IRNDGL - Chapitre 47 - Soyez prudents
« Mais… il semblerait qu’un nouveau client soit arrivé. »
Lin Jie regarda la lumière blanche et aveuglante qui se projetait à l’intérieur de la librairie, fronçant légèrement les sourcils, un peu surpris.
Ce sont… des phares de voiture, non ?
Mais qui viendrait volontairement avec un tel déploiement ? Par un temps pareil, conduire dehors était bien plus risqué que se déplacer à pied.
Si la voiture tombait en panne, il n’y aurait absolument aucun endroit où demander de l’aide ; même les équipes de secours auraient du mal à arriver.
De plus, cette lumière était manifestement dirigée volontairement vers l’intérieur de la librairie, sans le moindre signe de changement de direction, donnant une impression de ciblage délibéré.
La route devant la librairie longeait la boutique ; en temps normal, personne n’irait planter sa voiture droit devant le passage piéton.
À moins d’être idiot.
Et encore plus dans ces conditions : l’eau s’écoulait abondamment dehors. Même un idiot saurait que si quelque chose était emporté par le courant et venait heurter la voiture, les conséquences seraient inimaginables.
Et même si cette personne faisait demi-tour, la direction du véhicule aurait déjà dû changer.
Mais si ce n’était pas un idiot, alors cette façon ostentatoire d’éclairer devenait franchement impolie.
Quelqu’un venait clairement avec de mauvaises intentions.
Lin Jie, bien qu’il ait toujours été serviable et prêt à aider autrui dans la mesure de ses moyens, se souvenait encore mieux de la phrase de Monsieur Lu Xun : « N’hésitez pas à supposer chez autrui la plus grande malveillance possible »
(NT : Lu Xun (1881-1936) est un écrivain majeur de la Chine du XXe siècle, connu pour sa critique acerbe et son désenchantement face à la société chinoise de son époque).
Lin Jie fronça les sourcils et tourna la question dans sa tête.
Se pourrait-il que son statut ait finalement été révélé ?
Même si, trois ans plus tôt, avec l’aide d’une jeune fille nommée Qili (NT : litt. Énergie vitale), il avait obtenu une carte d’identité officielle de la région de Nuozin, et qu’il avait réussi à enregistrer légalement son commerce via une grande chambre de commerce locale…
Il restait, à l’origine, quelqu’un apparu de nulle part.
Quand il y a un problème à la racine, aussi bien qu’on le dissimule, il arrive toujours un jour où la vérité est révélée.
De plus, compte tenu des circonstances, Lin Jie avait toutes les raisons d’imaginer le scénario suivant :
Une voiture de police portant les insignes officiels de Nuozin était garée non loin de la librairie. Les phares avant, allumés, projetaient une lumière blanche éblouissante à l’intérieur comme moyen d’intimidation.
Avec, en prime, l’effet de gêner la visibilité.
Plusieurs policiers se tenaient silencieusement devant le véhicule, armes à la main, sous la pluie, braquant la librairie.
Et un responsable de rang plus élevé tenait un talkie-walkie et un mégaphone, prêt à déclarer : « Les personnes à l’intérieur, écoutez bien ! Vous êtes suspectés d’entrée illégale, de contrebande et de falsification d’identité. Vous avez enfreint les lois de Nuozin et allez être arrêtés immédiatement. »
— C’était toujours comme ça que ça se passait dans les films policiers.
Bien sûr, l’origine principale de toutes ces suppositions venait surtout du fait que Lin Jie ressentait confusément un soupçon de danger.
Et, dans son esprit, le danger prenait précisément ce scénario.
Cependant, en même temps, il avait aussi l’étrange impression que ce danger n’aurait pas de conséquences majeures… Serait-ce à cause de Xiao Hei ?
Lin Jie réfléchit en silence tout en se levant de son siège, désireux de voir ce qui se passait réellement dehors.
Mais à peine était-il debout que Yuanwei Ruisi murmura : « Veuillez patienter un instant. Je vais m’en occuper immédiatement, puis je reviendrai pour en discuter avec vous en détail.
Hein ?
Lin Jie cligna des yeux, réalisant alors que l’expression du visage de cette cliente était encore plus grave que la sienne.
Une gravité si intense qu’elle donnait l’impression qu’elle était prête à tuer quelqu’un.
Cependant, comme cette jeune femme avait naturellement des traits doux et très agréables, même avec un regard glacial, son visage ne devenait ni laid ni déformé comme chez la plupart des gens en colère ; cela donnait plutôt une impression de contraste charmant, presque élégamment impressionnant.
... Même dans ce monde, les gens étaient jugés sur leur apparence.
Mais pourquoi était-elle soudainement aussi en colère ?
Ce n’était pas comme si quelqu’un lui avait grillé la priorité juste au moment où son tour arrivait…
Attends.
Pour quelqu’un qui venait tout juste de lui demander un service, alors qu’il s’apprêtait à accepter, se faire interrompre par une apparition soudaine…
Cela ressemblait effectivement beaucoup à une situation de coupe-file.
Et au vu du ton de la jeune femme, ceux qui venaient d’arriver dehors n’étaient clairement pas des gens fréquentables.
Lui était assis derrière le comptoir, avec sa vue obstruée. Cependant, la jeune femme se tenait derrière le comptoir et pouvait voir la situation beaucoup plus clairement.
Ainsi, ses suppositions étaient probablement justes dans l’ensemble.
Un rictus glacé apparut sur le visage de Yuanwei Ruisi. Elle tourna la tête vers l’extérieur et poursuivit lentement : « Oser s’en prendre à cet endroit… c’est d’une audace extrême. »
Comme prévu, ils venaient probablement pour lui.
