FSC - Chapitre 37 –Grand frère Travesti

 

Ils avaient un cours de sport l’après-midi ; Luo Wenqiang déclara donc : « Désolé, désolé. J’étais trop excité tout à l’heure. Parlons-en pendant le cours de sport, alors. Si tu veux participer, viens me voir à tout moment. »

Xie Yu avait le sommeil léger. Il entendit quelqu’un parler, mais n’écouta pas vraiment.

Juste avant le début des cours, Wu Zheng passa devant leur classe et remit les devoirs au délégué de classe, qui les distribua ensuite aux élèves. Il débordait d’énergie pour distribuer les cahiers, et même lorsque certains proposèrent de l’aider, il refusa.

« Xie… Xie Yu… » Le délégué lut le nom, leva les yeux et fixa sa cible. La seconde suivante, un cahier d’exercices s’écrasa à côté de la tête de Xie Yu.

Xie Yu ouvrit les yeux.

Le délégué fit un geste de la main pour dire « Désolé ». Xie Yu ne dit rien et, sans même regarder le cahier, le glissa dans le tiroir de son bureau.

À côté, He Zhao regardait son téléphone. Il portait des écouteurs dont le fil sortait de sa poche.

Lorsque le délégué arriva à lui, il cria : « Zhao-ge ! »

He Zhao leva tranquillement la main pour attraper le « ballon ». Après l’avoir saisi, il s’exclama en anglais : « Wo-ow, nice. »

« Tu es réveillé ? » demanda-t-il ensuite à Xie Yu en se tournant vers lui avec le cahier. « … Où sont tes devoirs ? »

Xie Yu répondit : « Pourquoi en as-tu besoin ? »

He Zhao était très doué pour obtenir ce qu’il voulait. Il se pencha donc du côté du bureau de Xie Yu et regarda dans le tiroir. « Je regarde juste. »

Xie Yu ne l’arrêta pas et ne lui donna pas non plus un coup sur la tête avec quoi que ce soit. Il prit simplement le cahier, le posa sur le bureau et dit : « Prends-le, admire-le et va te faire voir. »

Leurs cahiers étaient tous deux remplis de quelques grosses marques rouges.

He Zhao feuilleta jusqu’aux questions du week-end et vérifia que Xie Yu n’en avait pas réussi une seule non plus. Satisfait, il referma le cahier et le lui rendit. « Quand je vois comment tu t’en sors, je me sens rassuré. »

Xie Yu était toujours allongé, la moitié du visage cachée dans sa manche ; seuls ses yeux restaient visibles. Son souffle chaud se déposait sur le tissu, et il ressemblait à un petit animal auquel on aurait envie de tendre la main pour le caresser. Bien sûr, avant de faire cela, il faudrait se préparer à être griffé à mort. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

He Zhao désigna une ligne de texte au tableau : l’écriture de Wu Zheng, nette et vigoureuse.

— Les deux élèves qui ont tout faux, venez au bureau pendant le cours de sport. Soyez présents, sinon…

« … »

« C’est arrivé pendant que tu dormais », expliqua He Zhao.

À la fin, il ne put résister et passa la main dans les cheveux de Xie Yu pour les ébouriffer. « La vie est ainsi. Une infinité de surprises. »

Xie Yu ne s’en soucia pas vraiment et répondit par un vague grognement d’assentiment. Il paraissait toujours aussi glacial : de son expression à sa voix, il dégageait cent pour cent de froideur.

Mais He Zhao pensa qu’il devait être possédé — ou peut-être était-ce simplement que les cheveux de Xie Yu étaient trop doux. Il trouvait réellement que ce tueur sans émotion, lorsqu’il venait de se réveiller, avait quelque chose d’un peu mignon.

He Zhao ajouta : « Ne t’inquiète pas. Je suis là pour toi. »

À ce stade, Xie Yu ne put plus continuer à acquiescer.

L’avis resta affiché au tableau pendant les deux cours suivants. Même si leurs noms n’étaient pas mentionnés directement, tout le monde savait de qui il s’agissait.

Wan Da était excité. « On fait un pari ? »

Liu Cunhao répondit : « On doit vraiment parier là-dessus ? “Les deux élèves”… qui d’autre cela pourrait-il être ? »

Xu Qingqing ajouta : « Pouvez-vous trouver une troisième personne dans notre classe qui se trompe sur tous les devoirs ? »

Xie Yu jeta un coup d’œil au cahier de He Zhao et constata qu’il s’était contenté de recopier l’énoncé, puis d’écrire très négligemment dans la marge de droite : « Solution : » … et rien de plus.

