KOD - Chapitre 95 - Retour à la réalité
Départ
Sous le parapluie en papier huilé, toute la pluie était parfaitement tenue à l’écart. Lin Qiushi et Ruan Nanzhu, marchant sous la pluie, semblaient enveloppés dans une barrière invisible ; pas une seule goutte ne tombait sur eux.
La route menant au sanctuaire était assez longue. Tous deux marchèrent lentement, sans se presser.
C’était la première fois que Lin Qiushi quittait la cour par temps de pluie. Toute la petite ville était enveloppée dans un rideau de pluie ; les habitants que l’on apercevait parfois d’ordinaire avaient disparu sans laisser de trace. Les rues étaient vides, et l’on ne voyait pas une seule personne tenant un parapluie. Lin Qiushi supposa que, peut-être, dans toute la ville, il n’existait qu’un seul parapluie comme celui qu’il tenait, car les autres parapluies ne pouvaient pas garantir qu’aucune goutte de pluie ne s’y attache.
Ils arrivèrent dans la forêt de bambous et suivirent le petit chemin qui serpentait vers le haut. Les feuilles de bambou autour d’eux étaient frappées par la pluie avec des bruits secs ; de temps en temps, un vent traversait la bambouseraie et les feuilles produisaient un bruissement continu.
Ruan Nanzhu et Lin Qiushi échangeaient parfois quelques phrases, mais ne parlaient pas beaucoup. Tous deux réfléchissaient à propos du sanctuaire, et aussi à Cui Xueyi, qui était allé au sanctuaire la veille avec Lin Xingping mais qui n’était pas revenu aujourd’hui.
Lin Qiushi était en réalité un peu curieux de savoir ce qui était arrivé à Cui Xueyi au sanctuaire. À en juger par la réaction de Lin Xingping, cela ne pouvait certainement pas être une bonne chose.
La pluie continuait de tomber, comme si elle ne devait jamais s’arrêter.
Lin Qiushi pensait qu’ils devraient marcher au moins jusqu’à midi pour atteindre le sanctuaire. Mais après avoir marché environ une ou deux heures avec le parapluie en papier huilé, ils virent apparaître le sanctuaire au bout du chemin.
Dans la pluie, le sanctuaire possédait une atmosphère plus brumeuse et mystérieuse.
Le bâtiment, autrefois délabré, avait subi un changement évident et ne paraissait plus en ruine.
« Nous sommes arrivés », dit Ruan Nanzhu en s’arrêtant. Il ne s’approcha pas immédiatement et observa d’abord la situation du sanctuaire à distance.
« Oui », fit Lin Qiushi. « Il semble avoir beaucoup changé. »
« En effet », dit Ruan Nanzhu. « Tous les endroits endommagés ont été réparés. » Cela devait être l’apparence du sanctuaire à l’époque de sa plus grande prospérité. L’encensoir placé devant était rempli de bâtonnets d’encens, et l’autel à côté était couvert de toutes sortes d’offrandes ; on pouvait voir que beaucoup de gens étaient venus ici pour rendre hommage.
Le regard de Lin Qiushi se posa sur le puits. Il s’approcha prudemment, sans oser se rapprocher trop, se contentant de regarder de loin.
Il vit que l’ancien puits, qui était asséché auparavant, était maintenant rempli d’une eau claire. Les ondulations se balançaient à la surface, et les gouttes de pluie qui tombaient faisaient naître de petites vagues. En regardant ce puits, Lin Qiushi pensa aux ossements qui se trouvaient autrefois dans le puits asséché, se demandant s’ils étaient encore dans l’eau.
Alors qu’il pensait cela, l’eau du puits, qui n’avait jusque-là que de légères ondulations, se mit soudain à bouillonner violemment, comme si elle était portée à ébullition. L’eau fit des bruits sourds, comme si quelque chose allait en surgir.
