Political scheming  - Chapitre 27 – C’est mon anniversaire ?

La fin de l’année était arrivée et toute la ville de Qi’an s’affairait aux préparatifs. Lu Ping, lui aussi, avait cessé de se rendre au haras impérial pour monter à cheval.

Depuis son mariage, Lu Jing n’étudiait plus au pavillon Baihu. Chaque jour, après l’audience matinale, il demeurait au Palais Liangyi pour assister l’empereur dans le traitement des affaires de l’État, se tenant constamment à ses côtés. Ce n’était qu’au cours de l’après-midi qu’il retournait au Palais de l’Est. Ainsi, Lu Ping avait rarement l’occasion de le voir seul.

Avec l’arrivée de la nouvelle année, des derniers jours de l’année jusqu’au troisième jour du premier mois, aucune des nombreuses cérémonies ne pouvait être négligée. Le banquet impérial du réveillon, les salutations officielles du premier jour de l’an et bien d’autres encore : Lu Ping devait participer à chacune d’elles. Chaque journée le laissait épuisé, au point de ne plus avoir la moindre force.

Le soir, lorsqu’il regagnait la cour de Cangzhu, il pouvait entendre les pétards et les feux d’artifice éclater dans tous les coins de la cité impériale, leurs détonations se répondant sans cesse et gagnant en intensité comme des vagues successives.

Qiu Shui et Zhi Le sortirent donc eux aussi des pétards et s’amusèrent à les faire exploser avec Da Sheng. Lorsque l’envie lui en prenait, Lu Ping se joignait à eux ; lorsqu’il n’en avait pas le cœur, il restait blotti dans la salle principale, enveloppé dans une couverture, à les regarder jouer.

Le quatrième jour de l’année, Lu Ping se rendit auprès de l’impératrice pour lui présenter ses respects et y rencontra enfin Lu Jing.

Ils se croisèrent devant les portes du palais. Aux côtés de Lu Jing se trouvait également la princesse héritière, Fu Yu.

Comme Fu Yu était présente et qu’il ne la connaissait pas encore bien, Lu Ping réprima l’envie d’aller parler directement à son frère. Restant à quelques pas de distance, il s’inclina respectueusement et baissa la tête : « Que Son Altesse le Prince héritier et Son Altesse la Princesse héritière jouissent de paix et de santé en cette nouvelle année. »

Lorsqu’il se redressa, il vit Lu Jing lui adresser un léger sourire. Fu Yu sourit également avant de dire : « Que le Neuvième Frère se montre réservé avec moi, passe encore. Mais pourquoi se montre-t-il aussi distant avec son propre frère ? »

Lu Ping demeura interdit. Il ne s’était pas attendu à une telle remarque de la part de Fu Yu.

Lu Jing s’approcha alors et expliqua : « A-Ping est quelqu’un de prudent. C’est notre première rencontre, il est simplement un peu nerveux. »

Après avoir parlé, il tendit la main pour ôter les flocons de neige fondue qui s’étaient déposés sur la cape de Lu Ping.

Fu Yu reprit : « Tu peux me traiter exactement comme tu traites Son Altesse. Surtout, ne sois pas si cérémonieux. À l’avenir, pourquoi ne m’appellerais-tu pas “belle-sœur impériale” ? »

Sa voix était douce et fluide comme une eau de source au printemps, lorsque la glace et la neige commencent à fondre. Après avoir parlé, elle le regarda attentivement, les yeux courbés en un sourire chaleureux.

Lu Ping ouvrit la bouche, mais les mots refusèrent tout de même de sortir.

Fu Yu n’en prit pas ombrage. Son regard se posa sur la manche de son manteau, et ses yeux s’illuminèrent aussitôt : « Les fleurs brodées sur ta manche sont-elles des fleurs d’osmanthe ? J’ai chez moi une paire de manchons ivoire brodés d’osmanthes. Les motifs s’accorderaient parfaitement avec ceux de ton vêtement. Si cela ne te déplaît pas, je demanderai à quelqu’un de te les apporter. »

Lu Jing demanda : « Ceux que tu as rapportés de la résidence des Fu ? »

« Oui. Tu avais même dit qu’ils étaient très beaux. Malheureusement, ils se salissent facilement, alors je les porte rarement. »

Elle sourit, puis regarda de nouveau Lu Ping.

« Mais en voyant A-Ping, je me suis dit que ce serait dommage de ne pas les lui donner. Ils lui iraient bien mieux qu’à moi. »

En écoutant cet échange pourtant tout à fait ordinaire entre les deux époux, Lu Ping ressentit une étrange surprise. Pendant un instant, il ne sut même pas comment répondre.

