KOD - Chapitre 73 - Réapparition
Se fondre dans la foule
S’il fallait dire en quoi cet immeuble se distinguait des autres endroits, ce serait que l’on y voyait des miroirs partout.
Que ce soit dans les couloirs, sur le sol, ou encore au plafond, il suffisait de tourner la tête pour voir sa propre silhouette reflétée dans d’innombrables miroirs. Même la salle à manger, dont les baies vitrées qui allaient du sol au plafond auraient dû permettre de voir le paysage extérieur, était équipée de miroirs brillants — et qui plus est, de miroirs sans tain.
À l’idée que les gens à l’extérieur pouvaient les voir, on ne pouvait s’empêcher de ressentir une impression d’être espionné, extrêmement désagréable.
L’immeuble comptait en tout trente-quatre étages. Ils se rendirent dans plusieurs autres étages pour vérifier la situation et découvrirent que presque chaque étage était occupé. Bien que le nombre de personnes fût faible, l’immeuble n’était pas vide. Ruan Nanzhu leur demanda aussi des informations sur ce qui s’était produit dans l’immeuble deux ans auparavant, mais il découvrit que ces résidents avaient presque tous emménagé récemment et ne connaissaient rien de l’incendie de cette époque.
Après avoir couru partout toute la journée, ils obtinrent très peu d’informations. Ils purent seulement confirmer que les personnes mortes dans l’incendie étaient une mère et son enfant.
« Pourquoi une mère et son enfant ? » Lin Qiushi y réfléchit attentivement et trouva cela un peu étrange. « N'était-ce pas une famille de trois personnes qui passait ses vacances ici ? Où est passé le père ? »
« En tout cas, le corps du père n’a jamais été retrouvé », dit Ruan Nanzhu. « Peut-être que c’est autour de lui que se trouve le point de rupture que nous recherchons. »
À ce moment-là, le ciel s’assombrissait progressivement, et le soleil couchant projetait une lumière dorée sur la façade de l’immeuble couverte de miroirs.
« Mais où le chercher ? » Lin Qiushi fronça les sourcils. « Il semble qu’il n’y ait plus personne dans cet immeuble qui le connaissait. »
Ruan Nanzhu secoua la tête, indiquant qu’il n’avait pas encore réussi à démêler la situation.
La ville se calma peu à peu avec la tombée de la nuit.
Les rues auparavant animées étaient désormais désertes, plongées dans une obscurité totale, où l’on ne voyait rien même en tendant la main devant soi.
Lin Qiushi se tenait devant la fenêtre et regardait dehors. En réalité, ce fut seulement à ce moment-là qu’il putt sentir que le monde dans lequel ils se trouvaient était à l’intérieur de la porte, car le monde extérieur de sa réalité ne pouvait jamais être aussi silencieux la nuit. Peu importait la profondeur de la nuit, on entendait au moins le bruit des voitures dans le centre-ville. Les routes ne pouvaient pas être totalement dépourvues de passants. Or à cet instant, ce silence anormal donnait une sensation extrêmement inconfortable.
Ruan Nanzhu et Cheng Yixie avaient fini de se laver et étaient déjà montés sur leurs lits.
Lin Qiushi entra dans la salle de bain, ayant lui aussi l’intention de se laver rapidement.
Il ouvrit l’eau chaude et humecta une serviette. La salle de bain comportait également de nombreux miroirs ; des miroirs étaient suspendus devant lui, derrière lui, à gauche et à droite. Dans la vapeur d’eau, ces miroirs devinrent quelque peu flous. Lin Qiushi baissa la tête et posa la serviette imbibée d’eau chaude sur son visage.
Dans la salle de bain, on n’entendait que le bruit de l’eau qui coulait. Lin Qiushi baissa la tête et, soudain, sentit que quelque chose n’allait pas. C’était une sensation extrêmement subtile. Il ne voyait rien d’anormal, mais son intuition avait lancé une alerte. Son geste se figea légèrement, et il observa les alentours du coin de l’œil.
