A certain someone - Chapitre 5 - Emménagement

 

Ce salaud de Jiang Tian s’était littéralement envolé.

 

on était à nouveau Lundi, et les emplois du temps avaient encore été ajustés. Le délégué de classe s’était rendu au bureau pendant l’étude du soir pour rapporter un tout nouvel emploi du temps, qu’il avait ensuite affiché sur le tableau.

Sheng Wang le regarda quelques secondes, tapota l’épaule de Gao Tianyang et demanda : « Pourquoi y a-t-il encore des cours prévus pour ce soir ? »

« Hein ? Quels cours ? » répondit Gao Tianyang, la tête baissée, occupé à répondre à quelqu’un sur WeChat sous son bureau, sans vraiment prêter attention.

« L’emploi du temps sur le tableau. » Le stylo que Sheng Wang faisait tourner s’arrêta ; il en pointa la direction. « Il y a physique ce soir. »

« L’emploi du temps ? »
« Oui. »

Gao Tianyang leva les yeux, fixa le tableau pendant trois secondes, puis se retourna brusquement :
« Attends… tu es assis à l’avant-dernière rangée, et tu arrives à lire ça clairement ? »

« Évidemment. »
« Tu as un microscope dans les yeux ou quoi ? »

Sheng Wang répondit calmement : « Va te faire voir. »

« Non mais attends, j’exprime juste mon choc. Regarde un peu, tu es le seul de la classe à ne pas être myope, tu le sais ? » souligna Gao Tianyang.

Sans même tourner la tête, Sheng Wang pointa son pouce derrière lui et demanda à voix basse : « Donc ça veut dire que lui non plus n’est pas humain puisqu’il ne porte pas de lunettes ? »

Mais Gao Tianyang, un peu lent à comprendre, répondit à voix normale : « Tian-ge n’en porte pas d’habitude. Il en met juste quand il faut regarder le tableau. »

Sheng Wang pensa : Mais ferme-la… pourquoi tu parles aussi fort, idiot ?

Heureusement, Jiang Tian rattrapait son sommeil pendant l’interclasse et n’ entendit rien.

Sheng Wang était perplexe : pourquoi cette personne avait-elle l’air de manquer de sommeil tous les jours, comme s’il passait ses nuits éveillé comme un voleur ? Ne me dis pas qu’il fait des exercices toute la nuit…

Pendant qu’il réfléchissait, les élèves des premiers rangs se mirent à bavarder bruyamment.

La voix du délégué ressortait clairement : « Sérieusement, je ne sais pas ce qui s’est passé. Quand je suis entré dans le bureau, les profs étaient tous surexcités, comme s’ils étaient en pleine révolte, ils n’arrêtaient pas de parler ! »

« Ils disaient quoi ? »
« Je n’ai pas compris. Dès que je suis entré, ils se sont calmés. »
« Alors pourquoi tu en parles ? »

Gao Tianyang, toujours actif dans ce genre de discussions, rejoignit la conversation à deux tables de distance. Résultat : la question de Sheng Wang resta sans réponse.

Mais la réponse ne tarda pas à apparaître d’elle-même.

Peu après que la cloche de l’étude du soir eut sonné, la professeure principale, He Jin, entra dans la salle avec une pile de copies sous le bras. Elle les posa sur son bureau avec naturel, puis tira le tableau derrière elle : « Les tests hebdomadaires ont été corrigés. Ce soir, on va les revoir ensemble. »

À ce moment-là, Sheng Wang comprit enfin—

Dans cette école infernale, l’étude du soir n’avait jamais été une véritable étude libre. Depuis le début, c’était des cours déguisés ! Une matière par jour, du lundi au vendredi, tout était parfaitement organisé.

Et là était le problème…

Les cours de la journée leur donnaient déjà des devoirs. Maths, physique, chimie : simples et directs, chacun donnait une feuille d’exercices. Le chinois était un peu plus clément, avec seulement deux textes de compréhension. Le seul à leur laisser un peu de répit était l’anglais… simplement parce qu’il n’y avait pas cours ce jour-là.

Au total, cela faisait presque huit feuilles différentes. Sans l’étude du soir, quand auraient-ils le temps de finir tout ça ?

Sheng Wang avait l’impression d’étouffer.

