IRNDGL - Chapitre 22 - N‘oublie pas de boire ton lait

Mélissa était la fille de l’ancien Chevalier Radieux, aujourd’hui Directeur du Département du Renseignement, Joseph.

Elle possédait une magnifique chevelure rousse et bouclée héritée de sa mère, semblable à des algues ondulant dans l’eau, souple et lisse : lorsqu’elle la portait lâchée, elle ressemblait à une sirène d’une beauté nacrée ; lorsqu’elle l’attachait, elle évoquait une prestance chevaleresque élégante et assurée.

Chez elle, Melissa était habillée de façon très décontractée. Une chemise blanche à volants, à double rangée de boutons, une jupe bleue taille haute, ainsi que des collants noirs et des pantoufles beiges : l’ensemble composait l’image d’une jeune fille indépendante, pleine de vitalité juvénile.

Sa mère étant décédée tôt, elle vivait avec son père, Joseph, dans cette maison de la 1ère avenue du quartier haut de la ville.

Si l’on ne parlait que d’âge, selon la logique des gens ordinaires, Joseph était en fait assez vieux pour être son grand-père.

Cependant, pour les Chevaliers qui tiraient leur pouvoir de l'éther, l’âge ne signifiait en réalité pas grand-chose.

Cette jeune fille de seize ans était en fait déjà cheffe d’une petite équipe du Département de Combat de la Tour des Rites Secrets, une Chevalière de niveau Anormal.

« C’est vraiment étrange… Pourquoi lit-il un livre ? »

Mélissa prit le livre et le regarda d’un air soupçonneux, exprimant sans aucune retenue son doute. « Je ne l’ai jamais vu lire quoi que ce soit, même lorsqu’il était encore un Grand Chevalier Radieux. »

Les sourcils de Mélissa se froncèrent fermement, tandis qu’elle réfléchissait intensément.

Joseph, en raison de ses fonctions, était absent de la maison la majeure partie du temps ; en réalité, cette demeure n’était habitée que par elle depuis toujours.

En repensant soigneusement aux rares occasions où Joseph avait lu quelque chose, il s’agissait toujours de documents qu’il était obligé de lire.

Par exemple, lorsque la nouvelle Loi du Travail avait été publiée récemment, Joseph avait passé énormément de temps à l’étudier, lisant diverses clauses, se creusant la tête pour y trouver les éléments qui pouvaient lui être favorables.

En temps normal, Joseph ne daignait même pas toucher une page.

Un soudain élan de curiosité s’éleva dans le cœur de Mélissa. Elle baissa les yeux vers le livre intitulé L’Enfant de l’Abîme, et l’ouvrit.

La vitesse de ses doigts tournant les pages devint progressivement de plus en plus régulière, s’approchant d’un rythme propre à l’immersion.

Son regard se transforma peu à peu, son expression devint progressivement grave.

« Je vais bien, je vais vraiment bien… Je suis peut-être infirme, mais ce propriétaire de librairie n'avait pas la moindre trace éthérique sur lui, et pourtant il m'a fait perdre connaissance. Cela ne dit-il pas tout le pouvoir qu'il possède ? Tout ce que je peux dire, c'est de maintenir un certain degré de respect et de ne pas courir au désastre. … Si je meurs un jour, ce sera certainement parce que tu m’auras exaspéré à mort ! »

La voix de Joseph se rapprochait, et l’on devinait vaguement, mêlé à elle, le bruit de coups de pied contre le mur.

Mélissa releva brusquement la tête, sortant de ce monde ancien, imposant et captivant, comme si elle avait arraché son âme de l’intérieur du récit.

Elle secoua la tête, reposa rapidement le livre, reconstituant exactement sa position originale grâce à sa mémoire.

Puis elle fit comme si de rien n’était, et se mit à marcher en direction de sa chambre.

« Mélissa. »

Mélissa se retourna nerveusement, mais entendit Joseph lui dire avec une bienveillance tranquille : « N’oublie pas de boire ton lait. »

« … »

Mélissa esquissa un sourire rigide, puis referma sa porte en la claquant d’un coup sec.

« Ouf… »

Elle poussa un long soupir, mais son esprit se retrouva envahi de points d’interrogation :
« Qui donc a écrit ce livre ? Le protagoniste serait-il ce Roi des Elfes, Candela, devenu ensuite l’Épée Démoniaque Candela ? Pourquoi ces récits sont-ils aussi palpitants et réalistes ? Est-ce une biographie, ou un roman ? »

Le plus crucial : elle n’avait pas terminé sa lecture ! Il ne lui manquait presque rien pour atteindre un passage extrêmement passionnant !

Mélissa marmonna pour elle-même en se jetant sur son lit, se sentant à la fois fébrile et impatiente ; elle roula sur elle-même, excitée : « Je ne m’attendais pas à ce que mon père, ce vieil entêté, lise ce genre de livre. On dirait que mes jugements précédents à son égard étaient erronés. »

Cependant, d’après les bribes qu’elle avait entendues à l’instant, ce livre semblait être lié à un lieu dont le niveau de confidentialité était extrêmement élevé, et dont les informations n’étaient pas accessibles au commun des mortels.

