Buddha - Chapitre 62 – Confrontation.

 

Les coups violents frappés à la porte brisèrent la tranquillité de la pièce. You Shulang tira à lui la personne accrochée à sa poitrine et dit d’une voix rauque : « Ça fait longtemps qu’on frappe. Va ouvrir la porte. »

Fan Xiao lui couvrit les lèvres de sa bouche, coupant ses mots. « Ne t’en fais pas, concentre-toi simplement directeur You. »

« Peut-être que le voisin a quelque chose d’urgent, Fan Xiao, je vais aller voir. »

Les paroles de You Shulang se mêlaient au bruit de l’eau. Après un long baiser profond, Fan Xiao murmura doucement : « Merde. Ne bouge pas, j’y vais. »

Il enfila simplement un pantalon ample, mais on pouvait toujours voir qu’il était en pleine érection. L’impatience dans le regard, Fan Xiao ouvrit la porte de la chambre et jeta un coup d’œil dehors.

Craignant qu’il ne provoque des ennuis, You Shulang enfila son peignoir malgré sa taille endolorie. Juste au moment où il atteignait la porte de la chambre, il entendit l’exclamation déformée de Lu Zhen : « Fan Xiao, pourquoi es-tu ici ? »

« Lu Zhen ? » You Shulang s’arrêta net. Comment connaissait-il Fan Xiao ?

En se tournant vers l’entrée, il vit deux personnes qui se faisaient face.

Dans les yeux de Lu Zhen se mêlaient la surprise et la colère ; les poils de son corps semblaient se hérisser, comme un petit animal sous stress.

Quant à Fan Xiao…

Le regard de You Shulang se posa sur lui. Son dos était plus raide que jamais, sa main droite tenait encore la poignée de la porte. Les veines sur le dos de sa main étaient gonflées, et leur teinte bleu foncé ressortait de façon anormalement nette.

Instinctivement, You Shulang jeta un coup d’œil derrière l’oreille de Fan Xiao. Ce geste inconscient d’inspection, sans qu’il sache pourquoi, irrita réellement Fan Xiao.

Les veines derrière ses oreilles recommencèrent à saillir, plus pressées, plus rapides encore. À présent, même celles de son cou ressortaient, comme si une bête habituellement arrogante venait soudain de rencontrer un ennemi redoutable.

Lu Zhen fit un pas en arrière et vérifia le numéro de la porte. Les chiffres familiers rallumèrent aussitôt sa colère. Il était plus petit de presque une tête que Fan Xiao. Brusquement, il poussa l’homme grand devant lui et lança avec férocité : « Si tu as quelque chose à dire, viens me voir moi. Pourquoi cherches-tu You Shulang ? Je t’ai déjà rendu le cadeau que tu m’avais fait. Je t’ai même écrit une reconnaissance de dette pour l’argent que je te devais ! Que fais-tu à le chercher? J’ai rompu avec lui ! »

Lu Zhen avait subi toute une série de coups durs au cours de la nuit, et maintenant, il était provoqué face à la vision de Fan Xiao bien vivant,. Sa colère éclata, et dans son esprit, il le considéra naturellement comme un voyou venu réclamer une dette.

Poussé par lui, Fan Xiao recula facilement et heurta le meuble à chaussures derrière lui. Le cadre photo en cristal posé dessus oscilla plusieurs fois avant de tomber au sol.

Le cristal éblouissant éclata en un instant, sa clarté se transformant en éclats. Les fragments se dispersèrent jusqu’aux pieds de Fan Xiao et sur la photo qui le représentait.

Le Fan Xiao hors du cadre, avait le regard glacial. Il avait voulu se comporter comme un lotus blanc faible et doux (NT : personne qui feint l’innocence et la pureté), mais il ne s’attendait pas à briser son propre cadre photo.

C’était vraiment de mauvais augure, alors il toucha le Bouddha aux quatre faces accroché à sa poitrine.

‘Je peux être celui qui le quitte, mais il ne peut pas me quitter.’
‘Le réconforter d’abord, puis le larguer sans pitié.’

Fan Xiao comprit soudain que You Shulang avait déjà été ramené à lui par des paroles douces, et qu’il ne lui restait plus qu’à se débarrasser de l’obstacle.

Il serra lentement le poing et se dit que c’était… le moment parfait.