En voyant cela, Lin Qiushi recula inconsciemment d’un pas. L’instant suivant, il vit d’innombrables mains desséchées déjà réduites à l’état d’os s’étendre hors du puits ; à en juger par leurs mouvements, elles semblaient vouloir saisir le bord du puits pour en sortir.
Le puits n’était pas très profond, et il aurait dû être facile d’en sortir. Mais après que ces os eurent saisi le bord, une force invisible écarta leurs doigts un à un, les faisant retomber dans l’eau.
Ainsi l’eau du puits continuait de bouillonner, exactement comme le supplice légendaire du chaudron d’huile en enfer.
(NT : Dans les traditions liées au Buddhisme chinois et au Taoïsme, c’est un des supplices de l’enfer où les âmes coupables de certains crimes sont jetées dans un chaudron d’huile bouillante pour être punies dans l’au-delà. ).
« Entrons d’abord », suggéra Ruan Nanzhu en montrant l’intérieur du sanctuaire.
« D’accord », répondit Lin Qiushi en détournant son regard du puits et en suivant Ruan Nanzhu jusqu’à la porte.
Ils refermèrent le parapluie et essuyèrent l’eau avec la serviette qu’ils avaient apportée, le tenant à la main avant de pousser la grande porte du sanctuaire et d’entrer.
Lorsque la porte s’ouvrit, le vent de l’extérieur entra dans la pièce, faisant tourner sans cesse les poupées teru teru bozu suspendues au-dessus de leurs têtes.
Après qu’ils soient entrés, le regard de Lin Qiushi se posa sur la statue placée au centre du sanctuaire. C’était toujours ce moine sans tête, mais cette fois une chose avait changé : dans sa main se trouvait un bâton de moine. Tout en haut du bâton était empalée une tête humaine fraîche. En regardant son visage, c’était précisément celle de Cui Xueyi, que Ruan Nanzhu avait trompé pour l’attirer ici.
Cui Xueyi était mort ; après sa mort, sa tête avait été coupée et empalée sur le bâton du moine. Ses yeux étaient grands ouverts, emplis de terreur et de stupeur, avec l’apparence de quelqu’un qui était morts avec des regrets.
Lin Qiushi échangea un regard avec lui. Bien qu’il doutât d’avoir mal vu, il eut l’impression que les pupilles de Cui Xueyi bougeaient légèrement.
Lin Qiushi tira doucement la manche de Ruan Nanzhu et dit : « Il semble bouger… »
« Oui », répondit Ruan Nanzhu. « Je l’ai vu aussi. »
Alors la tête de Cui Xueyi bougeait réellement.
Lin Qiushi allait dire quelque chose quand un bruit étrange se fit entendre au-dessus de leurs têtes. En levant les yeux, il vit que les poupées teru teru bozu suspendues au-dessus d’eux avaient commencé à bouger. Leur mouvement n’était manifestement pas causé par le vent ; elles bougeaient d’elles-mêmes.
Les poupées se balançaient l’une après l’autre. L’instant suivant, des pleurs retentirent de toutes parts depuis leurs bouches.
« Ça fait mal, ça fait mal… sauvez-moi, où est mon corps… »
« Au secours, au secours, au secours… »
« Ah ah ah, ah ah ah, ça fait tellement mal… »
La scène ressemblait à l’enfer. Toutes les poupées teru teru bozu se mirent à hurler ; le tissu blanc qui les enveloppait commença à se teinter de sang rouge vif. Elles se balançaient et se débattaient au-dessus de la tête de Lin Qiushi, et les fils de coton qui les retenaient semblaient sur le point de se rompre, comme si les poupées allaient tomber au sol.
« Ah ah ah… au secours, au secours… » La tête de Cui Xueyi empalée sur le bâton poussa aussi un cri. Lin Qiushi vit la tête se tordre et se débattre sur le bâton, tandis que la statue du moine, qui était assise auparavant, se leva lentement. Elle leva l’autre main et pointa l’endroit vide de son cou.