Quelques secondes plus tard, Lin Qiushi découvrit ce qui n’allait pas : il avait baissé la tête, mais la personne dans le miroir devant lui restait droite, le regardant calmement avec un visage exactement identique au sien.
Lin Qiushi comprit aussitôt. Il prit la serviette dans sa main, l’essora tout en marchant vers l’extérieur. Lorsqu’il arriva à la porte de la salle de bain, il jeta un autre regard au miroir, mais vit que celui-ci était redevenu normal, reproduisant les mêmes mouvements que lui.
Lin Qiushi jura à voix basse.
Ruan Nanzhu leva la tête et le regarda. « Qu’y a-t-il ? »
Lin Qiushi dit : « Le miroir… » Il referma la porte de la salle de bain. « À l’instant, le reflet qu’il y avait dans le miroir et moi dans la réalité n’étions pas synchronisés. »
Ruan Nanzhu dit : « Pas synchronisés ? Tu vas bien ? »
« Ça va », répondit Lin Qiushi. « J’ai fait comme si je n’avais rien vu et je suis sorti. » Il ajouta: « Je n’ai pas un bon pressentiment. »
S’il avait pu, il aurait voulu briser tous les miroirs de la pièce, mais ils ne savaient pas si casser un miroir déclencherait une condition de mort. Par prudence, ils ne pouvaient donc que serrer les dents et les laisser en place.
« Que faire ? » Lin Qiushi baissa la tête et regarda ses pieds. « Je ne me suis même pas encore lavé les pieds… »
Ruan Nanzhu cligna des yeux, le regarda en souriant et souleva la couverture de son lit : «Ce n’est pas grave, monte. Ça ne me dérange pas si c'est toi. »
Lin Qiushi : « … »
Cheng Yixie, à côté, regarda son nez, puis sa bouche, puis son cœur, le visage impassible, feignant parfaitement de ne pas voir cette paire d’hommes-chiens.
Cependant, alors que Lin Qiushi hésitait encore à savoir s’il devait retourner se laver les pieds, une violente dispute éclata à l’extérieur de la chambre, accompagnée du bruit de miroirs qui se brisaient.
Lin Qiushi s’approcha de la porte et regarda dehors par le judas, découvrant que c’étaient les nouveaux venus amenés par cette « sœur Xia » qui avaient des problèmes.
« Je ne veux pas entrer, ne me force pas à entrer, il y a un monstre dans le miroir !! » Celle qui hurlait était une jeune femme. Elle criait furieusement sur une autre femme à ses côtés. « Ne me touche pas, je vais chercher sœur Xia ! Si tu veux dormir, dors toute seule là-dedans ! Moi, je refuse de dormir avec toi ! » En parlant, elle aperçut un miroir à côté d’elle et le frappa directement de la main. Le miroir se brisa aussitôt, et des éclats tranchants jonchèrent le sol.
La jeune femme se dirigea vers l’autre extrémité du couloir et leva la main pour frapper violemment à une porte. Cette porte devait être celle où logeait sœur Xia.
Un instant plus tard, la porte s’ouvrit.
« Sœur Xia, je ne veux plus rester dans ma chambre », dit la jeune femme. « Il y a un fantôme dans ma chambre ! »
En raison de l’angle, Lin Qiushi ne pouvait pas voir l’expression de Xia-jie, mais il percevait sa voix. Son ton n’était pas amical et paraissait même extrêmement froid.
« Si tu ne restes pas dans ta chambre, où comptes-tu aller ? Ma chambre ne peut accueillir que deux personnes. »
« Je n’ai pas besoin de lit… puis-je dormir sur ton canapé… » supplia la femme.
