KOD - Chapitre 74 - Le bon vêtement

 

Ajuster sa tenue

 

« Prendre les hommes pour miroir permet de discerner les gains et les pertes », cependant Lin Qiushi ne savait pas encore ce que signifiaient exactement, dans les indices, les mots «gains » et « pertes ».

La jeune femme brûlée vive la nuit précédente était apparue soudainement, indemne, dans le restaurant. Lin Qiushi remarqua que sur le visage de certaines personnes présentes au restaurant apparaissait un léger malaise. Ces personnes devaient habiter relativement près de la chambre où l’incident avait eu lieu la veille, et avaient donc vu tout ce qui s’était passé dans le couloir. Elles savaient que la jeune femme qui se tenait devant elles n’était pas humaine…

Quant à sœur Xia, la véritable responsable de la mort de la jeune femme, il était évident qu’elle n’avait encore rien compris à ce qui s’était produit.

Elle discutait toujours avec la jeune femme comme si de rien n’était, disant :
« Wen Jing, il ne s’est rien passé après hier soir ? Comment avez-vous dormi, toi et Xiao Mian ? Il n’y a pas eu d’accident ? »

La jeune femme brûlée s’appelait Wen Jing, et Xiao Mian était la colocataire qui partageait sa chambre.

« Rien du tout, sœur Xia. » Wen Jing afficha un sourire doux et paisible. Elle parla très lentement : « Hier soir, absolument rien ne s’est passé… »

En entendant cela, soeur Xia sourit légèrement : « Tant mieux. »

Le restaurant, qui était jusque-là plutôt animé, devint étrangement silencieux à cause de l’arrivée soudaine de Wen Jing. Ceux qui savaient ce qui s’était passé la nuit précédente commencèrent à se lever et à partir les uns après les autres, lançant en partant des regards étranges en direction de Wen Jing.

Soeur Xia sembla également remarquer ces regards inhabituels. Elle réfléchit brièvement, puis l’expression encore légèrement souriante de son visage devint plus sérieuse et froide. Elle se leva ensuite de sa chaise, trouva un prétexte et quitta elle aussi le restaurant — il semblait qu’elle était très sensible à l’atmosphère ambiante.

Wen Jing regarda soeur Xia s’éloigner, sans tendre la main pour la retenir. Elle se contenta de sourire en observant son dos, et ce regard donnait, quoi qu’on en pense, des frissons dans le dos.

Cheng Yixie dit : « On part aussi ? »

Ruan Nanzhu hocha la tête : « Allons-y. »

À ce moment-là, il ne restait déjà plus beaucoup de monde dans le restaurant. À part Wen Jing, qui mangeait encore lentement, seuls quelques individus plutôt lents d’esprit étaient toujours assis à leur place, l’air complètement perdu, sans comprendre ce qui se passait.

Cependant, alors que Lin Qiushi et les autres arrivaient à l’entrée du restaurant, ils entendirent à l’extérieur des éclats de voix violents.

Lin Qiushi sortit pour regarder et découvrit avec surprise que soeur Xia se disputait avec Xiao Mian, la colocataire de Wen Jing.

« Tout est de ta faute, tout est de ta faute — si ce n’était pas pour ce que tu as dit, Wen Jing ne serait jamais morte ! »

Xiao Mian, la colocataire de Wen Jing, avait assisté de ses propres yeux à sa mort atroce la nuit précédente. Son état émotionnel était proche de l’effondrement. Dans sa voix étouffée par les sanglots se mêlaient rancœur et colère : « Tu voulais juste nous faire mourir ! Wen Jing est revenue, elle est revenue pour se venger de toi ! Salope, attends un peu ! »

Soeur Xia ricana froidement et répliqua sans ménagement : « Comment ça, je l’ai tuée ? Est-ce que je savais que briser les miroirs tuerait quelqu’un ? Petite, la bouche peut manger n’importe quoi, mais pas dire n’importe quoi » (NT : idiome : on peut agir à la légère, mais pas parler sans réfléchir).

En écoutant leur échange, Lin Qiushi demanda à voix basse à Ruan Nanzhu, à côté de lui :
« Ça ne compte pas comme si soeur Xia avait tué Wen Jing ? »

Ruan Nanzhu secoua la tête.

