KOD - Chapitre 71 - La huitième porte
Prendre les autres pour miroir
Très vite, Lin Qiushi eut une réponse dans son cœur à propos de la proposition de Ruan Nanzhu— il décida d’entrer avec lui dans la neuvième porte de Cheng Yixie.
Ruan Nanzhu ne fut pas surpris par la décision de Lin Qiushi; il se contenta de lui poser une nouvelle fois la question : « As-tu bien réfléchi ? »
Lin Qiushi hocha la tête : « J’ai bien réfléchi. »
« La difficulté de la neuvième porte sera relativement élevée, et je ne peux pas te garantir que tu en sortiras sain et sauf », souligna Ruan Nanzhu très directement. « Cela pourrait être ta dernière porte. »
Lin Qiushi répondit : « Ce n’est pas grave. »
Ruan Nanzhu observa l’expression de Lin Qiushi pendant un instant, puis hocha la tête pour indiquer qu’il avait compris.
Lin Qiushi avait toujours l’impression qu’il voulait dire quelque chose, même si, au final, Ruan Nanzhu ne dit rien.
Après avoir confirmé que Lin Qiushi entrerait dans la neuvième porte, Ruan Nanzhu lui transmit les indices de cette porte. Lin Qiushi les prit et y jeta un rapide coup d’œil, puis afficha une expression surprise : « C’est ça, l’indice ? »
Ruan Nanzhu : « Oui. »
Sur le papier était écrite une phrase :
« Prendre le bronze pour miroir permet d’ajuster sa tenue ; prendre l’histoire pour miroir permet de connaître les montées et les déclins ; prendre les hommes pour miroir permet de discerner les gains et les pertes. »
« Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Lin Qiushi. Il se souvenait que c’était une célèbre maxime de Li Shimin de la dynastie Tang, inscrite dans les manuels scolaires, mais placée dans le contexte de la porte, un tel indice revenait presque à ne laisser aucune piste.
(NT : Cette maxime exprime la philosophie de gouvernance et de développement personnel de Li Shimin : se corriger soi-même (vigilance personnelle et autodiscipline), apprendre du passé (les erreurs et succès des dynasties précédentes), et apprendre des autres (étudier les talents et les faiblesses des gens pour apprendre à juger ce qui est avantageux ou dangereux).)
« Je ne sais pas », dit Ruan Nanzhu. « Les indices des portes suivantes seront tous assez flous, ils n’auront plus une orientation claire comme avant. Il faudra analyser la situation concrète après être entrés. »
Lin Qiushi pinça le papier entre ses doigts et le regarda encore un moment, puis répondit d’un simple « d’accord ».
La date précise d’entrée dans la porte était fixée au quinzième jour du mois suivant ; ce fut Cheng Yixie qui l’annonça à Lin Qiushi. Lorsqu’il sut que Lin Qiushi entrerait avec lui, il resta très calme, comme s’il avait déjà anticipé que Ruan Nanzhu emmènerait Lin Qiushi avec lui.
Cheng Yixie était probablement la personne la moins bavarde de toute la villa ; il passait ses journées dans le silence, sauf lorsqu’il faisait la leçon à son jeune frère.
Bien que Cheng Qianli et Cheng Yixie soient jumeaux, leurs caractères étaient radicalement opposés : Cheng Qianli faisait sans cesse du bruit, comme un enfant qui n’aurait pas grandi, tandis que Cheng Yixie était extrêmement mûr.
Il restait encore un certain temps avant l’entrée dans la porte, et Lin Qiushi continua donc à se reposer dans la villa.
Pendant ce temps, Tan Zaozao et l’acteur couronné Zhang Yiqing vinrent également faire un tour ; avec eux se trouvait aussi l’homme qui avait accompagné Zhang Yiqing pour franchir les portes.
Cet homme s’appelait Bai Ming. Que ce soit par son apparence ou par son aura, il était très solaire ; ses cheveux avaient de légères boucles naturelles, et lorsqu’il souriait, une adorable fossette apparaissait sur sa joue.
À vrai dire, un tel homme était difficile à associer, pour Lin Qiushi, aux grands personnages redoutables du monde des portes. Il était réellement curieux de savoir à quoi ressemblait Bai Ming à l’intérieur des portes.
