FSC - Chapitre 12 – C’est quoi ton problème ?
Après que les collègues de Xu Xia l’eurent consolée dans le bureau de la faculté, Xu Xia sentit enfin la colère logée dans son cœur se relâcher. Ce ne fut qu’alors qu’elle prit le registre de la classe et alla en cours. Lorsqu’elle quitta le bureau, il était déjà plus de dix minutes après l’heure de début des classes.
Xie Yu n’avait pas eu l’intention d’être en retard. Il avait rangé toutes ses affaires, ce qui lui avait pris du temps, avant de se diriger vers le bâtiment de l’école. Il s’attendait à être arrêté dans l’embrasure de la porte de la classe et ne s’attendait pas à ce que le professeur de forme arriverait encore plus tard que lui.
Lorsque Xie Yu passa devant les fenêtres, la salle de classe, animée de bavardages jusque-là, devint soudain silencieuse. Tout le monde se redressa et fixa droit devant eux, même s’il n’y avait rien d’écrit au tableau.
« Camarades de classe, mon nom de famille est Liu et je m’appelle Cunhao. C’est ça, Liu Cunhao. Je suppose que tout le monde a plus ou moins entendu des histoires sur moi. J’étais représentant de classe de la classe 1.7 l’an dernier et j’ai beaucoup d’expérience dans la gestion d’une classe. Mais j’espère que lorsque nous choisirons un représentant de classe plus tard, vous ne me choisirez pas. »
Tout le monde resta silencieux comme des mouches. Le garçon, dos aux fenêtres, laissait ses mots couler sans interruption.
C’était un garçon à la langue doucereuse, et il gesticulait beaucoup en parlant. « Ne me choisissez pas. Donnez l’opportunité à quelqu’un qui en a davantage besoin, surtout à quelqu’un qui n’a jamais été délégué de classe. Je pense que nous devons vraiment leur donner une chance de se développer.»
Les élèves assis près de lui lui firent des clins d’œil fébriles, l’incitant à regarder par la fenêtre du couloir, mais Liu Cunhao ne remarqua absolument rien. « … Dans l’ensemble, ne me choisissez pas. Que faites-vous ? Ne me faites pas de clins d’œil. Je n’ai pas l’intention de vivre une romance précoce. »
Xie Yu leva la main et frappa à la porte.
Liu Cunhao se tourna vers l’origine du bruit et resta instantanément sans voix. « … »
Le voisin de bureau de Liu Cunhao baissa la voix et murmura : « Hao-ge, tout le monde faisait des allusions si évidentes, mais tu étais tellement concentré… »
Le cœur de Liu Cunhao contenait des centaines de milliers de mots qu’il ne savait comment prononcer. Tout ce qu’il pouvait faire était de s’asseoir en silence et de prétendre que rien ne s’était passé. « S’il se passe quelque chose, ne pourrais-tu pas le dire directement ? Pourquoi as-tu juste fait un clin d’œil et m’as-tu poussé du coude ? »
Xie Yu était devenu célèbre très tôt.
Lorsqu’il entra pour la première fois à l’école, les rumeurs folles selon lesquelles il avait copié ses réponses aux examens lui donnèrent le statut de dieu de la triche aux yeux de tous.
Au début, la discussion allait dans ce sens : ce type était puissant. Trop puissant. Même aux examens d’entrée au lycée, il avait osé tricher. On disait que même si ses notes d’origine étaient multipliées par trois, ce ne serait pas suffisant pour entrer à Erzhong.
Plus tard, Xie Yu sécha les cours et se battit devant l’école. Un contre cinq. La punition qu’il récolta fut une honte publique devant toute l’école. Il fut affiché sur le tableau d’information en gros caractères pendant près d’un semestre. En un seul combat, il s’était fait un nom.
En cet instant, Xie Yu se tenait dans l’embrasure de la porte avec son sac en bandoulière et les mains enfoncées dans ses poches, sans aucune expression sur son visage.
La classe était déjà pleine. Une fois que les élèves eurent entendu la situation des listes, même ceux en congé maladie avaient demandé qu’on leur réservât une place avec des sacs. Ils craignaient à mort que, lorsque les cours commenceraient, un roi de l’enfer vivant se retrouve assis à côté d’eux.
Xie Yu jeta un coup d’œil autour de lui. Il ne restait que deux sièges vides dans la deuxième colonne de la dernière rangée. Il se dirigea donc calmement vers le fond.
Certains élèves chuchotèrent : « Est-ce que tout va bien ? Cela ne veut-il pas dire que les deux vont s’asseoir ensemble ? Une montagne ne peut pas abriter deux tigres (NT : idiome : deux personnes fortes ne peuvent coexister sans conflit). Et si une réaction chimique se produisait entre eux ? La salle de classe va-t-elle exploser ? »
« Alors, tu veux t’asseoir avec Xie Yu ? »
« … Je ne veux pas mourir si tôt. »
Environ cinq ou six minutes plus tard, Xu Xia entra enfin en classe, ses livres en main. « Est-ce que tout le monde est déjà là ? Qui manque ? »
Liu Cunhao avait dit qu’il ne voulait pas être représentant de classe, mais il avait trop l’habitude du rôle. Son corps n’écouta pas son esprit : il leva la main par réflexe et se leva. « Mlle Xu, une personne n’est pas encore arrivée. »
Xie Yu avait bu du vin la veille et restait encore groggy. Il posa la tête sur ses bras et s’endormit.