À ce moment-là, une servante de l’impératrice sortit pour les inviter à entrer. Tous trois cessèrent alors leur conversation et pénétrèrent ensemble dans le palais pour présenter leurs respects à l’impératrice.

Depuis le mariage de Lu Jing et Fu Yu, l’impératrice semblait de bien meilleure humeur. Son sourire apparaissait bien plus souvent qu’auparavant. Comme à son habitude, elle retint ensuite Fu Yu auprès d’elle pour converser, tandis que Lu Jing et Lu Ping prenaient congé et se retirèrent ensemble.

L’un se dirigea vers le Palais de l’Est, l’autre vers la cour de Cangzhu. Une portion du chemin restait cependant commune.

Lu Jing demanda avec douceur : « Tu dois être épuisé ces derniers temps, n’est-ce pas ? Je t’ai même vu somnoler pendant les prosternations à l’audience. »

Même cela, son frère l’avait remarqué ?

Lu Ping en profita pour se plaindre un peu des interminables cérémonies et rites du Nouvel An. Puis il aborda un sujet plus réjouissant : « Frère, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer : j’ai appris à monter à cheval ! »

« Vraiment ? C’est formidable ! » Lu Jing parut sincèrement ravi. « Quand as-tu appris ? Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ? »

Lu Ping répondit avec un peu d’embarras : « Je me suis dit que tu devais être très occupé. Je préférais attendre d’avoir réussi avant de te le dire. Si je n’y étais pas arrivé, j’aurais eu honte de t’en parler. »

Il savait bien que la vie de Lu Jing avait changé après son mariage. Avec la princesse héritière à ses côtés et l’attention constante de l’empereur, il devait avoir bien moins de temps pour bavarder comme auparavant.

Lu Jing resta un instant silencieux avant de soupirer. « Cela fait longtemps que nous n’avons pas vraiment parlé tous les deux. Je suis occupé en ce moment, c’est vrai, mais ce n’est qu’une période. Une fois le printemps passé et que tout sera revenu à la normale, tu pourras venir me voir le soir au palais Anren. »

Lu Ping hésita. « Cela ne dérangera-t-il pas la princesse héritière ? »

« Cela ne la dérangera pas du tout. »

Au moment où il évoqua Fu Yu, un sourire apparut au coin de ses lèvres. « Si tu viens, il est même possible qu’elle en soit très heureuse. »

En observant son expression, Lu Ping comprit peu à peu. Après leur mariage, les relations entre Lu Jing et Fu Yu semblaient très bonnes. Ils n’étaient pas de simples étrangers unis par devoir, leur lien allait même au-delà du respect courtois entre époux.

Après un moment d’hésitation, Lu Ping demanda : « Alors… frère, aimes-tu ta femme ? »

À ces mots, une légère rougeur empreinte de pudeur apparut sur le visage de Lu Jing, une expression que Lu Ping ne lui avait encore jamais vue. « Liu An, sais-tu une chose ? Elle m’appelle Yangzhi. » (NT : litt. celui que l'on admire)

Lu Ping s’arrêta net.

Les règles de l’étiquette impériale étaient extrêmement strictes. Entre époux, elles l’étaient davantage encore. Sans parler de l’empereur et de l’impératrice, même les princes du clan impérial et leurs épouses s’appelaient généralement avec toute la solennité requise, même en privé.

Lu Jing poursuivit : « Que nous parlions de poésie, de prose ou de politique, elle est toujours capable de répondre. Sur bien des sujets, nous partageons les mêmes opinions. Et parfois même… je peux presque deviner ce qu’elle va dire ensuite. De son côté, elle comprend toujours ce qui me préoccupe et trouve les mots pour me réconforter. »

Peu à peu, Lu Jing raconta diverses anecdotes de leur vie quotidienne. Il expliqua notamment qu’il avait parlé à Fu Yu de ses fréquentes visites au mont Li lorsqu’ils étaient enfants, lorsqu’il allait voir Lu Ping. À force de l’entendre raconter ces souvenirs, Fu Yu avait certainement compris que Lu Ping était le frère auquel il était le plus attaché, différent des autres princes.

Lu Ping se réjouit sincèrement pour lui.

Oui, Lu Jing aimait Fu Yu.

Tous deux étaient des personnes douces et bienveillantes. Leurs caractères se ressemblaient, ils accordaient de l’importance à leur relation, pensaient l’un à l’autre avant eux-mêmes et partageaient les mêmes centres d’intérêt. Il était naturel qu’ils s’entendent aussi bien.

