KOD - Chapitre 96 - Une journée dans la vie réelle

 

On en reparlera plus tard

 

Ruan Nanzhu, après avoir dit ces paroles, regarda Lin Qiushi avec un regard ardent. Aubs scruté, Lin Qiushi se sentit vraiment un peu gêné ; il allait justement ouvrir la bouche pour répondre, lorsqu’il entendit le bruit de la porte qui s’ouvrait à l’entrée. En tournant la tête pour regarder, il vit Cheng Qianli et Cheng Yixie revenir de l’extérieur en portant des sacs de taille variée remplis d’affaires.

« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Une fondue, ça va ? »

Cheng Qianli, peu attentif aux subtilités, ne remarqua absolument pas l’atmosphère subtile entre Lin Qiushi et Ruan Nanzhu. Après avoir été froidement fusillé du regard par Ruan Nanzhu, il eut même un peu l’air vexé et se plaignit : « Frère Ruan, pourquoi me lances-tu ce regard… Je n'ai rien fait de mal, du moins pas récemment »

Ruan Nanzhu ne dit pas un mot et se leva directement pour partir.

Cheng Qianli tourna son regard vers Lin Qiushi. Lce dernier fit semblant de ne rien savoir et écarta les mains d’un air innocent.

À côté, Cheng Yixie laissa échapper un ricanement moqueur.

Cheng Qianli, moqué par son frère, eut un peu la chair de poule : « De quoi tu ris ? »

Cheng Yixie : « Je ris de ta stupidité. »

Cheng Qianli : « Où suis-je stupide, où suis-je stupide ! Même si je suis stupide, n’est ce pas parce que, dans le ventre de notre mère, tu as absorbé toute la nutrition qui m’était destinée ? Rends-la-moi ! Rends-moi mon quotient intellectuel ! »

Cheng Yixie jeta à Cheng Qianli un regard indifférent. Cheng Qianli, qui faisait une scène , se tut instantanément, semblable à une aubergine frappée par le givre (NT : idiome désignant quelqu’un soudainement abattu et sans énergie), et n’osa plus dire un mot.

Cheng Yixie leva légèrement le menton vers Cheng Qianli et lui ordonna d’aller travailler dans la cuisine. « Va laver les légumes. »

Cheng Qianli voulut répliquer, mais après avoir remué les lèvres longtemps, il n’osa finalement pas. À la fin, il ne put que suivre Cheng Yixie la tête basse et l’air abattu pour aller travailler avec lui.

L’incident de tout à l’heure ayant été soudain interrompu, Lin Qiushi ne savait pas très bien quel sentiment il avait au fond du cœur. En réalité, il pouvait vaguement sentir maintenant l’attitude particulière de Ruan Nanzhu envers lui ; seulement cette supposition était trop incroyable. Lin Qiushi ne comprenait absolument pas pourquoi Ruan Nanzhu pourrait avoir de telles pensées à son égard, et sa première réaction fut même de se demander s’il ne se faisait pas des illusions sentimentales.

Après tout, une personne aussi belle et aussi capable que Ruan Nanzhu, ne pouvait-il pas avoir n'importe quelle fille s'il voulait ? Pourquoi s’intéresserait-il à un homme raide comme lui ?

À ce moment-là, l’importance des amours précoces se manifesta clairement. En tant que personne qui n’avait jamais eu de relation amoureuse, et qui n’avait même jamais connu l’expérience d’un amour secret, Lin Qiushi n’avait absolument aucune expérience en la matière. C’était tout simplement comme porter un équipement de débutant de niveau 1 pour aller affronter un Boss de niveau maximal : non seulement il était complètement perdu, mais il n’avait même pas encore réussi à traverser le labyrinthe devant le Boss.

Il y réfléchit un instant, puis alla aussi dans la cuisine aider à préparer le dîner.