Sans se laisser réfléchir davantage, Fan Xiao afficha un demi-sourire et dit : « Zhenzhen, pourquoi viens-tu si tard ? »

Dès que le mot « Zhenzhen » fut prononcé, l’atmosphère dans la pièce changea brusquement.

Lu Zhen reprit enfin ses esprits. En voyant la photo brisée au sol et Fan Xiao torse nu, son visage devint livide.

Il regarda lentement au-delà de l’homme devant lui, vers You Shulang, qui se tenait près de la porte de la chambre, vêtu seulement d’un peignoir. La voix tremblante, il demanda :
« You Shushu, que se passe-t-il ? Pourquoi Fan Xiao est-il chez toi ? »

« You Shushu? » Fan Xiao fronça légèrement les sourcils, lança à You Shulang un regard froid et dur, puis demanda d’un ton désinvolte : « Oui, Shulang, pourquoi mon modèle de peinture frappe-t-il à ta porte au beau milieu de la nuit ? »

Les deux personnes étaient en train de se rejeter la faute !

Au-dessus de l’endroit où se tenait You Shulang se trouvait un projecteur, vestige d’une décoration à l’ancienne qu’il n’avait jamais réparée malgré plusieurs rénovations.

La lumière tombait d’en haut, enveloppant ses cheveux d’un éclat brillant, comme les ondulations occasionnelles à la surface d’un lac silencieux, empreintes de solitude. Cette mèche noire était l’obsession de Fan Xiao ; il l’avait embrassée encore et encore, grisé par le parfum de rose sauvage, à la fois vibrant et mélancolique.

La lumière du plafonnier se posait ensuite sur les cils de You Shulang, projetant une ombre épaisse sous ses yeux, dissimulant l’expression de son regard et rendant tout de lui indéchiffrable.

« Vous vous connaissez ? » La voix de You Shulang était encore imprégnée de romantisme, rauque et sensuelle, d’une beauté qui faisait frissonner les oreilles.

Ce ton lent et posé, sans la moindre impatience ni colère, surprit Fan Xiao.

« Nous… »

Lu Zhen parlait lentement, si bien que Fan Xiao répondit à sa place : « Je le connais. Je lui ai déjà demandé de poser comme modèle pour mes peintures. Je crois que ça s’est produit une seule fois, ça ne m’a pas marqué. »

Tout en parlant, Fan Xiao quitta l’entrée, trouva une chaise dans le salon et s’assit. Il sortit une cigarette, la coinça entre ses doigts et confirma : « Dans mon souvenir, c’était bien ça. J’ai invité trop de modèles pour me rappeler de tous. »

Lorsque Fan Xiao se retourna, Lu Zhen aperçut plusieurs griffures sur son dos. Leur signification était évidente. Cela confirma enfin sa supposition ; sa voix devint aiguë et tremblante. Il pointa Fan Xiao du doigt et demanda à son ancien amant : « Vous… Shulang, qu’est-ce que vous faisiez à l’instant ?… Vous couchiez ensemble ? »

Une question à laquelle personne ne répond équivaut à un acquiescement tacite.

« Est-ce que c’était aussi lui qui n’est pas sorti de la chambre la dernière fois ? » demanda Lu Zhen en criant presque.

« Oui. » répondit You Shulang rapidemeny.

« Oui ? »
Les yeux de Lu Zhen devinrent soudain rouges, au bord de la folie.
« You Shulang, sais-tu au moins qui il est ? C’est Fan Xiao, celui qui me détestait quand j’étais son modèle, celui qui m’appelait Zhenzhen, celui qui n’arrêtait pas de me faire des cadeaux, celui qui peignait des tableaux, celui qui m’a poussé à t’abandonner et à te tromper pour lui ! »

« Je ne t’ai pas trompé. » Fan Xiao, assis sur sa chaise, rectifia calmement. « Tromper implique une interaction émotionnelle. Il n’y a jamais rien eu de tel entre nous. »

Lu Zhen esquissa un sourire amer. « Oui… non… Tu as simplement fait semblant de me faire croire que tu étais amoureux de moi, et quand j’ai tout abandonné, tu as trouvé ça normal et tu m’as dit que tout était faux !

