et parla dans le combiné : « Tu viens me chercher ? Non, pas besoin, ce serait trop de peine pour toi. »

« Demain ? Je ne suis pas libre demain, il y a un séminaire auquel je dois assister. » Fan Xiao sentit soudain un pic d’impatience. Ses pensées dérivèrent, son regard accrochant les lèvres de You Shulang—elles étaient si tentantes qu’il voulait se pencher pour les embrasser.

Puis, son regard se fit froid. Ces lèvres tentantes—Lu Zhen les avait aussi embrassées.

Le refus qu’il s’apprêtait à exprimer resta coincé dans sa gorge et fut remplacé par le contraire : « D’accord. Je suis libre après-demain. Envoie-moi le lieu dès que c’est fixé. Très bien, à plus tard. »

Après la fin de l’appel, You Shulang raccrocha et remit le téléphone dans la poche de Fan Xiao.

« Tu ne vas pas demander qui c’était ? Tu es tellement laxiste avec ton petit ami ? »

You Shulang laissa échapper un petit rire, et tandis qu’ils marchaient, il demanda comme Fan Xiao l’espérait : « C’était qui ? »

« Une équipe de recherche pharmaceutique essaie de me convaincre d'investir dans leur projet, alors ils sont particulièrement attentionnés. »

« Tu envisages d’investir ? »

« Je n’ai aucune intention de le faire. Mais avec autant d’enthousiasme, refuser même un repas serait mal vu. »

You Shulang hocha la tête : « C’est vrai. »

Fan Xiao le regarda et demanda soudain : « Ton ex-petit ami est-il déjà venu te chercher à l’aéroport ? »

You Shulang s’arrêta, fronçant lentement les sourcils.

Fan Xiao sourit avec une touche d’innocence feinte : « Pour être honnête, je suis parfois un peu jaloux. »

You Shulang le fit venir d’un signe de doigt, et lorsque l’homme s’approcha, il tourna la tête et murmura à son oreille : « Baobei, tu peux parfois être un vrai gamin. »

Sur ce, il leva la main et pinça vivement la joue de Fan Xiao avant de se diriger vers la sortie de l’aéroport.

Le ciel était couvert ; c'était déjà la saison des neiges dans le nord. Les vents chauds de la ville S n'atteignaient pas ces contrées, et de fins flocons tombaient lentement du ciel bas, disparaissant sans laisser de trace en touchant le manteau en laine blanche.

You Shulang et Fan Xiao étaient arrivés juste à temps pour la première chute de neige de l’année.

 

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Note de l’auteur :
Fan le lunatique, ce n’est pas que ta mère biologique ne veuille pas t’aider—c’est juste que tu es toi-même un sacré rookie, hahaha !
Et maintenant il est sur le point de provoquer à nouveau des ennuis.

 

Traduction: Darkia1030