Xu Xia regarda autour d’elle, posant son regard sur une certaine personne au dernier rang pendant un instant avant de s’en éloigner en fronçant les sourcils. « Ne nous embêtons pas avec ceux qui ne sont pas encore là. Après la réunion de classe, descendez chercher vos livres. Vous savez où les trouver, n’est-ce pas ? Ensuite, je commencerai par quelques points à l’ordre du jour de la réunion de classe… »
Xu Xia ne voulait pas se préoccuper de la personne en retard, mais celle-ci fit son entrée en paradant jusqu’à la porte.
« Au rapport ! » He Zhao se tint dans l’embrasure de la porte. Il parla très poliment : « Veuillez excuser mon retard. »
La silhouette dans l’embrasure de la porte était frappante : t-shirt noir, jean bleu foncé retroussé aux chevilles. Lorsqu’il parla, sa voix contenait un rire désinvolte. On pouvait deviner d’un seul coup d’œil qu’il était une denrée de choix que les filles se disputaient tous les jours. Il avait l’air d’un fauteur de troubles, mais personne ne pouvait rester en colère après l’avoir regardé. Pas du tout l’allure d’un hooligan ; paresseux, langoureux et nonchalant. Il semblait étonnamment alerte.
Xu Xia fut surprise.
Elle n’avait jamais enseigné à Xie Yu et He Zhao auparavant, mais elle avait entendu les histoires répandues dans l’école. Son image mentale d’eux était celle de deux garçons avachis, incapables, donnant des coups de pied aux tables et aux chaises et ne portant jamais correctement leurs vêtements. Aujourd’hui, elle vit quelque chose de nouveau, même si son impression de Xie Yu n’était encore que celle de l’arrière de sa tête.
Xu Xia avait un enfant presque au collège et son cœur ne ressemblait plus beaucoup à celui d’une jeune fille. Elle n’appréciait pas He Zhao et lorsqu’il entra, elle ne l’aimait toujours pas. Elle se prépara à se mettre en colère contre lui, les mots sur le bout de la langue, mais avant qu’elle ne puisse parler, He Zhao tendit la main et sortit quelqu’un de derrière lui. « S’il vous plaît, laissez-moi au moins expliquer pourquoi je suis en retard. »
Lunettes rondes trébucha, traîné sans cérémonie par He Zhao. « Salut tout le monde, je suis Shen Jie de la classe 2.8. Aujourd’hui, j’ai été subitement malade dans le couloir. Je dois tout au brave camarade de classe qui m’a prêté main-forte. J’ai une maladie chronique… euh, chronique… »
Shen Jie, qui avait soudain oublié de quelle maladie il souffrait, bégaya longtemps.
He Zhao lui rappela : « Gastrite chronique non atrophique. »
« N’aurais-tu pas pu me suggérer quelque chose de plus simple ? » demanda Shen Jie.
He Zhao répondit : « Plus le nom est long, plus cela semble sérieux. »
L’estomac de Xu Xia était plein de colère qu’elle ne pouvait évacuer.
Ces deux-là l’ignoraient comme si elle était une idiote ?
« Vous êtes si harmonisés tous les deux. Êtes-vous dans un groupe a cappella ? » Elle montra le public. « Je ne veux pas faire perdre le temps de tout le monde. Trouvez un siège vide et asseyez-vous. Juste là, à côté de celui qui est couché et qui dort. »
Xie Yu, allongé sur le bureau et dormant, trembla. Il avait peut-être entendu quelque chose, ou peut-être senti plusieurs dizaines de paires d’yeux le fixer. Il leva la tête et s’assit, ouvrant lentement les yeux. « … »
He Zhao : « … »
L’atmosphère devint étrange. Et très subtile.
Liu Cunhao passa une note à son voisin de bureau : « Vont-ils se battre ? »
Son collègue répondit : « Je sens déjà les fluctuations d’énergie dans l’air. Très vicieux. »
Mais sous le regard attentif de la foule, He Zhao ne dit qu’un mot : « Ami ? »
Xie Yu : « … »
« C’est le destin », déclara He Zhao. « Quelle coïncidence. »
Bien que personne ne comprenne ce qui se passait et que personne ne sache quand ces deux grands frères avaient traversé l’espace entre les bâtiments ouest et est pour forger une amitié, tous les élèves de la classe 2.3 poussèrent collectivement un soupir de soulagement.
Ils avaient imaginé une scène terrifiante et déchirante où le sang coulait comme une rivière.