« Le canapé ? » Soeur Xia rejeta cette hypothèse immédiatement. « N’as-tu pas entendu ce qui a été dit lors de la répartition des chambres ? Le nombre de personnes par chambre est fixe, il ne peut pas être augmenté. Si tu t’installes et déclenches une condition mortelle, tout le monde dans cette pièce en subira les conséquences. »
Réalisant probablement qu’elle avait été trop dure, elle adoucit le ton : « Ce monde a beaucoup d’endroits effrayants, il va falloir t’y habituer. Alors, dis-moi, qu’as-tu vu ? »
La femme, d’un air plaintif, répondit : « J’ai vu mon reflet dans le miroir faire quelque chose de différent de moi… »
Lin Qiushi sursauta intérieurement. Il venait justement de vivre une situation similaire.
« Des mouvements différents ? » répéta sœur Xia. « Tu as peut-être mal vu… »
« Je n’ai pas mal vu ! » La jeune femme, agacée par cette réponse expéditive, se mit en colère. « Sœur Xia, tu ne peux vraiment pas trouver un moyen de m’aider ? Je ne veux plus entrer dans cette chambre ! »
« Que dirais-tu de ceci », dit sœur Xia. « Puisque tu dis que le problème vient des miroirs, casse-les tous. Ainsi, tu n’auras plus peur. »
La jeune femme réagit : « Mais… »
Sœur Xia l’interrompit : « Sinon, je n’ai pas d’autre solution. »
La jeune femme tomba dans le silence. À cet instant précis, même la plus lente des personnes aurait compris que l’attitude de celle qu’elle appelait sœur Xia n’était pas normale. Elle n’avait passé que deux portes auparavant, et avait connu cette femme appelée sœur Xia sur un site internet. Sœur Xia prétendait pouvoir l’aider à sauter directement jusqu’à la neuvième porte. C’est pour cela qu’elle l’avait suivie ici. Mais une fois entrée, elle s’était rendu compte qu’elle était complètement perdue, et que sœur Xia ne les protégeait pas comme elle l’avait promis.
« J’ai compris », marmonna la jeune femme, voyant sœur Xia refermer directement la porte.
Le visage plein d’impuissance, elle n’eut d’autre choix que de se retourner et de rentrer dans sa chambre avec l’autre jeune femme. Peu après, Lin Qiushi entendit vaguement le bruit de verre brisé provenant de leur chambre — cette jeune femme semblait avoir suivi la méthode proposée par sœur Xia et avait cassé tous les miroirs de la pièce.
Lin Qiushi raconta à Ruan Nanzhu et Cheng Yixie ce qu’il avait vu et entendu.
« Cette sœur Xia est plutôt intelligente », remarqua Ruan Nanzhu d’une voix un peu froide. « Elle utilise ceux qu’elle emmène comme cobayes. »
Lin Qiushi soupira doucement. En effet, si casser les miroirs ne causait rien, alors ils pourraient eux aussi les casser ; si casser les miroirs causait quelque chose, sœur Xia n’y perdait rien. Il semblait donc que, comme l’avait dit Ruan Nanzhu, elle emmenait réellement autant de nouveaux venus pour risquer leur vie.
Lorsque la nuit tomba peu à peu, l’air recommença à se remplir de cette odeur de quelque chose de brûlé.
L’odorat de Cheng Yixie était extrêmement sensible. Après avoir senti cette odeur, il se mit à tousser doucement et, n’ayant pas d’autre choix, prit une serviette humide pour couvrir son nez et sa bouche.
Lin Qiushi et Ruan Nanzhu n’avaient initialement pas prévu de sortir regarder, mais alors qu’ils étaient allongés sur le lit, se forçant à s’endormir, un nouveau bruit apparut dans le couloir. Cette fois, c’était le cri perçant et misérable d’une femme. L’endroit d’où provenait le cri était précisément la chambre de la jeune femme qui avait brisé les miroirs.
