Strong winds - Extra 3 - La vie dans la capitale impériale (3/4)

 

Au final, il fut tout de même chassé dehors par son frère, encore trop effrayé.

 

À des moments où il n’était pas nécessaire d’être pressé, Liu Xian'an ne serait jamais pressé ; et rénover la résidence du prince Xiao, à ses yeux, était précisément une chose qui n’exigeait aucune urgence. Il travaillait donc par-ci par-là, dessinant les plans d’un air distrait, et dès qu’il se sentait soudain fatigué, il jetait aussitôt son pinceau pour aller dormir sur la couchette tout un après-midi. Si bien que l’avancement du chantier était d’une lenteur… ! même A-Ning en venait à se demander s’il ne faudrait pas attendre dix ans pour voir la nouvelle résidence du jeune maître.

Liang Shu ne songeait évidemment pas à le presser sur ce genre de choses ; s’il n’avait pas envie de dessiner, eh bien qu’il ne dessine pas. Quant aux artisans, puisque le maître ne pressait personne, ils étaient très contents de s’accorder un peu de paresse. Ainsi, toute la résidence princière restait encore telle quelle, simple et rudimentaire, chacun y vivant très confortablement — sauf en un point : lorsqu’un déluge s’abattait, c’était assez exaspérant. Et l’automne était justement très pluvieux. Liu Xian'an avait dormi toute la nuit, bien au chaud dans les bras de Liang Shu ; le lendemain matin, en ouvrant la porte, il faillit être éclaboussé par l'eau boueuse accumulée dans la cour.

A-Ning dut pousser une charrette de pierres pour ériger un chemin de dalles, et se tomba accidentellement en glissant : il dut rester au lit pendant trois jours avant de pouvoir se relever.

Réparer la résidence principale devenait une urgence !

Le paresseux dut donc déclarer : « Alors commençons. »

Il fut de nouveau contraint d’être diligent. Chaque jour, il partait tôt et revenait tard ; il resta dans le bureau près d’un demi-mois d’affilée, et parvint enfin à finaliser tous les plans. Liang Yu récompensa son frère cadet en lui offrant un lot de bois de premier choix. Les briques et les tuiles arrivaient par charretées entières. Liu Xian'an demanda : « Alors devons-nous déménager vers une autre cour ? »

Liang Shu répondit : « Viens, allons vivre quelque temps au palais. »

Dans son enfance, il avait vécu dans le pavillon Zhenxiang, situé au sud-ouest du jardin impérial. L’extérieur n’était ni somptueux ni spacieux, et l’endroit fort excentré, mais c’était tout de même bien meilleur que la résidence du prince Xiao, qui tombait en ruine. Le vieux majordome s’affaira à faire nettoyer les lieux, tandis que Liu Xian'an faisait le tour ; il trouva le bureau exigu, mais la cour arrière possédait un immense espace vide encombré de présentoirs d’armes. Il déclara : « Cela ressemble bien à un logis pour le prince. »

« Il y a plein de pièces libres. Je vais t’en trouver une grande et lumineuse pour en faire un bureau. » Liang Shu posa une main sur son épaule. « Dis-moi s’il manque quelque chose. »

Liu Xian'an bâilla : « Il ne manque rien. »

Il avait toujours eu des exigences très basses pour manger, s’habiller ou se loger ; dans les sources, il s’imaginait souvent couvert de tissu grossier, marchant pieds nus et cheveux défaits, écoutant le bruissement infini des forêts de bambous. Quand il avait faim, il se penchait pour attraper un poisson blanc, allumait un feu et le faisait vaguement griller, l’avalant sans huile ni sel.

« Impossible », lui rappela Liang Shu. « Tu n’arrives pas à attraper les poissons. »

Liu Xian'an réfléchit : « Alors la prochaine fois, j’emmènerai le prince. »

Liang Shu était ravi et se sentit utile.

