Political scheming - Chapitre 8 - Aussi brillant que je sois, toujours avant-dernier

Le jour de la publication des résultats du petit examen, les copies furent distribuées à tous les élèves à l’heure prévue, et Lu Ping envoya Da Sheng récupérer la sienne. Quand ce dernier revint au domaine Cangxi, avant même d’entrer, sa voix retentit.

“Bonne nouvelle — !”

Lu Ping lisait tranquillement dans son bureau, tandis que Qiu Shui et Zhi Le manipulaient les livres avec précaution, dépoussiérant les étagères de la bibliothèque. À l’appel de Da Sheng, ils faillirent en faire tomber leurs livres. Lu Ping les interpella : “Faites attention de ne rien abîmer, ces livres doivent être rendus.”

“Bonne nouvelle !” Da Sheng fit irruption dans le bureau en s’exclamant : “J’ai vérifié les classements !”

Devant tant d’enthousiasme, Lu Ping avait déjà compris le résultat, tandis que Qiushui et Zhi Le attrapaient Da Sheng pour en savoir plus.

“Quelle est la place de son altesse?”

“Et la huitième princesse, quel rang ? Dis-nous vite !”

Même nourrice Wang apparut à la porte, venant de la cuisine, spatule à la main : “Qui a gagné ? Notre altesse a-t-il gagné ?”

Trois paires d’yeux fixèrent Da Sheng. Celui-ci avala sa salive, prit la copie de Lu Ping et annonça : “La huitième princesse est classée troisième dans le troisième niveau !(NT :  sān jiǎ, le moins avancé). Notre neuvième altesse est troisième dans le deuxième niveau  !” (NT : èr jiǎ , intermédiaire)

Le poids qu’il portait sur le cœur se dissipa enfin.

Zhi Le demanda : “Alors, quel rang Notre prince a-t-il obtenu ?”

Madame Wang le suivit de près : “Notre altesse a-t-il battu la huitième princesse ?”

“Le rang de Notre altesse est—” Da Sheng fit exprès de marquer une pause, puis annonça haut et fort à Lu Ping : “Deuxième par le bas !”

“Waouh !”

“Fantastique ! Deuxième par le bas !”

“Incroyable, Votre altesse est impressionnante !”

Le vacarme lui donna presque le vertige.

“Puisque Notre altesse est deuxième par le bas, quelle est la place de la huitième princesse ?”

Da Sheng : “La huitième princesse est—”

“Première par le bas !”

Tous applaudirent et acclamèrent. Zhi Le entraîna Qiushui et Da Sheng à faire trois tours dans la cour en chantant de joie.

Madame Wang s’exclama avec bonheur : “Pour célébrer que Votre altesse a obtenu la deuxième place par le bas, je vais préparer des crabes du fleuve à midi. Y a-t-il autre chose que vous souhaitez ?”

Lu Ping, à la fois amusé et désespéré, répondit : “Des crabes du fleuve suffisent, merci pour vos efforts, nourrice.”

Tenant son livre, il s’avança jusqu’à la porte. L’automne étant bien avancé, les jours s’étaient raccourcis et l’air devenait frais. Le soleil filtrait à travers les platanes devant la porte, projetant des ombres tachetées sur les marches et sur lui. Il baissa les yeux vers les ombres que dessinaient les arbres sur le livre, pensif.

En levant à nouveau la tête, il vit Da Sheng et les autres entourés de copies de son examen. Bien qu’ils ne sachent pas lire, ils pouvaient apprécier les annotations du maître, leurs visages rayonnants de satisfaction et de fierté.

Lu Ping esquissa un léger sourire : “En fait, c’est plutôt bien ainsi.”

Le lendemain matin, en arrivant au pavillon Baihu, Lu Ping croisa Lu Qiang à l’entrée.

Le visage de Lu Qiang était d’un gris cadavérique. Lu Ping l’appela calmement : “Huitième sœur,” mais elle le toisa froidement et fit un “humph” avant d’entrer la salle de classe, ne mentionnant pas le pari.

Elle n’avait parlé que d’un engagement unilatéral : si elle gagnait, Lu Ping devait obéir à sa demande. Elle n’avait jamais indiqué ce qu’elle ferait si elle perdait. Lu Ping ne voulait pas poursuivre ce différend et la laissa là.

Un chariot chargé d’une imposante bibliothèque arriva devant la salle. Un eunuque émit un avertissement : “Faites attention, ne bousculez pas Notre altesse.”

Lu Ping demanda distraitement : “Qu’est-ce que c’est ?”

Le chef des eunuques répondit : “Le maître de l’académie a dit que le pavillon Baihu devient fréquenté. Comme les jeunes nobles vont et viennent entre le palais et l’extérieur, cela devenait peu pratique. Nous avons apporté cette bibliothèque pour y ranger les livres. À la fin du cours, il n’y aura plus à les remporter.”

Lu Ping examina le meuble : vingt compartiments, tous munis de clés, exactement pour vingt élèves.