Lin Qiushi comprit immédiatement ce que cela signifiait.
Ruan Nanzhu comprit aussi. Il leva la tête vers les poupées teru teru bozu qui hurlaient ensemble et dit : « Cela doit se trouver parmi celles-ci, n’est-ce pas ? »
« Mais comment le trouver ? » demanda Lin Qiushi. Il y avait tellement de poupées qu’il lui semblait aussi difficile de trouver la tête du moine parmi elles que de chercher une aiguille dans une botte de foin.
« Sa tête doit avoir quelque chose de particulier », dit Ruan Nanzhu. Il commença déjà à marcher dans le sanctuaire pour observer les poupées au-dessus d’eux. « Cherchons d’abord. »
« D’accord. » Bien que Lin Qiushi pensât que la tâche était difficile, il fallait essayer. En suivant les pas de Ruan Nanzhu, il commença lui aussi à examiner les poupées.
Bien que leurs traits aient été dessinés simplement, ces poupées avaient en réalité des différences : certaines avaient les yeux représentés par une ligne droite, d’autres par un cercle. En somme, il n’y avait pas deux poupées parfaitement identiques.
Alors que Lin Qiushi cherchait attentivement, il vit la statue du moine faire un pas en avant, se dirigeant vers la porte ouverte.
En voyant cela, le cœur de Lin Qiushi se glaça et il dit : « Nanzhu, dépêche-toi, il semble y avoir une limite de temps ! »
« D’accord ! » répondit Ruan Nanzhu.
Il était évident que si la statue sortait et se faisait mouiller par la pluie, quelque chose se produirait. La tête de Cui Xueyi empalée sur le bâton en était la meilleure preuve.
Il y avait trop de poupées teru teru bozu. Elles étaient serrées les unes contre les autres et ne cessaient de se balancer ; Lin Qiushi avait du mal à discerner leurs différences.
Les pas du moine continuaient vers l’avant et il était sur le point d’atteindre la porte. Une personne ordinaire aurait déjà paniqué, mais Lin Qiushi se calma étrangement. À ce moment-là, la meilleure façon d’empêcher que tout se produise était de trouver cette poupée particulière ; toutes les autres pensées étaient inutiles.
Le regard de Lin Qiushi parcourut les poupées au-dessus de sa tête, quand soudain il remarqua une poupée cachée dans un coin.
Cette poupée teru teru bozu était toujours enveloppée de tissu blanc et continuait d’émettre des cris misérables. Cependant, elle possédait un détail complètement différent des autres poupées teru teru bozu — elle pleurait ; plus précisément, c’était le dessin simple sur son visage qui pleurait.
Les autres poupées teru teru bozu avaient toutes la bouche tournée vers le haut, mais celle-ci seule avait la bouche tournée vers le bas, et des larmes étaient dessinées au coin de ses yeux. Lorsque Lin Qiushi vit cette poupée, son cœur tressaillit et il dit : « Ruan Nanzhu, viens ici. Est-ce que ce ne serait pas celle-ci !!! »
Ruan Nanzhu s’approcha rapidement et vit lui aussi la poupée teru teru bozu que Lin Qiushi désignait.
« Descendons-la pour voir ! » dit Ruan Nanzhu.
La poupée était accrochée un peu trop haut ; Lin Qiushi ne pouvait pas la prendre seul. Il souleva donc Ruan Nanzhu dans ses bras pour qu’il puisse tendre la main.
Ruan Nanzhu attrapa la poupée teru teru bozu d’un geste, rompit le fil de coton et la retira du plafond.
« Je l’ouvre », dit Ruan Nanzhu en commençant à agir. Ils n’avaient pas beaucoup de temps pour hésiter ; le moine était déjà arrivé à la porte, à seulement deux ou trois pas de sortir du sanctuaire.
Lorsque le tissu blanc fut retiré, la tête humaine enveloppée à l’intérieur apparut.