« Alors qu’est-ce qui compte ? » Lin Qiushi ne comprenait plus très bien les critères de meurtre à l’intérieur de la porte.

« En général, il faut agir soi-même pour que cela soit considéré comme un meurtre », expliqua Ruan Nanzhu. « Dans leur cas, soeur Xia ne savait effectivement pas que briser les miroirs entraînerait la mort. »

Lin Qiushi resta sans voix.

« Elle n’a fait que donner un conseil à Wen Jing. Quant à savoir si Wen Jing allait suivre ce conseil ou non, c’est une autre affaire », ajouta Ruan Nanzhu.

C’était sans doute une faille dans les règles du monde derrière la porte.

Si l’on raisonnait ainsi, cela signifiait que les personnes entrées dans la porte pouvaient s’entretuer, tant que la méthode n’était pas trop directe — au minimum, il ne fallait pas tuer de ses propres mains. Et en dehors du meurtre direct, il existait manifestement de nombreuses autres façons de provoquer la mort de quelqu’un.

Lin Qiushi répondit par un simple « oh », indiquant qu’il avait compris.

Xiao Mian pleurait toujours. Elle semblait connaître Wen Jing du monde extérieur. Elle dit : « Espèce d’escroc abjecte, tout est de ta faute. Tu avais pourtant promis de nous protéger, tu... »

Soeur Xia répondit froidement : « Tu as trois ans ? Tu crois tout ce que les autres disent ? »

Après avoir dit cela, elle agita la main avec agacement devant Xiao Mian et se retourna, prête à partir.

Mais à cet instant précis, Xiao Mian sortit soudain de sa poche un couteau à pain et le planta en direction de soeur Xia. Bien que ce couteau ne fût pas extrêmement tranchant, il était très pointu ; s’il avait réellement pénétré un corps humain, cela aurait certainement causé une mort.

La réaction de soeur Xia fut extrêmement rapide. Elle esquiva le coup de toutes ses forces. Voyant le couteau dans la main de Xiao Mian, elle s’emporta : « Putain, tu veux me tuer ? »

Elle attrapa le bras de Xiao Mian et la projeta violemment contre le mur.

« Ah ! »

Xiao Mian n’était manifestement pas de taille face à soeur Xia. Son corps heurta le mur avec un grand fracas, puis elle s’effondra mollement sur le sol.

Soeur Xia n’en resta pas là. Elle saisit Xiao Mian par les cheveux et la projeta encore dans une autre direction. Sa force était impressionnante : une jeune femme d’environ un mètre soixante semblait dans ses mains aussi légère qu’une poupée.

Voyant cela, Lin Qiushi fronça légèrement les sourcils et s’apprêtait à intervenir, quand il entendit Xiao Mian pousser un cri aigu et déchirant. Du sang rouge vif commença à couler sur sa joue.

En voyant cette scène, soeur Xia resta elle aussi un instant figée. Elle n’avait jamais eu l’intention de tuer Xiao Mian ; elle voulait seulement lui donner une leçon. Elle aida lentement Xiao Mian à se redresser et vit alors que, sur le cadre du tableau contre lequel elle s’appuyait, était apparu on ne savait comment un clou pointu. L’arrière de la tête de Xiao Mian s’y était enfoncé pile au bon endroit.

« Non, non — je ne voulais pas te tuer, je ne voulais pas te tuer — »

Soeur Xia paniqua complètement. Elle lâcha le corps déjà mou de Xiao Mian et recula instinctivement de plusieurs pas. « Je ne voulais pas te tuer, ce n’est pas moi, ce n’est pas moi — »

Lin Qiushi resta lui aussi stupéfait. Il ne s’attendait pas du tout à un tel dénouement.

Le sang continuait de s’écouler du corps de Xiao Mian. Les yeux grands ouverts, elle fixa soeur Xia d’un regard rempli de haine, puis son souffle s’éteignit ainsi.

Soeur Xia, quant à elle, semblait avoir complètement perdu le contrôle. Elle secouait sans cesse la tête en répétant « non », puis quitta le restaurant en titubant, dans un état de panique extrême.

