KOD - Chapitre 97 - La onzième porte

 

Œil pour œil, dent pour dent

 

Il y a des choses auxquelles on peut réfléchir, mais les accomplir est absolument impossible. Lin Qiushi eut le sentiment qu’il ne pourrait pas obtenir de conseils de Gu Longming, il éteignit donc l’ordinateur et retourna se coucher. À l’aube, il s’endormit dans un état de demi-sommeil. Il pensait encore à la manière dont il devrait se comporter avec Ruan Nanzhu le lendemain, mais lorsqu’il se leva le matin, Ruan Nanzhu avait déjà quitté la villa.

Au moment du petit-déjeuner, Lin Qiushi ne le voyant pas, trouva cela quelque peu étrange. « Où est allé Ruan-ge ? »

Cheng Yixie semblait manifestement au courant et mentionna.« Il s’est passé quelque chose du côté de Cerf blanc hier soir, il est parti au milieu de la nuit. »

« Il est arrivé quelque chose à Cerf blanc ? » Dès que Cerf blanc fut mentionné, Lin Qiushi pensa à Li Dongyuan et s’enquit : « Que s’est-il passé ? »

« Des troubles internes. » dit Cheng Yixie. « Il paraît que cela implique aussi plusieurs personnages importants, l’affaire est assez compliquée. »

Lin Qiushi répondit « Oh », sachant qu’il ne pouvait aider en rien dans cette affaire, et continua donc à manger.

En réalité, sa connaissance de Cerf blanc se limitait à Li Dongyuan. Après la mort de Li Dongyuan, Lin Qiushi n’avait plus entendu parler de Cerf blanc ; ou du moins, ce n’était qu’à travers les paroles des autres.

Ruan Nanzhu revint vers midi.

Il était accompagné d’une jeune femme au visage froid. Lin Qiushi se souvenait d’elle : lorsque Li Dongyuan s’était jeté du haut d’un immeuble pour se suicider, cette jeune femme semblait être agenouillée à ses côtés en pleurant bruyamment ; s’il s’en souvenait, c’était parce que parmi toutes les personnes présentes, elle était celle qui pleurait le plus tristement.

Elle entra dans la maison avec Ruan Nanzhu et se présenta d’abord : « Bonjour à tous, je m’appelle Zhuang Rujiao. »

Ruan Nanzhu précisa à Lin Qiushi : « C’est une connaissance. »

Lin Qiushi la regarda, se souvenant de l’expérience qu’il avait vécue avec Li Dongyuan en franchissant la porte, et hésita : « C’est… Xia Rubei ? » Il se souvenait qu’à l’époque Li Dongyuan avait à ses côtés une jeune fille faible et craintive ; il n’arrivait simplement pas à associer cette personne à celle, au visage froid, qu’il avait devant lui.

Les changements survenus chez Zhuang Rujiao étaient vraiment trop grands, au point que lorsque Lin Qiushi prononça ces mots, son ton portait une certaine incrédulité.

« Oui. » Ruan Nanzhu semblait un peu fatigué. « Préparez-lui quelque chose à manger. Je vais aller me reposer un moment. »

« Vas-y. » dit Lu Yanxue. « Nous nous occuperons de l’accueillir. »

Ruan Nanzhu monta à l’étage, laissant Zhuang Rujiao seule, immobile dans le salon. Lu Yanxue l’invita chaleureusement à s’asseoir à la table et lui prépara un petit-déjeuner chaud.

Zhuang Rujiao mangea tranquillement, sans dire un mot.

« Qu’est-il arrivé à Cerf blanc ? » demanda Chen Fei à côté.

« Ce n’est pas grave. » répondit Zhuang Rujiao. « Je viens de me débarrasser de quelques traîtres. » Toute trace de naïveté et de faiblesse avait complètement disparu chez elle ; son expression était froide et indifférente. « C’est seulement que certaines personnes refusent de m’accepter. »

Chen Fei dit : « Cela a un rapport avec Li Dongyuan ? »

Zhuang Rujiao sourit légèrement sans répondre.