Mais cela relevait aussi de la chance. Simplement de la chance.

Lu Jing avait épousé une femme qui était devenue à la fois son épouse et son âme sœur.

Et si le destin en avait décidé autrement ? Lu Ping n’osa pas poursuivre cette réflexion.

À ce moment-là, Lu Jing reprit : « Au fait, Liu An, ton anniversaire approche. »

Lu Ping revint brusquement à lui. « Hein ? »

« Y a-t-il quelque chose que tu aimerais recevoir comme cadeau ? »

L’anniversaire de Lu Ping tombait chaque année la veille de la fête des Lanternes, le quatorzième jour du premier mois.

« Comme d’habitude, je ne manque de rien. Choisis ce qui te semble approprié. J’aime toujours beaucoup les cadeaux que tu m’offres. »

Lu Jing acquiesça. « Très bien. »

Autrefois, lors de son anniversaire, Lu Ping organisait simplement un petit repas dans la cour de Cangzhu avec Da Sheng et les autres, partageant viande et vin. Il arrivait même parfois que Lu Jing se joigne à eux.

Mais à mesure qu’ils avaient grandi, les affaires liées à la fête des Lanternes étaient devenues de plus en plus nombreuses. Lu Jing trouvait rarement le temps de venir en personne et se contentait généralement de faire porter son cadeau à la cour de Cangzhu.

La fête des Lanternes marquait le dernier jour des célébrations du Nouvel An. Chaque année, la famille impériale organisait dans les trois grandes avenues de Qi’an une procession rituelle en l’honneur des divinités : une petite procession chaque année, une grande tous les trois ans. Cette année-là correspondait à une petite procession ; les préparatifs étaient donc moins lourds, mais Lu Jing n’aurait probablement pas davantage le temps de venir lui-même.

Comme prévu, seuls des cadeaux furent envoyés.

Parmi divers objets de jade et autres curiosités, trois présents se distinguaient particulièrement : un vieux livre, une paire de manchons ivoire brodés d’osmanthes et une paire de bottes hautes aux broderies élégantes.

Le vieux livre venait de Lu Jing.

Les manchons avaient été envoyés par Fu Yu.

Lu Jing savait combien Lu Ping affectionnait les ouvrages anciens. Chaque fois qu’il mettait la main sur un livre rare, il le faisait aussitôt envoyer à la cour de Cangzhu. Quant aux bottes, elles avaient sans doute été choisies parce qu’il avait appris à monter à cheval.

Avant même les cadeaux de Lu Jing, l’empereur avait également fait parvenir des présents d’anniversaire.

Mais Lu Ping savait parfaitement que l’empereur ne s’occupait jamais de ce genre de détails. Ces cadeaux étaient certainement envoyés par l’impératrice au nom de l’empereur.

Da Sheng et Qiu Shui venaient tout juste de terminer de ranger tous les présents lorsqu’on frappa à la porte.

Zhi Le alla ouvrir. Lu Ping observait la scène depuis le perron.

À peine la porte s’ouvrit-elle qu’une paire de bottes extravagantes franchit le seuil. Yan Ren entra d’un pas assuré, suivi d’un groupe de serviteurs.

Lu Ping ne s’attendait absolument pas à le voir. Il s’apprêtait à lui demander ce qui l’amenait ici lorsque Yan Ren prit la parole le premier d’une voix claire : « Zi Keng est venu présenter ses félicitations à Son Altesse le Neuvième Prince pour son anniversaire. Ce ne sont que quelques modestes présents, j’espère que Son Altesse ne les trouvera pas indignes. »

Lu Ping en resta stupéfait.

Yan Ren agita la main vers les personnes derrière lui. « Faites-les entrer. »

Aussitôt, une procession impressionnante de serviteurs portant des coffres pénétra dans la cour.

Pendant un instant, Lu Ping demeura sans voix. Descendant les marches, il joignit les mains en signe de salut. « Petit marquis Yan... »

Yan Ren croisa les mains dans le dos. « Appelle-moi comme avant. »

« … Jeune Maître. »

« Faux. »

« … Yan Ren. »

« Voilà. »

Lu Ping soupira d’un air impuissant. « J’accepte ton intention, mais il y a beaucoup trop de choses. Et elles sont bien trop précieuses. Je doute d’en avoir l’usage. »

Yan Ren fit un geste négligent de la main. « Rassure-toi, ce ne sont ni de l’or ni des bijoux. Ces objets vulgaires, je te garantis que tu les aimeras. »

Tout en parlant, il fit ouvrir les coffres un à un. « Ceux-ci contiennent des matelas et des couvertures en coton de soie. Ta literie est trop vieille, elle ne tient plus suffisamment chaud. Celles-ci viennent d’être lavées, tu peux les utiliser immédiatement. Et si jamais un invité passe la nuit ici, tu auras même une couverture supplémentaire à lui donner. »

Lu Ping resta sans voix.