Cependant, cette question touchait un peu trop à la vie privée, et Lin Qiushi ne la posa donc pas.
L’état de Zhang Yiqing, en revanche, était bien meilleur qu’auparavant ; au moins, il n’avait plus cet air de totale dépression nerveuse.
Bai Ming, de son côté, s’intéressait aussi beaucoup à Lin Qiushi. Bien sûr, en présence de Ruan Nanzhu, il n’osa pas le montrer de façon trop évidente, mais Lin Qiushi remarqua tout de même ce regard à la fois discret et évaluateur qu’il lui lançait de temps à autre.
« Le film de Yiqing sortira en mai, vous devez absolument aller le voir », annonça Bai Ming dès son arrivée à la villa, en distribuant des billets pour l’avant-première du film de Zhang Yiqing. « J’ai déjà vu la version non montée, c’est vraiment excellent. »
Zhang Yiqing était assis à côté, écoutant Bai Ming faire sa promotion avec enthousiasme ; son expression n’était pas très agréable. Lin Qiushi supposa que c’était parce qu’il trouvait cela extrêmement gênant…
« Yiqing est vraiment incroyable, je l’adore », déclara Bai Ming avec un enthousiasme qui ressemblait à celui d’un fan obsessionnel. En temps normal, cela aurait pu passer, mais louer ainsi quelqu’un devant l’intéressé lui-même était franchement insupportable. Lin Qiushi vit de ses propres yeux que, bien que Zhang Yiqing affichât un visage sévère, le bout de ses oreilles était déjà tout rouge ; il se leva en feignant le calme et déclara qu’il voulait aller fumer une cigarette sur le balcon.
Lin Qiushi trouva la scène amusante : Bai Ming savait vraiment comment tenir Zhang Yiqing en respect.
Tan Zaozao éclata aussi de rire sans se gêner.
« Zaozao, est-ce que tu vas bientôt entrer dans une autre porte ? » demanda Lin Qiushi après avoir calculé un peu le temps ; il lui semblait que la prochaine porte de Tan Zaozao approchait.
« Oui », acquiesça Tan Zaozao. « Cette fois, c’est Chen Fei qui m’emmène… et toi, tu en es à laquelle ? »
Lin Qiushi répondit : « Toujours la sixième. » Il ne mentionna pas le fait qu’il entrerait dans la neuvième porte avec Ruan Nanzhu.
« Oh… » Tan Zaozao sembla un peu distraite, comme plongée dans ses pensées.
Lin Qiushi lui demanda : « Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Rien », soupira Tan Zaozao. « Je réfléchissais juste à ce que je vais faire pour les portes suivantes. » Elle ne pouvait pas, comme Ruan Nanzhu et Lin Qiushi, abandonner complètement son travail dans le monde réel pour se consacrer aux portes, ni n’avait le courage d’enchaîner les passages de portes. Cela signifiait qu’elle risquait fort de se trouver en grand danger face aux portes de haut niveau ; de plus, au-delà de la sixième porte, même Ruan Nanzhu acceptait rarement d’y entrer.
On disait qu’après la sixième porte, la difficulté connaissait une transformation qualitative. Quant à la nature exacte de ce changement, Tan Zaozao ne le savait pas ; elle savait seulement que cela devenait extrêmement difficile.
Ils discutèrent encore un moment et prirent le déjeuner ensemble. De la conversation entre Ruan Nanzhu et Bai Ming, Lin Qiushi comprit que ces deux-là se connaissaient depuis déjà quatre ans, et pouvaient être considérés comme de vieux amis.
Bai Ming avait déjà franchi la neuvième porte et attendait l’arrivée de la dixième.
Après le repas, Bai Ming et Ruan Nanzhu montèrent au bureau ; ils semblaient vouloir discuter de quelque chose en privé.
Tan Zaozao, quant à elle, entraîna Lin Qiushi et Zhang Yiqing à jouer à des jeux au rez-de-chaussée.
Lin Qiushi ne sut jamais de quoi les deux hommes avaient parlé, mais lorsqu’ils redescendirent de l’étage, leurs regards se posèrent tous deux sur lui.