Lin Qiushi était légèrement nerveux ; son regard fixé sur la poupée n’osait pas s’en détourner. Ce ne fut que lorsqu’il vit qu’après la disparition complète du tissu blanc, la tête à l’intérieur appartenait bien au moine, qu’il poussa un profond soupir de soulagement.
Cette tête n’avait pas de cheveux ; sur le crâne les cicatrices circulaires de tonsure des moines étaient visibles. Les yeux étaient fermés, l’expression paisible. Elle ne poussait pas de cris déchirants comme les autres poupées teru teru bozu ; au contraire, un léger sourire empreint de compassion se dessinait aux coins de sa bouche.
« Que fait-on maintenant ? » demanda Lin Qiushi en regardant la tête, puis la statue du moine qui s’était arrêtée. « On la remet ? »
« Je vais essayer », dit Ruan Nanzhu. « Je ne garantis pas que ce soit forcément correct… »
Tout en parlant, il prit la tête et s’approcha prudemment de la statue du moine. Puis il tendit la main et posa doucement la tête qu’il tenait sur le cou de la statue.
L’instant suivant, la tête ouvrit les yeux, son regard brillant comme une flamme, et prononça : « Amitābha ».
Un vent violent se leva immédiatement dans la pièce ; le vent extérieur entra dans le sanctuaire en emportant la pluie. Lin Qiushi reçut des gouttes de pluie sur tout le visage. Alors qu’il s’inquiétait, il entendit un son clair de métal tombant au sol.
Ce son lui était extrêmement familier : c’était celui d’une clé tombant sur le sol.
Ils virent que le bâton du moine s’était transformé en une clé de bronze. La main qui tenait auparavant le bâton portait maintenant la tête de Cui Xueyi.
« Au secours… au secours… » La voix de Cui Xueyi devint peu à peu plus faible. Son regard plein de ressentiment se figea progressivement, sa peau commença à se couvrir de taches noires, et finalement sa tête se transforma directement en une sculpture de pierre immobile.
Le moine prononça encore une fois « Amitābha ».
La pluie torrentielle qui tombait à l’extérieur s’arrêta instantanément. Les nuages sombres dans le ciel commencèrent à se disperser. Le moine sortit lentement de la pièce et jeta la tête qu’il tenait dans le puits devant lui.
Ensuite, d’un bond, il sauta lui aussi dans le puits.
L’eau du puits se mit de nouveau à bouillonner, puis le niveau de l’eau commença à baisser rapidement, jusqu’à ce que le puits redevienne complètement sec.
Quant aux ossements qui se trouvaient auparavant au fond du puits, ils avaient disparu sans laisser de trace, comme si, après avoir apaisé la colère du moine, ils avaient été libérés de l’endroit où ils étaient retenus.
Lin Qiushi entendit un grincement. Lorsqu’il se retourna, il vit qu’une porte de fer noire était apparue à l’endroit où se trouvait auparavant la statue du moine. À ce moment-là, la clé de bronze était tenue dans la main de Ruan Nanzhu.
Les poupées teru teru bozu ne criaient plus non plus. Ruan Nanzhu demanda avec curiosité : « À ton avis, à quoi ressemblent-elles maintenant à l’intérieur ? »
« Je ne sais pas », répondit Lin Qiushi. Il n’avait aucun moyen de le deviner.
« Ouvrons-en une autre pour voir », dit Ruan Nanzhu. En parlant, il se dirigea vers l’endroit où les poupées teru teru bozu étaient suspendues dans le sanctuaire et fit signe à Lin Qiushi de le soulever.
Lin Qiushi était un peu impuissant, mais il suivit tout de même ses paroles. Il s’approcha de lui et le souleva directement, laissant Ruan Nanzhu retirer une autre poupée teru teru bozu.
