FSC - Chapitre 28 – Je ne peux pas l'accepter. Des notes élevées ne me conviennent pas.
« Mon ami, qu’en est-il du chinois ? Qu’as-tu obtenu comme points ? »
Le garçon qui avait les meilleures notes de la classe se gratta la tête et répondit avec embarras :
« Environ 80… »
Tous les élèves de la division des fainéants semblèrent soudain avoir trouvé leur grâce salvatrice et se précipitèrent vers lui en horde. L’un d’eux alla même jusqu’à glisser une cigarette dans la poche de sa poitrine.
« Grand frère, un petit signe de ma considération. Accepte et ne fais pas de cérémonie. »
« 80 points en chinois ! Je ne l’ai vu que dans mes rêves. Comment quelqu’un avec des notes aussi bonnes se retrouve-t-il dans ce lieu d’examen ? Tu es vraiment un talent enfoui. Un as parmi la lie. »
« Tu es vraiment impressionnant. Quand j’établirai un contact visuel plus tard, lance-moi la réponse. »
« Relaxe. Je pratique les arts martiaux depuis plus de dix ans, donc il n'y a absolument aucun risque. J’avalerai le papier plutôt que de le laisser tomber entre les griffes d’un surveillant. »
« … »
Le garçon, entouré de tous côtés, fut au septième ciel. Il se dit qu’il devrait être placé à nouveau dans cette division d’examen la prochaine fois… Le sentiment d’être un grand frère était vraiment agréable.
Il sentit tout son corps se charger d’énergie. Personne n’avait jamais fait l’éloge de ses notes d’échec de cette manière auparavant.
Xie Yu s’assit à sa place, faisant tournoyer un stylo, et attendit que le surveillant entre dans la salle de classe.
Trois de ses doigts tenaient un stylo à encre noire qu’il faisait tourner négligemment. Tourne, tourne. Ses yeux se fermèrent légèrement ; il en avait assez d’attendre.
He Zhao tapota l’épaule droite de Xie Yu avec un stylo. « Petit ami, tu veux les réponses ? »
Le stylo dans la main de Xie Yu tomba sur la table avec un cliquetis. Sa main, aux doigts longs et fins, aux articulations marquées, resta immobile.
« Toi ? » Xie Yu posa une main sur sa tête et se tourna pour regarder He Zhao. « Oublie. »
He Zhao comprit que Xie Yu avait mal interprété ses paroles. Il se renversa sur sa chaise avec un sourire et tendit la main ; son index se plia légèrement. Il tapota doucement le front de Xie Yu.
« À quoi penses-tu ? Pas les miennes, bien sûr. Celles de ce gars-là, celui qui a obtenu 60 en maths et 80 en langue… »
Ce fut un geste vraiment léger, effleurant à peine le front de Xie Yu avant de glisser.
Xie Yu eut une réaction viscérale à ce contact. Peut-être n’était-ce pas tant du dégoût que le fait de ne pas y être habitué. Il posa une main sur le bureau et se leva brusquement, le corps penché en avant, comme s’il voulait vraiment ouvrir la fichue tête de He Zhao en deux. « Je te l’ai déjà dit. Ne me touche pas. »
He Zhao était assis tout au fond de la classe, mais son siège restait encore à une certaine distance du mur. Il recula de quelques pas avec sa chaise.
« Ton tempérament est vraiment chaud », dit-il. « … D’accord, d’accord, arrête de faire des histoires. Calme-toi. »
Leur querelle attira l’attention ; plusieurs personnes regardèrent dans leur direction, sans bien comprendre ce qui se passait. Pourtant, on n’avait pas vraiment l’impression qu’ils se battaient.
« Que font ces deux-là ? »
« J’ai entendu quelqu’un de la classe 3 dire que Xie Yu et Zhao-ge… les deux sont un peu courbés (NT : gays). »
« Ah ? »
« Je n’y croyais pas vraiment non plus à l’époque… »
« Quelle personne de la classe 3 ? Je-sais-tout ? Ce qu’il raconte est peut-être à moitié vrai au mieux. Prends-le simplement avec précaution. »
La cloche sonna de nouveau.
La voix du doyen Jiang jaillit de l’interphone : « Étudiants, l’examen commence dans cinq minutes. Veuillez retourner dans votre salle d’examen désignée. Le premier examen sera le chinois. »
Jusqu’alors, l’annonce avait été faite d’une voix très basse et douce, probablement pour calmer l’anxiété des élèves. Mais soudain, le doyen Jiang s’interrompit au milieu de sa phrase et son ton changea brusquement. Sa voix devint soudain beaucoup plus forte : « Étudiant, de quelle classe es-tu ?! L’examen est sur le point de commencer et tu traînes encore ici ?! Arrête-toi là ! Viens ici ! Espèce de morveux, comment oses-tu courir !… »
« … »
L’annonce fut coupée net.