« Tu n’avais pas trouvé quelqu’un pour faire tes devoirs à ta place ? » demanda Xie Yu en remettant son propre cahier dans le tiroir. « C’est tout ce qu’il a fait pour toi ? »

He Zhao répondit : « Je ne l’ai pas contacté. Grâce à ton rappel, j’ai compris qu’à part moi, il n’y a personne au monde qui possède une écriture aussi délicate. Regarde la hardiesse de ces traits, ces lettres liées… »

Xie Yu l’interrompit sans pitié : « Tu peux louer une crotte de chien autant que tu veux, elle ne se transformera jamais en fleurs. »

Pendant le cours de sport, Luo Wenqiang, Liu Cunhao et les autres s’assirent en cercle sur le terrain.

« Ding Lianghua, tu fais le sprint et le relais, d’accord ? J’ai entendu parler de tes exploits héroïques. Tu es très explosif sur les courtes distances… Et puis, les filles. Je ne suis pas très sûr pour votre côté. Qing-jie, aide-moi ? Fais une liste de celles qui veulent participer. »

Luo Wenqiang avait glissé trois stylos dans sa poche ; il en sortit un et le tendit à Xu Qingqing. « Et pour l’épreuve de classe, ce sera un tir à la corde, donc je prendrai un peu de temps pour vous expliquer la stratégie. Quant aux longues distances, ce seront Zhao-ge et Yu-ge… ah, où sont-ils ? »

À ce moment-là, Luo Wenqiang réalisa que les deux champions de fond qu’il avait choisis la semaine précédente n’étaient pas là.

Wan Da répondit : « Tu remarques seulement maintenant qu’ils ne sont pas là ? Ils ont été appelés au bureau des professeurs. »

Liu Cunhao ajouta : « Ces deux coureurs de fond ont eu faux à tous leurs devoirs. »

Luo Wenqiang se gratta l’arrière de la tête. « Ah ? J’étais tellement excité après avoir reçu l’annonce de la compétition sportive que je ne l’ai même pas remarqué… »

Pendant ce temps, les deux coureurs de fond subissaient un sort pire que la mort dans le bureau des professeurs.

Wu Zheng déclara : « Vous deux, prenez vos devoirs et trouvez un endroit pour vous asseoir. Quand vous aurez compris les exercices, vous pourrez retourner au cours de sport. »

Après avoir parlé, il baissa la tête et continua à corriger les devoirs. « Vous êtes vraiment quelque chose, tous les deux. Mais il y a au moins une chose pour laquelle je dois vous féliciter : vous ne copiez pas et vous assumez votre résultat. »

He Zhao répondit : « Merci, merci. »

Wu Zheng ne s’attendait pas non plus à ce que He Zhao ait la peau si épaisse. Sa main s’immobilisa sur la pile de devoirs. « Tu crois vraiment que je te félicite ? »

Xie Yu prit les devoirs et tira He Zhao avec lui. Il expliqua au nom de son camarade : « Il n’a pas pris ses médicaments avant de quitter le dortoir aujourd’hui. »

Wu Zheng répondit : « Il doit vraiment en prendre. Il est gravement malade. »

À cette heure-là, il n’y avait pas beaucoup de professeurs dans la salle des enseignants. Vieux Tang était parti enseigner la littérature à la classe voisine et son bureau était libre. Ils s’assirent donc à sa table pour faire les exercices, car il n’était pas convenable d’occuper les bureaux des autres professeurs.

Les dernières fois qu’ils étaient venus ici, aucun d’eux ne remarqua que le bureau de Tang Sen contenait plusieurs petites plantes en pot. Leurs noms individuels étaient écrits sur des post-it, placés à côté de listes de choses à faire comme le programme d’arrosage. Il était visiblement très attentif.

He Zhao leva la main vers l’un des post-it et lut le nom de la petite plante succulente. « …Xiao Cui ? » (NT : petit vert)

Xie Yu : « …… »

« Les hommes d’âge moyen sont-ils tous si terrifiants lorsqu’ils nomment les choses ? C’est une Haworthia cooperi, n’est-ce pas ? »
He Zhao posa ses avant-bras sur son cahier ; il n’était clairement pas d’humeur à répondre aux questions. « C’est un professeur de littérature, après tout. Xiao Cui ? »

Xie Yu leva les yeux. Sous la vitre recouvrant le bureau de Tang Sen se trouvaient de nombreuses photographies des classes auxquelles il avait enseigné au fil des ans, les dates s’étendant sans interruption des années 2000 jusqu’à l’année précédente.