Lin Qiushi eut un léger moment de stupeur et demanda : « Qu’y a-t-il ? »
« Rien », sourit Bai Ming, « je suis simplement un peu curieux à ton sujet. »
Lin Qiushi : « Curieux ? »
Bai Ming dit : « Ne penses-tu vraiment pas avoir quelque chose de particulier ? »
Lin Qiushi y réfléchit un instant et répondit à voix basse : « J’aime particulièrement les chats ? »
Lorsqu’il dit cela, il était en train de pincer en douce le coussinet de la patte de Lizi. Ce dernier le regarda de biais, l’air très mécontent.
Ruan Nanzhu : « … » Cela peut effectivement compter comme quelque chose de particulier.
Bai Ming éclata de rire en entendant cela et dit : « Tu es vraiment intéressant. »
Il ne reparla plus de Lin Qiushi, resta encore un moment assis, puis partit avec Zhang Yiqing et Tan Zaozao.
Lin Qiushi regarda Ruan Nanzhu, assis à côté de lui, et demanda à voix basse : « Ai-je vraiment quelque chose de particulier ? »
Ruan Nanzhu lui jeta un regard : « Qu’en penses-tu ? »
Lin Qiushi secoua la tête, incapable de comprendre.
Ruan Nanzhu : « Tu n’as jamais eu l’impression que quelque chose clochait chez toi ? »
Lin Qiushi : « Non. »
Ruan Nanzhu se leva : « Dans ce cas, oublie. »
Après avoir dit cela, il se retourna et partit, sans laisser à Lin Qiushi la moindre occasion de poser d’autres questions. Lin Qiushi, cependant, ressentit sans raison apparente que l’humeur de Ruan Nanzhu ne semblait pas très bonne…
Cheng Qianli sut également qu’ils allaient entrer dans la neuvième porte. Il était extrêmement inquiet et installa même un autel à encens dans sa chambre, se mettant à prier avec sérieux.
Lin Qiushi fut littéralement tiré par lui pour aller brûler trois bâtons d’encens.
« Il faut absolument qu’ils reviennent sains et saufs », dit Cheng Qianli avec une expression très pieuse.
Lin Qiushi ne croyait pas à ce genre de choses à l’origine, mais le monde à l’intérieur des portes avait bouleversé sa vision du monde, si bien qu’il n’osa pas prononcer de paroles irrespectueuses devant l’autel.
« J’ai vraiment peur », marmonna Cheng Qianli après avoir fini de prier, assis sur son lit, parlant à Lin Qiushi. « J’ai terriblement peur. »
« N’aie pas peur, tout ira bien », dit Lin Qiushi en lui caressant la tête. Cheng Qianli n’avait que seize ans, ce n’était encore qu’un adolescent à moitié grandi. « Ton Ruan ge est là. »
« Oui », dit Cheng Qianli. « Je veux devenir un peu plus fort, comme ça, comme ça je pourrai… »
Arrivé là, il sembla un peu gêné.
Lin Qiushi lui demanda : « Tu pourras quoi ? »
Cheng Qianli déclara : « Je pourrai devenir celui qui protège mon frère ! » Il bomba le torse, affichant un air très fier.
Lin Qiushi sourit : « D’accord, alors tu devras faire des efforts. »
Par moments, Cheng Qianli était vraiment bêtement adorable.
Cheng Qianli ajouta : « Même s’il a mauvais caractère et qu’il me méprise, que veux-tu, c’est mon frère. » Allongé sur son lit, il se parla à lui-même : « Après tout, on se ressemble exactement… »
Lin Qiushi resta à côté de lui, l’écoutant en silence.
En réalité, il comprenait mal ce que Cheng Qianli appelait l’affection fraternelle. Depuis son enfance, il n’avait jamais connu d’atmosphère familiale, n’avait ni frère ni sœur. À vingt-six ans, il n’avait même jamais eu quelqu’un qu’il aimait. En y pensant, Lin Qiushi ressentit soudain une pointe de regret à propos de sa vie : s’il mourait à l’intérieur des portes, il aurait l’impression de ne pas avoir vécu beaucoup de choses.
Le moment de l’ouverture de la porte de Cheng Yixie approchait peu à peu.
L’atmosphère dans la villa devint également tendue.
