FSC - Chapitre 26 – La quête d'un homme

 

Au cours de l’auto-apprentissage du soir, Wan Da mentionna de nouveau son plan en grande pompe et avec un air mystérieux.

« Qu’en est-il ? Voulez-vous ajouter de la couleur à votre vie de week-end fade ? Que diable se passe-t-il dans le dortoir ? Aucun d’entre vous n’est curieux ? Les gens, tant qu’ils sont vivants, ne devraient-ils pas relever le défi et affronter l’inconnu ? Allez, quelqu’un peut-il me répondre ? J’ai l’impression d’avoir été laissé pour compte dans le froid. »

Xie Yu regarda les quelques traînards restés dans la classe. À part lui, He Zhao et Wan Da, il n’y avait que deux garçons, qui parlaient rarement en classe.

Pendant tout ce baratin, Xue Xisheng ne leva même pas les yeux, comme s’il n’avait rien entendu. Il luttait toujours contre une question particulièrement difficile. Il s’était complètement plongé dans ses études, et rien autour de lui ne pouvait attirer son attention.

L’autre garçon était Ding Lianghua. Lorsqu’il répondait aux questions, sa voix ressemblait à celle d’un moustique. Son caractère était calme et il paraissait extrêmement timide. Wan Da avait entendu dire que Ding Lianghua souffrait d’un léger trouble social, mais il ignorait si la rumeur était vraie.

Seule Xu Qingqing répondit, pour lui éviter un trop grand embarras. « Petit frère Da, même si la grande sœur est très intéressée… c’est inutile. C’est le dortoir des garçons. »

Wan Da répondit : « Et alors, si c’est le dortoir des garçons ? Tant que tu le souhaites, tu peux être mon grand frère Qing à tout moment. »

« … »

Xu Qingqing lui lança une gomme. « Va-t’en et meurs. »

Wan Da trouva que la réalité était bien loin de son idéal. L’équipe de chasseurs de fantômes qu’il avait imaginée ne ressemblait pas du tout à ça.

Il n’osa pas déranger Xue Xisheng et alla donc importuner Ding Lianghua.

Il s’assit devant lui et remarqua que Ding Lianghua frissonnait.

Wan Da se pencha en avant ; Ding Lianghua recula aussitôt. « Frère, qu’en penses-tu ? Je le répète, c’est la quête d’un homme. »

Ding Lianghua resta silencieux.

Ding Lianghua n’était pas doué pour communiquer avec les autres. Après avoir écouté Wan Da parler longuement, ce dernier ne savait toujours pas s’il viendrait ou non. Il lui fallut beaucoup d’efforts pour maintenir la conversation.

Pendant ce temps, Xie Yu échangeait des messages avec Zhou Dalei.

Dalei lui envoya une photo d’un gros chat orange et d’un chaton. Le petit était adorable, avec un pelage qui semblait fin et doux, et les deux chats regardaient la caméra la tête penchée de la même façon.

L’arrière-plan était le balcon de la maison de Dalei.

Zhou Dalei : « Je ne l’ai pas vue pendant quelques semaines et voilà qu’elle est allée accoucher ! Il ressemble exactement à Pangpang (NT : quelque chose comme bouboule). Je vais l’appeler Xiao Pang (NT : petit joufflu)! »

Xie Yu sourit et appuya sur « sauvegarder ».

Le gros chat orange était l’animal de compagnie commun de la rue Black Water ; ses origines restaient un mystère.

Elle n’était pas si grosse lorsqu’elle était arrivée. Elle était même maigre, les os saillant sous la peau. Elle devait errer depuis longtemps : dès qu’elle voyait quelqu’un, elle se cachait, et personne ne savait où elle dormait.

De nombreux chiens et chats passaient par la rue Black Water. Tante Mei et tante Lei rassemblaient souvent leurs restes de nourriture — parfois même des arêtes de poisson — les plaçaient dans des bols en acier qu’elles utilisaient rarement et les déposaient devant leur porte.

Avec le temps, le chat orange s’installa dans la rue Black Water.

Ce chat avait du caractère. Elle ne mangeait pas de riz blanc. Si elle dînait chez quelqu’un, elle restait la nuit et attrapait des souris pour cette famille. Elle les chassait avec une grande application et apportait même les cadavres à la porte, les alignant proprement en rang.

Zhou Dalei : « Ma mère s’est vraiment donnée du mal. Elle a cuisiné un poisson spécialement pour elle et a dit que pendant les semaines où elle n’était pas là, la maison était devenue sale… Tante Wang d’à côté en a cuisiné un aussi. L’une a préparé du poisson à la vapeur et l’autre du poisson grillé, comme si elles rivalisaient pour savoir qui garderait Pangpang ce soir. »

Xie Yu : « Tu devrais réfléchir. Pourquoi la vie d’un chat est-elle meilleure que la tienne ? »

Zhou Dalei : « …… »

Wan Da tourna longtemps autour de Ding Lianghua. Peut-être parce qu’il le trouvait trop envahissant, Ding Lianghua finit par hocher la tête.