Lin Qiushi observa la scène, l’esprit très troublé. Il dit : « Ce genre de choses arrive souvent ? »

« Pas souvent », répondit Ruan Nanzhu. Il jeta un regard à Xiao Mian. « C’est simplement que cette femme n’a pas eu de chance. »

Il ne s’attendait pas à ce que Xiao Mian meure d’un accident pareil. Il s’approcha d’elle, s’accroupit et examina attentivement le clou qui avait causé sa mort.
« Ce clou est vraiment intéressant. »

« Intéressant ? » demanda Lin Qiushi.

« Il n’était pas là hier », répondit Ruan Nanzhu.

Lin Qiushi resta interdit : « Tu es sûr qu’il n’y était pas hier ? »

Ce coin n’était pas un endroit facile à remarquer. En réalité, si personne n’était mort ici aujourd’hui, Lin Qiushi n’y aurait probablement jamais prêté attention avant de quitter ce monde.

« Bien sûr », répondit Ruan Nanzhu avec une grande assurance. « Ce clou a été planté soit hier soir, soit ce matin… Quand tu es arrivé, y avait-il déjà des gens dans le restaurant ? »

Lin Qiushi pensa aussitôt à Luo Qianshui, arrivée au restaurant avant lui, et dit :
« Luo Qianshui est arrivée la première. »

« Oh. » Ruan Nanzhu se leva. « Je vois. »

Lin Qiushi reprit : « Ce clou, c’est elle qui l’a planté ? Mais… »

Il voulait dire : comment aurait-elle pu savoir que Xiao Mian et souer Xia allaient se disputer ici, puis se battre, jusqu’à ce que Xiao Mian soit finalement projetée contre le cadre de la fenêtre ? Mais en y réfléchissant, il se rappela qu’ils se trouvaient dans le monde derrière la porte, où rien ne semblait vraiment impossible. Ceux qui pouvaient atteindre la neuvième porte n’étaient manifestement pas des gens ordinaires. Ce n’était pas impensable que quelqu’un ait utilisé un moyen quelconque pour prévoir ce qui allait se produire aujourd’hui, puis ait fait quelques manipulations en amont.

Alors qu'il pensait ainsi, Lin Qiushi aperçut effectivement Luo Qianshui et son frère dans un coin.

Ils se tenaient tous les deux parmi les curieux ; s’il n’avait pas cherché attentivement, il n’aurait pas été facile de les remarquer. Lorsque leurs regards se croisèrent, Luo Qianshan adressa un sourire à Lin Qiushi, tandis que Luo Qianshui conserva une expression pleine de dédain. Puis ils se retournèrent et partirent, comme s’ils avaient perdu tout intérêt pour ce qui allait suivre.

Ruan Nanzhu se leva : « Partons aussi. Il y a un endroit que j’aimerais aller voir. »

« Xiao Mian va se venger de sœur Xia ? » demanda Lin Qiushi. C’était ce qui l’inquiétait le plus. Cela faisait déjà un certain temps qu’il était entré dans les portes, mais il n’avait pas souvent vu des gens du monde extérieur devenir des fantômes pour se venger… De mémoire, cela ne lui était arrivé qu’une seule fois. Cette fois-ci non plus, ce ne serait probablement pas une scène agréable à voir. « Est-ce que cela risque de nous impliquer ? »

« Non », répondit Ruan Nanzhu. « C’est uniquement son affaire. »

Lin Qiushi fut rassuré et demanda : « Où veux-tu aller ? »

Ruan Nanzhu répondit : « Nous ne sommes pas encore allés voir de jour la chambre qui brûle, n’est-ce pas ? »

Lin Qiushi comprit aussitôt.

Ils retournèrent au trente-quatrième étage et trouvèrent la chambre qui brûlait sans cesse pendant la nuit.

À la lumière du jour, cette chambre ne présentait rien de particulier par rapport à la leur : c’était une chambre à grand lit tout à fait ordinaire.

Mais dès que Cheng Yixie entra dans la pièce, il se sentit mal à l’aise et se mit à tousser sans arrêt.