Voyant qu’elle ne souhaitait pas en parler, les autres ne continuèrent pas à poser de questions. Après tout, s’il y avait besoin de le savoir, Ruan Nanzhu le leur dirait plus tard.

Ruan Nanzhu dormit d’une traite jusqu’à l’après-midi. Vers le soir seulement, il descendit lentement de l’étage d’un air paresseuxvêtu d’une tenue d’intérieur,.

Lin Qiushi le vit et lui demanda : « As-tu faim ? Lu Yanxue t’a laissé le déjeuner, je vais te le réchauffer. »

Ruan Nanzhu hocha la tête. « Oui. »

Lin Qiushi alla donc réchauffer les plats dans la cuisine. En revenant, il vit Ruan Nanzhu discuter avec Zhuang Rujiao. En fait de discuter, aucun des deux n’avait vraiment d’expression sur le visage, et cela ressemblait davantage à une négociation sérieuse.

En écoutant attentivement, Lin Qiushi découvrit que Ruan Nanzhu parlait avec Zhuang Rujiao de la possibilité qu’elle rejoigne Obsidienne, et que Zhuang Rujiao semblait déjà avoir accepté.

Ruan Nanzhu tendit la main. « Au plaisir de travailler ensemble. »

« Bonne coopération. » Zhuang Rujiao serra la main de Ruan Nanzhu.

Lin Qiushi posa les plats devant Ruan Nanzhu et vit Zhuang Rujiao monter à l’étage avec son sac à dos ; elle semblait se rendre dans sa chambre. Il fut quelque peu surpris : « Elle… n’est-elle pas de Cerf blanc ? »

Ruan Nanzhu tendit la main et pinça le coin de son œil : « La mort de Li Dongyuan n’était pas un accident. »

Lin Qiushi resta stupéfait.

Ruan Nanzhu dit : « Il a été tué par quelqu’un. » Appuyé contre le canapé, il énonça calmement un fait stupéfiant. « Zhuang Rujiao a découvert la vérité et, en plus, elle a vengé Li Dongyuan. » Il posa son regard sur Lin Qiushi.

Lin Qiushi, regardé ainsi par Ruan Nanzhu, trouva cela quelque peu étrange. Il allait poser une question quand il entendit Ruan Nanzhu dire : « Si la personne qui sautait d’un immeuble était moi, que ferais-tu ? »

Lin Qiushi força un sourire : « Ne fais pas ce genre de plaisanterie. » Il ignorait que son expression était d’une raideur effrayante ; ce sourire ne pouvait absolument pas dissimuler la panique de son cœur. Il n’avait jamais envisagé une telle hypothèse ; lorsque Ruan Nanzhu la mentionna, il sentit la peur déferler comme une marée, le plongeant dans un état presque étouffant.

Peut-être que la réaction de Lin Qiushi était trop intense : les sourcils de Ruan Nanzhu se froncèrent légèrement, et il dit à voix basse : « Moi, j’y ai pensé. »

« Hein ?! » Lin Qiushi voulait encore demander, mais Ruan Nanzhu ne parla plus. Il se leva, fit un geste de la main à Lin Qiushi, puis partit également.

Lin Qiushi regarda son dos s’éloigner. Pendant un moment, il ne comprit pas ce qu’il voulait dire, ni pourquoi Ruan Nanzhu, si doux la veille, semblait presque une personne totalement différente.

Se pouvait-il que l’affaire de Zhuang Rujiao et de Li Dongyuan ait provoqué chez Ruan Nanzhu un changement si profond ?

Lin Qiushi ne parvenait pas à comprendre les pensées de Ruan Nanzhu, ni à deviner la réponse. Il ressentait seulement une certaine mélancolie, comme s’il avait fait beaucoup de préparatifs et qu’au moment venu il découvrait que l’autre s’était retiré le premier.

Zhuang Rujiao rejoignit officiellement Obsidienne et devint l’une des leurs ; par la suite, elle entra encore plusieurs fois dans les portes avec Lu Yanxue.