Un élève attentif entendit alors le bruit de talons hauts claquer dans le couloir et avertit les autres : « Chut. Le surveillant arrive. »
La salle de classe bruyante se calma instantanément.
Cependant, le mot « calme » ne faisait pas partie du vocabulaire de He Zhao. Il tapota de nouveau Xie Yu avec son stylo. « Je te passerai les réponses plus tard. »
Xie Yu cracha froidement : « Pas besoin. »
« Pourquoi pas ? 80 points en langue. »
Xie Yu pensa : Des réponses, mon cul. Je pourrais accidentellement obtenir une note plus haute que toi.
« Je ne peux pas accepter. » Xie Yu trouva une excuse raisonnable. « Les notes élevées ne me conviennent pas. »
Les deux surveillants furent Tang Sen et Xu Xia. Quelle coïncidence : tous deux avaient des liens avec la classe 2.3.
Xu Xia avait probablement été affectée à cette salle à la dernière minute. Lorsqu’elle arriva à la porte, elle demanda même : « Est-ce la bonne salle ? »
Vieux Tang répondit : « Ça l’est. »
Il tenait, comme toujours, une tasse de tisane aux propriétés médicinales. Lorsqu’il entra dans la salle de classe, il posa le gobelet, ouvrit le paquet scellé de sujets d’examen et commença à les compter.
Xu Xia avait apporté une chaise et un livre. Elle jeta un coup d’œil dans la classe. Quand elle aperçut He Zhao, son visage se figea un instant dans une expression un peu forcée avant qu’elle ne détourne le regard.
« C’est Xu Xia », murmura quelqu’un qui l’avait reconnue.
« Je ne la connais pas. À quoi ressemble-t-elle ? Un surveillant strict ? »
« Elle était la professeure principale de la classe 3 auparavant. Puis elle a été transférée… Demandez à Zhao-ge. Il en sait probablement plus. »
« Zhao-ge, Zhao-ge. »
Quelqu’un assis près de Zhao-ge baissa vraiment la voix pour poser la question. Après tout, leur destin dépendait directement de la rigueur de ces deux surveillants.
« Vieux Tang, je le connais. Mais cette institutrice, est-elle stricte ? »
He Zhao sourit et jeta son stylo sur la table. « Elle… »
Il ne poursuivit pas sa phrase.
Le garçon se frotta la tête, perplexe. Pourtant, il eut l’impression que le sourire de He Zhao était un peu froid.
Que les surveillants fussent stricts ou non, la tricherie prévue devait de toute façon être exécutée.
Ce groupe n’avait peut-être pas de notes respectables, mais ils possédaient tous beaucoup d’audace et jouaient pour le plaisir du jeu. Le moment venu, ils n’hésiteraient pas.
L’agitation dans cette salle ressemblait vraiment à celle d’un film à grand spectacle.
« Il reste une demi-heure avant la fin de l’examen. Utilisez-la bien et répondez aux questions. Si vous n’avez pas commencé la dissertation, vous devez mieux gérer votre temps. »
Xu Xia fit plusieurs tours dans la classe, puis cessa de marcher, s’assit et se mit à lire son livre. Tang Sen, lui, tint sa tasse et fit lentement le tour de la salle.
« Faites attention. À l’école, nous apprenons plus que des connaissances. Plus que de répondre à des questions, il est important d’apprendre à être une bonne personne… »
Pendant que Tang Sen parlait, il se retourna, et une boule de papier vola à travers la pièce derrière lui.
« J’espère qu’aucun de vous ne trichera. Montrez votre véritable capacité. Si vous ne connaissez pas la réponse, ce n’est pas grave. Il n’y a pas de honte… tant que vous travaillez dur pour l’apprendre à l’avenir, c’est bien… »
La boule de papier atterrit parfaitement sur le coin du bureau de He Zhao.
Quelle que fût la matière étudiée par He Zhao, il suivait toujours son principe : « abandonnez et passez à la question suivante ». La seule exception était le chinois. Au moins, dans cette matière, il comprenait les questions ; il n’était pas illettré, après tout.
Ainsi, lors des examens de chinois, il remplissait toujours entièrement la feuille de réponses afin de compenser les regrets qu’il éprouvait de ne rien pouvoir faire dans ses autres matières.
Il termina les questions du début et passa à la composition. Il écrivit avec un enthousiasme débordant ; son écriture devint si désordonnée que même les lignes du cahier ne parvinrent pas à la contenir.
Voyant que Tang Sen était sur le point de se retourner une nouvelle fois, He Zhao tendit calmement la main et saisit la boule de papier.