Xu Xia passa en revue plusieurs points : la disposition des sièges, la sélection des représentants de classe et plusieurs devoirs à réaliser avant le prochain cours. Elle conclut la première partie du cour en exprimant son espoir que tout le monde accueillerait le nouveau semestre avec un nouveau départ.
« Il reste encore du temps. Je vais lire le registre. Lorsque votre nom est appelé, montez et présentez-vous brièvement. »
Au milieu des applaudissements, He Zhao tapa également des mains à plusieurs reprises.
Xie Yu eut le vertige et s’allongea de nouveau. « … »
« Je m’appelle Wan Da. J’ai beaucoup d’intérêts, comme la lecture, le sport… »
« Salut à tous. Je m’appelle Xue Xisheng. J’espère que tout le monde pourra travailler ensemble, faire des efforts et s’améliorer. »
« Fu Pei... »
« Ding Lianghua… »
He Zhao écouta un moment, puis tapota l’épaule de Xie Yu. Il se tourna vers lui et demanda : « Hé, sais-tu qui est Xie Yu ? »
Xie Yu, allongé sur le bureau, se tourna pour le regarder. « Hein ? »
L’étudiant à l’avant avait une personnalité timide et parlait comme un moustique bourdonnant. Il essaya longuement de penser à ses passe-temps et de ses centres d’intérêt avant de finalement réussir à dire : « Natation. » Il s’éloigna de l’estrade comme s’il avait déposé un lourd fardeau.
He Zhao ajouta : « C’est ce gars, bâtiment ouest, cet idiot non conventionnel qui portait du vernis à ongles noir. »
He Zhao était quelque peu curieux au sujet du Grand frère légendaire du bâtiment ouest. Il ne se souciait pas beaucoup de la pile de grandes réalisations de Xie Yu de l’Ouest, mais le vernis à ongles noir lui avait laissé une impression particulièrement profonde pour une raison quelconque. Il fit le tour de la classe et ne put que soupirer que les sages ne se montraient pas ; Xie Yu avait enlevé le vernis à ongles noir et He Zhao ne put l’identifier.
Xie Yu le regarda avec une expression compliquée.
« Ami, le connais-tu ou non ? » demanda He Zhao. « … En fait, je m’intéresse beaucoup à lui. J'aimerais beaucoup apprendre de lui si l'occasion se présente. »
Xu Xia annonça depuis le podium : « Ensuite, Xie Yu. »
Xie Yu se leva lentement et tranquillement, sans regarder le visage de He Zhao pour observer son expression. Il se dirigea vers l’estrade et écrivit à la craie les deux mots « Xie Yu » au tableau. Son écriture était nette et soignée.
Puis il jeta la craie dans la boîte, s’épousseta les mains et fit une brève et précise auto-présentation : « Xie Yu. Et je ne porte pas de vernis à ongles noir. »
Lorsque Xie Yu prononça la dernière phrase, son regard se fixa sur un certain idiot. Mais cet idiot dénommé He ne fut pas du tout gêné. Et même, au milieu du silence alors que tout le public ne savait que dire, l’idiot prit l’initiative et applaudit. La quintessence du tact. « Bon ! Bien dit ! »
Xie Yu : « … »
Putain.
Une fois sa présentation terminée et revenu à sa place, He Zhao regarda les mains de Xie Yu sans même essayer de se cacher. Xie Yu, ennuyé, griffonna sur du papier. Remarquant qu’il était observé, il jeta son stylo : « Es-tu malade ? »
He Zhao dit : « Tu n’en portes vraiment pas ? Ddans la légende tu n’es pas comme ça. »
Dans les légendes du Grand frère du bâtiment ouest, le vernis à ongles jouait un rôle très important. Du moins, la raison pour laquelle He Zhao se souvenait du nom de Xie Yu était à cause du vernis à ongles, ornement non traditionnel.
« Légende mon cul. »
He Zhao alla directement chercher la main de Xie Yu. « Ne bouge pas. Laisse-moi voir. »
Xie Yu ne s’attendait pas à ce qu’il qu'il fasse directement un tel geste. Au moment où Xie Yu voulut récupérer sa main, elle était déjà prise par He Zhao.
Les mains de Xie Yu étaient assez élégantes, voire douces. Propres, aux doigts longs avec des articulations distinctes. Ses ongles étaient bien entretenus et soignés.
Quand Xie Yu était jeune et que ses conditions de vie étaient encore bonnes, Gu Xuelan lui avait suggéré d’apprendre le piano. Elle lui avait dit que ses doigts étaient fins et longs, donc très appropriés pour cet instrument. Plus tard, après que Xie Yu eut commencé à lever joyeusement ses poings contre les autres, certains parents amenaient leurs enfants chez Xie Yu presque tous les jours en demandant : « Qu’est-ce qui se passe avec ton enfant, pourquoi frappe-t-il les gens ? »
Gu Xuelan n’évoqua plus jamais le piano.
He Zhao venait juste de saisir cette main et n’eut même pas le temps de l’inspecter de près avant que Xie Yu n’explose. Il lui arracha sa main : « … Putain, c’est quoi ton problème ? »
Traducteur: Darkia1030
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