Strong winds - Chapitre 118 - Liu Xian’an sourit légèrement et dit : “J’ai gagné.”
Feng Xiaojin conduisit Ku You jusqu’à une cavité obscure. L’entrée, perdue en un endroit désolé, se referma grâce à un mécanisme ; même les disciples de la secte Baifu, équipés de lentilles pour scruter la terre pouce par pouce, auraient du mal à y déceler la moindre anomalie.
Ku You écouta les pas désordonnés résonnant au-dessus de sa tête et dit : « Pour Mademoiselle Yunle, il n’existe actuellement aucun endroit plus sûr que le camp militaire de Dayan. C’est ici, pour elle, que réside le vrai danger. »
« Les lois de Dayan la condamneront à mort. »
« Ces hommes qui se prosternaient devant elle la tueraient tout autant — et de la façon la plus immonde et la plus cruelle qui soit. Voilà ce qui serait véritablement inhumain. »
Ku You contempla l’obscurité silencieuse devant lui. « Elle ne pourra pas rester éternellement perchée sur son estrade, pure et intacte, à jouer la belle statue muette. C’est à vous, Jeune Maître Feng, d’en être encore plus conscient que moi. Le désir humain ne cesse jamais de croître ; les fidèles d’une secte hérétique n’en sont pas exempts : quand ils obtiennent une chose, ils en veulent une deuxième ; puis une centaine, un millier, dix mille. En tout temps, en tout lieu, dès que Mu Zhe voudra rallier les cœurs, elle pourra être sacrifiée. À tout moment. »
Feng Xiaojin, réprimant sa colère, dit : « Mais elle est gravement empoisonnée. Sans l’antidote de Mu Zhe, elle mourra sans aucun doute ! »
« Alors Jeune Maître Feng, unissez-vous à moi au plus vite. Avant que le poison ne se déclenche, faisons tomber ce nid de brigands. Puisque Mademoiselle Yunle ne pourra plus jamais être renvoyée là-bas, la seule voie de survie, c’est de forcer Mu Zhe à ouvrir la bouche le plus tôt possible. »
« Que veux-tu ? La carte de la forêt, la cache d’or, ou le réseau d’espions déployés par la secte Baifu? »
Ku You répondit : « Je veux tout. »
Feng Xiaojin se tourna vers lui, son vêtement soulevant un souffle léger.
Ku You, assis, ne bougea pas, car il estimait ses exigences parfaitement raisonnables. Pour faire la guerre, il faut une carte ; pour éliminer les mauvaises herbes, il faut en arracher les racines ; quant à l’or, il appartenait de toute façon au peuple de Dayan, il était donc naturel de le récupérer. Certes, le prince recevait déjà l’aide du clan Wandao Yinyue hors des frontières, mais on n’avait jamais trop d’alliés.
es arts martiaux de Feng Xiaojin étaient extrêmement puissants; et même si on ne parvenait pas à le rallier, au moins faudrait-il s’assurer qu’il ne se range pas du côté de la secte Baifu en cas d’affrontement.
Après un long moment, Feng Xiaojin dit : « D’accord. »
***
La disparition de la Sainte Vierge provoqua chez les fidèles de la secte Baifu un choc comparable à l’effondrement du ciel et de la terre. Bien que Mu Zhe eût ordonné le secret absolu, les nouvelles étaient précisément ce qu’il y avait de plus impossible à retenir. En un seul après-midi, toute la forêt sombra dans la panique, chacun disant que Ku You avait emmené la Sainte Vierge.
Puis les rumeurs se teintèrent d’un peu d’érotisme : après tout, beaucoup avaient vue l’obsession que Ku You nourrissait pour la Sainte Vierge. Maintenant que tous deux avaient disparu l’un après l’autre, trop de détails prêtaient à l’imagination.
Les disciples envoyés à leur poursuite revinrent tous bredouilles.
Wumeng Yunyou, allongé sur son lit, écoutait le tumulte dehors ; il fronça les sourcils :
« Que se passe-t-il ? »
« Rien », dit le sorcier-médecin. « Ils ne font qu’une répétition anticipée au cas où l’armée de Dayan attaquerait. »
Wumeng Yunyou se cala contre l’oreiller moelleux et porta la main à la blessure de sa taille. Liu Hengchang entra avec un plateau de médicaments : le voyant palper sa plaie, il s’écria :
« Jeune Maître Yunyou, ne touchez pas ! »
« Quel poison y avait-il exactement sur l’épée de Liang Shu ? »
Wumeng Yunyou, mécontent, appuya lourdement sur la blessure ; la douleur le fit aspirer un souffle glacé. «Une si petite plaie traîne ainsi encore et encore, faudra-t-il vraiment un an ou deux pour qu’elle guérisse ? »
Ce n’était pas la première fois qu’il perdait patience.
Liu Hengchang le calma comme d’habitude, nettoya le pus et le sang.