« Aaaaah — » Le cri strident, dans le silence de la nuit, était particulièrement assourdissant. À travers le judas, Lin Qiushi vit la jeune femme se débattre et sortir en courant de sa chambre. Son expression était celle d’une souffrance extrême, et sa démarche chancelante donnait l’impression qu’elle allait s’effondrer au sol d’un instant à l’autre, sans jamais se relever.
Ruan Nanzhu apparut derrière Lin Qiushi. Il tendit la main et appuya doucement sur la poignée de la porte, l’ouvrant d’une fente.
Cette fente leur permit de voir plus clairement l’extérieur. Ruan Nanzhu regarda, à travers l’ouverture, le miroir accroché au plafond du couloir, puis fit doucement claquer sa langue.
Lin Qiushi suivit son regard et vit à son tour la scène dans le miroir.
Dans le miroir, on voyait la jeune femme entièrement enveloppée de flammes rouges. Son corps devenait peu à peu noirci et carbonisé, mais elle continuait encore à se débattre. La scène était d’une horreur extrême.
Lin Qiushi sentit même une odeur de chair grillée.
« Aaaah, aaaah… » La femme finit par s’effondrer. Si l’on regardait directement, on ne voyait aucune blessure sur son corps, mais ce n’était qu’en regardant à travers le miroir que l’on pouvait comprendre la torture atroce qu’elle avait subie.
Alors que Lin Qiushi pensait que tout était terminé, sa main fut soudainement saisie par Ruan Nanzhu. Celui-ci leva légèrement le menton, indiquant à Lin Qiushi de regarder dans une certaine direction.
Lin Qiushi tourna son regard vers cet endroit et découvrit que, sans qu’il sache depuis quand, dans le miroir faisant face à la jeune femme brûlée, était apparue une personne exactement identique à elle. Le même visage, les mêmes vêtements, mais le sourire sur son visage était étrange et rigide. La personne dans le miroir regarda celle qui avait été brûlée à mort à l’extérieur du miroir et tendit lentement la main — ces mains sortirent du miroir, saisirent le poignet de la jeune femme, puis tirèrent lentement le cadavre carbonisé dans le miroir.
La scène était trop effrayante ; la respiration de Lin Qiushi se fit involontairement plus légère.
Ruan Nanzhu tendit la main et referma lentement la porte devant eux. Son souffle brûlant effleura l’oreille de Lin Qiushi, et sa voix, teintée d’un léger sourire, murmura :
« Effrayé ? »
Lin Qiushi tourna la tête : « Non. » Il marqua une pause, puis soupira. « Heureusement que je n’ai pas cassé le miroir. »
Il semblait clair désormais que les miroirs ne devaient effectivement pas être brisés : une fois cassés, les conséquences étaient extrêmement graves.
Ruan Nanzhu dit cependant : « La chambre au bout du couloir a de nouveau pris feu. »
Lin Qiushi fut surpris : « Celle d’hier soir ? »
« Oui », répondit Ruan Nanzhu. « Mais cette fois, il y a quelque chose de différent. »
Tout à l’heure, Lin Qiushi s’était concentré uniquement sur la jeune femme et n’avait pas prêté attention à ce qui se passait au bout du couloir.
« Il y a une chambre de plus qui brûle là-bas », dit Ruan Nanzhu. « Le feu est en train de se propager vers ici. »
Il attrapa le poignet de Lin Qiushi et le tira à l’intérieur de la chambre, de manière à ce que Cheng Yixie, appuyé contre le lit, puisse aussi entendre leur conversation :
« L’emplacement de notre chambre n’est pas idéal. Si le feu continue de se propager dans cette direction, il atteindra rapidement l’endroit où nous nous trouvons. »
« On peut changer de chambre ? » proposa Cheng Yixie.
