Cette longue épée d’une splendeur presque extravagante semblait rayonner d’elle-même même dans cet environnement délabré et obscur, comme si elle était dotée d’un filtre lumineux.
Sans même parler de la valeur de l’or et des pierres précieuses, les ornements et la forme générale de l’épée possédaient un niveau d’artisanat capable d’émerveiller même un profane.
Chaque courbe était d’une élégance parfaite, formant un ensemble harmonieux ; même le fourreau était gravé de motifs similaires, tandis qu’un cristal noir translucide était enchâssé au centre de la garde en forme de croix.
Dans l’ensemble, la forme de cette épée n’était d’ailleurs pas si… extravagante.
La lame mesurait visiblement environ un mètre trente, restant dans les dimensions normales d’une épée à deux mains, et la garde n’était pas non plus d’un style particulièrement ostentatoire ; cette forme cruciforme pouvait même être qualifiée de classique et conventionnelle.
Mais la qualité de fabrication et les décorations étaient franchement excessives.
Même si Lin Jie ne possédait pas un regard particulièrement professionnel pour expertiser des objets, le raffinement de cette épée sautait aux yeux ; avec un tel niveau de travail, même s’il ne s’agissait que de dorure et de pierres synthétiques, sa valeur restait considérable.
En temps normal, personne n’utiliserait une telle épée au combat, pas vrai ?
Si elle venait à être ébréchée ou heurtée par accident…
Lin Jie regarda l’épée étincelante posée sur le comptoir et remua les lèvres.
… Certes, je t’ai dit de me confier les fardeaux et les soucis de ton cœur, mais pourquoi me donner directement une épée aussi précieuse ?
Voilà donc ta décision ?
De quel genre de décision s’agit-il ?
Lin Jie releva alors les yeux vers l’expression de Joseph. Le regard de ce vieil homme était rempli de détermination et de soulagement.
Soudain, il sembla comprendre quelque chose.
Cela ne ressemblait pas à une plaisanterie ; d’après leurs interactions jusqu’ici, Joseph n’était pas non plus le genre d’homme à plaisanter.
Donner l'épée était probablement la réponse de Joseph à la suggestion précédente de Lin Jie.
Et vu le raffinement inhabituel de cette arme, on pouvait juger qu’il ne s’agissait pas d’une arme véritablement pratique, ou du moins peu adaptée à un usage réel.
Elle ressemblait davantage à une épée cérémonielle.
Dans ce cas, cette épée devait probablement symboliser l’expérience militaire passée de Joseph, ses responsabilités et son honneur.
Lin Jie ne put s’empêcher de penser à Melissa. Même si cette sale gosse était infernale au fond, rien que son apparence et ses manières montraient qu’elle n’avait pas grandi dans une famille ordinaire, et Joseph se montrait également extrêmement strict avec elle.
À partir de là, on pouvait imaginer que Joseph appartenait peut-être à une famille militaire héréditaire, voire à une lignée ayant reçu des titres honorifiques.
Cela expliquait aussi l’origine de son sens aigu de la justice.
Le simple statut d’ancien militaire ne suffisait peut-être pas à produire une telle obstination, mais si cela provenait d’une éducation familiale reçue depuis l’enfance, alors tout devenait parfaitement logique.
D’après ce que savait Lin Jie, les nobles résidant dans le quartier central de Nuozin n’étaient plus que des aristocrates sans réel pouvoir, mais malgré cela, leur statut social demeurait supérieur à celui des simples riches.
On ne pouvait nier l’ancienneté de ces familles nobles ni la gloire qu’elles avaient autrefois connue.
À présent, Joseph semblait prêt à remettre cette épée à Lin Jie ; cela signifiait probablement qu’il avait l’intention de tourner définitivement la page.
Par prudence et par respect, Lin Jie s’éclaircit la gorge et demanda sérieusement : « Etes-vous certain ? Vous avez décidé de me remettre cette épée ? C’est l’héritage de votre famille, non ? Vous ne voulez vraiment pas y réfléchir encore un peu ? »
« J’en suis certain. » Joseph hocha la tête et regarda l’épée devant lui. « Vous avez raison. Je suis effectivement arrivé à un point où mon cœur en a encore la volonté mais mes forces ne suivent plus. Même cet héritage n’a désormais plus les qualifications nécessaires pour continuer d’exister. Je dois apprendre à lâcher prise. Cette épée est trop lourde ; ni moi ni aucun des nôtres ne sommes capables de la porter.
« Si vous acceptez de la reprendre, nous vous en serons profondément reconnaissants. »
La malédiction de l’épée démoniaque rassemblait l’immense ressentiment de tout un royaume elfique disparu ; même les entités de rang divin étaient impuissantes face à elle.
