Au Bureau de la sécurité publique de B City, quartier de Black Water.
« Vous êtes la tutrice de Xie Yu ? »
« Je suis sa mère. » Gu Xuelan se tenait au poste de police, visiblement hors de son élément. « Est-il en sécurité ? Est-il blessé ? Combien coûtent les soins ? Je paierai n’importe quoi, pourvu que vous le libériez immédiatement. »
La policière ne leva même pas les yeux. D’un geste bien rodé, elle attrapa une feuille de papier dans un dossier à sa droite et le posa sur la table : « Oubliez cela pour l’instant et remplissez ce formulaire. »
Après un moment, la policière termina son travail, referma son stylo et leva le regard. « Votre fils est vraiment quelque chose. Un contre cinq, et toutes les blessures qu’il a infligées étaient internes. Personne ne remarquerait qu’ils sont blessés sans un examen à l’hôpital. »
Gu Xuelan se figea, ne sachant comment réagir.
La policière la dévisagea et demanda avec désinvolture : « Vous n’êtes pas d’ici, n’est-ce pas ? »
Gu Xuelan déclara : « Nous… venons d’une autre ville. »
Cet incident impliquant Xie Yu n’était pas sérieux. Bien que les jeunes qui avaient appelé les flics avaient raconté comment leur « grand frère » avait été harcelé, maintenu au sol et violemment frappé, les policiers qui recueillirent leurs déclarations avaient des doutes.
Ils avaient déjà reçu d’innombrables rapports de police et c’était la première fois qu’ils rencontraient une « victime » semblable : une chevelure en bataille, oreilles et nez percés, odeur de fumée et bras couverts de tatouages voyants – un dragon noir à gauche, un tigre à droite. Avec les numéros d’identification qu’ils fournirent, après vérification, les agents découvrirent qu’ils étaient tous de jeunes délinquants aux casiers judiciaires chargés.
« Tout ce que vous dites ici est vrai ? »
« Vrai, absolument vrai. Notre grand frère ne peut toujours pas se tenir debout. »
Alors, ils tournèrent leur regard vers l’homme au visage haineux et à la « laisse » en or autour du cou. L’homme se serra le ventre, marmonnant sans cesse : « Mal à mort, ah, hey… on intimide un honnête homme, maintenant ? Pourquoi les enfants sont-ils comme ça de nos jours ? … Ça fait mal, ça fait mal, ça fait mal. Ça fait même mal de parler. »
« … »
Gu Xuelan remplit le formulaire et signa dans le coin inférieur droit.
La policière dit : « D’accord, attendez ici. Votre fils termine sa déclaration. »
Gu Xuelan serra son sac à main. Elle ne voulait pas s’attarder trop longtemps. « Encore en train de faire sa déclaration ? » Elle s’était précipitée depuis la ville A dès qu’elle avait reçu l’appel ; deux heures de route les séparaient.
La policière la regarda : « Les déclarations des deux côtés ne correspondent pas. »
*
Dans la salle d’interrogatoire :
Xie Yu répéta pour la troisième fois : « Je ne l’ai pas frappé. »
Au cours des deux dernières heures – ni trop longues, ni trop courtes – Hu-ge avait expérimenté les méandres de la vie et ce que c’était que d’être complètement humilié. Le gamin en face de lui, tout juste entré au lycée, lui donnait une leçon d’impudence.
Il était assis face à Xie Yu. La longue table était assez large et il y abattit sa main, criant si fort qu’il semblait hurler à travers le toit : « Officier ! Il ment ! »
Le policier n’était pas à prendre à la légère. Dans le quartier de la rue Black Water, même la personne la plus douce se forgeait un caractère acéré. « Putain de merde ! Asseyez-vous correctement. Que croyez-vous faire ?! Si vous ne pouvez pas, sortez. Ai-je dit que vous pouviez parler ? »
Hu-ge se rassit à contrecœur.