À part Ruan Nanzhu, le niveau de la porte de Cheng Yixie était le plus élevé. Lin Qiushi calcula approximativement l’âge auquel Cheng Yixie avait commencé à entrer dans les portes et découvrit qu’il avait commencé dès l’âge de onze ou douze ans. Être capable de sortir de tant de portes à un âge aussi jeune prouvait que Cheng Yixie était réellement impressionnant.
Son jeune frère Cheng Qianli, en revanche, n’en était encore qu’à la sixième porte ; leurs premières portes respectives étaient séparées par plusieurs années.
Cette fois-ci, Ruan Nanzhu ne demanda pas à Lin Qiushi de se travestir en femme. Tout en se réjouissant, Lin Qiushi sentit pourtant naître au fond de lui une légère pointe de regret. Lorsqu’il prit conscience de ce sentiment, il en fut lui-même effrayé : il n’aurait jamais imaginé que se travestir puisse devenir une habitude dont on devenait dépendant.
Bien entendu, Lin Qiushi élimina rapidement ce sentiment de regret et se réjouit malgré tout de ne pas avoir à jouer une muette. Quant à l’imitation d’une voix féminine, il n’y comprenait toujours rien.
Le temps passa très vite, et bientôt arriva le moment d’entrer dans la porte.
Le temps se réchauffait peu à peu. Après le dîner, Lin Qiushi s’assit sur le balcon pour prendre le frais et aperçut Cheng Yixie debout dans le jardin en bas. Son expression était très sérieuse ; il tenait une cigarette à la main et la fumait lentement.
Lin Qiushi le regarda d’en haut, réfléchit un instant, puis l’appela : « Cheng Yixie ! »
Cheng Yixie leva la tête.
Lin Qiushi cria : « Les mineurs n’ont pas le droit de fumer — »
Cheng Yixie fronça les sourcils. Son visage ressemblait à celui de Cheng Qianli à quatre-vingt-dix pour cent ; la seule différence résidait dans cette aura froide et distante qui émanait de lui. Bien qu’il fût jeune, cette aura suffisait à faire clairement sentir qu’il n’était pas quelqu’un avec qui il faisait bon se frotter. Après avoir entendu les paroles de Lin Qiushi, il éteignit réellement sa cigarette.
Lin Qiushi sortit une poignée de bonbons de sa poche et les lança depuis le deuxième étage : « Mange ça. »
Les bonbons multicolores tombèrent sur l’herbe verdoyante comme des feux d’artifice qui éclataient, donnant un spectacle plutôt joli.
Cheng Yixie se pencha, en ramassa un, ôta l’emballage et le mit dans sa bouche.
Lin Qiushi le regarda en souriant : « C’est bon ? Celui qui est violet est au raisin — »
C’étaient des bonbons durs au jus de fruits qu’il avait achetés en ligne, et ils avaient plutôt bon goût.
Cheng Yixie lui jeta un regard, ne dit rien, se contenta de ramasser soigneusement tous les bonbons, de les glisser dans sa poche, puis se retourna et partit.
Lin Qiushi regarda son dos, plutôt heureux. Bien que Cheng Yixie soit entré dans les portes avant lui, à ses yeux, Cheng Yixie n’était qu’un enfant n’ayant pas encore dix-huit ans.
La veille de l’entrée dans la porte, Ruan Nanzhu enfila à nouveau une tenue féminine. Tous les trois mirent le bracelet spécial et commencèrent à attendre l’arrivée de la porte.
Cheng Qianli devint très anxieux ; il faisait les cent pas sans arrêt dans la pièce.
Finalement, Cheng Yixie n’en put plus. Fronçant les sourcils, il dit : « Pourquoi tournes tu en rond ? J’en ai le vertige rien qu'en te regardant. »
Cheng Qianli répondit, innocent : « Je n’ai pas le droit de tourner un peu ? »
Cheng Yixie : « Non. »
Cheng Qianli : « … Hmpf, moi si, je vais tourner quand même. »
Même s’il disait qu’il continuerait à tourner, il retourna docilement s’asseoir sur le canapé, attrapa Toast à côté de lui et se mit à le caresser frénétiquement.
Toast fut caressé au point d’en être complètement désorienté, le fixa de ses grands yeux noirs et poussa des petits gémissements plaintifs.