Mélissa, allongée sur son lit, ferma les yeux, mais un moment plus tard, elle les rouvrit, se releva, et alluma son ordinateur personnel.

« Qu’est-ce que cela change ? Ce n’est qu’une librairie… Au pire, le propriétaire est très puissant. Si c’est vraiment le cas, je n’irai certainement pas provoquer ma propre perte. »

Elle tendit la main, et condensa l’éther pour former une clé. « Clef des Archives – Niveau d’accès : S. »

L'éther était le pont entre la réalité et l'illusion.

Melissa appuya sur la touche de la page Web, ouvrant une toute nouvelle interface, et l’immense base de données se déploya devant elle.

Mélissa joignit les mains : « Merci, maman. »

Puis elle commença à parcourir et à interroger les fichiers.

Sa mère, de son vivant, avait également été un Grand Chevalier Radieux, et possédait un accès privilégié aux archives de la Tour des Rites Secrets. Elle avait laissé son compte à Mélissa.

L’existence de ce compte représentait l’espoir qu’elle plaçait en sa fille ; c’était légitime et connu, mais jusqu’à ce jour, Mélissa ne l’avait jamais utilisé pour quoi que ce soit.

Bien entendu, si elle commettait réellement la moindre action suspecte, les archives se mettraient instantanément à jour, et la « Chevalière » Mélissa risquerait bien de devenir la « traîtresse » Mélissa.

« Ah ! Je l'ai trouvée ! La librairie ! »

Mélissa serra ses genoux contre elle, rayonnant d’enthousiasme, ses yeux brillaient en fixant les informations sur l’écran.

Après un moment de lecture, elle murmura : « Bienveillant ? Si c’est ainsi, je peux peut-être aller voir… »

Mélissa prit sa décision, ferma l’ordinateur, et son regard croisa le verre de lait posé sur le bureau.

« Hmph. »

Elle tendit la main, saisit le verre, et le vida d’un seul trait.

***

Sous un éclairage tamisé, Wilde était en train de prendre des notes avec sa plume d’oie.

Il avait retiré la moitié de son masque, révélant un visage complètement détruit et défiguré.
L’autre moitié du masque, quant à elle, s’était entièrement intégrée à sa chair et à son sang, au point de devenir une partie de lui-même.

Bien que son apparence fût terrifiante, la concentration sérieuse qu’il affichait atténuait légèrement cette atmosphère effrayante.

Devant Wilde se trouvait l’ouvrage qu’il avait obtenu de Lin Jie, encore inédit.

Au cours de sa période de recherches, il avait déjà rempli presque trois carnets entiers !

« C’est vraiment une étendue de connaissances vaste comme l’océan ! Une profondeur insondable comme une vallée montagneuse ! Monsieur Lin est véritablement digne de son nom ! »

Wilde s’exclama ainsi, posa sa plume, et saisit le carnet de notes pour procéder à la révision finale.

Grâce à son étude et ses recherches, il comprenait déjà de manière générale le contenu de ce Rituels et cérémonies de la secte dévoreuse de cadavres.

Ce livre consignait principalement les cérémonies importantes de ce culte appelé secte dévoreuse de cadavres. Pour chacune de ces cérémonies, il énumérait quelles matières étaient nécessaires, comment les préparer, les mélanger, puis les transformer en offrandes sacrificielles.

Dans le résumé encore superficiel qu’en tirait Wilde, on voyait que la plupart de ces matières étaient des cadavres ; les procédés incluaient saignée à vif, découpage, écorchage, bûcher, ingestion des organes internes.
Une cruauté effroyable, glaçante d’horreur.

Même Wilde, un mage noir pourtant aguerri, avait du mal à le supporter.

Cependant, sous cette folie apparente, se cachait une étrange forme de rationalité.

Ce livre contenait indéniablement un système sacrificiel immense et structuré.

Dates précises et fixes, règles spatio-temporelles distinctes, étapes rigoureuses, signification propre à chaque cérémonie : autant d’éléments qui constituaient une part de la civilisation dont ce culte provenait.

« Si Le dialecte de Wenzhou n’est que la pointe de l’iceberg, un aperçu limité à travers un petit trou, alors ce Rituels et cérémonies de la secte dévoreuse de cadavres me permet enfin de contempler l’une des facettes de cette civilisation perdue, effrayante et terrifiante ! »

Wilde replaça son masque, son regard se teinta d’extase, et il murmura : « C’est trop grandiose, trop fascinant… Tout cela, je le dois à Monsieur Lin. J’ai déjà préparé le présent ; il l’appréciera certainement. »

 

Traduction: Darkia1030

Check: Black_Orchid

 

 

 

 

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