« Qu’est-ce que tu regardes ? » demanda Zhao.

Xie Yu fut sur le point de dire qu’il cherchait les photos de la classe de l’année précédente, puis il se dit que ce serait une chose idiote à dire. Il décida donc de ne rien dire et de continuer ses devoirs à la place.

Le bureau les séparait. He Zhao continua de parler pendant un moment, puis fit glisser furtivement son tabouret petit à petit, ne s’arrêtant que lorsqu’il se retrouva juste à côté de Xie Yu. Il piqua son camarade avec un stylo. « As-tu compris la question que Vieux Wu a expliqué tout à l’heure ? »

Xie Yu saisit son propre stylo et demanda : « Qu’en penses-tu ? »

« Je pense que j’ai compris, » déclara He Zhao. « Je pense que j’ai vraiment compris cette fois. »

Les questions n’étaient pas difficiles. Wu Zheng les avait guidé tous les deux à travers le problème, de la structure aux étapes individuelles, et ils auraient dû être idiots pour ne pas comprendre.

Heureusement, cette fois où He Zhao dit qu’il comprenait, il comprit réellement. Très probablement, il voulait simplement aller au cours de sport, et son intelligence fit un bond temporaire. Xie Yu assouplit également ses attentes envers lui-même et, après environ une demi-période de cours, ils réussirent à résoudre les questions.

« Ils sont là, ils sont là ! Représentant du gymnase, vos coureurs de fond sont là ! »
Les yeux de Wan Da étaient perçants et il aperçut He Zhao et Xie Yu de loin. « Les espoirs de notre village — non, de notre classe — sont là ! »

« Quels espoirs du village ? » demanda He Zhao en s’approchant. Il vit ceux de la classe 2.3 tous assis sur le terrain dans un grand cercle bien net. Il s’assit également et tapota le sol. « Vieux Xie, assieds-toi. »

« L’épreuve longue distance ! Trois mille mètres. Personne dans la classe ne veut la courir. »

« Inscris-le. »
He Zhao agita généreusement la main. « Utilise mon nom. Inscris-moi pour n’importe quoi. »

Wan Da : « Impressionnant. »

Liu Cunhao : « Fort ! »

Luo Wenqiang se tourna ensuite vers Xie Yu, qui répondit avec indifférence : « Très bien. »

Le mot « bien » était la chose la plus douce que Luo Wenqiang avait jamais entendu sortir de la bouche de Xie Yu, et il en fut presque ému aux larmes.

« Très bien, alors je mets vos noms. Vous deux, d’abord longue distance, et ensuite… laissez-moi voir. Des pompes ? Pouvez-vous faire des pompes ? »

La rencontre sportive durait deux jours, ce qui signifiait qu’il n’y aurait pas de cours pendant ces deux jours.

Même si personne n’était particulièrement passionné par le sport, ces deux jours sans cours étaient extrêmement attrayants. Et même sans entrer sur le terrain, tout le monde voulait participer.

« La classe d’à côté a reçu un ensemble de t-shirts de classe. Devrions-nous en avoir aussi ? » Xu Qingqing faisait plutôt attention à sa façon de s’habiller. « Nous pouvons perdre dans n’importe quoi d’autre, mais nous ne pouvons pas perdre en élan. »

Wan Da déclara : « Un gars de la classe d’à côté se travestit. Devons-nous trouver quelqu’un pour faire ça aussi ? »

La conversation devint de plus en plus étrange.

Lorsque la cloche sonna, ils n’étaient toujours pas parvenus à une conclusion.

L’étudiant de service remit l’équipement de gymnastique dans la salle prévue pendant que Luo Wenqiang fut chargé de nettoyer le terrain. Le cercle des élèves de la classe 2.3 se dispersa, ne laissant que quelques retardataires.