Liang Yu, désormais expérimenté, choisit d’ignorer la mine rayonnante de son frère afin d’éviter d’apprendre une nouvelle série de mésaventures affligeantes. Il se contenta d’envoyer au pavillon Zhenxiang les cuisiniers impériaux spécialisés en cuisine du Jiangnan. Mais dès le lendemain, le prince Xiao ne put se présenter au conseil du matin, plié en deux par une douleur abdominale.

Furieux, Liang Yu s’apprêtait à punir le cuisinier lorsque l’eunuque arriva en trombe annoncer que le cuisinier du Jiangnan n’avait même pas encore touché une marmite — le repas de la veille avait été préparé de la main même de Liu Xian'an.

« … »

L’eunuque poursuivit : « Il paraît qu’il a trouvé la recette dans un vieux livre. Il en a fait un grand bol, et le prince n’a pas voulu en laisser à quiconque, si bien que lui seul est tombé malade dans toute la résidence. »

Liang Yu ne voulut plus rien entendre.

Dans le pavillon Zhenxiang, le prince Xiao était affalé sur son lit, un linge sur le front, et mangeait dignement un bol de nouilles au bouillon de légumes et de viande ; si le lieutenant-général Gao avait été là, il aurait ri de lui trois jours durant.

Liu Xian'an analysa : « Peut-être que quelque chose n’était pas assez cuit. »

Liang Shu répondit avec magnanimité : « Ça ne fait rien. La prochaine fois, je cuisinerai avec toi. »

Liu Xian'an refusa net. Après la confiture de pêche dont une cuillerée suffisait à rassasier un homme, et le “cinq-délices au vinaigre” capable d’abattre n’importe qui, il ne croyait plus aucune recette ancienne et décida de ne plus jamais en préparer. Liang Shu retint un rire : «Très bien. Alors reste ici à dormir tout ton soûl ; et quand tu seras réveillé, promène-toi un peu avec A-Ning. Le palais a plein d’endroits amusants. »

« Oui. » Liu Xian'an acquiesça en continuant à lui réchauffer l’estomac avec la compresse chaude.

Liang Shu, d’une constitution robuste, retrouva sa vigueur en un jour et retourna au conseil pour poursuivre la sélection des talents. Cet après-midi-là, A-Ning tira son jeune maître du lit et le traîna dehors pour digérer, l’ayant persuadé : « Le grand jeune maître a écrit dans sa lettre que vous devez marcher huit mille pas par jour. »

Huit ! Mille ! Pas !

Rien qu’en entendant ce chiffre effrayant, les jambes de Liu Xian'an commencèrent à lui faire mal. Il s’agrippa à un arbre pour trouver une excuse : je viens de me souvenir que j’ai quelques travaux de menuiserie à faire.

Sur ce point, A-Ning était conciliant : tant que son jeune maître se mettait à bouger un peu et ne passait pas ses journées à dormir, tout allait bien. Il demanda : « Quel genre de travaux de menuiserie ? »

« Un truc amusant. » Liu Xian'an le tira par la manche pour le ramener au pavillon Zhenxiang. Depuis qu’il avait renoncé aux recettes, il feuilletait un recueil d’anciens mécanismes, le Sunmao Ji (NT : Les Chroniques de Sunmao). L’un des chapitres racontait l’histoire d’un pauvre érudit qui, incapable de trouver une épouse, sculpta de ses mains une beauté sans égale ; son apparence était si proche du réel qu’elle pouvait danser dans le vent, sa posture souple comme un saule caressé par la brise. Une fois lâchée dehors, elle rendit tous les hommes du village fous d’elle. L’érudit la nomma « Mei ». (NT : fleur de prunier. Symbole de pureté dans la culture chinoise)

A-Ning trouvait ce genre d’histoire absurde : pourquoi l’érudit ne travaillait-il pas à réussir les examens ? Pourquoi passait-il son temps à rencontrer des renardes, des fées ou des beautés en bois ?