Ruan Nanzhu dénoua le tissu blanc extérieur et vit la tête humaine enveloppée à l’intérieur. La tête était toujours une tête humaine, mais sa texture était devenue celle de la pierre. Ruan Nanzhu marmonna : « Je me demande si cela sera utile de l’emporter… »
« Et si ce n’est pas utile, que se passera-t-il ? » demanda Lin Qiushi.
« Si ce n’est pas utile, cela signifie simplement que cela ne l’est pas », dit Ruan Nanzhu. « Les objets qui ne sont pas des objets spéciaux ne peuvent pas être emportés hors de ce monde ; une fois sortis, ils disparaissent. »
Lin Qiushi y réfléchit un instant ; sa chance était vraiment bonne. Il n’était entré que dans quelques portes et possédait déjà trois objets.
« Et pour Gu Yuansi, qu’est-ce qu’on fait ? Devons-nous retourner dire à Xiao Cha et aux autres que la porte est ouverte ? » demanda Lin Qiushi. Ils avaient obtenu la clé et pouvaient partir maintenant, mais Gu Yuansi restait un problème.
« Pas besoin de retourner spécialement », dit Ruan Nanzhu. « Le temps est clair maintenant et il n’y a plus rien de dangereux dans la porte ; ils finiront par découvrir la porte tôt ou tard. Quant à Gu Yuansi — qu’en penses-tu ? » Ruan Nanzhu regarda Lin Qiushi. « Si tu veux le tuer, nous pouvons effectivement rester quelques jours de plus avant de sortir. Ce serait un peu plus compliqué, mais il y aurait toujours un moyen. »
« Lui… » Lin Qiushi avait en réalité des sentiments assez compliqués à propos de cet homme. On disait que les complices de méfaits se soutenaient mutuellement. Bien que ce soient Lin Xingping et les autres qui aient commis les crimes, sans Gu Yuansi comme acheteur, cette affaire n’aurait pas existé. Le dicton « sans achat il n’y a pas de mal » avait vraiment du sens.
« Alors laissons la porte le juger », dit Ruan Nanzhu. « Cui Xueyi et Lin Xingping sont morts. Selon les règles de la porte, Gu Yuansi héritera de la porte de niveau le plus élevé parmi celles franchies par les compagnons d’entrée qui sont morts. Lin Xingping a passé au moins six portes ; la prochaine porte de Gu Yuansi sera au moins la septième. »
Pour quelqu’un qui venait à peine d’entrer en contact avec les portes, avoir la septième porte comme deuxième épreuve signifiait dans neuf cas sur dix une issue funeste.
« Très bien », dit Lin Qiushi en soupirant. « Suis-je trop gentil ? »
« Si tu n’étais pas gentil, je ne t’aurais pas invité à rejoindre Obsidienne », dit Ruan Nanzhu. « Certaines limites ne peuvent pas être franchies. Une fois franchies, on ne fait que tomber toujours plus bas, et quant à savoir où l’on finira par atterir, personne ne le sait. » Dans la première porte, si l’attitude de Lin Qiushi envers lui n’avait pas été celle-là, lui et Lin Qiushi n’auraient pas eu toutes ces histoires.
« Mm. » Lin Qiushi hocha la tête pour indiquer qu’il avait compris.
Après avoir suivi Ruan Nanzhu à travers tant de portes, il avait en réalité remarqué que si Ruan Nanzhu voulait réellement agir contre ses coéquipiers à l’intérieur des portes, ce serait très simple. S’il le souhaitait, il pourrait d’abord tuer les personnes à côté de lui, puis chercher tranquillement la clé et la porte sous la protection des règles de la porte. Après tout, tant qu’il ne les frappait pas directement de sa propre main, ceux qui mouraient sans rien comprendre ne pouvaient tout simplement pas se venger.
Mais Ruan Nanzhu n’avait pas choisi cette méthode opportuniste, et il éprouvait même une forte répugnance pour ce genre de procédé. Lin Qiushi ressentait une admiration inexplicable pour cette persévérance.
« Sortons d’abord. »
« Allons-y », dit Ruan Nanzhu.