Le dîner était une fondue. À la télévision passait justement un film de Tan Zaozao datant de quelques années. Lin Qiushi regarda la marmite qui bouillonnait et se souvint que Tan Zaozao lui avait auparavant donné deux billets de cinéma. Il réfléchit un instant et dit avec prudence : « Euh… Nanzhu, es-tu libre le soir du douze ? »

Ruan Nanzhu mâchait une boulette ; après avoir avalé ce qu’il avait dans la bouche, il répondit d’un ton indifférent : « Hum. Pourquoi ? »

Lin Qiushi dit : « Tan Zaozao m’a donné deux billets de cinéma, tu vois… ce film semble avoir une projection en avant-première le douze. »

« Tan Zaozao ? Je peux y aller ? » Cheng Qianli, ce type désinvolte, se mêla de la conversation.

« Tu as quelque chose ce jour-là », répliqua froidement Cheng Yixie à côté.

« Je n’ai rien… » Cheng Qianli avait l’air complètement abasourdi.

Cheng Yixie posa ses baguettes et dit d’un ton qui ne souffrait aucun refus : « Si je dis que tu as quelque chose, alors tu as quelque chose. »

Cheng Qianli : « … »

Face au pouvoir autoritaire et cruel de son frère, il choisit finalement faiblement d’abandonner toute résistance et céda avec beaucoup de contrariété : « D’accord… j’ai quelque chose. »

En voyant Cheng Yixie renvoyer Cheng Qianli, Lin Qiushi reporta son regard sur Ruan Nanzhu.

« C’est possible », dit Ruan Nanzhu en hochant légèrement la tête.

Lin Qiushi sourit joyeusement. « Très bien, alors on se voit ce jour-là. »

Le douze tombait un vendredi. Le temps était plutôt agréable ; il avait plu la veille et il faisait assez frais.

Ruan Nanzhu était habillé très simplement : en haut une chemise à carreaux rouge sombre, en bas un jean foncé avec des chaussures montantes. Assis sur son siège, les manches légèrement retroussées, il révélait un beau poignet et une montre bleu foncé. Sa tête était légèrement penchée, les yeux baissés vers son téléphone. Il n’était en rien inférieur à ces visages bien connus du public dans le monde du divertissement.

« Nanzhu. » Lin Qiushi revint des toilettes et vit un homme d’âge moyen debout à côté de Ruan Nanzhu en train de lui parler.

Avant même de s’approcher, il entendit de loin la voix de l’homme. L’homme disait :
« Petit frère, tu ne veux vraiment pas y réfléchir ? Nous pouvons te donner d’excellentes ressources et te rendre célèbre… »

Mais Ruan Nanzhu ne leva même pas la tête et répondit d’un ton froid, comme s’il renvoyait un vendeur venu frapper à la porte : « Pas intéressé. »

« Pourquoi pas intéressé ? » L’homme ne voulait toujours pas abandonner. « Tu es vraiment très adapté à ce milieu. »

Ruan Nanzhu sembla un peu agacé et dit : « Combien gagnez-vous par an ? »

L’homme répondit : « Par an ? Si ton rang de célébrité est assez élevé, gagner plusieurs dizaines de millions, voire plus d’une centaine de millions par an n’est absolument pas un problème… »

Ruan Nanzhu laissa échapper un ricanement méprisant et lâcha : « Savez-vous combien je gagne en un an ? »

L’homme resta stupéfait.

Ruan Nanzhu dit : « Je peux gagner deux millions en dix minutes, et vous me demandez d’aller devenir une vedette ? » Ses yeux noirs étaient remplis de dédain. « Est-ce vous qui êtes fou, ou est-ce moi qui suis fou ? »

L’homme resta sans voix, puis se détourna et partit d’un air contrarié.

Lin Qiushi arriva au bon moment à ses côtés et dit en souriant : « Encore quelqu’un qui est venu t’aborder ? »

Ruan Nanzhu : « Oui. »

« Si tu n’avais pas rencontré les portes, aurais-tu envisagé de devenir une vedette ? » Lin Qiushi fut soudain un peu curieux à propos de cette question. Il savait que maintenant Ruan Nanzhu se consacrait entièrement aux affaires des portes, et qu’il n’avait presque aucune énergie pour participer à d’autres travaux dans la réalité.

« Je ne sais pas », dit Ruan Nanzhu. « Quand j’ai rencontré les portes, je n’avais pas encore compris clairement ce que je voulais faire. »

Lin Qiushi resta sans voix. Ce n’est qu’alors qu’il se rappela que la relation entre Ruan Nanzhu et les portes était déjà trop profonde ; vouloir les séparer était tout simplement impossible.