« Tu sens encore l’odeur de brûlé ? » lui demanda Ruan Nanzhu.

« Oui », répondit Cheng Yixie avec difficulté. « C’est très fort. »

Ruan Nanzhu regarda autour de lui, puis sortit nonchalamment de sa poche un couteau à pain et se dirigea vers un coin pour commencer à décoller le papier peint.

En voyant le couteau dans sa main, Lin Qiushi resta interdit : « Quand est-ce que tu as pris ça ? »

« Quand je mangeais l’œuf dur », répondit Ruan Nanzhu.

Lin Qiushi était assis juste à côté de lui ; en toute logique, il aurait dû voir tout ce que faisait Ruan Nanzhu, mais il n’avait absolument pas remarqué qu’il avait dissimulé un couteau. Il afficha une expression impuissante : « Comment ai-je pu ne pas le voir ? »

Ruan Nanzhu lança à Lin Qiushi un regard lourd de sens : « Il y a beaucoup de choses que tu ne vois pas. »

Lin Qiushi resta sans voix.

Une fois le papier peint arraché, le mur noirci apparut derrière, confirmant qu’un incendie avait bien eu lieu dans cette chambre.

Lin Qiushi observa les alentours et remarqua soudain un petit objet intéressant.

C’était un miroir en bronze, posé à côté de la coiffeuse.

Les miroirs n’étaient pas rares ici, mais celui-ci était le premier miroir en bronze que Lin Qiushi voyait dans cet endroit.

Il n’était pas plus grand que la paume de la main, orné tout autour de motifs de nuages flottants, avec une petite poignée. Il était à la fois délicat et ancien.

Lin Qiushi prit le miroir et baissa la tête pour se regarder.

Sans doute à cause de la technique de fabrication, l’image reflétée dans le miroir de bronze n’était pas aussi nette que dans un miroir à revêtement aluminium ; elle paraissait floue et légèrement déformée.

Lin Qiushi effleura doucement la surface du miroir avec la main. Il eut l’impression qu’une fine couche de poussière le recouvrait. Il porta cette poussière à son nez et sentit une odeur de brûlé — ce n’était pas de la poussière ordinaire, mais des cendres laissées par quelque chose qui avait brûlé.

« Un miroir en bronze ? » Ruan Nanzhu s’approcha de Lin Qiushi et vit le miroir dans sa main.

« Prendre le bronze pour miroir… » murmura Lin Qiushi en récitant l’indice, « permet d’ajuster sa tenue ».

Ruan Nanzhu ne répondit pas et prit le miroir des mains de Lin Qiushi.

« Mais que signifie exactement “tenue” ici ? » demanda Lin Qiushi, un peu perplexe. « Est-ce que cela veut dire qu’on peut voir ces choses qui se sont mêlées à la foule ? »

Ruan Nanzhu pencha légèrement la tête : « Essayons, et nous saurons. »

« D’accord… » répondit Lin Qiushi.

Ils pouvaient en effet essayer, puisqu’ils avaient déjà identifié une personne problématique. Ils inspectèrent encore le reste de la chambre. Dans un tiroir, dans un coin de la salle de bains, Cheng Yixie trouva une photographie dont un tiers avait été brûlé.

Sur la partie intacte de la photo, on voyait une femme et un enfant. La femme affichait un sourire doux, tenant l’enfant par la main droite, dans une posture très similaire à celle que Lin Qiushi avait vue dans le couloir ce jour-là. La partie droite de l’enfant avait été brûlée par le feu ; inutile d’y réfléchir pour comprendre que cette partie correspondait au père de l’enfant.

« Une famille de trois personnes vivait dans cet appartement », dit Ruan Nanzhu. « À la fin, on n’a retrouvé que deux corps. Et le dernier ? »

Tout en parlant, il effleura doucement le bord de la photo du doigt. « Il en reste encore un. Où est-il allé ? »

Personne ne connaissait la réponse. Après l’incendie de l’immeuble, toutes les personnes alentour semblaient avoir été remplacées. Elles ne savaient pas grand chose de cet incendie; certaines ignoraient même que cet immeuble avait déjà brûlé.