Lin Qiushi hocha la tête.
Ruan Nanzhu utilisa la clé pour ouvrir la porte, et un passage rayonnant d’une lumière chaleureuse apparut devant eux.
Lin Qiushi fit un pas et entra dans le tunnel lumineux ; Ruan Nanzhu le suivit immédiatement. Tous deux quittèrent le monde à l’intérieur de la porte.
La scène bascula, et Lin Qiushi se retrouva de nouveau dans le couloir de l’hôtel.
À peine eux deux venaient-ils d’arriver que Lin Xingping et les autres sortirent aussi. Mais Lin Xingping, après les avoir regardés, se précipita vers eux en hurlant : « Vous — vous, bande de menteurs — menteurs — »
Lin Qiushi se déplaça pour esquiver et la regarda avec froideur.
Lin Xingping voulut encore dire quelque chose, mais soudain elle se mit à pleurer bruyamment, puis se retourna et se précipita vers la fenêtre en verre au bout du couloir. Elle l’ouvrit et, comme si son corps échappait à son contrôle, elle bascula directement par la fenêtre. Ensuite, Lin Qiushi entendit vaguement le bruit sourd d’un corps lourd frappant le sol, ainsi que les cris confus de la foule en bas.
Cui Xueyi et Gu Yuansi apparurent également. Cui Xueyi semblait lui aussi extrêmement furieux, mais à peine sorti de la porte, il se mit à cracher de grandes gorgées de sang tout en toussant violemment. Finalement, il s’évanouit directement sur le sol, incapable de prononcer un mot.
Gu Yuansi tremblait de tout son corps à côté, et le regard qu’il jetait à Lin Qiushi et Ruan Nanzhu ressemblait à celui qu’on adresserait à une terrifiante bête préhistorique.
Peut-être que ce regard déclencha le mauvais goût de Ruan Nanzhu. Il s’approcha de lui et dit avec un sourire : « Tes mains ne sont pas encore tachées de sang humain. Cette fois, je te laisse partir, mais si je découvre encore que tu traînes avec ce genre de personnes, la prochaine fois je ne serai pas aussi poli. »
Gu Yuansi tremblait de tout son corps et hochait la tête sans arrêt, comme s’il allait s’évanouir de peur d’un instant à l’autre.
« Appelle le 120 pour cette personne. Il n’est pas encore complètement mort ; il faut quand même tenter de le sauver », continua Ruan Nanzhu en levant le menton, indiquant à Gu Yuansi d’appeler les secours pour Cui Xueyi qui s’était évanoui dans un coin. « Quand les médecins et la police arriveront, tu sais comment répondre, n’est-ce pas. »
« Oui, oui, je sais, je sais », répondit Gu Yuansi avec une expression extrêmement nerveuse, comme s’il craignait qu’au moindre mot de travers, Ruan Nanzhu ne le jette directement par la fenêtre. Ici, c’était plus de vingt étages ; tomber d’ici et rester en vie serait presque un miracle.
« Allons-y », dit Ruan Nanzhu à Lin Qiushi.
Lin Qiushi répondit d’un « Mm », et tous deux entrèrent dans l’ascenseur l’un après l’autre.
Après être monté dans l’ascenseur, Lin Qiushi pensa soudain aux caméras de surveillance de l’hôtel et dit : « Qu’en est-il des caméras de l’hôtel ? La police pourrait-elle découvrir que nous avons disparu sans raison ? »
« Non », expliqua Ruan Nanzhu à Lin Qiushi. « Aux yeux de ceux qui n’ont pas de porte, nous sommes simplement restés un moment immobiles. »
« Restés immobiles un moment ? » Lin Qiushi ne s’était pas attendu à cela.