Cependant, en y repensant, lorsque Ruan Nanzhu disait gagner deux millions en dix minutes, ce n’était vraiment pas des paroles absurdes : une porte, dans la réalité, ne durait-elle pas justement une dizaine de minutes ?

Lin Qiushi et Ruan Nanzhu parlaient lorsque Tan Zaozao arriva aussi.

Elle portait une magnifique robe de cérémonie faite sur mesure, entourée par la foule. Ses longs cheveux noirs légèrement bouclés reposaient sur son dos et ses épaules blanches, ce qui faisait paraître toute sa personne digne et mûre, très attirante pour le regard.

Tan Zaozao monta sur scène avec le réalisateur du film. Après avoir dit quelques mots simplement, le film commença.

Profitant de l’obscurité, elle alla s’asseoir sur le siège vide à gauche de Lin Qiushi et dit à voix basse : « Qiushi. »

Lin Qiushi : « Oui ? »

Tan Zaozao : « Merci d’être venu voir mon film. »

Lin Qiushi dit : « C’est plutôt à nous de te remercier de nous avoir invités… »

Tan Zaozao semblait vouloir encore dire quelque chose, mais les effets sonores du film avaient déjà commencé, alors elle se tut.

Le film racontait l’histoire d’un épéiste ancien cherchant vengeance. Tan Zaozao y jouait une danseuse d’une beauté capable de renverser un royaume et une cité (NT : idiome en référence historique aux grandes beautés légendaires comme Xi Shi ou Yang Guifei, dont le charme aurait influencé des événements politiques majeurs. ).

Dans le film elle était encore plus belle ; la scène où elle dansait sur la paume de la main de l’acteur masculin était particulièrement stupéfiante. Cependant, la fin du film était tragique : l’épéiste avait affûté son épée pendant dix ans (NT : idiome signifiant se préparer ou s’entraîner longuement pour un objectif unique), franchi d’innombrables épreuves, et découvrit finalement que son ennemi était déjà mort depuis longtemps. Ayant perdu sa conviction, il se suicida en se jetant sur son épée, et la danseuse qui l’aimait profondément tint sa tête dans ses bras à la fin du film et périt dans la mer de flammes.

Lin Qiushi ne s’attendait pas du tout à une telle fin. Il dit : « Un drame tragique ne risque-t-il pas de ne pas bien se vendre ? »

Le ton de Tan Zaozao était teinté d’un sourire : « Ce n’est pas un film commercial à l’origine ; il est destiné à être envoyé pour concourir à des prix. »

« Peut-il en obtenir ? » demanda Lin Qiushi.

« Probablement », assura Tan Zaozao. « Tout le monde a très confiance. » Sa voix était légère. « Avant je n’y croyais pas, mais après avoir vu le film, maintenant j’en ai aussi. »

« Alors je te félicite d’avance », dit Lin Qiushi.

Après la fin du générique, les lumières de la salle de projection s’allumèrent. Ensuite vinrent quelques activités organisées par les organisateurs.

Tan Zaozao regarda Ruan Nanzhu, assis à droite de Lin Qiushi, et dit : « Frère Ruan, j’ai certaines choses dont je voudrais te parler. Peux-tu me donner un peu de temps ? »

Ruan Nanzhu hocha légèrement la tête.

« Parlons dans la loge de maquillage, il y a moins de monde là-bas. » Tan Zaozao releva une mèche de cheveux près de son oreille.

« Alors je vous attends dehors », dit Lin Qiushi.

« D’accord. »

Ruan Nanzhu se leva et sortit avec Tan Zaozao. Lin Qiushi quitta aussi la salle de cinéma, trouva un coin plutôt isolé et sortit son téléphone pour jouer un moment. Mais à peine avait-il sorti son téléphone qu’il entendit un son très subtil…

Lin Qiushi fut stupéfait et suivit la direction du son vers l’escalier portant l’inscription « sortie de secours ».