Après s’être reposé quelques semaines, Lin Qiushi proposa lui aussi d’entrer de nouveau dans une porte.

« As-tu besoin que je t’accompagne ? » demanda Ruan Nanzhu en entendant la demande de Lin Qiushi.

« Non. » dit Lin Qiushi. « Je veux m’entraîner un peu par moi-même. »

« Très bien. » dit Ruan Nanzhu. « J’ai calculé le moment : la cinquième porte de ce Gu Longming va bientôt s’ouvrir. Es-tu toujours en contact avec lui ? Si oui, ce sera lui. »

« Oui, nous sommes en contact. » répondit Lin Qiushi.

Ruan Nanzhu hocha la tête, indiquant que l’affaire était décidée ainsi.

Lin Qiushi le regarda, voulant dire quelque chose mais s’arrêtant.

Ces derniers temps, après que la santé de Ruan Nanzhu s’était progressivement rétablie, il était redevenu très occupé ; comme lorsque Lin Qiushi venait juste d’entrer à Obsidienne, on ne le voyait presque jamais dans la villa.

« Qu’y a-t-il ? Tu as encore quelque chose à dire ? » demanda Ruan Nanzhu.

« Rien. » dit Lin Qiushi. « Bonne nuit. »

Après avoir parlé, il se retourna et partit, sans savoir que Ruan Nanzhu fixait longuement son dos en silence.

La cinquième porte de Gu Longming s’ouvrirait à la fin du mois suivant. Il s’inquiétait encore de devoir trouver un autre partenaire, mais il ne s’attendait pas à ce que Lin Qiushi propose de franchir la porte avec lui.

« Tu es vraiment trop gentil, mon cher Linlin. » soupira Gu Longming. « En tant que lycéenne de quinze ans sans défense, tu m’as littéralement donné une seconde vie. »

Lin Qiushi répondit : « Je t’en prie, laisse les lycéennes en dehors de ça. »

Gu Longming dit : « Alors on se voit à ce moment-là. »

« Oui, à plus tard. » répondit Lin Qiushi.

Ces derniers temps, Obsidienne était devenue beaucoup plus animée. D’un côté, Zhuang Rujiao avait rejoint le groupe ; de l’autre, Zhuo Feiquan s’était étonnamment rapproché de Cheng Yixie et venait lui aussi souvent à Obsidienne.

Chaque jour, en descendant, Lin Qiushi voyait ces deux-là—un obsédé par sa petite sœur et l’autre obsédé par son petit frère—installés dans le salon à se disputer. Le contenu de leurs disputes portait sur toutes sortes de broutilles insignifiantes (NT : « des plumes de poulet et des peaux d’ail » dans le texte original). La plupart du temps, Zhuo Feiquan débitait des tonnes de paroles inutiles ; Cheng Yixie ripostait parfois par une ou deux phrases, mais chacune atteignait précisément le point sensible.

Finalement, avant même qu’ils n’aboutissent à une conclusion, ils avaient déjà irrité Chen Fei, qui aimait le calme. Celui-ci dit directement à Zhuo Feiquan que rester ici était facturé à l’heure.

Qui aurait cru que Zhuo Feiquan sortirait immédiatement plusieurs liasses de renminbi de sa poche, les poserait sur la table et dirait : « Commençons par vingt mille yuans. »

Chen Fei : « … » Je vous en prie, partez.

Parfois, lorsque Cheng Yixie était agacé par ce vacarme, il demandait à Cheng Qianli de se faire passer pour lui ; de toute façon, Zhuo Feiquan n’arrivait pas à faire la différence. Mais si lui ne pouvait pas la faire, Lin Qiushi et les autres la faisaient très bien ; ils ne pouvaient donc que lancer des regards compatissants à Cheng Qianli. Celui-ci tenait dans ses bras le corgi bien rond de sa famille et, n’osant pas désobéir aux ordres de son frère, avait un air si affligé que son visage se plissait comme un petit pain tout juste sorti du four.