« L’histoire est mauvaise, mais le mécanisme est amusant, non ? On va en fabriquer un aussi », dit Liu Xian'an. « Il ne demande pas beaucoup de matériaux, et le vent d’automne est fort. »

Il passa aussitôt à l’action : sinon, il devrait marcher huit mille pas par jour — huit mille ! quelle horreur.

Les gardes du pavillon Zhenxiang, qui obéissaient aveuglément au jeune maître, réunirent rapidement le bois, les clous et les bandes de cuir. Liu Xian'an s’assit sur un tabouret, posa un morceau de cuir sur ses genoux et se mit méticuleusement à scier. A-Ning soupira, ayant l’impression d’avoir été dupé : le jeune maître ne bougeait toujours pas beaucoup.

Plus tard, Liang Shu apprit que Liu Xian'an voulait reconstituer un ancien mécanisme et alla le voir. Il demanda : « C’est l’oiseau volant que tu avais vu dans le livre ? »

« Non, il est trop grand, on n’a même pas assez de bois pour les extrémités d'une aile. » Liu Xian'an lui donna les plans. « C’est une figurine en bois qui danse dans le vent. »

Liang Shu s’étonna : « Elle danse vraiment ? »

« Oui. J’ai même ajouté une amélioration : des cordes de luth dans son ventre. Quand le vent soufflera, il y aura de la musique », expliqua Liu Xian'an. « Tu verras, ce sera fascinant. »

Liang Shu acquiesça : « Très bien, prends ton temps. Moi, j’attendrai. Mais pour aujourd’hui, arrêtons-là : viens dîner. »

Liu Xian'an s’étira longuement, s’épousseta et marcha avec lui en traînant les pieds : «Comment ça s’est passé à la cour ? »

« Je suis tombé sur un vieux rétrograde », répondit Liang Shu. « Il s’appelle Zhang Xu, je t’en ai déjà parlé. Ce n’est pas un homme obtus ou formaliste, juste un avare : rien ne doit être dépensé, la prudence doit être de la plus haute importance en toute chose. »

Quant à ce qu’était la prudence, de toute façon, aux yeux du dignitaire Zhang, aucun des plans proposés par Son Altesse Royale le prince Xiao n’avait quoi que ce soit de prudent, si bien qu’il les refusait un à un, et, après avoir refusé, il ajoutait encore un flot inépuisable de raisons, avec des paroles souvent enflammées. Liang Shu, après avoir tout écouté, n’avait qu’une seule sensation : sa tête avait doublé de volume.
Les opinions politiques, de tout temps, n’ont jamais eu de vérité ni de tort absolus : on ne pouvait que chercher un terrain d’entente tout en respectant les divergences. Aussi Liang Shu n’avait-il pas, au fond, grand-chose à reprocher à ce dignitaire Zhang. Mais l’absence de reproche n’empêchait pas d’être furieux.

Liang Shu se plaignit : « Console-moi. »

Liu Xian'an lui tapa doucement la poitrine : « Sans pensées ni préoccupations, on peut vivre longtemps (NT : principe taoïste : l’absence d’agitation prolonge la vie). Détends ton cœur, ignorons-le simplement. »

« Donne-moi un baiser. »

« Bien. »

Et deux baisers de plus ne poseraient pas non plus de problème.

***

Liu Xian'an établit un plan : aujourd’hui faire le bras gauche, demain faire le bras droit. Au début il était encore très motivé et diligent, puis devint de nouveau paresseux. A-Ning l’assistait et, au passage, donnait son avis : « Les jambes, ce sont juste deux pieux de bois ? Maître, vous ne voulez vraiment pas sculpter ça un peu plus finement ? »

« Le mécanisme, l’important c’est le mécanisme ; l’apparence est secondaire. » Liu Xian'an assembla les deux pieux de bois, puis demanda : « Et la tête ? »

A-Ning apporta une boule de bois enduite de pâte d’artifice pour le déguisement. Il avait passé tout l’après-midi d’hier à lui modeler un visage ; il avait enfin obtenu une ébauche de contours. Il dit : « Je vais chercher quelques couleurs ; maître, faites-lui un joli visage ! »

« Peins-le toi-même, j’ai encore du travail à terminer. » Liu Xian'an était occupé à enfoncer des chevilles de bois.