Il se tourna vers Da Sheng : “À l’avenir, laisse mes livres ici, plus besoin de les transporter sans cesse.”

La plupart des élèves étaient déjà arrivés. Ils discutaient des résultats du petit examen. Le prince héritier Lu Jing obtenait la première place comme d’habitude, mais avec l’arrivée de nouveaux élèves de différentes académies, le troisième prince Lu Zhi perdit sa réputation “d’éternel second” ; Yan Ren obtint la première place au deuxième niveau, tandis que Lu Zhi ne put atteindre que la troisième place du troisième niveau.

Lu Zhi, impassible, alla féliciter Yan Ren, puis se tourna vers Lu Ping : “Oh, neuvième frère, te voilà !”

Lu Ping fut effrayé par ce ton lent mais pesant : Lu Zhi ne lui avait pas adressé la parole depuis des siècles.

Lu Zhi remarqua : “Cette fois, neuvième frère, tu nous as valu une surprise.”

Lu Fang ricana : “Troisième place deuxième niveau, rien de glorieux là-dedans.”

Lu Zhi répondit : “Sixième frère, tu ne peux pas dire ça. Pour toi, ce n’est peut-être rien, mais le neuvième frère a dû travailler dur pour obtenir ce résultat. C’est réjouissant.”

Lu Fang ricana : “C’est vrai, félicitations.”

Lu Ping les ignora. Après quelques moqueries supplémentaires, constatant qu’elles n’avaient aucun effet sur lui, ils abandonnèrent.

Enfin, le calme revint, et Lu Ping reprit sa lecture.

Yan Ren baissa les yeux sur le livre de Lu Ping et constata que ce n’était pas un ouvrage des Quatre Livres et Cinq Classiques. Il demanda : “Que lis-tu ?”

Lu Ping retourna rapidement le livre pour cacher la couverture. : “Rien.”

Depuis leur dernière altercation à l’extérieur de la salle de classe, ils ne s’étaient pas adressé la parole pendant quatre jours. Lu Ping ne s’en inquiétait pas, mais avait remarqué que Yan Ren semblait l'éviter intentionnellement. C’était la première fois que Yan Ren prenait l’initiative de lui parler.

“Le Neuvième prince a progressé cette fois, cela montre qu’avec du travail et de la persévérance, personne ne pourra t’intimider.” remarqua Yan Ren avec satisfaction.

Lu Ping répondit poliment : “Merci de te réjouir pour moi.”

Yan Ren resta silencieux un moment, puis poursuivit : “Tu ne sembles pas du tout heureux.”

Lu Ping répliqua : “Comme le disait Chen Chengzuo, joie et colère ne se manifestent pas sur le visage, affection et aversion ne se disent pas, tristesse et bonheur ne débordent pas, vie et mort ne dépendent pas du ciel’ .” (NT : décrit un idéal de maîtrise de soi et de détachement dans la culture lettrée traditionnelle chinoise, selon la tradition confucéenne)

Yan Ren haussa un sourcil : “Tu cites avec justesse, difficile de croire que tu étais toujours solidement dernier auparavant.”

Apparemment, sa réputation d’avoir toujours été dernier était bien connue. Lu Ping répondit honnêtement : “Tu me flattes. Sans le pari avec la huitième sœur, je serais probablement resté dernier cette fois encore.”

En entendant ces mots, Yan Ren sursauta légèrement.

Lu Ping, lui, l’ignora complètement et continua de lire, absorbé par ses livres.

Yan Ren, quant à lui, triturait sans cesse la bague sur son pouce, tapotait le bureau avec ses doigts d’un rythme régulier, et hésita plusieurs fois avant de finalement prendre la parole avec difficulté : “Donc… tu… tu as fait tout ça juste pour rester assis à côté de moi ?”

Lu Ping lisait un passage particulièrement profond, et fit comme s’il n’avait rien entendu.

Yan Ren murmura : “Je ne pensais pas que, malgré notre dispute la dernière fois, je ne pourrais résister à la loyauté et à l’affection profondes de Son Altesse… ”

Lu Ping était déjà complètement immergé dans le monde du livre.

Yan Ren continua : “En vérité, je suis honoré, mais j’espère que Son Altesse cherche vraiment à progresser pour s’améliorer et non pour des affaires d’attachement sentimental, car je ne pourrais jamais apprécier ce genre de personne.”

Lu Ping leva enfin les yeux, un éclat d’illumination dans le regard. Il fixa Yan Ren : “Qu’as-tu dit, jeune maître ?”

Yan Ren esquissa un léger sourire, mais avec sérieux : “Je dis que je te remercie pour ton intention, je suis touché, mais je ne peux l’accepter.”

Lu Ping resta silencieux. Il pensa dans son for intérieur: cet homme a sûrement un sérieux problème.