« Je ne sais pas si ce sera possible », avertit Ruan Nanzhu. « Demain, nous irons demander à l’employé. S’il ne nous donne pas de carte, ce n’est pas grave. » Il sourit. « Même si les serrures électroniques sont un peu compliquées, ce n’est pas impossible à ouvrir. »
En entendant son ton assuré, Lin Qiushi ressentit immédiatement une profonde admiration pour lui.
« Bon, allons dormir maintenant », proposa Ruan Nanzhu en regardant sa montre. « À cette heure-ci, si nous continuons à veiller, le jour va se lever. » Il regarda Lin Qiushi. « Tu veux dormir avec moi ? »
Lin Qiushi déclina l’invitation de Ruan Nanzhu et décida de rester dormir seul sur le canapé. Avant de se coucher, il trouva néanmoins le courage de retourner dans la salle de bain pour se laver les pieds. Cette fois, le miroir ne montra rien d’anormal.
La fin de la nuit se déroula dans un calme complet, sans incident.
Le lendemain matin, à peine Lin Qiushi ouvrit-il les yeux dans la brume de l’aube qu’il aperçut Ruan Nanzhu déjà prêt à sortir.
« Tu te lèves si tôt ? » demanda Lin Qiushi en regardant l’heure. Il n’était qu’environ six heures, et la lumière du jour était encore faible. La veille, ils s’étaient couchés à trois heures du matin, ce qui signifiait que Ruan Nanzhu n’avait dormi que trois heures.
« J’ai quelque chose à faire, » répondit Ruan Nanzhu d’une voix très douce. « Je peux m’en occuper seul. Vous, continuez à dormir. »
Lin Qiushi jeta un coup d’œil au lit. Cheng Yixie, après tout encore un enfant, dormait profondément et n’était pas dérangé par le bruit. Baissant la voix, Lin Qiushi dit : «Attends-moi. »
« Ce n’est pas nécessaire, » répondit Ruan Nanzhu. « Ce n’est rien de dangereux. »
Il était déjà à la porte et, à pas légers, l’ouvrit puis sortit.
Après l’avoir vu partir, Lin Qiushi ne parvint plus à se rendormir. Il se leva, prenant soin, en se changeant, de ne pas réveiller Cheng Yixie.
Lorsqu’il sortit enfin, habillé, Ruan Nanzhu avait déjà disparu. Lin Qiushi réfléchit un instant puis décida de se rendre directement au restaurant du deuxième étage.
À ce moment-là, le restaurant était presque vide, mais quelques personnes étaient déjà présentes. Lin Qiushi remarqua Luo Qianshui, assise dans un coin, celle qui s’était tant opposée à Ruan Nanzhu la veille. Son expression semblait agitée et elle regardait fréquemment sa montre, comme si elle attendait quelqu’un.
Lin Qiushi prit quelques plats au hasard et choisit une table. Instinctivement, il jeta un œil à sa montre une fois assis. Ce n’est qu’alors qu’il réalisa que sa réaction ressemblait étrangement à celle de Luo Qianshui. Un petit sourire amusé lui échappa, puis il reprit son sérieux et sortit son téléphone pour continuer à jouer au sudoku.
Une dizaine de minutes plus tard, deux silhouettes apparurent à l’entrée du restaurant.
Luo Qianshui se leva aussitôt, appelant vers la porte : « Ge ! » — Luo Qianshan était arrivé. Derrière lui, une autre personne entra également : c’était Ruan Nanzhu, que Lin Qiushi attendait.
Luo Qianshan se dirigea vers Luo Qianshui. Bien qu’ils baissent la voix, Lin Qiushi put entendre leur conversation distinctement.
Luo Qianshui demanda : « Ge, tu as obtenu la chambre ? »
« Oui, » répondit Luo Qianshan.
« Laquelle ? » demanda-t-elle. « Celle tout au fond ? »
« Non, » dit Luo Qianshan. « Elle a été plus rapide que moi, je n’ai eu que l’avant-dernière chambre. »
Luo Qianshui murmura quelques jurons, visiblement à propos d’une autre fille : « Tu n’as pas été un peu plus ferme avec elle ? »
Luo Qianshan, avec une pointe d’exaspération, répondit : « J’ai été ferme. »
« Et ? »
« Pas plus qu’elle. »
Luo Qianshui se tut.
