Buddha - Chapitre 26 - Démasqué, Fan le fou.
Dans les rues du Nord en octobre, les feuilles mortes avaient déjà tapissé le sol.
Sous les pas, elles se brisèrent et craquèrent, leurs nervures cédant dans un bruit sec. Au rythme élégant des chaussures en cuir de crocodile qui se croisaient, chaque foulée résonnait comme le dernier frémissement d’une vie sur le point de s’éteindre.
Fan Xiao aperçut You Shulang debout devant le club. Il se tenait sous les néons multicolores, une cigarette entre les doigts, sa silhouette grande et élancée tantôt dissimulée, tantôt révélée par le jeu des ombres et des lumières.
Les transitions lumineuses n’étaient pas continues ; dans ces instants de clignotement interrompu, il semblait se dissoudre dans l’obscurité. Ne subsistaient plus que le contour vague de sa stature et la fumée blanche qui s’enroulait lentement dans l’air. Ensemble, elles accentuaient cette impression de distance et de solitude qui s’attachait à lui — indicible, inaccessible — tout en dégageant une attirance émouvante.
Fan Xiao s’avança d’un pas tranquille et l’appela. You Shulang tourna le regard vers lui, hocha légèrement la tête, puis écrasa sa cigarette avant de la jeter dans une poubelle voisine.
« Désolé de t’avoir fait venir à la dernière minute », dit You Shulang d’une voix un peu rauque. « Il me semble que tu avais un banquet ce soir. »
« Des invités, ça peut se recevoir n’importe quel jour, mais une invitation du directeur You ne se refuse pas. Ne soyons pas cérémonieux entre nous. Et puis, même si tu ne m’avais pas appelé, je serais venu te chercher. » Fan Xiao baissa légèrement la voix. « J’ai fait vérifier cette patronne qui t’a forcé à boire ce soir-là. Après la fin du banquet, elle n’est ni retournée à son entreprise ni rentrée chez elle. J’ai demandé à quelqu’un de soutirer quelques informations à son assistante, mais il s’avère que même elle ignore où sa patronne est allée cette nuit-là. »
Fan Xiao demanda encore : « Je vais continuer à enquêter. Si jamais il s’avère que c’est bien elle, qu’as-tu l’intention de faire ? »
You Shulang leva les yeux — profonds et froids comme l’eau immobile d’un étang — et répondit calmement : « Inutile d’enquêter davantage. Ce n’était pas elle. »
Les doigts de Fan Xiao frémirent légèrement tandis qu’il ajustait son expression pour afficher une pointe de perplexité.
« Pourquoi dis-tu cela ? N’était-elle pas la seule suspecte qui te venait à l’esprit ? »
Le vent froid soufflait silencieusement, soulevant quelques mèches de ses cheveux. Les pupilles de You Shulang se contractèrent, et son ton devint froid et dur : « Les caméras de surveillance du parking du restaurant ont été endommagées délibérément un jour avant l’incident. S’il s’agissait d’une attaque préméditée dirigée contre moi, alors cela ne pouvait pas être cette patronne. C’était la première fois qu’elle me rencontrait ce soir-là ; en aucun cas elle n’aurait pu avoir l’occasion d’aller saboter les caméras du parking un jour plus tôt. »
Fan Xiao fronça légèrement les sourcils. « Si ce n’était pas elle, qui cela pourrait-il être ? Ne me dis pas que tu as eu la malchance de tomber sur quelqu’un qui a agi sur un coup de tête.»
You Shulang baissa les yeux ; sa voix rauque se teinta d’une légère hostilité. « J’ai trouvé celui qui m’a drogué. » Il se tourna pour regarder vers l’entrée du club. « Il est à l’intérieur.»
« Quoi ?! » Les sourcils de Fan Xiao se haussèrent brusquement, mais son expression passa très vite de la surprise à la joie. « Tu l’as vraiment trouvé ? Comment as-tu fait ? »
« J’avais trop bu ce soir-là et j’ai appelé un chauffeur désigné. Mais avant qu’il n’arrive, j’avais déjà perdu connaissance. »
You Shulang secoua légèrement son téléphone. « J’ai pris contact avec ce chauffeur. Il m’a dit qu’en arrivant au parking, il n’y avait devant ma voiture qu’un homme mince, au visage allongé. Cet homme lui a dit que le service n’était plus nécessaire et lui a remis deux cents yuans. »
You Shulang ne remarqua pas que les mains de Fan Xiao se serraient lentement en poings tandis qu’il poursuivait : « Ce chauffeur connaissait justement cet homme mince au visage allongé. Il l’avait pris lors d’une course environ un mois plus tôt. Apparemment, cet homme s’était alors montré lubrique avec une femme dans la voiture, ce qui avait laissé une impression très marquante au chauffeur. Je lui donnai un peu d’argent et obtins le numéro de plaque de cet homme. »
Un éclat tranchant traversa les yeux de You Shulang, et sa voix se teinta d’un froid glacial :
« En suivant cette piste, je retraçai le numéro de plaque et retrouvai cet homme mince au visage allongé. Il est dans le club en ce moment même. »
« Il est dans le club en ce moment même ? » La main de Fan Xiao glissa dans sa poche, effleurant la boîte d’allumettes dissimulée à l’intérieur. Il se souvint du jour où Shi Lihua avait mentionné que c’était l’un de ses amis qui avait drogué You Shulang. Fan Xiao l’avait même averti à l’époque, lui demandant de faire en sorte que son ami garde le silence. Il ne s’attendait pas à ce qu’ils fussent à ce point négligents, laissant une piste aussi évidente que You Shulang avait pu remonter si rapidement.