Tang Sen se retourna effectivement. Il fixa longuement la feuille d’examen de He Zhao avec une expression compliquée, mais ne dit finalement rien. Il plaça ses deux mains derrière son dos et s’éloigna en marmonnant : « … L’exigence de base est une écriture lisible. Ce sont des points que vous ne devriez vraiment pas perdre. Faites attention à cela. »
Plus de vingt personnes partagèrent toutes le même ensemble de réponses. Ils en avaient longuement discuté et avaient finalement décidé d’un système en chaîne pour faire circuler les réponses : elles partiraient de l’avant de la première colonne verticale jusqu’au fond, puis remonteraient du fond de la deuxième colonne vers l’avant.
Le camarade de classe qui transmit les réponses à He Zhao lui fit signe de terminer de copier puis de les lui renvoyer.
He Zhao leva tranquillement la main et fit un signe « OK » pour le rassurer.
Xie Yu prévoyait d’obtenir environ 40 ou 50 points à cet examen de langue. Il avait laissé la moitié du livret vide ; pour les questions auxquelles il n’avait pas l’intention de marquer des points, il n’écrivit tout simplement aucune réponse.
Xie Yu était incapable de la reproduire l’incroyable capacité de He Zhao à répondre aux questions au hasard avec un aplomb total .
Lors du cours de chinois précédant l’examen, vieux Tang avait distribué deux examens blancs de compréhension de lecture qu’il avait récupérés à la fin du cours. Xie Yu avait regardé He Zhao répondre très sérieusement aux questions, mais toutes ses réponses n’avaient absolument aucun sens. Sa feuille de réponses avait circulé dans toute la classe et était devenue la risée de Liu Cunhao et des autres, qui l’avaient traitée comme une énorme blague.
Cette fois, le sujet de la dissertation était « Silhouette ».
Xie Yu faisait de son mieux pour s’éloigner du sujet et réfléchir à la manière d’y parvenir lui donna mal à la tête. À ce moment-là, il entendit He Zhao l’appeler doucement derrière lui.
Puis il sentit quelque chose lui tapoter deux fois le dos.
« Vieux Xie », murmura He Zhao. « Ta main. En dessous. »
« Quoi ? »
« Les réponses. Donne-moi ta main. »
He Zhao tenait la boule de papier dans une main et se pencha légèrement en avant, sa main gauche glissée sous le bureau. Très discrètement. Si Xie Yu tendait la main, il pourrait l’attraper.
Xie Yu repoussa calmement sa chaise vers l’arrière. Il saisit le bord de son bureau d’une main et réduisit la distance entre eux, tout en baissant la voix : « Je t’ai dit que je n’en voulais pas. »
« Même si tu n’en veux pas, les gars devant attendent. » He Zhao tapota le dessous du bureau du doigt et insista : « Leur destin est entre tes mains. Fais une bonne action aujourd’hui. Accumule du karma. »
Le grand ventilateur suspendu au centre du plafond grinça en tournant, couvrant les sons de leur conversation. Une brise légèrement tiède entra par la fenêtre ouverte. La salle de classe était très calme et plusieurs livrets d’examen supplémentaires reposaient sur l’estrade, maintenus par une boîte de craies. Les coins des pages se soulevèrent sous le vent et les livrets semblaient prêts à s’envoler à tout moment.
Xie Yu abaissa son bras à contrecœur et tendit la main vers l’arrière, mais après avoir tâtonné un moment, il ne trouva rien. « Où ? »
« Juste en dessous ici. »
« Pas ici. »
« Si, là. Tâte un peu. »
Xie Yu cherchant à sonder la situation , tâtonna tout en demandant : « Tu les as copiées ? »
« Moi ? Je ne les ai pas copiées. » Pendant qu’il parlait, He Zhao se souvint du « Je ne peux pas l’accepter » de Xie Yu et ajouta : « … J’y ai réfléchi, et je ne peux pas l’accepter non plus. »
« … »
Xie Yu fut complètement exaspéré. Il se pencha légèrement en arrière, pensant que s’il ne parvenait pas à les attraper cette fois, il laisserait tomber. Que les autres se débrouillent ; pourquoi auraient-il besoin de copier ? S’ils ne connaissaient pas la réponse, ils laisseraient simplement la case vide…
Alors qu’il pensait cela, il attrapa le bout du doigt de He Zhao.
Tous deux se figèrent.
Le ventilateur grinça en tournant.
La boîte de craies ne contenait plus que quelques morceaux et ne parvenait plus à retenir les cahiers d’examen posés sur l’estrade. Le vent les emporta et Xu Xia referma rapidement son livre pour les rattraper.
Xie Yu ne lâcha pas prise. He Zhao ne retira pas non plus sa main.
Après plusieurs instants d’immobilité, He Zhao bougea légèrement la main. Il releva doucement son index, juste assez pour effleurer la paume de Xie Yu.
Traducteur: Darkia1030
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