La voix de Lu Zhen était sèche et rauque, presque hystérique. « Tu t’es moqué de moi, je l’admets, je le mérite ! Fan Xiao, pourquoi es-tu ici ? Qu’est-ce que tu veux faire, espèce de pervers ! »

En comparaison, les paroles de Fan Xiao furent légères, presque insignifiantes. « Tu te méprends. »
Il sourit. « Ah, je vois. Ton ex est mon copain actuel, c'est ça ? Parce que j’ai rejeté ta poursuite auparavant, mais qu’aujourd’hui je suis avec le petit ami que tu as abandonné, alors tu… t’es effondré ? »

« Non ! Ce n’est pas ça ! »
Il était évident que Lu Zhen s’était réellement effondré. Il se précipita vers You Shulang et attrapa son bras.
« You Shushu, n’écoute pas ses absurdités, tout est de ma faute. Je suis une personne méprisable. J’ai rompu avec toi à cause de lui, mais il est vraiment pervers et extrêmement doué pour manipuler le cœur des gens. Je ne sais pas pourquoi il s’est joué de moi, puis il est venu te provoquer. Il doit forcément y avoir un lien ! »

Les doigts de Fan Xiao se mirent inconsciemment à faire tourner la boîte d’allumettes. Sous la lumière, You Shulang avait perdu toute expression passionnée ; son visage était aussi calme que d’ordinaire. Il alla même jusqu’à tendre la main et tapoter l’épaule de Lu Zhen, lui demandant de se calmer et de respirer.

La fragile boîte d’allumettes fut lentement écrasée par la paume qui se refermait. Un sourire apparut sur le visage froid de Fan Xiao. Il tira une chaise et dit d’une voix douce :
« Zhenzhen, assieds-toi et détends-toi. Une fois tes émotions apaisées, les malentendus finissent par se dissiper. »

« Ne m’appelle pas Zhenzhen ! »

Lu Zhen, fou de rage, était sur le point d’exploser de nouveau, mais You Shulang le força à s’asseoir sur une chaise, lui tendit un verre d’eau tiède et deux chocolats. « Lu Zhen, maîtrise tes émotions. Tes lèvres sont pâles, tu dois encore faire une hypoglycémie. Tu n’aurais pas dû prononcer ces paroles. Je ne veux pas que tu t’évanouisses ici. Je n’ai plus l’obligation ni la responsabilité de prendre soin de toi. »

Fan Xiao haussa les sourcils. La froideur de You Shulang envers Lu Zhen lui procura un léger plaisir.

« Fan Xiao. » La seconde suivante, You Shulang l’appela. « Lu Zhen est anémique et ne supporte pas les stimulations verbales. S’il s’évanouit ici à cause de tes provocations, la responsabilité de s’occuper de lui te reviendra. Après tout… il a aussi été ton modèle de peinture. »

Le ton restait doux, mais les mots étaient extrêmement impolis. Pourtant, ils furent très efficaces et firent taire les deux hommes.

Cependant, Fan Xiao se sentit de nouveau malheureux.
You Shulang dit soudainement : « Je vais me changer. »

Le peignoir qu’il portait était sobre et le couvrait entièrement ; en changer serait donc inutile.

Il s’était déjà retourné et marcha vers la chambre, son dos encadré par les regards des deux hommes derrière lui, mince et droit comme toujours.

Ce ne fut qu’une fois la porte de la chambre refermée que You Shulang, venu sous prétexte de se changer, put respirer hors de leur vue. Son expression calme ne tint plus. Son corps glissa le long de la porte froide et il s’assit par terre, enfouissant son visage dans ses paumes.

Dieu seul savait combien de temps il avait tenu sous cette lumière solitaire. Depuis que Fan Xiao avait appelé « Zhenzhen » à l’entrée, son cœur était tombé dans un abîme glacé. Le sang brûlant dans son corps semblait s’être vidé d’un coup, et sa respiration s’était figée à cet instant.

Son corps portait encore l’odeur boisée laissée par Fan Xiao, et la chair tendre de sa poitrine le faisait encore légèrement souffrir… Pourtant, en l’espace de quelques instants, la distance entre eux était passée de la proximité à un éloignement tel qu’un gouffre immense les séparait.

You Shulang sourit amèrement. Il s’avérait que tout avait une origine traçable, mais qu’il s’était lui-même aveuglé par le désir et l’auto-illusion.