Par la suite, Lin Qiushi et les autres se promenèrent autour de l’immeuble. Chaque fois qu’ils croisaient quelqu’un qu’ils connaissaient, ils l’observaient à l’aide du miroir en bronze.

Mais ce qui troubla profondément Lin Qiushi, c’est que lorsqu’ils utilisèrent pour la première fois le miroir sur Wen Jing — qui, en toute logique, n’aurait pas dû être humaine — son visage dans le miroir de bronze ne montra aucun changement, conservant toujours une apparence humaine.

Même la défunte Wen Jing n’avait montré aucun changement ; pour les autres, c’était encore plus vrai.

Lin Qiushi n’arrivait pas très bien à comprendre ce qui se passait. Il regarda le miroir et dit :
« Se pourrait-il que ce miroir ne s’utilise pas de cette façon ? »

Ruan Nanzhu répondit : « Et comment pourrait-il s’utiliser autrement ? »

Lin Qiushi esquissa un sourire amer : « Comment pourrais-je le savoir ? »

Il réfléchit attentivement à la phrase de l’indice : « Prendre le bronze pour miroir permet d’ajuster sa tenue… » Avait-il mal compris cette phrase ? Attendez… « ajuster sa tenue »… ?

« Ajuster sa tenue. » Ruan Nanzhu pensa à la même chose que Lin Qiushi et prononça même ces mots un pas avant lui. « Est-ce que tout à l’heure, nous n’avons regardé que le visage de Wen Jing ? »

Lin Qiushi dit : « On réessaie ? »

Ruan Nanzhu répondit : « D’accord. »

Ils retournèrent donc au restaurant du deuxième étage, mais virent que Wen Jing, qui était auparavant assise là à regarder dans le vide, avait déjà disparu sans laisser de trace.

« Nous sommes arrivés trop tard », fit Lin Qiushi avec un certain regret.

Ruan Nanzhu répondit : « Ce n’est pas grave, elle réapparaîtra forcément. » Son ton était très assuré.

« Pourquoi Wen Jing se mêle-t-elle à la foule ? » Lin Qiushi ne comprenait pas très bien pourquoi elle était revenue. « Tuer quelqu’un ? Mais n’as tu pas dit qu’elle ne pouvait pas se venger ? »

Ruan Nanzhu dit : « Wen Jing ne peut effectivement pas se venger, mais la question est de savoir si cette personne est vraiment Wen Jing. »

Il était possible que celle qui apparaissait devant eux ne soit en réalité pas Wen Jing, mais un spectre du monde derrière la porte ayant pris son apparence.

Lin Qiushi trouva cette idée très plausible.

Tout en discutant, ils se préparèrent à retourner au trente-quatrième étage. L’ascenseur émit un ding et ouvrit ses portes. Lin Qiushi vit que le serveur qui leur avait auparavant remis les cartes de chambre se trouvait aussi dans l’ascenseur. Celui-ci leur adressa un sourire poli et dit : « Bonjour. »

« Bonjour », répondit distraitement Ruan Nanzhu.

Cheng Yixie fronça soudain légèrement les sourcils. Son regard se posa sur le serveur, comme s’il se sentait mal à l’aise.

Lin Qiushi remarqua l’anomalie chez Cheng Yixie. Son cœur remua légèrement ; il sortit le miroir en bronze de sa poche. Puis, en utilisant son corps comme écran, il éclaira prudemment le serveur avec le miroir.

Il n’y eut rien d’anormal. Dans le miroir en bronze, le serveur conservait toujours ce sourire mécanique. Lin Qiushi se souvint alors de ce qu’ils venaient de discuter et déplaça lentement le miroir, du sommet de la tête, aux épaules, puis à la taille et au ventre… jusqu’à ce que le miroir arrive aux pieds du serveur.

L’image dans le miroir changea enfin.

Dans le miroir en bronze, les deux pieds du serveur étaient inversés.

Les talons étaient à l’avant, les orteils à l’arrière, une étrangeté qui donnait la chair de poule.

Lin Qiushi se raidit légèrement. Ruan Nanzhu remarqua son trouble et jeta lui aussi un coup d’œil au miroir dans sa main. Il vit également l’anomalie du serveur, mais son visage ne laissa transparaître aucune réaction ; il continua à discuter avec le serveur de choses sans importance.