Zhuo Feiquan continuait à parler sans arrêt : « Pourquoi ne dis-tu plus rien, Cheng Yixie ? Tu n’as plus rien à dire, n’est-ce pas ? »

Lin Qiushi ne supporta plus le regard implorant de Cheng Qianli et ne put que proposer : « Je vais sortir acheter quelque chose. Tu veux venir ? »

« Oui, oui, j’y vais aussi. » Cheng Qianli se leva aussitôt.

« Hé, je te parle ! Où vas-tu ? » cria Zhuo Feiquan.

Cheng Qianli lui répondit : « Frère, nous parlerons une autre fois, une autre fois. Aujourd’hui je suis occupé, je suis occupé. » Après avoir dit cela, il jeta Toast sur le côté et s’enfuit aussitôt, n’osant pas perdre une seconde.

Lin Qiushi conduisit Cheng Qianli jusqu’au grand supermarché le plus proche. Pendant qu’ils faisaient les courses, Cheng Qianli demanda : « Linlin, que se passe-t-il récemment entre toi et frère Ruan ? »

Lin Qiushi baissa la tête pour regarder la date de péremption du yaourt dans sa main : « Que veux-tu dire par “que se passe-t-il” ? »

« Pourquoi ne vous parlez-vous plus ? » demanda Cheng Qianli.

« Nous nous parlons, n’est-ce pas ? Nous nous parlons toujours. » affirma Lin Qiushi. « Pourquoi cette question ? »

Cheng Qianli répondit : « Ce n’est rien, j’ai simplement l’impression que depuis que cette Zhuang Rujiao est arrivée, l’atmosphère entre vous deux est un peu étrange. » Il se gratta la tête. « Peut-être que je me fais des idées ? »

Lin Qiushi : « Vraiment… »

Voyant le visage perplexe de Lin Qiushi, Cheng Qianli ajouta : « Peut-être que je me fais vraiment des idées ? Ah, j’aime celui à la fraise… prends-m’en un de plus… »

Lin Qiushi ne répondit pas et plaça une autre bouteille saveur fraise dans le chariot.

Lorsque ils revinrent, Zhuo Feiquan avait déjà disparu. Cheng Qianli poussa un grand soupir de soulagement et dit que Cheng Yixie devait avoir pris le mauvais médicament, sinon pourquoi s'impliquerait-il avec un tel moulin à paroles ; une personne qui parlait encore plus que lui était tout simplement terrifiante.

Lin Qiushi se souvint pourtant de quelque chose et lui jeta un regard : « Ta septième porte va bientôt s’ouvrir, n’est-ce pas ? »

« Oui. » confirma Cheng Qianli. « Ce sera dans deux mois environ. »

« Tu es prêt ? » demanda Lin Qiushi.

« Il n’y a pas vraiment de préparation à faire. » Cheng Qianli paraissait un peu perplexe. « Les indices sont avec mon frère, il ne me les a pas encore montrés. Il a dit qu’il me les donnerait une fois que nous serions entrés… »

Lin Qiushi : « Vous entrez seulement tous les deux ? »

« Oui. » répondit Cheng Qianli. « Nous deux seulement… »

Lin Qiushi hocha la tête pour montrer qu’il avait compris.

En résumé, durant cette période, beaucoup de choses s’étaient produites à Obsidienne. Tout était un peu chaotique et cela donnait mal à la tête. Ruan Nanzhu était également particulièrement occupé, courant dehors tous les jours, et souvent on ne voyait pas même son ombre pendant plusieurs jours.

Lin Qiushi ne savait pas exactement ce qui l’occupait. Il voulait poser la question, mais il avait l’impression que leur relation n’était pas encore suffisamment proche pour pouvoir tout dire ouvertement. Et puis il y avait ce baiser… Lin Qiushi toucha ses lèvres ; il se remémora involontairement cette sensation douce, puis, comme s’il réalisait soudain à quoi il pensait, les pointes de ses oreilles frémirent et prirent une légère teinte rouge peu naturelle. Ensuite, il ressentit encore une pointe de mélancolie…

Le film de Tan Zaozao sortit également en salle. Bien que les recettes au box-office fussent ordinaires, les critiques dans l’industrie furent très bonnes, et l’objectif était un certain prix international à la fin de l’année.

