Political scheming - Chapitre 17 – Je vais essayer un peu

Une fois l’ensemble des épreuves martiales terminé, le nombre de candidats du camp de l’Académie militaire qualifiés dépassait celui des fils des familles nobles, mais ces dernières conservèrent leur domination aux plus hauts rangs des trois catégories. Les deux camps se disputaient sans parvenir à s’accorder, mais, à la cour, l’empereur loua abondamment les lauréats issus des grandes familles ainsi que les étudiants de l'académie; en l’espace de quelques jours, les objections concernant le système des privilèges héréditaires diminuèrent en conséquence.

Yan Ren remporta la première place à l’épreuve d’équitation et la deuxième à celle de combat. En peu de temps, toute la ville de Qi’an porta un regard nouveau sur ce jeune seigneur Yan; certains allèrent jusqu’à dire qu’il alliait à la fois une nature débridée et une grande rigueur, une fierté indomptable et une intelligence pénétrante, et qu’il accomplirait assurément de grandes choses à l’avenir.

Ces propos se répandirent dans la capitale comme le vent de fin d’automne, mais ne franchirent pas les portes de la cour de Cangzhu. Une fois son attelle retirée et son bras complètement rétabli, Lu Ping se coupa du monde extérieur et se consacra entièrement à la lecture d’ouvrages divers.

Ce ne fut qu’au début des épreuves littéraires qu’il franchit pour la première fois, depuis l’hiver, les portes du palais.

Les épreuves littéraires se tenaient au Guozijian: (NT : académie où étaient formés les fils de l’élite et certains étudiants talentueux en vue des examens officiels et des carrières administratives.) l’arrière-cour servait de salle d’examen, tandis que la salle de devant donnait sur un jardin où l’on pouvait se reposer. Lu Ping s’apprêtait à traverser le couloir du pavillon avant pour se rendre directement vers le lieu d’examen, lorsqu’une voix lança : « Neuvième Altesse ! » C’était He Xinbai, et il dut s’arrêter pour échanger des salutations avec lui.

He Xinbai tenait entre ses doigts un éventail pliant vierge (NT : laissé volontairement blanc afin d’y écrire des poèmes, peindre ou calligraphier); à ses côtés se tenaient Yan Ren, plus grand d’une tête que lui, ainsi que Fu Yi. En public, Yan Ren s’inclina profondément devant Lu Ping, lui adressant un salut cérémonieux : « Je rends hommage à la Neuvième Altesse. Le bras de Votre Altesse est-il désormais complètement rétabli ? »

Une attitude aussi respectueuse devait sans doute être feinte; Lu Ping répondit avec un sourire de façade : « Il est déjà guéri. Et la blessure du Jeune maître ? »

Yan Ren dit : « Le médicament que Votre Altesse m’a envoyé était digne d’une herbe miraculeuse et d’un élixir divin; je suis déjà complètement rétabli. »

Comme s’il avait réellement utilisé son médicament… pensa Lu Ping.

He Xinbai déclara : « Les épreuves littéraires durent quatre jours, c’est d’un ennui et d’une pénibilité extrême ! Après ces quatre jours, je crains de perdre la moitié de ma vie; les épreuves martiales étaient bien plus amusantes… Pourvu seulement que cette fois je ne finisse pas dernier. »

À l’évocation de la dernière place, Fu Yi et He Xinbai jetèrent simultanément un regard vers Lu Ping, quelque peu embarrassés; Lu Ping releva légèrement les lèvres en réponse, esquissant un faible sourire.

He Xinbai se pencha vers lui et lui tapota l’épaule avec son éventail, riant doucement: «Neuvième Altesse, avez-vous révisé la poésie et les rhapsodies ? »

Lu Ping répondit : « J’ai vaguement révisé un peu. »

« Moi, pas même un peu, » soupira He Xinbai, puis il s’enthousiasma : « Altesse, je viens de me rendre compte que nous sommes du même genre d’hommes ! Après tout, pour des gens qui, comme nous, pouvons bénéficier d’un titre héréditaire, pourquoi faudrait-il étudier péniblement pendant dix ans comme les autres et bâtir des mérites ? Il faut jouir de la vie lorsqu’on est comblé, et ne pas laisser la coupe d’or faire face à la lune sans être vidée (NT : idiome signifiant ne pas laisser passer l’occasion de se réjouir) ! N’est-ce pas?»

Lu Ping acquiesça : « C’est exact. »

He Xinbai s’exclama : « Un véritable ami d’âme ! »

« Qui est du même genre que toi ? » ricana soudain Yan Ren, qui était resté silencieux jusque-là.