Lin Jie avait toujours été plutôt doué pour lire les expressions et les attitudes.
Bien que la demoiselle elfe fût en colère, elle conservait dans l’ensemble un maintien calme et continuait de lui parler avec courtoisie.
Ce qui signifiait que, pour elle, ces gens impolis qui projetaient leurs phares droit à l’intérieur ne constituaient pas une véritable menace.
De plus, étant une amie de Ji Zhixu, et du fait qu’elle appartenait à ce qu’on appelait une «famille», même un chameau mort était toujours plus grand qu’un cheval. (NT : idiome, une grande puissance affaiblie reste supérieure à une faible puissance intacte).
Ce n’était pas une forme de confiance en soi aveugle.
Mais après tout, la personne devant lui restait une jeune femme d’apparence fragile. Inquiet, Lin Jie demanda pour s’assurer : « Vous êtes sûre qu’il n’y a pas de problème ? Sinon, je peux m’en charger moi-même. »
Avec ses… hum… talents oratoires, gagner un peu de temps ne poserait absolument aucun souci.
Ensuite, il pourrait contacter d’anciens clients pour régler la situation.
De plus, à vrai dire, il avait toujours voulu essayer de sonder dans quelles circonstances exactement Xiao Hei apparaîtrait.
Ce maître des coulisses avait été capable de faire traverser à Lin Jie un monde entier ; il possédait sans aucun doute une puissance difficile à imaginer. Cependant, il était toujours insaisissable et Lin Jie n'avait aucun moyen d'établir un contact même s'il le voulait.
En entendant cela, l’expression de Yuanwei Ruisi devint encore plus résolue. Elle releva légèrement l'ourlet de sa robe , afficha un sourire élégant et assuré, et déclara : « Ce n’est qu'une bande d'insoumis. Seul leur meneur est légèrement gênant. Certes, je risque d’exposer mon identité, mais puisque vous avez accepté, même si elle est révélée, cela ne posera aucun problème. Soyez rassuré : que ce soit aujourd’hui ou plus tard, ils n’auront jamais la moindre occasion de vous nuire. Je vous le prouverai. Pouvoir vous débarrasser de ces ennuis est pour moi un honneur. »
En l’entendant parler ainsi, Lin Jie eut l’impression que s’il la rejetait, ce serait presque faire preuve de mépris envers une famille déjà déchue au point d’avoir besoin de quelqu’un d’autre pour restaurer le sens de son blason.
Il s’agissait manifestement d’une famille certes en déclin, mais qui conservait encore sa fierté propre ainsi qu’une énergie considérable.
Haa... Je ne peux pas laisser cette jeune demoiselle penser que je la regarde de haut.
Après un instant de réflexion, Lin Jie dit : « Dans ce cas, faites attention à votre sécurité. »
« Je comprends. Veuillez patienter un instant. »
Yuanwei Ruisi laissa éclore un magnifique sourire, quitta le comptoir et se dirigea vers l’entrée de la librairie, le regard devenu d’une détermination absolue.
Elle savait que c’était là l’épreuve et la condition.
Lorsque le propriétaire de la librairie avait dit que le problème n’était « pas grand-chose », cela signifiait qu’il pouvait accepter et, en tant que familier, intercéder auprès de la Dame Baiyin afin que la gloire de l’iris renaisse.
Mais lorsqu’il avait ajouté « cependant, il semble qu’un nouveau client soit arrivé », alors que dehors ne se trouvaient que des ennemis, le sens de ce retournement devenait évident.
L’exigence du propriétaire de la librairie était qu’elle se charge de régler ces individus afin de vérifier la détermination de la famille de l’Iris.
Yuanwei Ruisi avait désormais parfaitement compris son intention.
Elle inspira profondément, et son regard se posa sur la source lointaine de cette lumière blanche.
La source de l’éclat aveuglant à l’extérieur de la librairie ne se trouvait pas juste devant la porte : sa véritable origine se situait en réalité à plus d’un kilomètre de distance.
Mais cette quantité terrifiante d’énergie d’éther apportait une chaleur inimaginable, au point d’en être visible à l’œil nu.
À l’intérieur de la librairie paisible, on ne ressentait rien ; mais dehors, à cet instant précis, la pluie et l’eau accumulée au sol avaient déjà été entièrement vaporisées. Cela ressemblait à une cascade remontant à rebours et à un brouillard dense qui, dans un rayon de plus d’un kilomètre, bouillonnaient et hurlaient de concert avec la foudre et les rafales de vent dans le ciel.
Les vitrines et les carreaux de la porte se couvrirent instantanément d’une fine couche de gouttelettes semblables à de la brume, tremblant au rythme des vibrations sourdes du sol.
Le sort de destruction « Sort de flammes · Rayon mortel du Soleil » était effectivement extraordinaire.
Une fois libéré, toute cette zone risquait fort de disparaître sans laisser la moindre trace. Les mages noirs étaient décidément une bande de fous et de brutes.
Même Yuanwei Ruisi trouvait la situation extrêmement épineuse.
Et pourtant, le propriétaire de la librairie demeurait d’un calme et d’un flegme absolus, ce qui lui faisait pleinement ressentir la différence de niveau : il était peut-être encore plus puissant qu’elle ne l’avait imaginé…
Elle était décidée à sortir victorieuse de cette épreuve coûte que coûte.
Dans les yeux vert émeraude de Yuanwei Ruisi apparurent des éclats dorés, formant la silhouette d’un iris.
Elle tendit la main, saisit la poignée et ouvrit doucement la porte de la librairie.
Traduction: Darkia1030
Check: Black_Orchid
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