Hésitant, il s’avança lentement vers le passage de sécurité et vit, dans les profondeurs du couloir, deux personnes enlacées l’une à l’autre… Bien que la lumière fût très faible, Lin Qiushi reconnut quand même l’une d’elles : c’était justement le réalisateur arrogant Zhang Yiqing que Tan Zaozao avait présenté à Ruan Nanzhu. Et la personne qui l’embrassait était en réalité l’ami de Ruan Nanzhu, Bai Ming.

Très surpris, Lin Qiushi recula involontairement d’un pas. Les deux personnes enlacées semblèrent entendre ses pas ; leurs mouvements s’arrêtèrent légèrement et elles regardèrent vers la sortie.

L’expression habituellement souriante de Bai Ming avait disparu. Son regard était d’une froideur et d’une acuité totales ; à première vue il ressemblait même un peu à celui de Ruan Nanzhu. Il dit : « Qui est là ? » Il lâcha Zhang Yiqing, adopta une posture de protection et marcha rapidement vers la porte.

L’expression de Lin Qiushi était embarrassée ; il resta immobile jusqu’à ce que Bai Ming sorte du passage de secours.

Bai Ming tourna l’escalier, vit Lin Qiushi, et son expression tendue se détendit. Surpris, il dit : « Pourquoi es-tu ici ? »

« Tan Zaozao m’a donné deux billets », expliqua Lin Qiushi. « Après la séance… elle avait quelque chose à dire à Ruan-ge, alors j’ai simplement cherché un endroit pour me reposer. »

« Oh. » Bai Ming sourit. « C’est ainsi. » Il passa la main dans ses cheveux bouclés qui avaient l’air très volumineux ; son sourire ressemblait à celui d’un grand chien inoffensif. « Alors continue d’attendre, nous allons partir. »

Zhang Yiqing sortit également du passage derrière lui. Ses cheveux étaient en désordre, ses joues portaient une rougeur peu naturelle, et son regard flottait légèrement. Il n’avait plus son attitude habituelle de quelqu’un d’arrogant et hautain. En voyant Lin Qiushi, il se contenta de hocher la tête pour le saluer, puis se détourna et partit.

Bai Ming se hâta de le suivre et dit : « Mon trésor, ne sois pas fâché… »

Zhang Yiqing abaissa la voix, mais Lin Qiushi l’entendit tout de même. Il était un peu honteux et irrité : « Je t’avais dit de ne pas faire cela ici, pourquoi ne m’as-tu pas écouté— »

« Comment aurais-je pu savoir que quelqu’un viendrait ici ? Mon trésor, j’ai eu tort, ne m’ignore pas. » Bai Ming parlait comme quelqu’un qui apaise un enfant.

Tous deux échangèrent ainsi en marchant et s’éloignèrent lentement.

Lin Qiushi regarda leurs silhouettes de dos avec une expression assez complexe. Il n’aurait jamais imaginé que Bai Ming et Zhang Yiqing aient une relation de ce genre. Il avait simplement pensé que Bai Ming était un admirateur de Zhang Yiqing, qui aurait su que les deux…

Pendant un moment, l’humeur de Lin Qiushi devint un peu compliquée. Il regarda l’heure et pensa que Tan Zaozao et Ruan Nanzhu avaient probablement presque fini de discuter, alors il s’approcha de la loge de maquillage. Mais lorsqu’il arriva devant la loge, il entendit à l’intérieur les sanglots bruyants de Tan Zaozao.

« Ruan ge, je t’en supplie, Ruan ge… » L’isolation sonore de la loge devait être bonne, mais Lin Qiushi capta tout de même ces faibles pleurs. « Ruan ge, je t ‘en supplie, accepte ma demande. Je suis prête à tout te donner, que ce soit de l’argent ou autre chose. Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir. »

Les pas de Lin Qiushi s’arrêtèrent.

Ruan Nanzhu sembla rester silencieux longtemps avant d’ouvrir doucement la bouche. Il dit : « Pense-tu que si Lin Qiushi a pu survivre, c’est grâce à moi ? »

« N’est-ce pas le cas ? » dit Tan Zaozao. « Il a encore moins d’expérience que moi… c’est manifestement toi qui l’avez guidé… »

Ruan Nanzhu expliqua : « Tu es trop naïve. S’il peut être arrivé jusqu’à aujourd’hui, c’est entièrement grâce à lui-même. Zaozao, je te l’ai déjà demandé auparavant : c’est ton propre choix. »

Les pleurs de Tan Zaozao devinrent encore plus tragiques.