« Moi ? » A-Ning était embarrassé. « Mais je ne sais pas peindre. »

« Quoi de difficile dans des yeux et un nez ? Nous ne sommes pas des lettrés de roman, il n’a pas besoin d’être d’une beauté capable de renverser un pays. Peins au hasard, tant qu’il ressemble vaguement à une personne, c’est bon. »

Ressembler vaguement à une personne… Voilà qui semblait une exigence plutôt basse. A-Ning se dit que, dans ce cas, lui aussi pouvait essayer. Il prit la tête du mannequin, retint son souffle, et peignit méticuleusement dans l’espoir d’en faire une grande beauté. Mais hélas, son niveau était bien trop limité ; il peignit un bon demi-temps d'encens sans obtenir quoi que ce soit. Le visage défait, il dit : « Maître, je trouve que ce que j’ai peint ne ressemble pas à une personne, mais à un fantôme. »

Les sourcils et les yeux étaient droits et aux bons endroits, mais il n’y avait aucune vitalité. Le visage était d’une pâleur cadavérique, les pupilles étaient d’un noir profond, et les lèvres rouge vif, rouge comme si elles venaient de manger un être humain. Placé dans la cour sous le ciel gris, l’effet terrifiant était doublé.

Liu Xian'an en fit le tour deux fois et dit : « Ce n’est pas mal. »

A-Ning : « …En quoi est-ce “pas mal” ? Jeune maître, votre exigence est vraiment trop basse.»

« Si tu trouves ça étrange, c’est surtout parce qu’il est encore chauve, et qu’il n’a pas d’habits. » Liu Xian'an ajouta : « Je peux finir ces cordes de qin dans une heure. Le prince est-il revenu ? »

« Pas encore, Son Altesse Royale le prince Xiao restera prendre son repas au palais ce soir.» A-Ning ajouta : « Je vais chercher des vêtements et une perruque. Maître, prenez votre temps, nous arriverons sûrement à régler le mannequin avant le retour du prince. »

Le ciel était déjà assombri. A-Ning alluma une à une les lanternes suspendues dans la cour. En se retournant… maman ! C’était encore plus effrayant !

Il se dépêcha d’apporter une perruque achetée exprès à l’extérieur, ainsi qu’une robe, et habilla le mannequin. Puis il demanda, en bégayant : « M-ma-maître… vous pensez vraiment que c’est mieux ainsi ? Moi, je trouve que c’était mieux chauve… »

« Bah, peu importe. Que les longues manches flottent et qu’il puisse danser, c’est suffisant. » Liu Xian'an prit les jambes de bois et demanda à A-Ning d’approcher la torche pour pouvoir assembler le mannequin. Le petit marteau fit : “clang, clang, clang”. Une fois fini, le Second Jeune Maître Liu recula de deux pas, satisfait, pour l’apprécier attentivement. A-Ning, à côté, ne put s’empêcher de se couvrir les yeux : dans cet état, ça pourrait vraiment effrayer un lettré à mort.

Liu Xian'an dit soudain : « Le vent se lève ! »

Le vent du nord, en plein automne, pouvait traverser des dizaines de milliers de lis de forêt profonde : faire bouger un mannequin de bois aussi léger, n’en parlons pas. Au milieu des feuilles mortes, les longues manches roses s’envolèrent d’un coup, s’enroulant l’une à l’autre dans les airs ; les grosses jambes de bois firent un pas en avant ; les épaules basculèrent d’un “crac” en arrière, les cordes dans son ventre vibrèrent d’un long son, son cou oscilla, sa taille se déhancha — il dansait vraiment face au vent !

Liu Xian'an était très satisfait. Il se dit que les manuels de menuiserie étaient décidément bien plus fiables que les livres de cuisine. Bien que cela eût l’air un peu étrange, ce n’était encore qu’une ébauche grossière. S’il avait le temps de le modifier à l’avenir, il danserait certainement avec beaucoup de grâce.