He Zhao cherchait toujours un moyen d’esquiver. Une douzaine d’excuses traversèrent son esprit en quelques minutes, mais lorsqu’il apprit que Ding Lianghua participerait aussi, il déclara : « Ce type ? Celui qui bégaye dès qu’il doit parler en classe ? »

Xie Yu n’avait pas vraiment d’impression de Ding Lianghua et ne dit rien.

« Même lui y va. »

He Zhao jeta son téléphone de côté, s’enfonça dans sa chaise et sentit soudain son esprit combatif s’éveiller.

Xie Yu pensa : Ne le sous-estime pas autant. Je pense qu’il est peut-être plus courageux que toi.

Lorsque Wan Da arriva au dernier rang pour inviter les deux « grands frères », He Zhao tapa sur le bureau.

« Une quête d’homme ! Celui qui n’y va pas n’est pas un homme. Pas d’inquiétude. Zhao-ge vous protégera. »

Wan Da répondit : « Zhao-ge, à partir d’aujourd’hui, toi et moi sommes frères de sang. Nickel ! Vraiment un homme parmi les hommes. »

Xie Yu ricana aussitôt.

Tous quatre se donnèrent rendez-vous ce soir-là dans le dortoir de He Zhao pour attendre que les coups commencent après minuit.

Xie Yu habitait près de lui et n’était pas pressé. Il avait prévu de faire un autre examen simulé, mais après sa douche, He Zhao l’appela plusieurs fois pour le presser de venir.

Xie Yu séchait ses cheveux encore dégoulinants d’eau. « Tu es vraiment insupportable. »

He Zhao répondit : « Viens vite. J’ai un gros trésor à te montrer. »

Cette personne était vraiment agaçante.

Xie Yu passa la serviette autour de son cou et traversa le couloir. Il poussa la porte. « Qu’est-ce que tu veux ? »

« Presque fini. »

He Zhao écrivait quelque chose et ne tourna même pas la tête. Ses gestes étaient exagérés. Son écriture était déjà terrible, mais avec ces mouvements grandiloquents, elle devenait totalement illisible.

Xie Yu s’approcha et vit une longue bande de papier sur le bureau, couverte de caractères tordus et difformes. Au centre se trouvait un symbole yin-yang.

« …… »

Xie Yu devina immédiatement ce que c’était. La main qui séchait ses cheveux s’immobilisa. « C’est… »

« Le guide complet de la tactique la plus puissante d’exorcisme. Un sceau pour fantôme », déclara He Zhao.

Les cheveux de Xie Yu étaient encore mouillés et il ne portait qu’un simple T-shirt. Il passait la serviette dans ses cheveux. En le regardant, He Zhao eut soudain l’impression que les yeux de Xie Yu semblaient aussi voilés par une fine couche d’eau calme : brillants et étonnamment doux, mais froids.

Xie Yu contempla longtemps ce « sceau pour fantôme », puis finit par dire : « Ah, tu es vraiment impressionnant. »

Wan Da fut le troisième à arriver. Il s’était changé en pyjama à motif Bob l’éponge. Il portait un sac et tenait une lampe de poche à la main.

« Zhao-ge, je suis là. Wah, Yu-ge, tu es déjà arrivé tôt. » Wan Da poussa la porte et entra. « J’ai apporté une lampe de poche. Si vous en avez une, vous devriez en prendre une aussi. Si le fantôme est puissant, il pourrait éteindre toutes les lumières du bâtiment. »

Xie Yu exprima ses doutes quant à cette scène classique de roman surnaturel. « Qu’est-ce qui te fait penser qu’une lampe de poche ne sera pas affectée ? »

Wan Da : « …… »
Sur le moment, il ne sut que répondre.

Il était encore tôt. Les trois, s’ennuyant, se réunirent pour jouer à un jeu vidéo de combat.

Il n’y avait qu’une seule chaise dans la chambre ; le seul autre endroit où s’asseoir était le lit. Wan Da n’osa pas toucher le lit de He Zhao et tourna donc son regard vers Xie Yu. « Yu-ge, tu veux bien te lever ? Je… je voudrais m’asseoir sur la chaise. »

Wan Da découvrit très vite à quel point il était horrible de jouer à des jeux vidéo avec ces deux-là.

