Buddha - Chapitre 65 - La vérité révélée.

 

Dans les bars les plus célèbres de la ville, il ne manquait jamais de filles douces et affectueuses, mais dont le regard ne se posait que sur votre portefeuille.

Une hôtesse voluptueuse roula des yeux et se plaignit auprès de ses compagnes d’un ton sarcastique : « Bai Tao est devenue folle à cause de la pauvreté ou quoi ? N’est-elle pas censée être une fille pure ? Pourquoi est-elle habillée comme ça aujourd’hui ? Regardez ce maquillage… ses faux cils vont presque me griffer les paupières. »

Sa compagne ricana. « Tu veux vraiment rivaliser avec Bai Tao ? Tout le milieu sait que le jeune maître Bai aime les femmes aux courbes généreuses et à l’esprit bien tourné. »

La femme qui avait parlé la première redressa sa poitrine opulente et déclara avec mépris : « Avec son capital, elle n’est pas à la hauteur. »

« Elle l’est, et le jeune maître Bai est quand même ensorcelé, regarde. »

Suivant leur regard, dans un coin du salon privé, la femme autrefois vêtue avec innocence portait désormais une robe décolletée et provocante, blottie dans les bras de Bai Pengyu, dont le visage était gras et couvert de poudre.

Bai Pengyu était déjà ivre. Il serrait la femme contre lui tout en se montrant entreprenant.
« Pourquoi je ne t’ai jamais vue avant ? Tu es nouvelle ici ? »

La femme répondit d’une voix mielleuse : « Nouvelle ? C’est juste que le Troisième Jeune Maître ne m’a jamais regardée ! Oh, mon cœur est tellement meurtri. »

Cette douceur pleine de fausse détresse ramollit le corps de Bai Pengyu. Il entoura étroitement la taille de la femme et la cajola : « Comment notre Taotao pourrait-elle se sentir lésée ? Et si je t’achetais un sac ? »

La femme leva des yeux humides et le regarda de ses yeux de biche. « Comment pourrais-je supporter que mon frère dépense autant d’argent ? Punis-toi simplement avec trois verres d’alcool. »

En entendant cela, Bai Pengyu devint encore plus excité. Toutes les femmes de la boîte de nuit le traitaient comme un monstre, et c’était la première fois qu’il rencontrait quelqu’un qui ne voulait pas de son argent.

« D’accord, d’accord, buvons ! Trois verres pour me punir. Ce soir, je boirai avec Taotao jusqu’à satiété. »

Bai Pengyu attrapa un verre de vin tout en pétrissant la chair tendre de la femme. Quand personne ne faisait attention, celle-ci leva discrètement les yeux au ciel et le maudit intérieurement : ‘idiot’.

Le corps de Bai Pengyu avait depuis longtemps été vidé par l’alcool et le sexe, et il s’enivra très vite. Il laissa une trace de salive sur le cou de la femme et remonta progressivement pour l’embrasser.

Alors que la femme allait sentir ses lèvres se poser sur les siennes, elle ferma les yeux avec dégoût, mais quelqu’un attrapa soudain son poignet. Elle ouvrit les yeux et vit un homme.

Bai Pengyu, ivre et lubrique, n’acceptait que rarement que quelqu’un lui tienne tête. Il entrouvrit ses yeux embrumés, força ses paupières lourdes et jura : « Qui es-tu, bordel ? Tu n’as aucun sens des convenances ! »

Après avoir juré, il plissa à nouveau les yeux et trouva que l’homme debout à contre-jour lui semblait vaguement familier. « Qui es-tu ? Tu es qui, toi ? »

La pièce était bruyante, envahie de rires et de discussions, et personne ne faisait attention à ce coin. L’homme à contre-jour se pencha lentement, comme s’il voulait permettre à Bai Pengyu de le voir clairement.