Le policier se tourna vers la « jeunesse fragile » assise face à Hu-ge et adoucit sa voix : « Xie Yu, n’est-ce pas ? N’ayez pas peur. Avec nous ici, il n’osera rien vous faire. »
Xie Yu répondit calmement, timidement et poliment : « Merci, oncle officier. »
Hu-ge était si en colère qu’il faillit sauter par-dessus la table pour arracher le masque de Xie Yu. « Ne fais pas ta putain de comédie ! C’est moi qui ai été battu ! Je suis la victime ! »
Le policier frappa la table avec un dossier. « Si vous faites plus de bruit, vous pouvez sortir ! Regardez comme vous effrayez le gamin ! »
Xie Yu tressaillit obligeamment, feignant la peur face à la « mafia ». Même s’il ne se concentrait pas particulièrement sur son jeu d’acteur, l’effet se fit sentir.
Faux, tout est faux ! Vous êtes aveugle ! hurla Hu-ge intérieurement.
Quel diable ! Si jeune et il savait déjà mettre une peau de mouton ! C’était clairement un foutu loup ! (NT : idiome : litt. « un cœur de loup sous une peau de mouton », signifiant que quelqu’un cache sa véritable nature. NE : équivalent français : « un loup déguisé en agneau »)
Lorsque Xie Yu partit, la nuit était déjà tombée. Il n’eut aucune responsabilité à assumer et s’en tira indemne.
Sous les embellissements des tantes du marché de gros, les crimes de Hu-ge furent gravés dans la pierre et ses blessures furent acceptées, car « seul le diable sait qui l’a battu et où » (NT : idiôme signifiant que personne ne sait qui a fait quoi). Il dut payer cinq cents yuans de sa propre poche et rédiger une déclaration reflétant clairement ses activités, jurant de ne plus jamais causer de problèmes aux habitants de la rue Black Water et promettant de tourner une nouvelle page et de recommencer sur de nouvelles bases.
Hu-ge s’allongea sur la table. Un dictionnaire Xinhua était posé à côté de sa main ; quand il ne savait pas écrire un mot, on le faisait chercher. Ils ne le laissèrent pas écrire en pinyin. Ce fut l’expérience la plus humiliante de sa vie.
Lorsque Xie Yu sortit, Hu-ge l’interpela pour l’arrêter.
Le policier tenait un bâton à la main, parfaitement préparé. Il avertit bruyamment : « Chen Xionghu ! Qu’essayez-vous de faire ? »
« Je n’essaie rien. Tu es juste là pour me retenir. Que puis-je faire ? Je veux juste lui dire quelque chose. » Hu-ge regarda Xie Yu et demanda, sans abandonner : « De quel gang es-tu ? »
Xie Yu s’arrêta de marcher et le regarda avec une expression compliquée signifiant « Je regarde un idiot. »
Hu-ge répéta une seconde fois, obstiné : « De quel gang es-tu exactement ?! » Il estimait que les forces souterraines derrière cette personne étaient profondes et insondables. Il voulait savoir quel dieu il avait offensé cette fois ; s’il devait mourir, il voulait comprendre pourquoi.
Sous le regard brûlant de Hu-ge, Xie Yu ouvrit nonchalamment la bouche : « Moi ? Je suis la voie du socialisme aux caractéristiques chinoises ».
Hu-ge. « …… »
Une Bentley argentée et familière était garée devant le poste de police. Gu Xuelan était assise dans la voiture et son profil se dessinait vaguement à travers la fenêtre.
Xie Yu monta dans la voiture. « Maman. »
Gu Xuelan resta silencieuse.
Xie Yu poursuivit : « En fait, tu n’avais pas besoin de venir aujourd’hui. Je sais gérer. »
Ce Hu-ge – depuis le début, Xie Yu savait qu’il ne faisait que gesticuler. Un vrai gangster ne continuerait pas à bavarder fièrement sur la façon dont il avait « été en prison » ; de plus, un vrai gangster ne se serait pas saoulé et n’aurait pas osé se rendre à Guang Mao dans un tel état. Finalement, il fut assez stupide pour appeler lui-même la police.