He Xinbai rétorqua : « Qu’y a-t-il donc ? L’Altesse n’a rien dit, elle. N’est-ce pas ? »

Peut-être que la Huitième princesse n’était pas encore arrivée et que Yan Ren était de mauvaise humeur, d’où ce silence inhabituel ? pensa Lu Ping, avant de dire : « Cette fois, le jeune maître va sans doute réaliser de grands projets et faire honneur aux grandes familles. »

Yan Ren le regarda sans répondre.

Fu Yi éclata de rire : « Lui ? Hahaha, tout dépend s’il a l’intention d’être sérieux. »

Lu Ping, intrigué, demanda : « Comment cela ? »

Fu Yi se pencha à son oreille comme pour lui dire quelque chose; il vit les sourcils de Yan Ren se froncer visiblement.

Fu Yi murmura à son oreille : « S’il se contente de s’amuser, il peut obtenir à sa guise un classement moyen; s’il devient sérieux, entrer dans les trois premiers n’est pas hors de sa portée. »

Après cela, Fu Yi se redressa; les sourcils de Yan Ren se détendirent aussitôt.

Lu Ping resta légèrement stupéfait, trouvant que les paroles de Fu Yi lui semblaient étrangement familières. Il demanda : « Alors, cette fois, le jeune maître… »

« Je passerai l’examen sans m’y attarder. » répondit brièvement Yan Ren.

Passer l’examen sans s’y attarder ? Cet homme n’était-il pas autrefois particulièrement compétitif, ne cessant de l’encourager à « progresser » et à « riposter » ? Pourquoi disait-il soudain qu’il allait le prendre à la légère ? Par qui avait-il été influencé ?

Fu Yi aperçut au loin un pavillon où s’étaient rassemblés de nombreux étudiants en uniforme du Guozijian; on ne savait qui s’y trouvait. Il dit : « Qui est là-bas ? Pourquoi sont-ils tous regroupés ainsi ? »

He Xinbai renifla : « Ce sont le Troisième et le Quatrième prince. Dans la controverse sur le système des privilèges héréditaires, ils se sont clairement rangés du côté des gens de condition modeste, alors ces étudiants du Guozijian se pressent autour d’eux comme des canards pour les flatter. »

Tous restèrent un instant silencieux.

Soudain, quelqu’un cria : « Xu Yan est arrivé ! »

La foule rassemblée se dispersa aussitôt; plusieurs étudiants du Guozijian se dirigèrent précipitamment vers la porte, comme pour accueillir une personne importante.

Fu Yi demanda : « Et qui est ce Xu Yan ? »

He Xinbai réfléchit un instant : « Je sais, c’est le meilleur étudiant du Guozijian, l’élève le plus apprécié du Premier ministre Liang et, aux yeux de nombreux fonctionnaires civils, un futur gendre idéal. Je ne l’ai jamais vu, mais j’ai entendu dire que le Premier ministre Liang l’estime énormément, affirmant qu’il est, dans toute la ville de Qi’an, celui qui correspond le mieux à ce poème. »

Lu Ping demanda : « Quel poème ? »

He Xinbai se gratta la tête avec son éventail : « Quelque chose comme “émerveiller les gens de Luoyang”… »

(NT : Poème attribué à l’époque Tang, évoquant le fait que la beauté ou l’éclat d’une personne est si remarquable qu’il/elle attire l’admiration de toute la ville de Luoyang, ancienne capitale prestigieuse réputée pour sa culture raffinée et ses fleurs de pivoine. Par extension, désigne une personne exceptionnelle.)

« “Quel est ce jeune homme de jade, dont la voiture fait demi-tour au pont Tianjin”, » récitèrent à l’unisson Lu Ping et Yan Ren.

Après cela, Lu Ping regarda Yan Ren, et tous deux tombèrent dans le silence.

Quelle connivence inutile…

Cependant, une lueur d’intérêt apparut sur le visage jusque-là désabusé de Yan Ren; il poursuivit paresseusement : « “Contemplant les fleurs à l’est de la route, il émerveille les gens de Luoyang”. »

He Xinbai confirma : « Oui, c’est bien ce poème. »

Fu Yi ricana : « Quel ramassis de monstres et d’esprits, ce n’est qu’un simple lettré. »

À peine avait-il fini de parler qu’un groupe entra bruyamment; au centre de la foule se trouvait une personne dont le tempérament tranchait nettement avec celui des autres. Il portait une longue robe blanche à col croisé; sa démarche était calme et droite, son visage élégant mais très froid. Peu importait combien les gens autour de lui lui parlaient, il ne répondait que superficiellement, comme recouvert d’une fine couche de givre, tenant autrui à distance de trois pas.

Alors que l’hiver n’était pas encore pleinement arrivé, Lu Ping eut l’impression de voir une falaise glacée ensevelie sous la neige.