Au pavillon Baihu, l’organisation des cours était très simple : le matin, cours de lettres avec Song Siyuan, et l’après-midi, cours d’arts martiaux. Les cours d’arts martiaux étaient séparés : Lu Jing était entraîné par le Grand Précepteur, tandis que les autres princes et princesses de familles nobles avaient leurs propres professeurs, les princesses et jeunes filles, quant à elles, recevant des cours de musique et d’arts.

Lu Ping n’avait pas de professeur d’art martial. L’après-midi, il retournait généralement au domaine Cangxi ou restait dans la salle de lettres à lire, et parfois allait voir Lu Jing s’entraîner.

Da Sheng somnolait, adossé à une colonne, et finit par se réveiller. Voyant que son maître était toujours penché sur son bureau, il s’avança et demanda : “Votre Altesse, que faites-vous ?”

Lu Ping répondit en écrivant : “Je recopie ce que j’ai lu, et note mes impressions personnelles. Cela permet à la fois de pratiquer la calligraphie et de purifier l’esprit. Mon frère aîné se plaint toujours que je ne m’exerce pas assez, mais je n’aime pas vraiment ces textes, alors j’écris ce que j’apprécie.”

Le bureau était couvert de feuilles éparses. Da Sheng, craignant que de l'encre ne se répande dessus, se leva pour les ranger et prit une feuille : “Qu’est-ce que c’est ? Ça ressemble à une copie d’examen.”

Lu Ping jeta un coup d’œil : “C’est l’essai que j’ai écrit pour l’examen d’avant-hier.”

Da Sheng s’étonna : “Mais il n’y a pas les annotations du Grand Précepteur ?”

Lu Ping expliqua : “Je ne l’ai pas soumis. J’en ai remis un autre.”

Da Sheng, comprenant à moitié, ne le dérangea plus et se mit à déchirer patiemment quelques feuilles d’érable tombées à l'extérieur en fines bandes. Aujourd’hui, le maître semblait particulièrement de bonne humeur et passa plus de temps que d'habitude à écrire.

Après un certain temps, une pile de feuilles d’érable déchirées s’accumula à ses pieds. Le tambour de l’Est sonna enfin trois fois, marquant la fin du cours. Lu Ping posa son pinceau et commença à ranger ses affaires.

“On mettra ça dans l’armoire à livres.”

L’armoire, arrivée le matin même, était installée contre le mur derrière le paravent. Da Sheng courut pour examiner et se plaignit : “Mince, les bonnes places sont toutes prises. Il ne reste que la rangée du bas.”

Lu Ping éclata de rire : “Qu’est-ce qu’une bonne place ? Quelle importance ? Qui a dit que le bas était mauvais ?”

Da Sheng murmura : “Sinon, pourquoi tout le monde se précipiterait-il pour les rangées du haut ?”

Lu Ping sauta légèrement des marches et contourna le paravent. Comme prévu, les trois rangées supérieures étaient déjà verrouillées avec des livres, il ne restait que deux compartiments du bas légèrement ouverts. Il suggéra nonchalamment : “Alors, prenons celui tout à droite, peu importe.”

Da Sheng y plaça livres, pinceaux et papier. Lu Ping en retira volontairement sa copie d’examen, ferma la porte du compartiment, et dit : “Allons-y !”

Il ne prit pas la clé et ne verrouilla pas le compartiment.

Da Sheng demanda : “Votre Altesse, vous ne verrouillez pas la porte?”

Lu Ping secoua la tête : “Déverrouiller pour récupérer les livres serait trop fastidieux.”

Da Sheng objecta : “Mais si quelqu’un les vole ?”

Lu Ping, avec optimisme et ironie : “Ici, au pavillon Baihu, les livres ne valent rien pour les serviteurs, et pour les élèves… qui voudrait voler les livres de l’avant dernier ? Même les mépriser serait trop leur demander.”

Da Sheng insista : “Mais vos écrits… si quelqu’un les lisait…”

La lumière du soleil traversait les vitres et la soie rouge du paravent, dessinant de délicats motifs. Lu Ping caressa les paysages peints du bout des doigts, sauta sur les marches et fit voler la poussière en riant. Il leva la main pour protéger ses yeux du soleil et sourit à Da Sheng : “Ne t’inquiète pas, personne ne voudra lire mes écrits. Et même si… eh bien, ce serait comme lire des poèmes écrits sur une feuille rouge. Rare et précieux. J’ouvrirais grand la porte pour accueillir ce lecteur, peu importe combien il lirait.”

(NT : Dans la culture chinoise, le rouge évoque la fortune, la célébration et le prestige.)

Lu Ping sourit largement. Pendant un instant, Da Sheng eut l’impression que le jeune maître, vif et plein de vie, courait parmi les arbres du paravent, comme sorti d’une peinture.

Quand il reprit ses esprits, Lu Ping avait déjà quitté la salle.

“Votre Altesse, où allez-vous ?”

La voix de Lu Ping résonna joyeusement.“Voir mon frère !”

 

Traduction: Darkia1030

Check: Hent_du

 

 

 

 

 

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