Xie Yu semblait posséder la capacité de tirer un as en trois tentatives (NT : obtenir immédiatement la meilleure option). Il faisait ce qu’il voulait et ne se souciait absolument pas de ses coéquipiers. He Zhao, lui aussi, ignora Wan Da. « J’ai quelque chose de bien ici. Vieux Xie, viens ! Où es-tu ? Viens le prendre. »

« Zhao-ge, je… je suis aussi ton coéquipier », déclara Wan Da d’une voix presque plaintive. « Jette-moi un os ! Je suis tellement pauvre. »

Ce ne fut qu’alors que He Zhao regarda Wan Da et accorda enfin un peu d’attention à son coéquipier. Mais après l’avoir observé, il déclara : « Tu es trop loin. Fais simplement de ton mieux. »

Wan Da : « …… »

Ding Lianghua arriva vers onze heures.
He Zhao s'écarta et tapota le lit. « Je pensais que tu ne viendrais pas. Assieds-toi. »

Ding Lianghua n’avait pas beaucoup interagi avec He Zhao ; maintenant, il restait planté dans l’embrasure de la porte, visiblement perdu. Par réflexe, il jeta un coup d’œil à Wan Da. Comprenant la situation, celui-ci lui offrit la moitié de sa chaise. « Tu veux aussi t’asseoir sur la chaise ? Viens ici. »

Ding Lianghua s’assit avec précaution.

He Zhao ne comprenait pas. « Qu’est-ce qui ne va pas avec vous deux ? »

Les cheveux de Xie Yu étaient désormais à peu près secs. Il retira la serviette et la posa sur le bureau de He Zhao.

« Alors établissons notre plan de bataille pour ce soir », déclara Wan Da avec enthousiasme. « À bien y penser, Yu-ge, tu m’as agréablement surpris. Je pensais que tu ne viendrais pas… » Après tout, il était si asocial.

« Je suis venu pour voir le spectacle », répondit Xie Yu.

***

00 h 30.

Dehors, la nuit était noire comme l’encre et le dortoir étonnamment silencieux.

Pendant le week-end, plus de la moitié des résidents du bâtiment étaient partis. Même le bruit de leurs pas paraissait plus fort que d’habitude. En regardant d’un bout à l’autre du couloir, l’enfilade de portes semblait interminable et donnait presque le vertige.

Wan Da ralentit sa respiration et prit les devants. Il poussa la porte et sortit.

Crac.

Dans cette atmosphère, même le bruit d’une porte qui s’ouvrait paraissait effrayant.

He Zhao resta figé longtemps, sans bouger.

Wan Da se retourna et l’appela : « Allons-y, Zhao-ge, qu’est-ce que tu fais ? »

Xie Yu se trouvait derrière He Zhao, qui bloquait le passage ; il ne pouvait donc pas sortir. Il tapota son épaule. « Protège-moi… Zhao-ge. Tu es un homme parmi les hommes. »

He Zhao : « …… »

Ce soir-là, He Zhao se montra étonnamment compétent. Peut-être que le sceau pour fantôme lui donna du courage. Après environ une demi-heure d’attente, ils s’ennuyèrent et commencèrent à discuter.

« Ding Hualiang, tu… »

« Je m'appelle Ding Lianghua. »

« …… »

« Désolé, je ne me souviens pas vraiment de grand-chose à ton sujet. »

« …… »

« Mais je parie que le vieux Xie ne sait même pas que ton nom de famille est Ding. »

Avec un sourire, Wan Da demanda à Xie Yu s’il faisait seulement semblant de ne pas savoir, lui donnant ainsi un moyen de sortir de l’embarras dans lequel He Zhao l’avait plongé. C’est alors qu’un léger bruit de coup lui parvint à l’oreille.

Tout le monde se tut.

Juste au moment où Wan Da déclara : « Peut-être que nous l’avons imaginé », un autre bruit retentit.

Il semblait très lointain, étouffé, comme si quelque chose se trouvait entre eux et la source du bruit. Le son traversa le couloir vide et remonta depuis la cage d’escalier.

« Ce soir, ça ne frappe pas au troisième étage », nota Wan Da d’une voix tremblante. « C’est… c’est juste en dessous de nous. »

Bien des années plus tard, lorsque Xie Yu se remémora sa vie au lycée, il n’oublia certainement pas cette nuit-là. La suite d’événements absurdes et la fin ridicule sont secondaires.

Ce grand idiot, dont les mains tremblaient tant il avait peur, avait pourtant glissé le sceau dans la main de la personne à côté de lui.

He Zhao prit le sceau pour fantôme couvert de gribouillis et le fourra dans la main de Xie Yu. Le papier était déjà froissé et conservait la chaleur persistante de sa paume. He Zhao regardait nerveusement en direction des escaliers et avait fait tout cela inconsciemment. Il tapota la tête de Xie Yu.

« N’aie pas peur. Grand frère te protégera. »

Xie Yu baissa les yeux vers le morceau de papier et resta un instant stupéfait.

 

Traducteur: Darkia1030