La fille, « plus ferme » que Luo Qianshan, s’avança tranquillement vers Lin Qiushi, prenant un œuf dur avec le sourire, clairement de bonne humeur. Lin Qiushi regarda Ruan Nanzhu : « Tu es allé changer notre chambre ? »
Ruan Nanzhu sortit une carte-clé de sa poche et la tendit à Lin Qiushi.
« Mh. » Lin Qiushi la prit et vit que le numéro correspondait à la chambre la plus éloignée dans le couloir, c’est-à-dire la plus éloignée de l’incendie.
« C’est probablement le temps limite, » dit Ruan Nanzhu. « Il faut quitter l’endroit avant que le couloir ne soit complètement en flammes. » Il mordit son œuf dur et laissa une jolie empreinte de dent dessus. « Ce Luo Qianshan est plutôt habile. »
Lin Qiushi cligna des yeux : « Vous vous êtes battus ? »
Ruan Nanzhu répondit calmement : « Mh. »
Dans le monde extérieur, on aurait pu encore parler de « dames d’abord », mais quand il s’agissait de vie ou de mort, il n’y avait pas de priorité. Après avoir vu que Ruan Nanzhu avait obtenu la meilleure chambre, Luo Qianshan l’attaqua.
Si Ruan Nanzhu avait été une fille, il aurait peut-être subi, mais ce n’était pas le cas, et il repoussa Luo Qianshan sans hésitation.
Lin Qiushi put lire sur son visage qu’il n’avait pas été lésé. « Il semble que ces frère et sœur soient plutôt forts, » dit-il.
Ruan Nanzhu termina son œuf dur et demanda : « Plus forts que moi ? »
Lin Qiushi répondit : « Oh non non non, tu es le meilleur. »
Ruan Nanzhu hocha la tête, satisfait.
À ce moment-là, il était presque sept heures et demie, le ciel dehors était déjà clair, les habitants du trente-quatrième étage entraient peu à peu dans le restaurant.
Lin Qiushi aperçut Cheng Yixie.
Cheng Yixie s’avança vers eux, s’assit, le ton un peu agacé : « Pourquoi ne m’avez-vous pas appelé ? »
« Les enfants doivent dormir un peu plus longtemps. » dit Ruan Nanzhu, « De plus, même si tu te lèves, tu ne pourras pas aider. »
Cheng Yixie resta silencieux.
Lin Qiushi dit : « Tu veux manger quelque chose ? Je peux aller te le prendre. »
« Inutile. » Cheng Yixie refusa la gentillesse de Lin Qiushi et se leva pour aller chercher la nourriture lui-même.
Ruan Nanzhu regarda son dos et soupira légèrement.
Lin Qiushi demanda : « Quel âge avais-tu quand tu as commencé à entrer dans les portes ? »
Ruan Nanzhu bougea ses doigts : « Je ne m’en souviens plus très bien, dix-huit ou dix-neuf ans. »
En entendant cela, Lin Qiushi pensa que Ruan Nanzhu avait passé six ou sept ans de la première à la dixième porte, et il ne savait pas ce qu’il avait vécu pendant ces six ou sept ans.
Cheng Yixie revint à table avec la nourriture, Lin Qiushi s’apprêtait à lui dire quelque chose, mais il remarqua une personne entrant par la porte. Lorsqu’il s’assura qu’il ne se trompait pas, son expression se figea quelques secondes.
La personne entrant était une fille vêtue simplement, d’apparence ordinaire, tout en elle était très banal, son visage portait encore un sourire, elle se rendit à l’endroit où se trouvait la nourriture pour choisir son petit-déjeuner. À première vue, il n’y avait rien de remarquable chez elle — si Lin Qiushi n’avait pas vu les scènes à travers la fente de la porte hier, il aurait peut-être pensé que cette personne était ordinaire.