« Ne l’embête pas », reprit Cheng Yixie.
Cheng Qianli : « Wa, tu exagères trop, ça je n’ai pas le droit de le faire, ça non plus — »
Cheng Yixie ne dit rien, se contentant de le regarder sans expression. Les deux restèrent ainsi face à face pendant une dizaine de secondes ; sans surprise, Cheng Qianli perdit encore une fois, lâcha Toast avec un regard plein de regret, et le regarda s’enfuir.
Cheng Yixie jeta un coup d’œil à sa montre.
En voyant ce geste, l’anxiété de Cheng Qianli s’intensifia. Ses lèvres bougèrent un moment, puis il lâcha à peine audible : « Tu dois absolument eevenir. »
Cheng Yixie leva les yeux et le regarda.
« Hé, je te parle », dit Cheng Qianli. « Tu m’entends ou pas, Cheng Yixie, tu dois absolument revenir. »
Il sembla rassembler tout son courage pour dire ces mots. « Tu dois absolument revenir ! »
Cheng Yixie répondit doucement par un « mm ».
Ce n’est qu’alors que Cheng Qianli fut satisfait et continua à marmonner d’autres recommandations.
Pendant que les deux frères interagissaient, Lin Qiushi était assis à côté. Il vit de ses propres yeux que, lorsque Cheng Qianli marmonnait, le coin des lèvres de Cheng Yixie se releva très légèrement. L’arc était si discret et fugace qu’on pouvait facilement croire à une illusion.
La porte apparut le lendemain soir.
Lin Qiushi termina son repas et retourna dans sa chambre.
Il s’assit devant l’ordinateur et, à peine eut-il appuyé sur le bouton d’allumage qu’une sensation extrêmement étrange apparut dans son corps. Cette sensation lui était très familière — la porte s’était ouverte.
Lin Qiushi se leva, ouvrit la porte de sa chambre et, sans surprise, vit apparaître douze portes en fer dans le couloir. Huit d’entre elles étaient déjà scellées par des talismans, trois autres ne pouvaient pas être ouvertes.
La seule qui pouvait l’être était la neuvième porte appartenant à Cheng Yixie.
Lin Qiushi s’avança devant la porte et tira le battant — le paysage alentour se tordit, et Lin Qiushi se retrouva sur une route déserte.
Après avoir observé les environs, son expression devint légèrement surprise, car il ne se trouvait pas dans une nature sauvage et désolée, mais dans une rue commerçante prospère. Des enseignes multicolores étaient suspendues des deux côtés de la route. Bien qu’il fût tard et que la plupart des magasins soient fermés, on pouvait encore imaginer la scène animée de la journée.
La route sous ses pieds était très plane. En avançant, Lin Qiushi aperçut un immeuble d’appartements s’élevant jusqu’aux nuages. Les murs extérieurs étaient recouverts d’un revêtement spécial, semblable à un gratte-ciel entièrement pavé de miroirs, absorbant toute la lumière environnante et attirant le regard même dans l’obscurité nocturne.
En voyant cet immeuble, Lin Qiushi pensa inexplicablement à un mot : phototropisme. (NT : réaction à la lumière. Attirance pour le phototropisme positif, éloignement pour le négatif)
Le phototropisme est une habitude biologique observable chez les animaux et les plantes ; l’exemple le plus évident est celui des insectes nocturnes qui se précipitent vers la lumière, même si cette lumière est une flamme qui les brûlera.
Les humains sont aussi une forme de vie, pensa Lin Qiushi. Dans l’obscurité de la nuit, lorsqu’on voit une lumière, on a toujours envie de s’en approcher, sans réfléchir à ce qui se trouve au bout de cette lumière.
La porte de l’immeuble était grande ouverte. Lin Qiushi entra lentement et vit déjà huit ou neuf personnes debout dans le hall. Elles s’étaient réparties en groupes. En voyant Lin Qiushi entrer, la plupart affichèrent des regards d’observation ou d’évaluation.
Cette fois-ci, Lin Qiushi ne vit aucun nouveau venu complètement dépassé.