« Troisième Jeune Maître, c’est moi. Ne m’as-tu pas embrassé comme ça autrefois ? »

Bai Pengyu frissonna brusquement. Il se souvint enfin de qui était l’homme en face de lui. Sept ou huit mois plus tôt, avec Shi Lihua, il avait assommé cet homme nommé You Shulang et l’avait envoyé dans le lit de Fan Xiao.

Mais quelques jours plus tard, cet homme était revenu accompagné de Fan Xiao. Et ce salaud non seulement lui avait rejeté toute la faute dessus, mais l’avait aussi passé à tabac. Même aujourd’hui, rien que d’y penser, son corps le faisait encore souffrir !

« Troisième Jeune Maître, ce n’est pas lui. » L’embarras mêlé de dégoût de la femme ne fit qu’attiser le feu. « Je n’ai jamais entendu dire que vous étiez bisexuel ! »

« Je ne suis pas un putain d’imbécile ! » Bai Pengyu avait refoulé sa colère pendant des mois, et sous l’effet de l’alcool, elle éclata d’un coup. Il ne se soucia plus ni de Shi Lihua, ni des sentiments, ni des menaces de Fan Xiao. Il se leva brusquement et poussa You Shulang.
« Ne viens pas semer le trouble ici ! Je ne t’ai même pas touché ! »

Le tumulte attira l’attention de nombreuses personnes, et certains demandèrent même à Bai Pengyu s’il avait besoin d’aide.

« Pas besoin, espèce de dégueulasse ! » Bai Pengyu cracha et pointa la porte du doigt. «Dégage d’ici ! Ne gâche pas l’humeur de ton grand-père. » (NT : façon arrogante de se désigner)

You Shulang releva les paupières. Son regard était dur, mais il sourit. « Troisième Jeune Maître, tu es vraiment impitoyable. Je me demandais simplement si je pouvais revivre nos anciens rêves. »

Il posa sa main sur l’épaule de Bai Pengyu et pinça deux fois ses muscles avec un regard lourd de sous-entendus.

Bai Pengyu haïssait les hommes homosexuels, et la raclée qu’il avait reçue la dernière fois lui avait laissé un traumatisme profond. À présent que You Shulang se collait à lui et le touchait, une chair de poule soudaine parcourut tout son corps.

Il secoua brutalement le bras de You Shulang et, porté par l’ivresse, hurla sans plus se contenir : « Ne me dégoûte pas, ça me répugne ! » Il montra les dents. « Celui qui t’a détruit, c’est ce faux vertueux de Fan Xiao. Si tu veux revivre le passé, va le chercher lui ! Non… tu es devenu accro à te faire baiser, sinon tu ne serais pas devenu comme ça ! »

« D’ailleurs, tu pensais qu’il était quelqu’un de bien au début, pas vrai ? » Bai Pengyu lâcha un rot. « J’ai vraiment pitié de toi ! »

Au milieu du vacarme et de l’agitation, You Shulang se tenait droit, comme si, dans ce lieu de dépravation décadent, absurde et glamour, une vieille lame usée avait été plantée, incapable de fendre le chaos, ni de purifier le monde trouble, et même incapable de se protéger.

« Viens avec moi. » Il attrapa de nouveau le poignet de la femme.

Bai Pengyu, déjà replongé contre la poitrine de celle-ci, s’apprêtait à exploser une nouvelle fois, mais la femme réussit à l’apaiser.

Elle tapota doucement le dos de la main de You Shulang et, sous son maquillage épais, esquissa un sourire empreint de tristesse. « Ce n’est rien, va t-en d’abord. J’y suis habituée, vraiment, ce n’est pas grave. Il y a encore de l’argent à gagner. »

L’homme, entièrement absorbé par son désir, était déjà à moitié allongé, la plaquant sous lui, continuant à se perdre dans sa chair souple, sans plus se soucier de quoi que ce soit d’autre.

You Shulang baissa les yeux et la regarda longuement, puis dit doucement : « Merci. »

Il se retourna et partit. Il laissa derrière lui ces démons dansants et ces monstres déchaînés (NT : expression désignant les excès et la corruption morale), et aussi ces âmes entraînées vers l’abîme par des griffes maléfiques…

***

Lu Zhen ne s’attendait pas à ce que You Shulang le rappelle.