Lin Qiushi resta debout à la porte, perdu dans ses pensées, jusqu’à ce qu’il entende le bruit de la porte que Ruan Nanzhu poussait. Il vit Lin Qiushi à l’extérieur et dit : « Allons-y. »

« Oui », répondit Lin Qiushi, mais son regard se tourna derrière Ruan Nanzhu.

Cependant, Ruan Nanzhu ne donna aucune explication. Il sortit à grands pas et Lin Qiushi n’osa pas poser de questions ; il ne put que le suivre.

Tous deux sortirent du cinéma. Après être montés dans la voiture, Lin Qiushi proposa : « Rentrons-nous directement ? Ou bien… trouvons-nous un endroit pour boire un peu ? » Il avait l’impression que l’humeur de Ruan Nanzhu n’était pas très bonne.

Quand il était de mauvaise humeur, Wu Qi venait chez lui pour boire un verre. Tous deux buvaient un peu d’alcool et discutaient, et les choses passaient ainsi. Comme si ces obstacles qui semblaient impossibles à franchir n’étaient finalement pas si terribles. Mais maintenant Wu Qi n’était plus là, et Lin Qiushi n’avait plus personne avec qui prendre un verre.

« Tu bois encore de l’alcool ? » remarqua Ruan Nanzhu. « Si le médecin apprenait qu’un malade atteint d’un cancer du foie boit de l’alcool, il en mourrait probablement de colère. »

Lin Qiushi avait complètement oublié qu’il était un patient atteint d’un cancer du foie ; chaque fois c’était Ruan Nanzhu qui le lui rappelait. Il dit avec un peu d’impuissance : « Je l’avais oublié. »

Ruan Nanzhu : « Maintenant tu t’en souviens ? »

Lin Qiushi ne put que hocher la tête.

« Allons-y, rentrons à la maison », proposa Ruan Nanzhu. « Lu Yanxue a préparé une soupe de champignons blancs. Si tu es déprimé, tu pourras en boire deux bols de plus. »

Lin Qiushi laissa échapper un rire.

Ruan Nanzhu tenait le volant et la voiture progressait.

Lin Qiushi dit : « De quoi avez-vous parlé avec Zaozao ? »

« Tu ne peux pas le deviner ? » répliqua Ruan Nanzhu d’un ton peu courtois.

Lin Qiushi admit : « Je peux en deviner un peu… » En réalité, il aimait assez cette jeune femme ; aujourd’hui, en l’entendant sangloter bruyamment, il avait ressenti un léger malaise dans son cœur.

« C’est exactement ce que tu as deviné, rien de compliqué », répliqua Ruan Nanzhu. « Tout le monde ne peut pas affronter la mort avec sérénité. » Il sourit avec autodérision. « Autrefois, moi non plus je n’en étais pas capable. »

Lin Qiushi resta silencieux un moment : « Doit-elle y entrer seule dans sa prochaine porte? »

« Pas exactement. Elle peut aussi trouver quelqu’un d’autre pour prendre la relève, mais le taux de réussite ne peut pas être garanti », dit Ruan Nanzhu. « Donc en réalité, c’est parier sa vie. »

Lin Qiushi s’appuya contre la vitre de la voiture et tomba dans le silence.

« Au début je lui ai demandé si elle voulait simplement que je lui fasse passer les portes, ou si elle voulait s’entraîner. Elle a choisi la première option », expliqua Ruan Nanzhu en regardant droit devant lui, le ton froid. « C’est son propre choix. »

Lin Qiushi ne savait plus quoi dire. Il sortit un bonbon de sa poche, retira le papier d’emballage et le mit dans sa bouche.

Ils rencontrèrent justement un feu rouge de soixante-dix secondes. Ruan Nanzhu arrêta la voiture et tourna la tête vers Lin Qiushi : « Moi aussi je veux manger un bonbon. »

Lin Qiushi répondit « Oh », et s’apprêtait à sortir un second bonbon de sa poche, lorsqu’il vit soudain Ruan Nanzhu se pencher. Son visage s’agrandit brusquement devant lui.