Avec la difficulté d’une neuvième porte, s’il y avait réellement eu un novice, Lin Qiushi n’aurait pu que se demander s’il n’avait pas été entraîné à l’intérieur juste avant de mourir la seconde suivante.
Après avoir regardé autour de lui, Lin Qiushi ne trouva pas la personne qu’il cherchait. Il choisit donc un canapé au hasard, s’assit et commença à observer la situation.
En comptant sa présence, ils étaient neuf au total : cinq hommes et quatre femmes, répartis approximativement en trois groupes. Ils étaient visiblement tous des habitués. Personne ne faisait semblant de ne pas se connaître ; ils murmuraient entre eux, discutant à voix basse de cette porte.
Lin Qiushi resta assis un moment sur le canapé, puis vit deux personnes entrer de l’extérieur. L’une était grande, l’autre plus petite. La grande portait une robe longue, la plus petite était un adolescent à l’expression froide.
Bien que leurs apparences fussent totalement différentes, Lin Qiushi reconnut leur identité à leurs vêtements et à leur attitude — c’étaient bien Ruan Nanzhu et Cheng Yixie.
Eux aussi aperçurent Lin Qiushi assis sur le canapé et se dirigèrent vers lui.
« Tout le monde est là ? » demanda Lin Qiushi.
« Probablement pas encore », dit Ruan Nanzhu en s’asseyant à côté de Lin Qiushi. « Il y a encore des gens qui regardent à l’extérieur, ils doivent attendre leurs coéquipiers. »
En entendant cela, Lin Qiushi ne put s’empêcher d’admirer la capacité d’observation de Ruan Nanzhu. En seulement quelques minutes depuis leur entrée, il avait déjà collecté presque toutes les informations concernant les personnes autour d’eux.
Effectivement, trois ou quatre minutes plus tard, deux autres personnes entrèrent de l’extérieur, également un homme et une femme. Dès leur entrée, ils se dirigèrent vers un coin.
En voyant la direction qu’ils prenaient, Lin Qiushi fut légèrement surpris : « Ils ont… cinq personnes dans une même équipe ? »
Ruan Nanzhu : « Probablement. »
« Il existe un avantage numérique à l’intérieur de la porte ? » Lin Qiushi y réfléchit et sentit que quelque chose n’allait pas.
« D’un certain point de vue, oui », répondit Ruan Nanzhu, adossé au canapé. « Plus tu amènes de personnes, plus tu peux éliminer des conditions de mort. »
Lin Qiushi : « … »
Ruan Nanzhu jeta un regard vers le coin et esquissa un sourire froid : « Certaines personnes sont capables de tout pour survivre. »
Certaines personnes, lorsqu’elles passaient une porte, amenaient délibérément de nombreux débutants afin d’éliminer les conditions de mort. Ces nouveaux venus ne comprenaient rien et étaient très susceptibles d’avoir un accident à l’intérieur de la porte. Bien sûr, leur accident n’avait aucune importance ; pour ceux qui les avaient amenés, c’était au contraire une bonne chose, puisqu’ils occupaient le quota de morts du jour. Selon les règles de la porte, le nombre de personnes qui pouvaient mourir chaque jour était limité ; ainsi, eux-mêmes étaient plus en sécurité.
Lin Qiushi ne s’attendait pas à ce que cela puisse fonctionner ainsi : « Ces nouveaux venus acceptent d’entrer ? »
« Pourquoi refuseraient-ils », répondit paresseusement Ruan Nanzhu. « Certaines personnes veulent toujours devenir grosses d’un seul coup en mangeant une seule bouchée (NT : idiome signifiant vouloir réussir d’un seul coup sans passer par les étapes nécessaires). »
Qui ne voudrait pas éviter toutes les étapes intermédiaires et passer directement la neuvième porte ? Le risque et le gain étaient généralement proportionnels ; pour obtenir quelque chose, il faut toujours payer un prix.
La vie fonctionne de la même manière.
Tout le monde était enfin arrivé : ils étaient dix-sept au total, répartis approximativement en cinq ou six groupes. Le groupe le plus nombreux comptait cinq personnes. Lin Qiushi sentait clairement que la personne qui menait ce groupe était une femme à l’expression peu amène ; elle semblait en être la cheffe.