« Depuis combien de temps travaillez-vous ici ? » demanda Ruan Nanzhu.

« Deux ans », répondit le serveur. « C’est vraiment une longue période. »

Ruan Nanzhu dit : « Deux ans ? Vous étiez aussi là lors de l’incendie ? »

Le serveur répondit : « À ce moment-là, je n’étais pas encore ici. Je n’ai été embauché comme serveur qu’après l’incendie. »

Un léger ding retentit et les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.

Le serveur fit un geste de la main pour les inviter à sortir en premier.

Lin Qiushi suivit Ruan Nanzhu hors de l’ascenseur. Bien qu’il ne se retournât pas, il savait que le serveur les regardait silencieusement depuis l’intérieur — car les portes de l’ascenseur ne se refermèrent pas tout de suite. Ce n’est qu’au moment où ils arrivèrent devant la porte de leur chambre que Lin Qiushi entendit de nouveau un ding. Son cœur tendu se relâcha alors.

« C’était donc lui », dit Ruan Nanzhu. « Je ne m’y attendais pas. »

En règle générale, les PNJ clés n’étaient pas des spectres à l’intérieur des portes, mais cette fois-ci, le PNJ clé de leur porte était manifestement différent de ceux d’ordinaire.

« Moi non plus », renchérit Lin Qiushi. « Yixie, est-ce que tu as senti quelque chose ? »
Sans le changement d’expression de Cheng Yixie, il n’aurait même pas pensé à utiliser le miroir en bronze sur le serveur. En réalité, jusqu’à cet instant, leur champ de suspicion se limitait aux personnes entrées depuis l’extérieur de la porte.

Cheng Yixie hocha la tête : « Oui, il dégage aussi une odeur de brûlé. »

Il était évident qu’il existait plus d’une façon de découvrir l’identité anormale de cette personne dans le monde derrière la porte. Le miroir en bronze en était une ; avec un odorat aussi aiguisé que celui de Cheng Yixie, il était peut-être même possible de s’en passer. Bien sûr, cette capacité avait aussi ses limites : lorsque tout le monde se trouvait regroupé, il devenait difficile de distinguer précisément les odeurs.

« Penses-tu que ce serveur pourrait être le père de la famille de trois personnes ? » demanda Ruan Nanzhu en s’asseyant au bord du lit.

Lin Qiushi secoua la tête : « Je ne sais pas, mais on ne peut pas exclure cette possibilité. »

Ruan Nanzhu se tut. Il sortit un bonbon de sa poche, en ôta l’emballage et le mit dans sa bouche. Il dit d’une voix un peu étouffée : « Tu en veux ? »

Lin Qiushi trouva cela un peu étrange : « Depuis quand manges tu des bonbons ? »

Ruan Nanzhu répondit : « Je dois arrêter de fumer. »

Lin Qiushi demanda : « Pourquoi arrêter soudainement de fumer ? »

Ruan Nanzhu répondit sur un ton allant de soi : « Tu as un cancer du foie. On ne peut pas fumer devant un malade, n’est-ce pas ? »

En réalité, Lin Qiushi avait presque oublié qu’il avait un cancer du foie. En général, les personnes atteintes de cette maladie souffraient beaucoup, mais lui avait eu la chance d’entrer dans les portes et avait même l’impression que son corps était plus fort qu’avant.

Lin Qiushi dit : « D’accord, alors donne-m’en un aussi. »

Cheng Yixie jeta un regard aux bonbons et tendit lui aussi la main.

Ainsi, trois grands hommes s’assirent au bord du lit pour manger des bonbons aux fruits, et une légère odeur fruitée se répandit dans la chambre.

Les indices concernant la clé restaient très flous. Lin Qiushi pensait que la clé avait un lien étroit avec le père de la famille de trois personnes qui avait disparu.

Ruan Nanzhu approuva son point de vue et estima que leur priorité absolue était de retrouver le père disparu.