Dès qu’il arriva devant le café situé près de sa résidence, il aperçut l’homme assis près de la fenêtre, à travers la vitre.

You Shulang avait beaucoup maigri et paraissait un peu pâle. Il ne fumait jamais en public, mais à présent une cigarette non allumée reposait entre ses doigts, et il semblait légèrement irritable.

Lu Zhen poussa la porte du café et entra. Lorsqu’il arriva devant You Shulang, celui-ci revint à lui et désigna la chaise en face avec la cigarette éteinte.

« Assieds-toi. »

Toujours prévenant, You Shulang commanda une boisson chaude que Lu Zhen prenait souvent. Après que Lu Zhen se fut réchauffé les mains, You Shulang demanda : « As-tu apporté ce que je t’ai demandé ? »

Lu Zhen hocha la tête et posa le sac qu’il tenait sur la table. « J’ai déchiré le tableau sous le coup de la colère, je l’ai jeté sur le balcon et je n’y ai plus jamais touché. Tu as dit que tu voulais le voir, alors j’ai apporté les morceaux. »

You Shulang posa la cigarette intacte sur la table, ouvrit le sac et en sortit les fragments de papier.

Il ne les examina pas attentivement, fouillant parmi les morceaux, jusqu’à ce que son regard s’arrête enfin sur un coin de feuille.

C’était une suite de caractères sanskrits mêlés à trois lettres anglaises.

YSL correspondait aux initiales du nom de Yu Shulang en anglais.

Après un instant de réflexion, You Shulang ouvrit le traducteur sur son téléphone, prit en photo le sanskrit et le téléversa. Le cercle à l’écran tourna quelques secondes avant que le texte ne soit converti en chinois.

— YSL, comment un bodhisattva pourrait-il ne pas tomber dans le péché ? S’il ne tombe pas, tirons-le vers le bas.

***

Ces derniers jours, Fan Xiao sortait se soûler tous les soirs. Il ne ressemblait pas à quelqu’un souffrant d’une rupture. Il gardait un sourire au visage, parlait peu, mais buvait énormément. Les allumettes s’accumulaient comme la pluie, et Shi Lihua retrouvait des cadavres de boîtes entières dans les poubelles.

Après avoir fait la fête toute la nuit, le groupe quitta le bar à l’aube, sortant de la lumière éclatante pour se diriger vers le parking.

Fan Xiao n’aimait pas emmener une femme avec lui, tandis que Shi Lihua en avait toujours une à ses côtés. Il passa un bras autour de l’épaule de Fan Xiao et dit en ricanant : « C'est vraiment difficile de te faire sortir ces derniers temps. Depuis que tu as largué ce type You, tu peux maintenant sortir avec quelqu’un tous les jours. À mon avis, tu aurais dû le larguer plus tôt. »

Shi Lihua sentit les muscles sous sa main se raidir un instant. Il tapota de nouveau l’épaule de Fan Xiao avec désinvolture et ajouta : « Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as froid ? Monte vite dans la voiture, je demanderai à mon assistant de te ramener. »

Fan Xiao repoussa son bras. L’expression dans ses yeux était difficile à discerner dans la nuit. « Je vais appeler un chauffeur moi-même. Sinon, si la voiture sent l’alcool, je ne pourrai pas conduire demain. »

Il marcha vers sa voiture et tendit la main pour ouvrir la portière lorsqu’un bruit surgit de l’ombre dans un coin.

Puff. Une flamme bleu vif, de la taille d’une paume, perça l’obscurité. Quelqu’un venait d’allumer une cigarette dans la nuit. Les reflets de la lumière étaient tranchants et étrangement familiers.

Une silhouette indistincte s’avança lentement sous le lampadaire. Il tenait une cigarette d’une main, l’autre glissée dans la poche de son manteau, et appela doucement : « Fan Xiao.»

 

Traduction: Darkia1030