« Que comptes-tu faire maintenant ? » demanda Fan Xiao.
Le dos de You Shulang se redressa lentement, tel une lame que l’on tire de son fourreau. Son visage demeura impassible lorsqu’il prononça, mot après mot : « Le rencontrer. »
« Alors allons-y. »
Fan Xiao prit les devants et entra dans le club, le pan de son long manteau de laine traçant un arc élégant dans l’air lorsqu’il se retourna.
« Hé. »
You Shulang tendit la main et saisit le bras de Fan Xiao. « Cet homme a une certaine influence. Tu pourrais être entraîné dans des ennuis à cause de cela. Je comprendrais si tu ne voulais pas entrer avec moi. »
Le grand homme se retourna de nouveau. L’émotion dans ses yeux était profonde et stable, et ses lèvres se courbèrent en un faible sourire : « Ne dis pas de bêtises. Je n’ai pas été élevé pour avoir peur de quoi que ce soit. »
« Allons-y, » ajouta-t-il en tirant You Shulang vers l’avant. « Quel salon privé ? »
Le couloir du club s’étirait, long et obscur. Tandis qu’ils avançaient, Fan Xiao sortit son téléphone et déclara d’un ton désinvolte : « J’étais un peu pressé en venant ; je n’ai même pas prévenu mon assistant que je sautais le banquet de ce soir. »
Ses longs doigts tapotèrent quelques touches sur le clavier. Il envoya un message, l’écran s’éteignit, et il rangea le téléphone dans sa poche. Puis Fan Xiao saisit la poignée dorée de la porte, jeta un regard à You Shulang et, le visage calme, tira la lourde porte……
Une odeur âcre et suffocante les assaillit aussitôt. À l’intérieur, la musique hurlait à un volume assourdissant. Des corps se tordaient à son rythme, tels des zombies de l’apocalypse — partout gisaient des corps sans âme.
Même lorsque la porte s’ouvrit, personne, dans le salon privé, ne remarqua les deux visages inconnus qui venaient d’entrer.
Au centre du salon privé, sur le vaste canapé, était assis un homme au visage mince et allongé. Autour de lui se pressaient deux ou trois femmes aux seins dénudés. À leurs côtés étaient affalés plusieurs hommes élégamment vêtus, chacun entouré de femmes et d’hommes vêtus légèrement.
Fan Xiao se fraya un chemin à travers cette nuée frénétique de démons dansants, puis s’arrêta devant l’immense écran LED. Ses doigts s’enroulèrent autour de plusieurs câbles de connexion — puis il tira violemment dessus !
Tout s'arrêta, le silence s'installa, et tout le monde était sous le choc !
Le bruit s’arrêta net comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton pause. Les corps tordus se figèrent dans des postures grotesques, et les mains posées sur les seins généreux oublièrent soudain de bouger. Tous fixèrent Fan Xiao d’un regard hébété.
Quelqu’un finit par reprendre ses esprits et bondit du canapé« Qui êtes-vous, putain ? Vous avez envie de mourir ou quoi ? »
À cet instant, You Shulang entra tranquillement par la porte, sans se presser. Une main reposait nonchalamment dans sa poche, tandis que l’autre tapotait son flanc en rythme. Sa voix était lente et posée : « Troisième Jeune Maître Bai, j’ai quelque chose à discuter avec vous. Faites évacuer la pièce. »
« C’es toi ! » L’homme mince au visage allongé, assis au centre, sursauta visiblement dès qu’il reconnut You Shulang. La culpabilité qui vacilla dans son regard était impossible à dissimuler.
Ses yeux glissèrent lentement, pour se poser ensuite sur Fan Xiao. Les lumières multicolores tournoyantes balayaient le manteau de cachemire blanc de Fan Xiao ; leur éclat tranchant se découpait sur le tissu pâle, lui donnant une apparence étrange et sinistre.
Ses yeux s’écarquillèrent soudain, et son long visage se crispa tandis que sa voix montait d’un cran :
« Toi… comment vous êtes vous rencontrés— »
La boîte d’allumettes dans la poche de Fan Xiao se brisa soudainement !
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Note de l’auteur :
Vous voulez que Fan Xiao ce fou soit démasqué ? Hahahaha !
Traduction: Darkia1030
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