À part cet homme-là, personne ne passait jamais la nuit dans sa cour de Cangzhu.

« Ici, ce sont des parfums venus des Régions de l’Ouest. J’ai choisi des senteurs fraîches et discrètes. Elles ne sont pas particulièrement précieuses, mais leur parfum est bien plus agréable que celui des essences les plus coûteuses. Dans ce coffre, tu trouveras toutes sortes de jeux pour te distraire : cadenas de Luban, anneaux chinois, liubo, jeu militaire, go, et d’autres encore. Tu pourras t’amuser lorsque tu seras fatigué de lire. Celui-ci contient des mets et des gourmandises; tout est très frais, acheté ce matin même à la Tour Yipin. Quant à ces rouleaux, ce sont plusieurs peintures, un almanach impérial, ainsi qu’un exemplaire de l’Ode sur les couleurs printanières du lac Dongting. »

Puis Yan Ren se pencha vers Lu Ping et ajouta à voix basse : « Un original authentique de Su Gong. J’ai dû déployer beaucoup d’efforts pour l’obtenir. »

C’était véritablement un présent d’un poids considérable.

Yan Ren fit un geste de la main pour faire retirer tous les serviteurs, puis demanda à Lu Ping d’un air satisfait : « Alors ? Y a-t-il quelque chose qui ne te plaît pas ? »

Rempli de gratitude et presque intimidé par tant d’égards, Lu Ping répondit : « Il n’y a rien qui ne me plaise pas. J’aime tout. C’est simplement que… Comment as-tu su qu’aujourd’hui était mon anniversaire ? »

Yan Ren haussa les sourcils : « J’ai trouvé une occasion de le demander au prince héritier.»

Les serviteurs s’étant tous retirés, il ne restait dans la cour que Yan Ren et Zong Yun comme étrangers à la résidence. Lu Ping se sentit quelque peu désemparé et dit : « Tu as vraiment été très attentionné. Toutes ces choses sont utiles. C’est seulement qu’il y en a beaucoup trop. »

Il regarda autour de lui, puis s’approcha d’une rangée de coffrets-repas d’où s’échappaient d’appétissantes odeurs.

« Par exemple, toute cette nourriture. Même si nous avions un estomac aussi vaste que la mer, nous ne pourrons pas tout manger. »

Yan Ren frappa dans ses mains : « C’est vrai ! Que faire alors ? »

Puis, comme frappé d’une soudaine illumination, il déclara : « Que dirais-tu de ceci ? Zong Yun et moi restons ici et nous mangeons avec toi du matin jusqu’au soir. »

« … »

Lu Ping resta sans voix.

Au final, Yan Ren resta effectivement.

Le soir venu, les serviteurs préparèrent un petit banquet dans la salle principale. Qiushui, Zhile et Zong Yun aidèrent tous en cuisine, Madame Wang prépara plus d’une dizaine de plats. Mets chauds, mets froids et pâtisseries remplirent plusieurs tables de service.

Lu Ping cessa alors toute cérémonie et invita directement les serviteurs à s’asseoir avec eux pour partager le repas.

Une fois le repas terminé, Madame Wang débarrassa les plats et ne laissa sur les tables que le vin et les douceurs.

Da Sheng apporta les feux d’artifice et les pétards qui n’avaient pas encore été utilisés, et plusieurs personnes allèrent s’amuser dans la cour à les allumer.

Lu Ping et Yan Ren, quant à eux, restèrent appuyés près de la table à contempler les éclats lumineux dans la cour.

Lu Ping demanda : « Tu avais l’intention de rester depuis le début, n’est-ce pas ? »

Yan Ren répondit à côté de la question : « Ce vin manque vraiment de force. »

« … »

Yan Ren poursuivit : « Je me suis rendu compte que ta résidence est plutôt agréable. Elle est à l’écart de l’agitation extérieure et il est pratique d’entrer ou de sortir du palais. Si tu faisais effectuer quelques rénovations, elle serait encore plus belle. »

Lu Ping répondit :« Que ce soit beau ou non n’a pas grande importance. Tant qu’on s’y sent bien, cela suffit. »

« C’est vrai qu’on s’y sent bien. »

Tout en parlant, Yan Ren étira ses longues jambes, se leva et s’étira avec entrain. « As-tu une lance ici ? »

Pourquoi demandait-il une lance ?