L’instant suivant, Lin Qiushi sentit sur ses lèvres un contact doux et chaud. Ce contact ne dura qu’un instant avant de se retirer. Lorsque Lin Qiushi reprit ses esprits, Ruan Nanzhu se léchait déjà les lèvres et dit d’un ton léger : « C’est sucré. »

Le visage de Lin Qiushi rougit instantanément. Il pensa qu’il devrait dire quelque chose calmement, mais son cœur battait follement, et il était complètement désemparé. Tout à l’heure, le beau visage de Ruan Nanzhu était tout près de lui ; il pouvait même sentir cette légère odeur boisée émanant de lui.

Le feu passa au vert, la voiture redémarra, et aucun des deux ne parla pendant tout le trajet.

Cependant, bien qu’ils n’aient pas parlé, l’humeur de Ruan Nanzhu semblait s’être beaucoup améliorée ; le coin de ses lèvres se releva légèrement.

Lin Qiushi avait toujours l’impression qu’il devrait dire quelque chose, mais ne trouvait aucun sujet. Ainsi, après beaucoup d’hésitation, il sortit discrètement son téléphone et tapa dans la barre de recherche une ligne de mots : comment trouver un sujet de conversation après un baiser.

Les résultats qui apparurent furent tous : comment trouver un sujet de conversation pour pouvoir embrasser —

Lin Qiushi : « … »

Nous nous sommes embrassés sans même trouver de sujet de conversation ! Les gens avaient besoin de résultats de recherche pour cela ? !

Ruan Nanzhu ne voulait pas parler, Lin Qiushi ne savait pas quoi dire. Ainsi tous deux maintinrent cette atmosphère jusqu’à la maison. Ce ne fut qu’après que Lu Yanxue leur eut servi à chacun un bol de soupe de champignons blancs que Lin Qiushi toussa légèrement et dit : « Le goût est bon. »

Ruan Nanzhu : « Oui. »

Lin Qiushi : « … » Tu dis seulement « oui » ? Tu ne veux pas dire autre chose ?

Qui aurait cru que, après avoir fini la soupe de champignons blancs, Ruan Nanzhu se retournait et monterait à l’étage à pas rapides. Lin Qiushi regarda son dos et, indigné, eut soudain le sentiment d’avoir été taquiné.

Lu Yanxue, qui avait vu leur étrange interaction sans comprendre, s’étonna : « Qu’est-ce qui vous arrive à tous les deux ? »

« Rien », dit Lin Qiushi. « Rien du tout. » Il termina la soupe de champignons blancs et ajouta : « Sœur Lu, depuis combien de temps es-tu ici ? »

Lu Yanxue répondit : « Je suis arrivée la dernière, même plus tard que Yi Manman… cela fait presque trois ans, je crois. Pourquoi ? »

Lin Qiushi toussa légèrement : « Eh bien… as-tu déjà vu Nanzhu avoir une petite amie ? »

« Une petite amie ? » Lu Yanxue secoua la tête. « Non, je ne l’ai jamais vu. Ruan ge ne semble pas très intéressé par ces choses ; je ne l’ai jamais vu proche de quelqu’un. » Après avoir dit cela, elle ajouta expressément : « Sauf toi. »

Lin Qiushi : « … Hein ? »

« Il est effectivement très spécial avec toi », remarqua Lu Yanxue, sans sembler se rendre compte de l’ampleur du choc que ses paroles provoquaient chez Lin Qiushi. « Je ne l’ai jamais vu se préoccuper autant de quelqu’un. »

Lin Qiushi regarda le bol vide dans sa main sans savoir quoi dire.

« Qu’y a-t-il ? » l’interrogea Lu Yanxue. « Cependant… j’ai entendu Chen Fei dire que Ruan ge avait autrefois un partenaire. Plus tard, il semble qu’il ait disparu lors du passage de la neuvième porte ; cet événement lui a porté un très grand coup… mais je n’étais pas ici à ce moment-là, donc je ne l’ai pas vu. »

Lin Qiushi se souvenait vaguement de cette histoire de partenaire, mais dans cette villa il semblait n’y avoir aucune trace de cette personne, et Ruan Nanzhu ne lui en avait jamais parlé. Seulement, on pouvait vaguement trouver quelques petits indices dans les conversations des anciens.