La porte de la chambre s’ouvrit de nouveau. You Shulang avait enfilé un simple ensemble d’intérieur en deux pièces. Il apporta aussi un ensemble pour Fan Xiao, le jeta sur le canapé et dit d’un ton neutre : « Mets ça. »

Fan Xiao fronça les sourcils en observant l’expression de You Shulang avant de se changer. À ses yeux, You Shulang était parfaitement normal. Face à une situation aussi chaotique, il était imperturbable comme s’il s’agissait d’une affaire qui ne le concernait pas. Fan Xiao n’attendait pas de You Shulang qu’il devienne hystérique, ce qui aurait presque été impossible, mais il ne voyait même pas la moindre panique ni la moindre douleur.

Est-ce que tu ne te soucies vraiment pas de moi ?
Fan Xiao se sentit encore plus contrarié.

Voyant Fan Xiao se changer, You Shulang tira également une chaise et s’assit, à une distance raisonnable des deux autres.

« Je vais poser quelques questions », dit-il lentement. « Vous pouvez choisir de ne pas répondre, mais ceux qui ne répondent pas devront quitter ma maison. »

« Demande, You Shushu», répondit Lu Zhen avec empressement.

« Shushu ? C’est quoi ce bordel ? » Fan Xiao jura paresseusement et fit traîner sa voix. « Tu es un gamin de trois ans ? Tu me fais perdre mon temps, dégage. »

You Shulang lança à Fan Xiao un regard d’avertissement, puis dit à Lu Zhen : « Change d’appellation. Ce n’est plus approprié de m’appeler ainsi. »

Lu Zhen se sentit lésé, mais n’argumenta pas davantage.

You Shulang inspira profondément, serra légèrement les dents et demanda à voix basse :
« Lu Zhen, comment Fan Xiao t’a-t-il trouvé pour poser comme modèle ? »

À ces mots, Fan Xiao fut pris de court.

Lu Zhen répondit docilement : « Mon agent m’a prévenu. Je ne voulais pas accepter au début, parce que j’avais d’autres engagements à ce moment-là. Mais mon agent m’a dit de tout mettre de côté, parce que cette commande rapportait plus d’argent. »

« Ils t’ont demandé expressément d’être le modèle ? » demanda de nouveau You Shulang.

« Oui, ils m’ont désigné nommément. »

You Shulang hocha la tête sans porter de jugement. Il se tourna ensuite vers Fan Xiao et demanda : « As-tu déjà offert des cadeaux à Lu Zhen ? »

« Je les ai offerts pour exprimer ma gratitude envers Lu Zhen. Ce ne sont que de petits cadeaux, rien de coûteux », répondit Fan Xiao avec un air très franc.

« Est-ce toi qui as donné la couronne ? »

You Shulang jeta un coup d’œil à Fan Xiao et resta effectivement stupéfait en le voyant.

« Je l’ai donné à leur place. Je suis allé dans leur entreprise pour discuter du tournage d’une publicité et, par hasard, j’ai vu Lu Zhen se faire intimider. Nous sommes tous amis, je ne pouvais pas rester les bras croisés. Tu sais, c’était un compromis, alors j’ai profité de l’urgence pour donner l’argent à Lu Zhen. »

« Le jour où Lu Zhen est venu ici récupérer le tableau, tu as entendu sa voix dans la pièce. Ne l’as-tu vraiment pas reconnu comme étant ton ami ? » demanda You Shulang d’un ton pressant.

Fan Xiao eut soudain l’impression que la pièce devenait étouffante, et son dos se couvrit légèrement de sueur.

Plus on parle, plus on commet d’erreurs. Il donna donc la réponse la plus simple : « Je ne l’ai pas reconnu. »

Tenant la cigarette entre son majeur et son index, You Shulang fit habilement tomber la cendre d’un geste du pouce, et elle chuta comme une larme soudaine.

« Lu Zhen, je me souviens que tu as reçu un appel le jour où tu es venu chercher le tableau. Qui t’a appelé ? »

You Shulang se souvenait très bien de cet appel. Une seule sonnerie avait suffi pour faire passer Lu Zhen de la tristesse à la joie, avant qu’il ne parte précipitamment. À l’époque, You Shulang avait supposé que l’appel venait sans doute du nouveau petit ami de Lu Zhen.