« Oui, simplement restés immobiles un moment », dit Ruan Nanzhu. « Pas plus de dix minutes, je suppose. Dans les enregistrements de surveillance, on verra probablement seulement que nous sommes restés debout un moment dans le couloir, l’air absent, puis que Lin Xingping, incapable de supporter quelque chose, est allée se suicider. »
Même si cela paraissait étrange, cela ne les impliquerait pas directement. De plus, leurs identités avaient été manipulées.
Après avoir quitté l’hôtel, Ruan Nanzhu et Lin Qiushi trouvèrent un coin sans caméras de surveillance et retirèrent le maquillage qu’ils portaient. Ruan Nanzhu retrouva son apparence éclatante ; le menton légèrement relevé, il avait un air froid et arrogant, rendant impossible de l’associer à cette grande femme timide et soumise.
Lin Qiushi reprit aussi son apparence originale. En réalité, il n’avait jamais eu une idée très claire de son apparence, mais après la comparaison, il décida qu’il préférait tout de même son visage d’origine… Après tout, le maquillage que Ruan Nanzhu lui avait appliqué était vraiment difficile à regarder.
Une fois tout cela terminé, Lin Qiushi dit soudain : « Ce parapluie a-t-il réussi à être ramené ? »
« Non. » Ruan Nanzhu ouvrit son sac à dos ; il n’y avait aucune trace du parapluie en papier huilé. « Ce n’était pas un objet spécial ; on ne peut pas le sortir. »
« Oh… » Lin Qiushi se sentit un peu déçu. En réalité, il trouvait que beaucoup d’objets des différents mondes étaient assez utiles — s’ils pouvaient être ramenés.
« C’est pourquoi ce genre de chose dépend du hasard », dit calmement Ruan Nanzhu. « Tout le monde n’a pas ta chance. »
Lin Qiushi sourit.
Tous deux retournèrent à la villa. Très vite, ils virent les informations concernant Lin Xingping et Cui Xueyi. Dans les nouvelles, il était simplement dit qu’un couple s’était suicidé à cause d’une dispute, sans mentionner Lin Qiushi ni Ruan Nanzhu. Apparemment, Gu Yuansi ne les avait vraiment pas dénoncés.
« Il a eu la sagesse de se tenir tranquille », remarqua Ruan Nanzhu en changeant de chaîne.
« Et s’il nous dénonçait ? » demanda Lin Qiushi. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas traversé une porte aussi facile ; après être sorti, il ne se sentait même pas très fatigué et était assis sur le canapé à manger lentement de la pastèque.
« S’il nous dénonce, qu’il nous dénonce », dit Ruan Nanzhu d’un ton nonchalant. « Il devra certainement encore trouver quelqu’un pour l’accompagner à travers les portes. S’il ose parler, j’oserai prendre sa vie. »
Lin Qiushi resta sans voix. Il savait que même si le ton de Ruan Nanzhu semblait désinvolte, il ne plaisantait absolument pas.
En réalité, la plupart du temps, Ruan Nanzhu n’aimait pas plaisanter — du moins lorsqu’il était en dehors des portes.
Après avoir mangé le dernier morceau de pastèque, Lin Qiushi se leva pour aller se laver les mains, mais il vit que Ruan Nanzhu le fixait.
« Qu’y a-t-il ? » Lin Qiushi se sentit un peu mal à l’aise sous ce regard.
« Tu t’en souviens, n’est-ce pas ? » dit Ruan Nanzhu.
« De quoi ? » demanda Lin Qiushi, perplexe.
« Tu te souviens de ce que tu me dois dans la porte », dit Ruan Nanzhu d’un ton lent.
Lin Qiushi resta stupéfait un moment, puis comprit soudain. Les pointes de ses oreilles bougèrent légèrement et rougirent un peu : « Ah… Je pensais que tu plaisantais. »
« Ce n’était naturellement pas une plaisanterie », dit Ruan Nanzhu. « Je n’aime jamais plaisanter. »
Lin Qiushi : « … »
Sur ce point, ils étaient en effet tout à fait d’accord.
Traducteur: Darkia1030
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