« Je comprends », dit Lin Qiushi en hochant la tête.

Il posa le bol vide, retourna dans sa chambre et s’allongea sur le lit. Il se retourna sans cesse sans parvenir à dormir. Il alluma donc l’ordinateur et ouvrit le forum de l’intérieur des portes pour regarder les publications.

Mais soudain un son retentit dans les messages privés. Lin Qiushi ouvrit l’application et découvrit que Gu Longming lui avait envoyé un message, remarquant qu’il ne dormait toujours pas alors qu’il était si tard, et lui demandant s’il chassait des fantômes.

Lin Qiushi : Tu ne dors pas non plus ?

Gu Longming : Je suis actuellement à l’étranger, c’est le jour ici.

Lin Qiushi : Oh.

Gu Longming : Alors, de mauvaise humeur ?

Lin Qiushi : Pas vraiment.

Aujourd’hui il avait vécu beaucoup de choses et devait les digérer lentement : Tan Zaozao, Bai Ming, et ce baiser… Il réfléchit un moment et demanda : as-tu déjà été amoureux ?

Gu Longming : J’ai offert mon premier baiser à six ans, et je ne peux même pas compter mes petites amies avec deux mains !

Lin Qiushi : « … » Quelle coïncidence, il n’avait offert son premier baiser que vingt ans plus tard que Gu Longming… seulement vingt ans… ! Les gens ne devraient vraiment pas se comparer entre eux, sinon la stabilité émotionnelle pourrait être facilement perturbée.

« Tu as rencontré une fille que tu aimes ? » L’esprit extrêmement curieux de Gu Longming semblait presque déborder de l’écran de l’ordinateur. Il poursuivit : « Dis-le-moi et je te donnerai mon avis. »

« Une fille très belle, fière, un peu froide, mais très gentille avec moi », décrivit Lin Qiushi. Il n’osa pas révéler l’identité de la personne concernée. « Et elle est plus forte que moi. Aujourd’hui… elle m’a embrassé. »

Gu Longming : « Oh oh oh oh… attends, plus forte que toi ? »

Lin Qiushi : « Oui. »

Gu Longming : « Bon sang, alors elle doit être très remarquable ! »

Lin Qiushi pensa au visage de Ruan Nanzhu et se dit qu’il était effectivement très remarquable.

Gu Longming dit : « C’est elle qui t’a embrassé en premier ? »

Lin Qiushi : « Oui. »

Gu Longming s’excita : « Alors pourquoi hésites-tu encore ? Trouve un endroit approprié — »

Lin Qiushi regarda cette ligne de mots et pensa qu’il allait dire de trouver un endroit approprié pour se déclarer. Puis il vit deux grands caractères envoyés par Gu Longming, en gras et en noir : « ... Couche avec elle !!! »

Lin Qiushi : « … »

Il referma silencieusement l’ordinateur. Ce Gu Longming n’était vraiment pas fiable ; de plus, coucher avec Ruan Nanzhu ? Dans son esprit apparut l’expression froide et fière de Ruan Nanzhu levant légèrement le menton. Pendant un instant il se sentit un peu intimidé. Bon sang, si on en arrivait vraiment là, la question de qui coucherait avec qui ne serait peut-être pas si claire.

De l’autre côté de l’ordinateur, Gu Longming ne reçut aucune réponse de Lin Qiushi pendant un long moment. Il se gratta la tête avec anxiété, tout en marmonnant : « Bon sang, ce Yu Linlin ne serait pas quelqu’un qui agit immédiatement ? Il n’est tout de même pas vraiment allé le faire ? Si c’est un malentendu, cela reviendrait à l’encourager à commettre un crime… » Hélas, il regrettait un peu d’avoir dit cela.

 

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Note de l’auteur :

Aujourd’hui l’intrigue sentimentale a connu un grand progrès. (Affalée)

 

Traducteur: Darkia1030