Lu Ping murmura : « Il ne semble pas en très bonne santé. »

Il remarqua que Yan Ren ne prêtait pas attention à Xu Yan, tandis que Fu Yi et He Xinbai le fixaient avec insistance. He Xinbai murmura avec admiration : « C’est véritablement une beauté… »

Fu Yi, cependant, dit : « Attendez-moi, je reviens tout de suite. »

He Xinbai le retint : « Où vas-tu ? »

Fu Yi se retourna, les yeux un peu troublés : « … Je l’ai déjà vu. »

« Même si tu l’as déjà vu, attends une autre occasion pour renouer connaissance; regarde, Lu Zhi s’y rend déjà. » indiqua Yan Ren.

Sur le chemin pavé de galets non loin de là, Lu Zhi et Lu Fang descendirent joyeusement du pavillon pour aller à la rencontre de Xu Yan, l’appelant sans cesse « Xiucai Xu » (NT : premier grade réussi aux examens impériaux, donnant un statut officiel de lettré reconnu). Xu Yan joignit légèrement les mains en salut; son attitude était irréprochable, mais son expression demeurait distante.

Le trouble dans les yeux de Fu Yi se dissipa peu à peu, laissant place à davantage de lucidité.

He Xinbai agita son éventail et dit d’un ton froid : « Comme on pouvait s’y attendre de l’élève du Premier ministre Liang : même le Troisième prince, pourtant fourbe et calculateur, et le Quatrième prince, si arrogant, prennent l’initiative de l’approcher. Ils apprécient donc à ce point ce mets de choix qu’est la condition modeste ? Les intentions du Troisième prince ne sont pas pures, elles sont condamnables. »

Lu Ping dit précipitamment : « Seigneur He, parlez plus bas. »

He Xinbai laissa échapper un reniflement froid.

Les épreuves littéraires comprenaient quatre disciplines : la poésie, l’exégèse (NT : explication et l’interprétation d’un texte classique), la dissertation et la stratégie politique. Pour Lu Ping, la poésie et l’exégèse n’étaient nullement difficiles; au contraire, c’était ce qu’il préférait. Une fois terminé, il modifia au hasard quelques irrégularités de tons, afin de s’assurer de se classer solidement parmi les derniers.

Tôt le matin où les résultats des examens devaient être annoncés, Lu Ping resserra son manteau autour de lui et ouvrit la porte. Un vent glacial et mordant s'engouffra, le prenant par surprise. Un flocon de neige, emporté par le vent, apparut dans son champ de vision. Il leva les yeux et vit un flocon de neige descendre lentement du ciel; sa forme cristalline resta suspendue un instant avant de tomber dans sa paume ouverte. Il le tint comme on berce un trésor fragile, le regardant fondre sur sa peau, laissant une minuscule trace glacée qui engourdit et rougit sa main.

Un instant passa avant qu’il ne sorte de sa torpeur, un sourire éclairant son visage. « Da Sheng, il neige ! »

C’était la première neige que Lu Ping voyait cette année-là, et il était certain que c’était aussi la première à tomber sur la ville de Qi’an.

La neige ne dura pas longtemps. Elle avait laissé un voile de givre et de glace sur les routes lorsque la voiture arriva au Guozijian. La cour arrière de l’académie avait été renforcée de braseros supplémentaires pour se réchauffer. L’Empereur, drapé dans un large manteau, siégeait à la tête de l’assemblée. De chaque côté se tenaient Song Siyuan, Liang Hansong, ainsi que divers examinateurs du ministère des Rites, sans oublier les princes et les princesses. À l'extérieur de la cour, des centaines de candidats patientaient en plein air.

L'Empereur déclara lentement : « L'Académie Impériale est la plus prestigieuse institution d'enseignement pour la formation des talents de notre Grande Dynastie Sheng. Je me souviens que le Ministre Liang y a également fait ses études. Voir aujourd'hui tant de jeunes gens prometteurs, qui deviendront les piliers de notre Da Sheng, me remplit d'une profonde satisfaction. »

Lu Ping avait entendu de Lu Jing que Liang Hansong, aujourd’hui Premier ministre de droite, nourrissait autrefois un profond mépris pour Song Siyuan lorsque celui-ci siégeait encore à la cour. Leurs affrontements étaient célèbres : vifs, acharnés, et si tendus qu’ils avaient failli se conclure en duel. Ils incarnaient désormais la rivalité entre les familles aristocratiques représentées par le Palais Baihu et les érudits issus de milieux modestes du Guozijian. Cette opposition n’avait fait que s’intensifier avec les années.