« Hein ? » Lu Zhen sursauta. « C’était Fan Xiao qui m’appelait. Je croyais qu’il voulait me proposer un rendez-vous, alors je suis parti en hâte. »

Les paupières de You Shulang se relevèrent brusquement, et il fixa Fan Xiao d’un regard tranchant comme une lame glacée.

Après quelques secondes de silence, Fan Xiao dit : « Je ne connais vraiment pas Lu Zhen. Quand je t’ai appelé, est-ce que tu as décroché ? »

« …Non. Ça a raccroché avant que l’appel ne soit connecté. »

« Ça a dû être une fausse manipulation, un geste involontaire. »

Lu Zhen n’y tint plus. « Fan Xiao, tu mens ! Tu disais que ce que tu m’avais donné n’était que des cadeaux ordinaires, que tu faisais seulement ça pour m’aider. Je fais parfaitement la différence entre des interactions normales et des avances ambiguës ! »

Fan Xiao claqua la langue, sans chercher à dissimuler son mépris : « Tu es encore à l’âge où l’on rêve. »

You Shulang interrompit la dispute à temps et demanda : « Quand vous êtes-vous vus pour la dernière fois ? »

« Ça fait longtemps », répondit Fan Xiao sans sincérité.

Lu Zhen ajouta : « Le 4 novembre. J’ai mis de côté une annonce importante pour aller te voir. Tu étais auparavant en déplacement pour une réunion, et tu es justement rentré pendant que je travaillais. J’ai perdu beaucoup d’argent pour te voir, et maintenant, je trouve que ça n’en valait pas la peine. »

« En déplacement pour une réunion ? » murmura You Shulang. Après un court instant de réflexion, il tira une bouffée de cigarette, leva la tête et expira lentement. En regardant la brume lumineuse devant lui, il sourit d’un air moqueur.

« Quel surnom as-tu donné à Lu Zhen dans ton téléphone ? Ça doit être “Lu”, non ? » You Shulang se souvenait que, lorsqu’ils revenaient ensemble d’un séminaire dans la ville S et se trouvaient à l’aéroport, Fan Xiao avait reçu un appel de Lu Zhen. « C’est excitant de répondre à l’appel de mon ex-petit ami devant moi ? »

Fan Xiao croisa les jambes. Son ton, jusque-là hésitant, se fit soudain ferme. Il porta instinctivement la main à sa poche, mais découvrit que You Shulang avait déjà sorti son téléphone. « Lu Zhen, appelle Fan Xiao. »

« D’accord. »

« Shulang, tu ne me fais donc pas confiance ? » Fan Xiao se redressa et insista : « La dernière fois, pour Xue Baotian, tu ne me faisais déjà pas confiance, et cette fois encore. Suis-je indigne de ta confiance, ou est-ce toi qui inventes des histoires et souffres de délires ? »

You Shulang et Fan Xiao se fixèrent, leurs regards se croisant dans l’air, l’un sombre, l’autre acéré, s’enchevêtrant et se déchirant sans bruit. Ils s’étaient déjà regardés ainsi tant de fois, avec tendresse, passion et affection. C’était encore hier, encore à l’instant, mais à présent, cela semblait appartenir à une vie antérieure.

Le téléphone de Lu Zhen se mit à sonner, la sonnerie et la vibration retentissant en même temps, et les regards des trois personnes convergèrent simultanément.

Des caractères chinois apparurent à l’écran — Modèle chinois 1. (NT : 华国模特1 )

« You Shulang — »

« Lu Zhen, ou bien — »

Dans l’atmosphère silencieuse, Fan Xiao se leva lentement, puis s’accroupit devant You Shulang. Il leva les yeux vers lui, le regard rempli d’une tristesse extrême : « Sais-tu quel est le nom que je t’ai donné dans mon téléphone ? »

Il prit le téléphone de You Shulang et composa son propre numéro. Après un bref silence, le téléphone sonna, et deux caractères apparurent sur l’écran sombre.

Lumière. (NT : 光芒)

« You Shulang, je n’aime pas la lumière en elle-même, mais je t’aime, toi. Je te considère comme la lumière de ma vie, celle qui peut chasser les ténèbres. Je te considère comme mon salut et ma vérité. Et pourtant, à la fin, tu ne m’as jamais fait confiance !