Le vent soufflait, et le mannequin dansait de plus en plus frénétiquement, ce qui finit par faire rire A-Ning : il allait appeler les autres gens de la résidence pour leur montrer, quand le mannequin fit soudain un “woosh”, effectua un saut, surgissant comme un oignon arraché de terre sèche, et bondit directement sur le toit !

« Hé ! » Il sursauta.

Liu Xian'an fut très effrayé aussi — surtout que lors de l’envol, le bras du mannequin avait failli lui donner une gifle. En reculant et en regardant mieux, ils virent le mannequin, entraîné par les mécanismes et le vent, dresser la tête et bomber la poitrine en avançant à grandes enjambées… dans les airs !

« Rattrape-le vite ! »

« Oui ! » A-Ning se rua par la porte arrière pour courir après lui. Liu Xian'an, inquiet, appela quelques gardes et se précipita à leur suite. Les deux maître et domestique coururent jusqu’à en manquer d’air ; mais la malchance voulut que le vent soit très fort, et que la seule lumière soit celle d’une lune blafarde. En un clin d’œil, le mannequin disparut de leur vue.

« … »

De l’autre côté, le dignitaire Zhang Xu, qui venait juste de terminer ses affaires et s’apprêtait à rentrer dans une chaise à porteurs, passait justement par le Jardin Impérial — il voulait prendre un raccourci pour gagner du temps.

Résultat, d’un “dong”, quelque chose vola soudain devant la chaise et s’enfonça lourdement dans la terre !

« Aaah ! » Les deux porteurs hurlèrent et tombèrent au sol. Zhang Xu, secoué violemment, sursauta et souleva le rideau : « Qu’est-ce qu’il se— »

Avant même de finir sa phrase, il vit deux yeux noirs le fixer droit dans les siens, des cheveux en bataille comme de l’herbe, des lèvres rouge vif, un sourire sinistre ; de longues manches s’enroulaient déjà autour de son cou. Et les sanglots plaintifs qu’il entendait ne venaient pas de la bouche… mais du fond du ventre du mannequin !

« Crac ! »

Poussé par le vent, le mannequin reprit une danse convulsive, et sa tête tourna d’un tour complet.

Le dignitaire Zhang roula des yeux et s’évanouit !

« Un fantôme ! » cria un porteur — à peine avait-il crié que quelque chose le frappa dans le cou, lui coupant la voix. Les gardes du prince Xiao avaient levé la main et assommé proprement les deux porteurs, puis ils emportèrent le mannequin et repartirent en courant, sans oublier de soulever leur jeune maître si lent. Ils réussirent enfin, avant l’arrivée d’une grande troupe de la Garde Impériale, à refermer d’un “bang” la porte du Pavillon Zhenxiang !

Les années sont paisibles, il n'y a rien à voir ici.

Le malheureux dignitaire Zhang fut transporté pêle-mêle jusqu’au Bureau médical impérial.

En passant à cheval, Liang Shu entendit des cris au loin, perplexe. Il envoya quelqu’un se renseigner, et on lui dit que le dignitaire Zhang Xu semblait avoir rencontré un fantôme dans le Jardin Impérial.

Liang Shu avait toujours considérées les histoires de fantômes comme des plaisanteries ; en entendant celle-ci, il trouva même cela amusant. Sans doute avait-il pris quelque chiffon ou cerf-volant abîmé pour une apparition. Il ramena donc l’anecdote au Pavillon Zhenxiang, impatient d’en rire avec son paresseux.

Mais en poussant la porte, il vit Liu Xian'an debout au milieu de la pièce, face à un mannequin étrange, les yeux dans les yeux.

« Gaa ! » Le vent fit tourner le mannequin d’un coup.

Liang Shu aspira une grande bouffée d’air : « Tsss ! »

Liu Xian'an était très frustré. Il semblait que trop de sensibilité dans les mécanismes, ce n’était pas bon non plus : à peine dit-il qu’il s’envolait, et il s’était envolé.