Le silence plana dans l’air. Après que la voiture eut parcouru une certaine distance, Gu Xuelan déclara : « Te souviens-tu que je suis ta mère ? Pourquoi es-tu venu jusqu’ici ? Même la police a dit que ce n’était pas toi qui l’avais battu... c’est toi qui l’as fait, n’est-ce pas ? »
Xie Yu s’inclina sur le siège et dit d’un ton égal : « C’est moi qui l’ai battu. Est-ce que je t’ai embarrassée ? »
La main de Gu Xuelan resserra sa prise sur la housse de siège en peluche, ses jointures blanchirent. Après une pause, elle dit durement : « Oui, tu m’as embarrassée ! Si tu sais que c’est embarrassant, arrêtes de faire ce genre de choses ! »
A l’avant, le chauffeur soupira et intervint : « Second jeune maître, ne répondez pas à madame. Madame s’inquiétait pour vous pendant tout le chemin. Elle avait tellement peur qu’il vous soit arrivé quelque chose. »
Xie Yu voulut dire : « Ne m’appelez pas second jeune maître. Je ne suis pas le second jeune maître de votre famille Zhong. » Chaque fois qu’il entendait ces trois mots, il se sentait très mal à l’aise, comme s’il était obligé de porter une tenue mal ajustée qui s’enroulait autour de son cou pour l’étouffer.
Gu Xuelan se calma et changea de sujet : « Je t’ai trouvé plusieurs tuteurs. À partir de demain, et jusqu’à la reprise de l’école, tu n’iras nulle part, resteras à la maison et étudieras à fond. Tu sais mieux que moi à quoi ressemblent tes notes. »
Xie Yu dit : « Pas besoin. Mes notes sont comme ça. Ne perds pas ton temps. »
Gu Xuelan rétorqua : « Je me suis arrangée pour que tu puisses y aller et tu n’as pas voulu. Tu es resté à la campagne, mais maintenant regarde ce que tu fais toute la journée. Tout comme un tas de boue humide qui ne peut même pas être utilisé pour réparer un mur (NT : idiome décrivant quelque chose ou quelqu’un d’inutile). Dis-moi, que vas-tu faire ?! »
La voiture entra lentement dans le garage souterrain. C’était un bungalow privé entouré de collines verdoyantes et de plans d’eau bleue. Il avait plu il y a plusieurs jours et l’humidité ne s’était pas dissipée. L’air humide effleura le visage de Xie Yu.
Xie Yu ouvrit la portière et sortit, répondant : « Ce sont mes affaires, je sais ce que je vais faire à leur sujet. »
Gu Xuelan était furieuse au-delà de l’acceptable face à son attitude. Le chauffeur la réconforta : « Il est dans sa phase rebelle. C’est un garçon, c’est inévitable. Son caractère est suffisamment tranchant pour couper. Mon fils était pareil, avant. Après ça se calme, ça ira mieux. Il y viendra. »
Gu Xuelan resta assise dans la voiture. Elle se frotta la tempe et ne put prononcer un mot.
— Tu es vraiment quelque chose, patron Xie. Tu avais dit que tu viendrais me voir et tu es allé au poste de police à la place. Je suis tellement touchée.
— Tu n’es pas encore à la gare ? As-tu besoin que les gars viennent en renfort ?
Le message venait de Lei-zi.
Xie Yu baissa les yeux et lut ses messages en entrant dans la maison.
Il était occupé à se changer et n’eut pas le temps de taper, alors il appela à la place.
À cette heure-ci, Lei-zi devait probablement aider au stand de grillades.