« Peut-être que tu ne m’as jamais aimé. Alors que je te considérais comme l’amant avec qui je voulais passer le reste de ma vie, tu n’as cessé de chercher de soi-disant “preuves” de mes mensonges, prêt à me quitter à tout moment. »

La lumière dans les yeux de Fan Xiao sembla se briser en mille morceaux. « You Shulang, je t’aime, mais je suis aussi épuisé. Je ne supporte plus d’être soupçonné encore et encore par la personne que j’aime, ni d’être interrogé sans cesse comme un criminel. Je veux ramper à tes pieds, mais pas en tant que coupable. Séparons-nous… »

En regardant You Shulang, Fan Xiao pleurait à chaque mot, mais ce qui résonnait dans ses oreilles, c’était la voix moqueuse de Shi Lihua.

« Le reconquérir, puis le larguer ? » Un mois plus tôt, Shi Lihua avait demandé en souriant : «Comment comptes-tu larguer You Shulang sans ménagement ? En lui disant tout ce que tu ressens ? En lui faisant comprendre que tu ne l’as jamais aimé ? »

Fan Xiao se souvenait avoir secoué la tête à ce moment-là. « Un homme aussi mentalement fort que You Shulang ne garderait aucun attachement s’il apprenait que tu ne l’as jamais aimé.

« Ce n’est qu’en le faisant se sentir plein de regrets, triste, convaincu qu’il t’a fait du tort, et que quelqu’un qui l’aimait profondément a été gravement blessé à cause de lui, que son cœur s’adoucira. Alors seulement, il n’oubliera jamais et vivra éternellement dans le remords.

« Ça, c’est vraiment le larguer. »

À cet instant, Fan Xiao avait déjà repris son téléphone et s’était levé. Il jeta encore une fois un regard profond à You Shulang, chargé de “tendresse”, fit un pas brusque et se dirigea vers la porte.

La main posée sur la poignée, Fan Xiao se rendit compte qu’il tremblait. Chaque cellule de son corps criait pour quitter cette pièce. Même le coin de ses yeux commença à brûler, et un liquide inconnu s’y accumula, de plus en plus, de plus en plus lourd, menaçant de jaillir hors de ses orbites et d’exploser violemment.

Tu devrais être heureux, dépêche-toi d’être heureux ! Fan Xiao, tu as gagné ! Tu as gagné contre cet idiot, ce bodhisattva, cette bonne âme qui ne comprend pas la souffrance, ce menteur qui utilise « l’espoir » pour persuader les autres d’être « forts » !

Sois heureux, vite ! S’il te plaît, sois heureux, Fan Xiao !

Il se l’ordonnait encore et encore, se commandant à lui-même.

Mais rien n’y faisait.

Il releva la tête, essayant de refouler ce liquide lourd, mais c’était inutile et humiliant. Avant même que ce geste n’échoue complètement, Fan Xiao poussa la porte.

«  Président Fan », dit soudain You Shulang en changeant de manière de l’appeler. Un rire étouffé s’échappa de sa poitrine tandis qu’il secouait la cendre de sa cigarette. Son ton était légèrement froid. « C’est trop théâtral. Un peu excessif. »

Fan Xiao fronça légèrement les sourcils, tourna le dos, essuya ses larmes, puis se retourna vers You Shulang. « Shulang, que veux-tu dire ? »

La voix de You Shulang était douce et faible, teintée d’une nonchalance née de la fatigue. «Ce que je veux dire, c’est que le  Président Fan est un bon acteur, mais pas à ce point. Ce que tu viens de dire sonnait un peu faux, pas assez convaincant pour émouvoir les juges et le public.»

« Shulang, tu n’es pas quelqu’un de sarcastique. Parle clairement, je te prie. »

You Shulang sourit, le regard indifférent. « En effet, je ne suis pas doué pour le sarcasme. Alors allons droit au but.  Président Fan, regarde le premier message sur ton téléphone. »

Fan Xiao hésita un instant avant de déverrouiller l’écran, de trouver l’icône verte et de cliquer dessus. Le premier message venait de Shi Lihua, alors même qu’il n’avait pas été en contact avec lui récemment.

D’un léger tapotement, la liste s’ouvrit. D’un seul coup d’œil, Fan Xiao recula instinctivement d’un pas.

Il releva brusquement la tête et regarda en direction de You Shulang, découvrant que l’homme le fixait lui aussi. Ses yeux n’étaient plus froids, mais remplis d’une profonde… tristesse.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

 

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