Tous se rassemblèrent dans le hall, et le brouhaha devint de plus en plus fort.
À ce moment-là, une personne portant un uniforme de serveur sortit de l’ascenseur. Elle tenait un trousseau de cartes et regarda les gens rassemblés dans le hall avec un sourire.
« Désolé de vous avoir fait attendre », dit le serveur. « Voici les cartes de vos chambres. »
Il commença à distribuer les cartes.
Quelqu’un dans la foule demanda : « Ce sont des chambres pour combien de personnes ? Des chambres simples ou doubles ? »
Le serveur répondit : « Ce sont des chambres standard. » Il sourit. « Les cartes rouges correspondent aux chambres avec un grand lit, les cartes blanches aux chambres doubles, et les cartes vertes peuvent accueillir trois personnes, mais il faudra que quelqu’un dorme sur le canapé. » Sa voix était douce. « Bienvenue pour votre séjour touristique. Nous espérons que vous passerez un agréable moment ici. »
Il s’avérait que leur identité était celle de touristes. Lin Qiushi eut un léger sursaut intérieur.
« Quand est-ce que notre voyage se termine ? » demanda soudain la cheffe du groupe de cinq. « Y a-t-il des sites touristiques intéressants aux alentours ? »
Le serveur sourit : « Demain, nous distribuerons à chacun un guide touristique, où seront indiqués les sites à visiter aux alentours. » Il termina de distribuer les cartes. « Pour aujourd’hui, je vous invite à bien vous reposer. »
Lin Qiushi se leva et alla prendre une carte verte. Le serveur avait dit que les cartes vertes permettaient à trois personnes de dormir ensemble ; cela convenait parfaitement à leur groupe de trois.
Les cartes furent distribuées les unes après les autres, et chacun se dispersa.
Leur chambre se trouvait au trente-quatrième étage. Le sol était recouvert d’une épaisse moquette, et le couloir était imprégné d’un parfum d’encens très prononcé.
L’éclairage était faible. Une fois dans la chambre, ils insérèrent la carte dans le boîtier, et les lumières s’allumèrent.
Lin Qiushi se dirigea vers la fenêtre et regarda dehors à travers la vitre. Il vit la ville plongée dans l’obscurité ; l’atmosphère était totalement morte, au point qu’on ne voyait même pas un seul lampadaire — alors que, lorsqu’il était entré depuis l’extérieur, il avait clairement vu les lampadaires allumés le long de la route.
Ruan Nanzhu remarqua : « Cette chambre est vraiment intéressante. »
Lin Qiushi tourna la tête : « Hm ? »
Ruan Nanzhu : « Il y a des miroirs partout. »
Lin Qiushi regarda autour de lui et réalisa que la pièce contenait effectivement de nombreux miroirs. Le plus incroyable était qu’il y en avait même un encastré dans le sol.
En voyant les miroirs, Lin Qiushi pensa involontairement à la phrase de l’indice : prendre le bronze pour miroir. Son intuition lui disait que la clé était liée aux miroirs, mais les indices étaient trop peu nombreux pour qu’il puisse saisir quelque chose de précis.
Cheng Yixie fixa longtemps le miroir à ses pieds sans parler. Juste au moment où Lin Qiushi s’apprêtait à s’éloigner, il dit soudain à voix basse : « C’est un miroir sans tain. »
L’expression de Lin Qiushi se figea.
La voix de Cheng Yixie était lente : « Les gens en bas peuvent voir notre chambre. »
En entendant cela, Ruan Nanzhu baissa soudain la tête pour regarder sa robe : « Dans ce cas, je suis complètement exposé. »
Cheng Yixie : « … »
Lin Qiushi : « … »
Ruan Nanzhu : « En y réfléchissant bien, c’est même un peu embarrassant. »
Lin Qiushi : « … »
Tu es tellement embarrassé que tu soulèves ta jupe ?
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L’auteur a quelque chose à dire :
Bonjour à tous, je suis la boîte de stockage des chapitres de Xizi Xu. Ces prochains jours, c’est moi qui vous apporterai les nouveaux chapitres. Quant à Xizi Xu, elle s’est fait mordre la main en lavant son chat hier, et celle-ci a été mordue jusqu’à l’os.
Traducteur: Darkia1030
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