Wumeng Yunyou expira longuement, resta un moment couché sur le dos, puis, s’ennuyant, demanda encore : « Hé… mon petit oncle n’est pas encore venu aujourd’hui ? Il est allé escorter A-Le ? »
Liu Hengchang resta interdit : il ne savait donc pas ce qui s’était passé dehors. Il voulut parler, mais le sorcier-médecin lui lança un regard noir et répondit à sa place : « Oui. N’ayez crainte, Jeune Maître Yunyou. L’armée de Dayan convoite la Sainte Vierge ; Jeune Maître Feng la protégera en chemin. »
Wumeng Yunyou accepta la réponse sans soupçonner quoi que ce soit. Avec le sorcier-médecin présent, Liu Hengchang n’osa pas s’expliquer davantage.
Une fois la plaie soignée, il se retira en s’inclinant.
Il souhaitait retourner à sa chambre, mais deux autres sorciers le stoppèrent : « Docteur Liu, désormais, nous nous occuperons de la blessure du Jeune Maître Yunyou. Vous n’avez plus à intervenir. »
« Mais— »
« Les champs médicinaux de l’ouest manquent de bras. Ces jours-ci, nous vous laissons la charge de les surveiller. »
Sur ces mots, ils appelèrent deux disciples pour l’accompagner afin de rassembler ses affaires.
Liu Hengchang contint son mécontentement ; intérieurement, il réfléchissait rapidement : Ce n’est certainement pas parce que mon identité d’espion a été découverte… sinon ils ne m’enverraient pas simplement dans un champ isolé. Il y a quatre-vingt-dix pour cent de chances que Mu Zhe veuille s’en prendre à Feng Xiaojin — et qu’il commence par ceux qui l’entourent.
Les disciples ne lui laissèrent aucun répit : après qu’il eut vaguement empaqueté deux vêtements, ils le pressèrent de partir.
Lorsqu’il revint, la résidence de Feng Xiaojin était vide. Seul Mu Zhe l’attendait dans la cour.
Entendant ses pas, Mu Zhe se retourna : « Je pensais que tu irais chercher A-Le. »
Les yeux derrière le masque de Feng Xiaojin étaient d’une froideur absolue. « En ai-je le droit ? »
« Tu ne l’as pas. »
Mu Zhe s’avança, posa la paume sur son masque. « C’est clairement un piège tendu par l’armée de Dayan. Je ne permettrai en aucun cas que tu sois en danger. Alors débarrasse-toi immédiatement de toutes tes pensées déplacées. »
« Sans votre antidote, je ne pourrais même pas franchir la lisière de cette forêt. Alors que m’importe d’avoir ou non l’intention de sauver quelqu’un ? »
Feng Xiaojin restait immobile. « Je suis fatigué. »
« Très bien. »
Mu Zhe déposa un flacon de porcelaine sur la table.
« Voici trois jours d’antidote. Repose-toi. Une autre chose : Yunyou ignore encore la disparition d’A-Le. Il n’a pas encore guéri ; mieux vaut éviter de le perturber. Sinon, il va encore hurler pour qu’on recouse sa blessure avec la Dame-Araignée Brodeuse, puis se précipitera pour la retrouver»
Feng Xiaojin remarqua : « Je pensais que vous l'inciteriez immédiatement à sacrifier sa vie »
Mu Zhe sourit : « Mais tu n’y consentirais pas. Et si tu n’y consens pas, alors je pourrais envisager de l’épargner. »
Il se retourna : « Alors pour Yunyou, A-Feng, sois sage. Obéis-moi — comme ta mère le faisait. »
Feng Xiaojin ferma brièvement les yeux, prit l’antidote et regagna sa chambre.
Une traîne rouge franchit le mur, suivant Mu Zhe à vive allure.
La femme de Nanyang gloussa : « Je ne pensais pas que le Maître Mu Zhe fût un homme si tendre. Nourrir un tel expert sans jamais l’utiliser au service de la Secte, quel gâchis. À mon avis, ce Jeune Maître Feng pourrait bien avoir la capacité de retrouver la Sainte Vierge, qui sait ? »
« Inutile. Il n’a rien à faire », dit Mu Zhe. « Il doit seulement rester près de moi. »
Il avait déjà perdu une fois.
Il refusait de perdre une deuxième.
Était-ce l’âge, ou l’excitation à l’idée de bientôt attaquer la capitale ?
Toujours est-il qu’il désirait plus que jamais rester aux côtés de l’amour de sa jeunesse.
Il ne pouvait accepter l’idée de perdre ce visage dissimulé derrière le masque — fût-ce au prix de sacrifier la Sainte Vierge, fruit de plusieurs années d’efforts.
« Donnez un prix », dit Mu Zhe.
La femme de Nanyang rit encore, la main couvrant sa bouche : « Alors je dois bien calculer. Je ne peux demander moins que mon Maître de l’Île. »
En parlant, elle employait déjà la voix de Wumeng Yunle.