Liang Hansong s’avança et s’inclina profondément. « En effet, Votre Majesté. Cet humble serviteur a eu le privilège de détenir le titre de grand érudit durant la troisième année du règne de Wenzong. Aujourd’hui, cependant, les lettrés du Guozijian surpassent même notre passé le plus glorieux. En particulier… » Son regard parcourut les étudiants rassemblés avant de se fixer sur quelques-uns. « …Xu Siyuan, Dong Zaiting et Zhang Chengde, tous exceptionnellement doués. »

L’Empereur acquiesça avec gravité, puis tourna son regard vers Song Siyuan. « Grand Précepteur Song, y a-t-il parmi les jeunes du Palais Baihu ou des familles nobles quelqu’un capable d’égaler les noms loués par le ministre Liang ? »

Song Siyuan répondit : « Ce vieux ministre n'ose se prononcer avec certitude. Toutefois, parmi les jeunes prometteurs du Palais Baihu, le prince héritier, le jeune maître Yan et le jeune maître Liu ont tous démontré un potentiel remarquable. »

Les lèvres de l’Empereur s’étirèrent en un léger sourire. « Très bien. Que les résultats soient proclamés. »

À l’annonce de l’ordre impérial, une tension intense saisit les candidats rassemblés. Tous restèrent immobiles, leur souffle visible dans l’air glacé de l’hiver.

Une rangée d'eunuques se tenait silencieusement à l'écart, tenant la calligraphie remise. Toute l'Académie Impériale était plongée dans le silence. Lu Ping retint son souffle, imaginant déjà l'atmosphère oppressante et pesante qui régnait dans la cour. Le chef des eunuques dévoila la liste des résultats et annonça : « Premier en poésie et prose: Xu Yan»

La proclamation résonna dans toute la cour intérieure. Quelques instants plus tard, une silhouette entra d'un pas décidé : c'était Xu Yan. Lu Ping le suivit du regard tandis qu’il avançait, le dos droit, chaque pas mesuré, jusqu’au centre de la salle. Il s’agenouilla et reçut le parchemin des mains de l’eunuque, calme, indifférent à l’agitation environnante.

Xu Yan accepta le parchemin, le visage impassible, sans exprimer ni joie ni tristesse, mais avec une attitude empreinte de révérence. « Je remercie Votre Majesté pour cet honneur.» Sa voix était posée, conforme à la solennité de l’instant.

Lu Ping pensa : ‘La deuxième place doit sans doute revenir à Lu Jing.’ Son frère aîné avait toujours figuré parmi les meilleurs du Palais Baihu, et Lu Ping n’avait entendu parler d’aucun autre étudiant du Guozijian, hormis Xu Yan, capable de le surpasser.

Alors que Xu Yan regagnait sa place, l'eunuque reprit la liste et reprit son annonce, et l'atmosphère de la salle devint de nouveau pesante.

« Deuxième place en poésie et prose… » annonça-t-il.

« Lu Zhi. »

Lu Ping crut d’abord avoir mal entendu. Il sortit de sa stupeur lorsqu'il vit Lu Zhi s'avancer calmement, dépasser Lu Jing, s'agenouiller devant l'empereur et proclamer à haute voix : « Merci, Père Empereur, pour votre grâce ! »

Bien que Lu Zhi fût lui aussi excellent, l'écart entre lui et Lu Jing était considérable. Même Song Siyuan, réputé pour son impartialité, ne l’avait jamais classé au-dessus de Lu Jing lors des évaluations du Palais Baihu.

« Troisième place — Lu Jing. »

Lu Jing se leva alors et s'avança pour remercier l'empereur et recevoir sa récompense. L'empereur sourit et continua d'observer Lu Jing, sans paraître déçu.

« Sixième place — Lu Fang. »

Lu Ping leva la tête, confus, et vit l’expression de fierté sur le visage de Lu Fang. Celui-ci s’avança d’un pas assuré, la tête haute, puis s’agenouilla pour remercier l’Empereur.

Il y a quelque chose qui ne va pas, pensa Lu Ping, un léger froncement de sourcils apparaissant tandis qu’il analysait les résultats.

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Lettre à Yuan Shan :

À Yuan Shan,

Le vent du nord s'est levé; j’espère que vous allez bien. J'ai été très occupé ces derniers jours. Le chemin vers la salle des lettres est long et je n'ai pas pu vous rendre visite depuis longtemps, d'où mon retard à répondre. J'en suis vraiment désolé. Je vais bien; je vous remercie de votre sollicitude  et espère que cela apaisera vos inquiétudes. L’examen littéraire approche; que tous vos vœux se réalisent, que vous rayonniez et atteigniez les sommets !

Respectueusement,
Liu’an

 

Traduction: Darkia1030

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