Cependant, Lin Qiushi se souvenait que la prochaine porte de Tan Zaozao devait aussi s’ouvrir vers la fin de l’année.

***

En août, la chaleur devint complètement écrasante.

Lin Qiushi reçut de Ruan Nanzhu l’indice de la cinquième porte et commença à se préparer pour la cinquième porte de Gu Longming à la fin du mois d’août.

Cette fois, l’indice n’était qu’une phrase : « œil pour œil, dent pour dent». Ce genre d’indice sans début ni fin appartenait en réalité à la catégorie la plus difficile. Mais Ruan Nanzhu n’avait pas d’autre billet approprié sous la main, alors, choisissant la meilleure option parmi les mauvaises, il n’avait pu fournir que celui-ci.

Lin Qiushi regarda le billet et sentit qu’il n’y avait effectivement pas grand-chose à préparer. Ce genre d’indice n'aurait probablement de sens qu’une fois à l’intérieur.

« Tu es certain de vouloir y aller seul ? » demanda encore Ruan Nanzhu en lui donnant l’indice.

« J’irai seul. » con firma Lin Qiushi. « Il faut bien apprendre à être indépendant. »

Ruan Nanzhu regarda Lin Qiushi un long moment avant de dire : « C’est vrai. »

« Tu… as-tu quelque chose récemment ? » demanda Lin Qiushi avec précaution. « J’ai l’impression que ton humeur n’est pas très bonne. »

« Rien. » répondit Ruan Nanzhu. « Tout va bien. »

Il répondit trop vite et trop simplement, comme s’il cherchait seulement à l’esquiver. Lin Qiushi insista : « De quoi t’inquiètes-tu ? »

Ruan Nanzhu dit : « Que penses-tu de Zhuang Rujiao ? »

Lin Qiushi fut déconcerté par la question : « Zhuang Rujiao… qu’a-t-elle ? »

Ruan Nanzhu : « Aimes-tu la manière dont elle est maintenant ? »

Lin Qiushi : « Il n’y a rien de mauvais, je pense. Bien que… avant elle était aussi très bien. » Zhuang Rujiao avait clairement grandi. Elle n’était plus la jeune fille qui se cachait derrière eux pour demander protection. Bien sûr, le prix de cette croissance avait été douloureux : elle avait perdu la personne qu’elle aimait le plus et sur laquelle elle pouvait le plus compter. Dépouillée par la vie jusqu’à l’os et à la peau, elle avait finalement changé et était devenue la personne que celui qu’elle aimait espérait qu’elle devienne.

« Donne-moi encore un peu de temps. Laisse-moi encore réfléchir. » Ce furent les derniers mots prononcés par Ruan Nanzhu.

Lin Qiushi resta complètement perplexe. Déjà peu habile pour gérer les sentiments humains, il était encore plus incapable de comprendre le comportement complexe de Ruan Nanzhu.

Cependant, puisque Ruan Nanzhu l’avait dit ainsi, il valait mieux lui laisser un peu de temps, pensa Lin Qiushi. Après tout, il arrive à tout le monde d'avoir besoin de plus de temps pour réfléchir.

Il envoya à l’avance le bracelet à Gu Longming, confirma le mot de passe convenu à utiliser à l’intérieur, puis commença à attendre l’entrée dans la porte.

Dehors, les cigales chantaient sans cesse. L’été brûlant était revenu. Lin Qiushi était assis sur le canapé, la climatisation allumée, mangeant de la pastèque. À côté de lui, Cheng Qianli somnolait.

La porte arrivait dans ces deux jours. Lin Qiushi se tenait prêt: il portait déjà son sac sur le dos et s’était aussi changé pour les vêtements convenus.

Vers trois heures environ, Lin Qiushi sentit un changement subtil. Cette sensation lui était déjà extrêmement familière : la porte arrivait.