***
Dans la vallée Shimian Gu, Liu Xian’an demanda : « Comment va-t-elle aujourd’hui ? »
« Pas très bien », répondit Liu Xianche. « Elle ignore même qu’elle a été empoisonnée, alors elle refuse d’avaler mes médicaments. »
« Pourtant ses ongles sont devenus noirs. »
« Elle pense seulement que des ongles noirs ne sont pas jolis. »
Liu Xian’an soupira : « La vie et la mort sont le destin. »
Il avait trois mille mondes en tête, et il allait de soi qu’il pouvait trouver une vérité profonde à tout moment et n’importe où. Mais cette fois, il ne savait pas par où commencer — ou plutôt, il le savait, mais briser puis reconstruire entièrement les valeurs fondamentales d’une personne… la tâche était immense. Il ne trouvait tout simplement pas le premier fil à tirer.
Pour la première fois, Liu Xianche ne réprimanda pas son frère pour sa paresse.
Trop de responsabilités l’accablaient au camp militaire ; chacune plus pressante que d’aller parler à Wumeng Yunle.
Il demanda : « Et A-Yuan ? »
« Le prince a déjà envoyé trois groupes pour la protéger, plus des gardes impériaux. Rien à craindre. » Liu Xian’an ajouta : « Et puis elle semble s’amuser : sinon elle n’en oublierait pas de nous écrire. »
Pour la première fois de sa vie, Liu Xianche entendit dans le ton de son frère une pointe d’inquiétude mêlée de reproche. Il trouva cela nouveau et amusant, lui tapa l’épaule : « Ce soir, viens jouer aux échecs avec ton grand frère. »
Liu Xian’an fit un geste de la main : « Non, j’ai encore quelque chose à faire. »
« Quoi donc ? »
« Dormir un peu. »
Liu Xianche : « … »
Liu Xian’an sentit la gravité soudaine de son frère et se redressa sans s’en rendre compte. Une partie d’échecs pouvait donc commencer.
L'échiquier avait été apporté par Liu Xianche lui-même : c’était son moyen de détente favori. Les serviteurs préparèrent rapidement du thé parfumé pour les deux jeunes maîtres, allumèrent de l’encens et apportèrent plusieurs pots de fleurs venant d’on ne savait où, cherchant à créer, au cœur de ce camp de fer et de sang, un coin de fraîcheur et d’élégance florale.
L’atmosphère était parfaite.
Mais le style de jeu du deuxième jeune maître, Liu Xian’an, n’était pas tout à fait approprié. Il n’avait guère besoin de réfléchir ; souvent, Liu Xianche méditait longuement avant de poser un pion, et sitôt qu’il le faisait, un autre pion de couleur différente tombait sur le plateau avec un « paf » sec, aussi rapide que s’il se pressait d’aller à un banquet, ou qu’il voulait se précipiter aux toilettes.
Au début, Liu Xianche crut que son frère se moquait de lui et jouait n’importe comment. Il tenta de terminer rapidement, voulant finir la partie, et ralentit volontairement le rythme pour le discipliner, pour aiguiser sa patience. Mais en triturant ainsi la partie, il perdit un dragon majeur et sa défaite fut totale et écrasante.
Les domestiques, debout à côté, s’exclamèrent : « Eh ? »
Liu Xian’an déclara : « J’ai gagné. »
Liu Xianche, impassible : « Encore une partie. »
Le sourire de Liu Xian’an se figea. Après réflexion, il demanda : « Est-ce que je ne pourrai partir que lorsque tu auras gagné, frère aîné? Si c’est le cas, alors la prochaine partie pourrait être un peu plus rapide. »
Liu Xianche resta silencieux.
Finalement, le deuxième jeune maître s’échappa, échappant à toute réprimande.
Liang Shu, qui se reposait contre un arbre haut à l’extérieur en profitant du vent, aperçut du coin de l’œil la rapidité des pas de son bien-aimé. Il sauta et ouvrit les bras, le saisissant avec précision contre sa poitrine. Étonné, il demanda : « J’ai entendu dire que tu jouais aux échecs. Je pensais attendre un moment ici, mais comment se fait-il que tu sois déjà arrivé à toute vitesse ? »
« Parce que la partie est déjà terminée. »
« Tu as gagné ou perdu ? »
« J’ai gagné, alors il fallait que je m’échappe vite, sinon frère aîné m’aurait retenu pour continuer. Il joue si lentement. »
Mais le paresseux ne voulait plus continuer. Fatigué et mal à l’aise d’être resté assis si longtemps, il retourna dans sa chambre, s’affala sur le lit moelleux et désigna ses muscles endoloris : ici ça fait mal, là aussi.
Liang Shu se lava les mains et pressa chaque muscle, un par un : « La douleur dans le dos et les jambes, passe encore, mais pourquoi les doigts aussi ? »
« Quand j’ai tenu les pièces d’échecs » C'était très raisonnable et bien fondé.
Liang Shu hocha la tête : « C’est a du sens. »
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L’auteur a quelque chose à dire:
Liu Xianche : la tête me tourne.
Traducteur: Darkia1030
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