En effet, c’était la fille qui avait brisé le miroir la veille au soir, qui avait été brûlée vive, puis tirée à l’intérieur par la personne du miroir. À présent, elle se tenait, intacte, devant tout le monde, comme si tout ce qui s’était passé la nuit précédente n’était qu’une illusion onirique.
Ruan Nanzhu la vit aussi, et son expression devint un peu sérieuse.
La fille prit de la nourriture et, avec un sourire radieux, se dirigea vers la table de sœur Xia pour commencer à manger.
Lin Qiushi remarqua que la fille qui partageait sa chambre avec elle commença à se sentir mal à l’aise, et que ses yeux exprimaient même de la terreur. Finalement, incapable de se contrôler, cette fille se leva maladroitement et sortit précipitamment du restaurant. Les autres à table ne semblaient pas savoir ce qui s’était passé la nuit dernière à propos de cette fille, donc ils ne montrèrent aucun rejet — ils ne savaient même pas que la fille devant eux avait changé de personne.
« Hier soir, lorsqu’elle a brisé le miroir, elle l’a fait avec la main droite. » dit Ruan Nanzhu.
Lin Qiushi sursauta, puis comprit le sens des paroles de Ruan Nanzhu. Lorsqu’il regarda à nouveau la fille, il remarqua effectivement que la main avec laquelle elle tenait les baguettes était devenue la gauche.
« C’est la personne du miroir qui est sortie ? » Lin Qiushi sentit soudain que la nourriture dans sa bouche devenait difficile à avaler.
« Probablement. » Ruan Nanzhu soutint son menton, passa une mèche de cheveux derrière son oreille et dit : « Heureusement que je n’ai pas brisé le miroir, sinon… aujourd’hui, nous aurions peut-être vu deux moi. » En disant cela, il esquissa un sourire très subtil, « En y réfléchissant bien, c’est plutôt intéressant. »
Lin Qiushi : « … » De quoi ris-tu ? Pourquoi ton sourire est-il si étrange ?
Cheng Yixie fronça les sourcils, un peu mécontent : « Elle sent très mauvais. »
Ruan Nanzhu : « Très mauvais ? »
Cheng Yixie : « Oui, ça sent le brûlé. » Il posa la nourriture, il semblait que cette odeur affectait fortement son appétit, et son expression montrait un certain doute.
Ruan Nanzhu lui demanda : « Qu’y a-t-il ? »
« Je pense que dès le premier jour, j’avais senti cette odeur. » dit Cheng Yixie.
« Le premier jour ? La première nuit ? » Lin Qiushi pensa à ce qui s’était passé la nuit précédente.
Cheng Yixie secoua la tête, fronçant les sourcils fortement, et dit quelque chose que ni Lin Qiushi ni Ruan Nanzhu n’avaient anticipé : « Non, ce n’était pas la première nuit, mais le premier jour dans le hall. »
Le visage de Ruan Nanzhu se durcit : « Le hall ?! »
Cheng Yixie hocha la tête : « Oui, l’odeur était légère, je pensais m’être trompé. » Il semblait avoir pensé à quelque chose et voulait continuer, mais Ruan Nanzhu fit un geste pour le faire taire, lui indiquant de ne pas dire à voix haute ce qu’il avait deviné.
Bien qu’il lui ait interdit de parler, Lin Qiushi comprit ce que Cheng Yixie voulait dire : cela signifiait que dès le premier jour dans le hall, il y avait des personnes mortes brûlées mêlées à la foule — et peut-être même pas une seule. Lin Qiushi pensa à cela et se lécha les lèvres sèches, et une phrase surgit dans son esprit : ‘Prendre les hommes pour miroir…’
Traducteur: Darkia1030
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