He Jin termina son introduction, prit la pile de copies et la tapota : « Vous êtes tous curieux de vos résultats, n’est-ce pas ? Je vais d’abord vous donner une impression générale. J’ai l’impression que vos vacances d’été vous ont complètement ramolli le cerveau. »

Toute la classe resta silencieuse. Certains remuaient les lèvres sans bruit, se moquant probablement de ces “vacances d’été” qui n’avaient duré qu’une dizaine de jours.

« Les résultats sont bien pires que lors des derniers examens. Votre vitesse a diminué, je l’ai vu en corrigeant. Ce n’est pas que vous ne saviez pas répondre, c’est que vous avez manqué de temps pour bien faire. Certaines écritures tremblaient tellement que j’en ai presque eu pitié… »

Son expression s’adoucit légèrement avant de reprendre, sèche : « Alors j’ai quand même retiré des points. Et j’ai en plus enlevé deux points supplémentaires sur la note globale. »

Quelqu’un dans la classe ne put retenir un gémissement.

He Jin lança : « Pourquoi vous plaignez-vous ? Vous essayez d’être mignons avec moi ? Et ça va changer quelque chose ? »

Plus de quarante personnes traînèrent la voix et répondirent : « Pas d’utilité, ouin—— »

Sheng Wang : « …… »

Était-ce le résultat d’une pression excessive, réduisant toute une classe d’élèves à geindre ?

He Jin fut si agacée qu’elle en rit, mais elle resta imperturbable ; on voyait bien que ce n’était pas la première fois : « Je sais que c’est votre vieille habitude, vous devenez toujours comme ça après les vacances. Je ne vais pas m’attarder davantage, mais assurez-vous d’en être conscients, d’accord ? »

Toute la classe traîna de nouveau la voix : « Bien sûûûr… »

He Jin les pointa du doigt : « Vous ! Bande de menteurs. »

La classe éclata de rire.

« Et vous osez rire ! » reprit He Jin. « La moyenne de la classe est inférieure à celle du dernier examen. Certains ont vraiment tout donné pour faire baisser le score global. »

La plupart des élèves avaient une entente tacite : à ce moment-là, personne ne regardait personne, chacun sauvait la face. Mais certains ne purent se retenir et commencèrent à jeter des regards dans tous les sens.

À cet instant précis, Sheng Wang eut l’impression d’être sous les projecteurs ; cinq ou six personnes au moins le fixaient.

He Jin ajusta ses lunettes : « Qu’est-ce que vous regardez ? Vous n’avez même pas encore reçu vos copies, et tout ce que vous savez faire, c’est observer le nouvel élève ! J’allais justement en parler. Sheng Wang est arrivé samedi, il n’a pratiquement rien appris pour ce test. Pourtant, en calculant proportionnellement, sa chimie et sa physique atteignent le niveau B, et ses trois matières principales — mathématiques, chinois et anglais — dépassent les 300 points. Si c’était le gaokao (NT : examen national d’entrée à l’université en Chine), il atteindrait le seuil pour les études supérieures. Et il n’a eu qu’une seule journée. »

Elle leva un doigt, posa son regard sur Sheng Wang et lui sourit.

La classe resta silencieuse trois secondes, puis explosa. Plus de quarante têtes se tournèrent vers lui en même temps ; plus de quatre-vingts yeux le fixèrent. Sheng Wang eut l’impression d’être convoqué.

Il força un sourire vide et fit tourner son stylo, préparant une « chute stratégique ». Mais il força trop, le stylo fit deux tours et s’envola vers l’arrière.

Merde, je suis foutu…

Sheng Wang se retourna, embarrassé — puis resta figé.

Jiang Tian portait effectivement des lunettes en cours. Les verres étaient fins ; avec ses connaissances limitées, Sheng Wang estima que la correction n’était pas très forte. La monture, fine et ronde, de couleur fumée, donnait habituellement un air érudit — mais sur Jiang Tian, c’était différent.

La lumière froide du néon se reflétait dans ses verres, accentuant la froideur de son regard. Il incarnait littéralement un « Je suis mécontent » écrit en majuscules.

Le stylo atterrit sur sa table, traçant une ligne irrégulière sur son bras, d’autant plus visible sur sa peau pâle.