Comme prévu, Cheng Qianli, qui dormait à côté de lui, disparut sans laisser de trace. Lin Qiushi s’avança et poussa au hasard une porte. Il vit alors que le paysage à l’extérieur était devenu un long couloir noir. Dans ce couloir se dressaient clairement douze portes de fer.

Lin Qiushi s’achemina dans le couloir et arriva devant la cinquième porte, puis tendit la main pour l’ouvrir.

La scène se transforma. Le décor devant ses yeux changea. Lin Qiushi se vit debout sur une large route. Il regarda autour de lui ; à en juger par le style des bâtiments, cela semblait être une école.

Le ciel commençait à s’assombrir. Lin Qiushi suivit la route vers l’avant et vit bientôt un grand bâtiment d’enseignement. Devant celui-ci, quelques groupes de deux ou trois personnes étaient déjà rassemblés : certains discutaient, d’autres observaient l’environnement.

Le regard de Lin Qiushi parcourut la foule et trouva rapidement la personne qu’il cherchait : Gu Longming.

Gu Longming portait un T-shirt blanc imprimé d’une tête de tigre et un jean noir . Les genoux du jean avaient deux trous géants – qui savait s’il l’avait acheté ainsi exprès ou s’il les avait découpés lui-même.

Lin Qiushi s’approcha derrière lui et lui tapa sur l’épaule.

Gu Longming se retourna : « Oh, bonjour. »

« Yu Linlin. » dit Lin Qiushi en tendant la main.

Gu Longming répondit : « Gu Longming. »

Tous deux acceptèrent tacitement d’utiliser leurs pseudonymes ; après tout, les missions prises sur Internet impliquaient qu’il était normal de garder certaines réserves l’un envers l’autre.

« C’est une école ? » demanda Lin Qiushi. « As-tu découvert quelque chose de nouveau ? »

« Non. » répondit Gu Longming. « Je n’ai rien découvert du tout, sauf que c’est une université, et une de celles qui occupent une surface particulièrement vaste. »

« D’accord. » Lin Qiushi hocha la tête.

C’était la cinquième porte de Gu Longming. La difficulté n’était pas très élevée ; ce n’est qu’à la sixième porte que la difficulté des portes connaîtrait un bond qualitatif. Lin Qiushi était donc assez détendu et pas trop nerveux.

Il y avait également deux nouveaux dans cette porte : un homme et une femme. Tous deux restaient assez calmes ; au moins, ils n’éclatèrent pas en sanglots bruyants. Bien que leurs visages montraient qu’ils étaient très effrayés, comparés à la plupart des gens, leur comportement pouvait être considéré comme assez bon.

« La première fois que je suis entré dans une porte, j’ai failli pleurer de peur. » remarqua Gu Longming avec désinvolture. « Je pensais que j’avais été emmené pour participer à un genre de bataille royale… »

« Et cela serait mieux qu’une bataille royale ? » dit Lin Qiushi. « Au moins dans une bataille royale on affronte des humains. »

« Qui a dit cela ? » répondit Gu Longming. « Tuer quelqu’un peut laisser un traumatisme psychologique. Tuer un fantôme, non. De toute façon ils sont déjà morts. »

Lin Qiushi y réfléchit et trouva que cela avait effectivement du sens.

Au moins, à l’intérieur des portes, il était interdit d’attaquer directement ses coéquipiers. Sinon, Lin Qiushi soupçonnait vraiment qu’au moment du rassemblement quelqu’un sortirait un couteau pour renverser tout le monde. Bien sûr, si l’on était assez intelligent, on pouvait contourner les règles des portes pour tuer quelqu’un ; la condition était d’avoir suffisamment de chance et que la personne éliminée soit assez stupide.

Ils discutaient tous les deux lorsqu’un homme ressemblant à un professeur entra de l’extérieur. L’homme portait des lunettes et dit à voix basse : « Vous êtes arrivés bien tard. La nuit va déjà tomber. »

Personne ne parla ; tous observèrent silencieusement ce PNJ.