Ils l’avaient scellée encore et encore, mais chaque tentative s’était soldée par un échec.
Pourtant, en raison des croyances et des principes de la Tour des RitesSecrets, ils avaient toujours refusé d’abandonner. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’ils voyaient enfin la réalité en face, et que le Conseil des Anciens avait reconnu son échec en acceptant finalement sa demande de transfert.
Lin Jie soupira intérieurement ; cela ressemblait encore à une famille ayant sombré dans le déclin.
Et ils avaient probablement déjà trouvé une nouvelle voie pour l’avenir, ce qui expliquait leur détermination à lui remettre cette épée en signe de résolution.
Mais cela était parfaitement logique, et même plus concret encore que le cas de Yuanwei Ruisi, qui avait perdu sa position à cause de la disparition de son blason familial complet.
Après tout, Azir ne connaissait désormais plus aucune guerre ; même les autres familles nobles avaient décliné, alors à plus forte raison une lignée militaire héréditaire comme celle de Joseph.
S’ils voulaient continuer à survivre, ils devaient nécessairement chercher une autre voie.
Cependant, le fait qu’il lui offre quelque chose avec autant de politesse mettait Lin Jie un peu mal à l’aise après ce qu’il avait fait récemment au père et à la fille… hem hem…
Lin Jie afficha un sourire et prit l’épée pour l’examiner : « Ah, inutile d’être aussi cérémonieux. Aider mes clients a toujours été l’un de mes plaisirs. Pouvoir vous aider me rend également très heureux. »
Hum… elle semble bien plus légère que je ne l’imaginais.
C’est donc vraiment une épée cérémonielle.
Lin Jie hocha discrètement la tête et leva l’épée face à la lumière pour l’observer d’un bout à l’autre, de plus en plus émerveillé par les détails et le raffinement de l’objet.
Joseph regarda le propriétaire de la librairie soulever sans le moindre effort l’épée démoniaque Candela ; il la tenait parfois même d’une seule main par la poignée, soutenant la lame de l’autre avec ses doigts. Joseph ne put s’empêcher de tressaillir : même lui avait du mal à la soulever…
Bien qu’elle paraisse de taille normale, les matériaux composant cette épée provenaient tous du Monde des Rêves ; même lui, un être de rang Destructeur, peinerait à la manier à une main sans utiliser l’éther.
Et pourtant, jusqu’à cet instant, aucune fluctuation d’éther n’émanait du propriétaire de la librairie.
Joseph pouvait déjà voir l’« œil démoniaque » de l’épée se mettre à pulser d’une énergie maléfique ; sous la surface du cristal, les ténèbres bouillonnantes s’agitaient, prêtes à dévorer leur proie.
« Elle est vraiment magnifique ! » s’exclama sincèrement Lin Jie.
Qu’il s’agisse d’armes blanches ou d’armes à feu, elles représentaient sans doute cette forme de romantisme née du désir de combat coulant dans le sang des hommes.
Lui aussi ressentait une certaine affection pour cette élégante longue épée, au point de proposer : « Ça vous dérange si je la dégaine pour voir ? »
« … »
Le cœur de Joseph se serra brutalement.
La malédiction de l’épée démoniaque résidait principalement dans la lame elle-même.
À l’époque, le roi elfique Candela, devenu fou après avoir été contaminé par la peste, s’était précisément suicidé avec cette épée. L’arme était devenue comme un pieu le clouant sur place, emprisonnant son âme à jamais à l’intérieur de la lame.
Et au départ, cette épée ne possédait même pas de fourreau.
Le fourreau actuel avait été ajouté plus tard par la Tour des Rites Secrets afin de limiter la propagation de la malédiction. Une fois dégainée, celle-ci attaquait immédiatement le porteur ; si sa volonté n’était pas assez solide, il pouvait sombrer dans la folie sur-le-champ.
Même les grands chevaliers de Lumière devaient s’équiper entièrement avant d’être autorisés à entrer en contact avec cette épée démoniaque.
Mais…
L’homme en face de lui était malgré tout le propriétaire de la librairie.
Joseph hocha la tête : « Bien sûr… faites attention. »
Lin Jie acquiesça. Évidemment qu’il ferait attention ; ce serait gênant de se couper accidentellement.
Puis il dégaina lentement la longue épée.
« Sching — »
Comme une flamme blanche s’écoulant librement.
Toute la librairie fut instantanément illuminée. La lame, fine et acérée comme un miroir, rayonna d’un éclat éblouissant, et des caractères inconnus y étaient gravés.
Mais Joseph vit aussitôt jaillir de la lame une énergie démoniaque noire semblable à du venin.
Traduction: Darkia1030
Check: Black_Orchid
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