Jiang Tian leva les yeux, observa Sheng Wang quelques secondes à travers ses lunettes, puis referma le stylo.

« Merci », dit Sheng Wang, pensant qu’il allait le lui rendre, prêt à s’excuser.

Mais au moment où il ouvrit la bouche, Jiang Tian posa le stylo devant lui avec fermeté, sans aucune intention de le rendre.

« Qu’est-ce que tu fais ? » demanda Sheng Wang.

Sans détourner les yeux du tableau, Jiang Tian répondit : « Pour éviter que tu ne perdes encore le contrôle de tes mains. »

Sheng Wang : « ??? »

« Il y a un problème ? » demanda He Jin depuis son bureau.

Sheng Wang ne pouvait décemment pas se plaindre. Il se retourna et sourit : « Tout va bien, professeur. Le doyen Xu m’a dit que je pouvais poser des questions à Jiang Tian, alors je lui demandais quand je pourrais passer les tests. »

La classe éclata de rire et cessa de le fixer.

He Jin rit aussi : « En effet, si l’on regarde le score total, tu n’es pas encore au niveau pour maîtriser les trois sciences. Mais tu n’en es pas loin. Il te manque surtout des bases solides. Atteindre ce niveau en une seule nuit montre une capacité d’apprentissage très, très forte. »

Elle insista sur les deux « très ». Sheng Wang ajouta intérieurement, sans vergogne : Vous avez raison.

« Cependant, dans ces matières, les bases rapportent facilement des points, mais à un certain niveau, gagner un seul point devient extrêmement difficile. »

Tout en parlant, He Jin tria les copies par groupes et les distribua.

Quand le paquet arriva à Sheng Wang, il ne restait que deux copies : la sienne et celle de Jiang Tian.

Sa performance d’une journée suffisait à faire « déployer sa queue de paon », mais en voyant le score de Jiang Tian, il la referma aussitôt.

Car Jiang Tian avait obtenu le score parfait.

Merde.

Sheng Wang marmonna silencieusement, puis agita la copie : « Tu veux ton test ? Passe-moi mon stylo et je te le donne — paiement et marchandise en même temps. »

Jiang Tian jeta un coup d’œil : « Je suis fauché. »

Puis ce génie enleva ses lunettes, prit un devoir du jour et utilisa le stylo confisqué pour travailler.

Sheng Wang en resta sans voix.

La correction du test était ennuyeuse pour le professeur, mais moins pour les élèves. Dans cette classe d’élite connue pour son indiscipline, presque tout le monde avait deux piles sur son bureau : le test et les devoirs.

Pendant que He Jin expliquait, les élèves alternaient entre deux stylos. Ils corrigeaient en rouge leurs erreurs et, sinon, travaillaient sur leurs devoirs.

Ils passaient d’une tâche à l’autre avec aisance : de véritables « vieux renards ».

Sheng Wang regarda autour de lui et marmonna : « Je suis maudit… »

Puis il sortit ses devoirs.

L’étude du soir se termina à vingt heures. Gao Tianyang et les autres crièrent « Ouiii ! » comme s’ils avaient gagné le gros lot, puis se précipitèrent dehors.

Sheng Wang ferma son sac. Au moment d’appeler l’oncle Xiao-chen, il reçut un appel de Sheng Mingyang.

« Quoi ? »

Il mit un moment à comprendre, puis se souvint : c’était le jour où Jiang Ou et Jiang Tian emménageaient. À partir de ce soir, la maison de White Horse Lane aurait deux habitants de plus.

Comme prévu, Sheng Mingyang le calma brièvement avant d’aller droit au but : « L’étude est finie, non ? Xiao-Chen arrive. Va chercher Xiao-Tian et rentrez ensemble. »

Pff.

Le jeune maître grogna intérieurement : s’il voulait l’emmener, qu’il le fasse lui-même.

Agacé, Sheng Wang répondit : « Il est juste derrière moi. Si tu veux lui parler, appelle-le. »

Il se retourna pour lui tendre le téléphone—

Mais la table derrière lui était vide.

Ce salaud de Jiang Tian s’était littéralement envolé.

 

Traduction: Darkia1030

Correction: Religieuse Aucafé