Lu Ping ne comprit pas immédiatement et répondit seulement : « J’ai une épée. »

« Je ne veux pas de ce truc-là » dit Yan Ren avec dédain.

Il descendit les marches, traversa le groupe qui jouait avec les feux d’artifice, puis se dirigea tranquillement vers le petit bosquet de bambous voisin.

Là, il se déplaça un peu plus loin, se pencha et ramassa une hache.

Après l’avoir soupesée dans sa main, il retourna vers les bambous, examina plusieurs tiges à droite et à gauche, en choisit une, puis l’abattit d’un coup.

Lu Ping le regarda avec incompréhension.

Da Sheng et les autres cessèrent eux aussi de tirer les feux d’artifice et observèrent Yan Ren qui, à l’aide de la hache, élaguait soigneusement les petites branches et les rameaux superflus du bambou avant de le planter verticalement dans le sol.

Il sourit et demanda : « Voulez-vous voir une démonstration de lance ? Votre serviteur va vous en exécuter une pour divertir Son Altesse le Neuvième Prince ! »

Lu Ping ne put s’empêcher de rire.

Ce Yan Ren songeait effectivement à se donner de l’allure à chaque instant.

Qiushui, Zhile et madame Wang n’avaient jamais vu un homme manier la lance. Ils applaudirent aussitôt avec enthousiasme et s’empressèrent d’écarter les feux d’artifice pour lui dégager de l’espace.

Dans les mains de Yan Ren, ce simple bambou atteignait un niveau de maîtrise presque surnaturel. On aurait dit une véritable lance acérée, fendant l’air avec violence et produisant des sifflements perçants.

Lorsque la pointe de bambou s’abattit brusquement contre le sol, elle souleva sable et gravillons, arrachant un cri de surprise à Zhi Le.

Même les détonations des pétards qui résonnaient dans le ciel du palais paraissaient moins imposantes que Yan Ren.

Finalement, Yan Ren immobilisa sa « lance », reprit son souffle et adressa une révérence à Lu Ping : « Qu’en pense le Neuvième Prince ? »

Au milieu des applaudissements et des exclamations admiratives, Lu Ping se joignit aux autres pour applaudir : « C’était extrêmement élégant ! À présent, je te crois : tu es vraiment l’homme le plus élégant de toute la ville de Qi’an ! »

Ce n’était pourtant pas la réponse que Yan Ren attendait.

Il dit : « Ce n’est pas ce que je demandais. Je te demande si tu t’es bien amusé. Cet anniversaire t'a-t-il plu ? »

Tout en parlant, il s’avançait vers Lu Ping. Puis il s’arrêta au pied des marches et leva les yeux vers lui avec une attente manifeste.

Lu Ping demeura un instant interdit, puis sourit : « Merci, Jeune Maître. J’ai passé une journée très heureuse. »

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Réponse de Liu An à Yuanshan :

 

En lisant vos mots, j’ai soudain vu s’ouvrir devant moi une voie nouvelle ; mon esprit s’est éclairci et mon esprit est devenu limpide.

Je me suis alors souvenu d’un passage de Nouveaux propos sur les récits du monde, au chapitre « Paroles et conversations ».

On y raconte que le jeune Xu Ruzi jouait au clair de lune (NT : lettré de la fin des Han, célèbre pour son intelligence précoce) . Quelqu’un déclara : « Si la lune ne contenait rien, elle serait d’une clarté extrême. »

Xu Ruzi répondit : « Si les yeux n’avaient pas de pupilles, ils ne pourraient certainement pas voir clairement. »

Cette remarque est certes subtile. Elle utilise les pupilles de l’œil comme métaphore de Wu Gang et du Lapin de Jade de la lune. (NT :  figures mythologiques censées habiter la lune.)

Cependant, n’est-ce pas, comme dans la thèse du « cheval blanc n’est pas un cheval », une simple substitution de concepts servant à soutenir une argumentation spécieuse en prenant une chose comme fondement pour en expliquer une autre?

Respectueusement,

Liu’an.

(NT : Liu'an se demande si l’histoire de Xu Ruzi (comparer la pupille de l’œil aux taches de la lune) n’est pas un sophisme, tout comme le paradoxe du « cheval blanc » de Gongsun Long. Selon lui, ces belles analogies pourraient bien être des astuces pour changer de concept et faire croire à une démonstration logique.)

 

Traduction: Darkia1030

Check: Hent_du

 

 

 

 

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