Alors qu’ils discutaient tous les trois, quelqu’un frappa soudain à la porte. Lin Qiushi s’approcha et, à travers le judas, vit une connaissance — Luo Qianshan.

À cet instant, Luo Qianshan se tenait seul devant la porte et souriait en direction du judas.

Lin Qiushi se tourna vers Ruan Nanzhu et demanda : « C’est Luo Qianshan. On ouvre ? »

Ruan Nanzhu répondit : « Ouvre. » Il voulait voir ce que Luo Qianshan cherchait.

Lin Qiushi ouvrit donc la porte. En le voyant, le sourire de Luo Qianshan s’accentua encore. Il dit : « J’ai certaines choses dont j’aimerais parler avec vous tous. Cela vous dérange-t-il que j’entre pour en discuter ? »

Lin Qiushi répondit : « Je vous en prie. »

Luo Qianshan hocha la tête et entra dans la chambre. Dès qu’il fut à l’intérieur, son regard se posa sur Ruan Nanzhu, puis se détourna aussitôt comme si de rien n’était. Il dit :
« Avez-vous des indices concernant la clé ? »

Ruan Nanzhu fut très peu aimable : « Si c’est ce que tu es venu demander, tu peux repartir. »

Luo Qianshan esquissa un sourire amer : « Pourquoi adopter une attitude aussi agressive ?»

Ruan Nanzhu releva le menton ; à voir son allure, elle ressemblait tout simplement à une reine arrogante : « Je ne parle jamais inutilement avec un adversaire vaincu. »

Luo Qianshan resta sans voix.

Ne pas avoir pu vaincre Ruan Nanzhu avait sans doute déjà été inscrit par celui-ci comme une tache dans sa vie — pensa Lin Qiushi. Il se posa la question : si Luo Qianshan savait que la personne en face de lui était en réalité un homme vêtu en femme, il se sentirait peut-être un peu mieux.

« Je suis venu très sincèrement discuter avec vous », insista Luo Qianshan. « Ma sœur et moi avons trouvé un indice concernant la clé. »

Il pensait qu’en prononçant cette phrase, les trois personnes devant lui seraient extrêmement excitées. Qui aurait cru que leurs expressions seraient chacune plus indifférente que la précédente.

Cheng Yixie, avec son visage impassible habituel, n’avait pas besoin d’être mentionné.
Ruan Nanzhu avait déjà vu d’innombrables scènes impressionnantes,
et Lin Qiushi était depuis longtemps mentalement préparé, il n’y avait donc rien qui puisse l’étonner.

Au final, celui qui fut surpris se révéla être Luo Qianshan lui-même. Il dit :
« Vous n’avez vraiment rien envie de dire ? »

Lin Qiushi répondit : « Félicitations ? »

Ruan Nanzhu dit : « Oh. »

Cheng Yixie ne dit rien.

Luo Qianshan : « … »

Il commençait sérieusement à se demander si ces trois personnes n’avaient pas déjà trouvé la clé…

Heureusement, les paroles suivantes de Ruan Nanzhu dissipèrent son inquiétude. Ruan Nanzhu dit : « Très bien. Alors, contre quoi veux-tu que nous échangions ton indice ? »

Luo Qianshan répondit : « Je… »

Il n’avait pas encore terminé sa phrase que Ruan Nanzhu s’appuya sur l’épaule de Lin Qiushi et dit d’une voix douce et fragile : « Précisons d’abord une chose, j’ai déjà un petit ami. Ne va pas proposer des exigences déraisonnables. »

Luo Qianshan : « … » Ce n’est pas ça, je n’ai rien fait.

Son expression se déforma légèrement : « Ne te fais pas d’idées. »

Bien que la personne en face fût effectivement belle, avec de telles capacités martiales, qui oserait l’approcher ? S’il devait vraiment y avoir un conflit plus tard, il n’était même pas certain de savoir qui frapperait qui.

Ruan Nanzhu dit : « Hmph, tu manques vraiment de discernement. »

Luo Qianshan : « … » Pardon, je présente mes excuses.

 

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Note de l’auteur :

Un bug a été corrigé : j’avais oublié que, lors de la première porte, une scène de vengeance était déjà apparue (:з」∠)

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

 

 

 

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