Comme prévu, lorsque l’appel aboutit, ce ne fut pas la voix de Lei-zi qui retentit dans son oreille, mais une autre, inconnue, qui demanda : « Encore dix bâtons d’agneau. »
« Viens tout de suite, table trois, dix bâtons d’agneau. »
Lei-zi retira son tablier, se pencha à la taille et se glissa par la porte de derrière. « Patron Xie, tu vas bien ? Es-tu à la maison ? Merde, ce poste de police est si facile d’accès. Ton tempérament est tout aussi explosif qu’il y a dix ans. »
Xie Yu venait d’enlever son t-shirt et son torse était nu. « Qu’est-ce qui a bien pu m’arriver ? Aussi, trouve quelqu’un pour garder un œil sur ce Gou-ge (NT : grand frère Chien au lieu de Hu-ge, grand frère tigre). J’ai peur qu’il harcèle à nouveau tante Mei. »
« La harcèle ? » Lei-zi y réfléchit un instant et comprit. « Tu veux dire ce Hu-ge ? »
Xie Yu répondit : « Pareil. »
Lei-zi fit remarquer : « C’est une très grande différence. »
Lei-zi n’arrêtait pas de parler : « Tu as toujours été comme ça, tu ne peux pas te souvenir des noms des gens. Te souviens-tu encore de mon nom ? »
Xie Yu dit : « Zhou DaLei. Qu’est-ce qui ne va pas ? » (NT : zi est un suffixe affectueux ou familier)
« C’est bien que tu t’en souviennes. Je n’arrêtais pas de penser qu’avec une personnalité comme la tienne, tu avais peut-être vraiment oublié. »
Lei-zi trouva un petit tabouret en plastique et s’assit. Il sortit une cigarette Chunghwa de sa poche et la mit dans sa bouche avant de continuer : « Tante Mei n’a pas besoin de ma protection. C’est en fait plus comme si elle me protégeait. Tout au plus, je suis le petit prince d’un stand de grillades. C’est elle qui a une grande réputation, la sœur aînée de la rue Black Water. »
Xie Yu sentit qu’il y avait quelque chose entre les lignes. « Quoi ? »
« Tu es parti tôt donc tu n’as pas vu. Tante Mei a trouvé quelqu’un et a déterré toute son histoire. Toutes ces choses à propos d’aller en prison et de tuer quelqu’un, c’est du vent. Il venait juste de voler quelque chose et a été attrapé sur place par le propriétaire de la maison… Je pense qu’il ne pourra pas continuer à « faire des affaires » à Black Water. Comment pourrait-il récupérer des frais de protection maintenant ? »
Xie Yu posa son téléphone sur son lit et se prépara à changer de pantalon.
Lei-zi n’arrêtait pas de parler. Peut-être parce qu’il fumait seul, il devint soudain pensif : « En y repensant maintenant, c’était très bien quand nous étions ensemble. Mais je suis aussi heureux pour toi maintenant. La famille Zhong se porte si bien dans la ville A. Une succursale de l’entreprise a même été créée dans la ville B. Depuis que ta mère t’a emmené avec elle lorsqu’elle s’est mariée dans la famille… tu n’as plus à te soucier de la nourriture ou de quoi mettre sur ton dos. Tu n’as plus non plus à fuir les agents de recouvrement comme avant. »
Xie Yu arrêta d’enlever son pantalon. Il laissa tomber et s’allongea sur son lit. La lumière suspendue au plafond était si vive qu’elle lui en donna le vertige. Il ne savait pas s’il parlait à Lei-zi ou à lui-même : « Est-ce ainsi ? »
C’était bruyant du côté de Lei-zi et il n’entendit pas du tout ce que Xie Yu dit. Il aspira une dernière bouchée de fumée et se leva : « Patron Xie, je ne vais plus te harceler. La table trois attend et, bon sang, ils ont osé casser la table. Attention à ce que je ne ramasse pas les cendres et les frotte sur leurs visages… »
L’appel fut coupé.
Xie Yu resta allongé sur son lit, hébété.
Un instant plus tard, il se gratta la tête et s’apprêta à se lever pour aller prendre une douche lorsqu’il trouva un petit carré dur dans la poche de son pantalon. Quand il le sortit, il vit qu’il s’agissait d’un dépliant – la publicité attractive qu’il n’avait pas jetée plus tôt.
De façon inattendue, le matériel dont il faisait la promotion n’était pas pornographique. Il aperçut quelques mots en gras et gros caractères noirs : Le tournoi du Roi des questions.
Xie Yu haussa un sourcil. Cette tactique d’accroche était assez nouvelle.
Il retourna le dépliant.
Au dos, il était écrit : Voici les questions les plus récentes et les plus complètes de l’Olympiade, les massacres d’arène les plus passionnants. Les questions englobent la littérature, les mathématiques, l’anglais, la biologie, la chimie et la physique. Plus d’une centaine de professeurs les ont méticuleusement rédigées. Une expérience addictive à laquelle vous ne vous seriez jamais attendu. Toujours plus difficile. Seulement plus difficile.
Vous ! Serez-vous le Roi des questions tant attendu ?
Mystérieux, n’est-ce pas ! Passionnant, n’est-ce pas ! Grand frère~ ah~ viens~ !
Xie Yu : « … »
Traducteur: Darkia1030
Edition: AymxLuna
Créez votre propre site internet avec Webador