Après avoir entendu toute l’histoire, Liang Shu rit pendant presque un demi-temps d’encens. Au début, Liu Xian'an refusait de lui répondre ; puis, n’en pouvant plus, lui donna un coup de pied, un peu fâché — si rare chez lui : « Tu n’as pas le droit de rire ! »

« D’accord, d’accord, je ne ris plus. » Liang Shu s’éclaircit la gorge, se força à rester sérieux. « Tu n’as pas besoin d’ébruiter cela. Demain, j’en ferai d’abord un rapport à mon frère l’empereur. » Pour qu’il puisse en rire à son tour.

Liu Xian'an ne comprit pas cette dernière phrase, n’avait pas envie de demander, et encore moins envie de revoir le mannequin. Liang Shu s’assit, le tenant dans ses bras, jouant mollement avec lui tout en jetant des regards à la “femme fantôme” — non, au mannequin — debout près de la table. Il imagina de nouveau la scène où cette chose était tombée soudain devant Zhang Xu…

Pff !

Liu Xian'an : « … »

Liang Shu : « Je n’ai pas ri, je n’ai pas ri. »

Le lendemain, en entrant au palais, il raconta l’histoire ; sur vingt phrases, il rit presque dix fois. Liang Yu voulut rire aussi, mais avait en même temps mal à la tête ; il le réprimanda : «Rire, toujours rire — j’ai l’impression que c’est toi qui joues des tours. »

Liang Shu se sentit très injustement accusé : « Je n’ai rien fait, ce n’est pas moi. »

Heureusement, le dignitaire Zhang n’avait rien de grave. Liang Yu déclara : « Soit, que cela s’arrête là. Et ne va surtout pas t’empresser d’avouer. Il te regarde de travers ces derniers temps, et il est mesquin. Si jamais il apprend que le mannequin vient de la main de Liu Xian'an, il croira sûrement que tu es le cerveau derrière tout ça ; alors il viendra encore pleurnicher pour réclamer justice. Ce serait vraiment pénible. »

Liang Shu dit : « Oui. »

Liang Yu ajouta : « Mais que cela ne se reproduise pas ! Si quelqu’un se fait vraiment effrayer, tu seras le seul responsable. Dis-moi, à part ce pantin, y a-t-il d’autres choses étranges dans ton arrière-cour ? »
« Non. » répondit Liang Shu. « À part le pantin, il ne reste qu’un plan pour un Phénix volant, le Phénix n’est pas effrayant, juste un peu grand… hmm… peut-être de la taille de la moitié du Pavillon Mu Yang. »

Liang Yu : « Grand comment? »
Liang Shu fit un geste pour montrer : aussi grand que ça.

Un Phénix volant de la taille de la moitié du Pavillon Mu Yang. Rien que d’imaginer cela, Liang Yu eut un vertige. Il ne doutait aucunement des capacités de Liu Xian’an : après tout, il avait déjà fabriqué deux Phénix volants pour attaquer des rebelles et explorer des forêts secrètes, mais à chaque fois dans des montagnes infinies et des plaines sauvages. Et si un tel navire volant apparaissait dans son propre palais…

Liang Shu expliqua : « Il n’est pas encore construit. »
Mais il fut de nouveau chassé par son frère trop effrayé.

Liu Xian’an demanda : « Nous ne pouvons pas continuer à habiter au palais ? »
Liang Shu : « Non, notre frère a ordonné que je règle rapidement mes affaires et que nous déménagions ensuite. »
Liu Xian’an hésita : « Alors je ne ferai pas le Phénix volant. »
« Impossible, je sais que tu veux le construire. » Liang Shu le prit par la taille et le porta, riant : «Donc après avoir quitté le palais, nous n’irons pas encore à la demeure du Prince Xiao. Notre frère m’a accordé une quinzaine de jours de congé, je vais t’emmener dans un bel endroit ! »



Traducteur: Darkia1030

 

 

 

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