L’homme poursuivit : « Venez, je vais d’abord vous conduire à l’endroit où vous logerez. »

En marchant, il expliqua brièvement la situation de l’école. Dans ce monde, le rôle que jouaient Lin Qiushi et les autres était celui de détectives privés.

Une affaire s’était produite récemment dans cette école : des étudiants s’étaient soudainement suicidés les uns après les autres.

Les méthodes de suicide étaient nombreuses, et la plupart très sanglantes.

Parmi les étudiants, des rumeurs avaient commencé à circuler, disant que ces suicides étaient dus au fait que les victimes avaient provoqué une entité malveillante qu’elles n’auraient pas dû irriter. Ces rumeurs avaient plongé toute l’école dans une atmosphère d’agitation et d’inquiétude.

Faute de solution, l’administration de l’école avait cherché des détectives privés et leur avait demandé de découvrir la vérité sur les suicides des étudiants dans un délai d’un demi-mois, et de résoudre l’affaire.

Il semblait donc que la limite de temps était de quinze jours, ce qui était plutôt généreux.

Le professeur les conduisit devant le bâtiment des dortoirs, leur distribua des clés, puis se retourna et partit.

Naturellement, Lin Qiushi choisit la même chambre que Gu Longming. Quelqu’un avait d’abord voulu partager la chambre avec eux, mais Gu Longming s’accrocha au bras de Lin Qiushi d’un air maniéré et dit : « Ah, non, je veux un monde à deux. »

Ainsi, il réussit à dégoûter cette personne et à la faire partir.

Lin Qiushi exprima son admiration envers lui, pensant que cet individu avait au moins évité de porter une petite jupe comme la dernière fois ; sinon le pouvoir destructeur aurait été encore plus grand.

Le dortoir avait deux étages. Il y avait quatorze personnes au total. La plupart des chambres étaient pour deux personnes, mais certaines étaient pour trois. Il y avait cinq chambres à l’étage supérieur et cinq chambres au rez-de-chaussée. Lin Qiushi choisit une chambre au premier étage. Après avoir ouvert la porte avec la clé, il eut l’impression que l’environnement à l’intérieur était plutôt correct.

Gu Longming courut directement vers le lit et s’y allongea à plat ventre, disant : « Quel est l’indice de cette porte ? »

Lin Qiushi répondit : « Oeil pour oeil, dent pour dent. »

Gu Longming : « Juste cette phrase ? »

« Oui. » confirma Lin Qiushi. « Je suppose que cela a un rapport avec la vengeance. »

Gu Longming : « Alors c’est un peu trop simple… »

« Il doit certainement y avoir d’autres significations, mais pour l’instant nous ne les connaissons pas. Nous verrons après l’enquête de demain. » Lin Qiushi posa son sac à dos, se lava simplement puis enfila son pyjama, se préparant à dormir.

Gu Longming dit : « À propos… cette fille dont tu parlais, quelle est la situation ? »

Lin Qiushi : « Laquelle ? »

Gu Longming : « Putain, combien de filles as-tu donc ? Bien sûr celle dont tu m’as parlé ce jour-là. »

Lin Qiushi regarda le plafond et réfléchit un moment : « Son attitude est un peu étrange. Je ne comprends pas ce qu’il/elle pense… » (NT : les pronoms féminin () et masculin () s’écrivent différemment mais se prononcent de la même façon (tā))

Gu Longming : « Étrange ? »

« Je ne sais pas très bien comment l’expliquer. C’est comme s’il s’inquiétait de quelque chose. » dit Lin Qiushi. « Je lui ai posé la question, mais il ne veut rien dire. »

Gu Longming : « Hum… pour une fille, la cajoler davantage est toujours une bonne chose. Après tout, nous sommes tous des gens qui allons mourir ; avoir des inquiétudes est aussi quelque chose de normal. » Il murmura : « Si c’était moi, je n’oserais pas non plus tomber amoureux de quelqu’un. »

Si lui-même mourait soudainement, la personne qu’il aimait ne serait-elle pas triste ?

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

 

 

 

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