Wan Da s’approcha de He Zhao et murmura : « En fait, quand nous parlions de travestissement tout à l’heure, la première personne à laquelle j’ai pensé était Yu-ge. »

He Zhao répondit : « Si tu veux mourir, je peux t'emmener. »

« Non, c'est surtout à cause de l'apparence de Yu-ge… je ne dis absolument pas qu’il est efféminé — il ne l’est pas du tout, il est très viril… » Wan Da parcourut tout son vocabulaire sans trouver de description appropriée. « C’est en tout cas ce que Qing-jie et moi pensons. Penses-tu que Yu-ge acceptera ? »

« Tu vas vraiment mourir. »

He Zhao poursuivit : « Et tu quitteras ce monde à une vitesse que tu ne peux même pas imaginer. »

Lorsque Xu Qingqing entendit cette idée, elle se sentit d’abord un peu déçue, puis eut soudain une révélation. « Puisque nous ne pouvons pas gagner le prix de la plus belle fille de l’année, alors nous devons avoir un grand frère travesti le plus accrocheur, comme une Barbie d’or… »

Luo Wenqiang sentit un vent glacial parcourir son dos. Puis d’innombrables paires d’yeux se tournèrent vers lui.

Xie Yu n’était pas au courant de cette discussion sur le grand frère travesti. Il sortit pour prendre un appel téléphonique et, lorsqu’il revint, Luo Wenqiang était déjà assis sur le sol de la classe en train de pleurer. « Je ne veux pas ! Je refuse ! Pourquoi devez-vous tous me faire ça ? »

« Tes muscles sont très sexy, » le consola Wan Da. « Aie un peu confiance en toi. »

He Zhao riait si fort qu’il ne pouvait plus se tenir droit. Il fit signe à Xie Yu, puis se pencha vers lui. « Notre représentant de classe, en vêtements de filles. Effrayant ou pas ? »

« Est-ce qu’on tourne un film d’horreur ? »

« Oui. »

Puis He Zhao poursuivit : « As-tu déjà porté une jupe ? »

Quelque chose se brisa soudain dans l’esprit de Xie Yu.

Les choses allaient mieux maintenant que son apparence avait un peu mûri. Lorsqu’il était enfant, même avec les cheveux courts, beaucoup de gens le prenaient pour une fille. Zhou Dalei fut l’idiot le plus remarquable parmi eux. Il appela Xie Yu « petite fille », et leur amitié mit bien plus d’années qu’elle n’aurait dû à se consolider.

Zhou Dalei fut également très troublé. Il dut admettre qu’il avait tort — et qu’il ne pouvait pas battre Xie Yu dans un combat.

Madame Gu fit également quelques farces lorsqu’il était plus jeune. Son fils était doux, mignon et beau, alors elle trouva amusant de le cajoler pour qu’il porte des jupes. À la maison, il restait encore plusieurs photos de cette sombre histoire qu’il ne pourrait jamais effacer.

Wan Da essayait toujours de réconforter le représentant du gymnase psychologiquement marqué lorsqu’un fracas retentit au fond de la classe. Il leva les yeux et vit que, pour une raison quelconque, He Zhao et Xie Yu s’étaient encore battus et avaient même renversé leurs chaises.

Liu Cunhao ne put s’empêcher de soupirer en regardant.

« Ils recommencent ? S’il passe un jour sans qu’ils fassent quelque chose, j’aurai l’impression qu’il manque quelque chose à la classe 2.3. »

« Grand frère, je me trompe, je me trompe, d’accord ? » He Zhao admit son erreur tout en versant de l’huile sur le feu. « Mais le vieux Xie proteste trop, je pense. As-tu vraiment porté une jupe avant ? »

Xie Yu parla avec ses poings tout ce temps. He Zhao ne pouvait pas tenir le coup et n’osait pas riposter. Il se pencha alors en arrière, serra son ventre et cria : « Ah… ça fait mal. »

En raison de l’impressionnant palmarès de He Zhao, la première pensée de Xie Yu fut qu’il jouait encore la comédie — et de façon très exagérée.

Mais Xie Yu fit quand même deux pas en avant, sans savoir pourquoi. « Où est-ce que ça fait mal ? »

L’esprit de He Zhao ne fonctionna pas assez vite et il ne sut que répondre. En une seconde, son esprit parcourut trois endroits différents, puis sa main s’arrêta finalement sur sa poitrine. « Ici. Peut-être que ce sont des blessures internes. »

Il suffisait qu’il ouvre la bouche pour inventer des blessures internes. Vraiment impressionnant.

Xie Yu tendit la main et le toucha à travers le tissu de sa chemise. « Ici ? »

He Zhao baissa les yeux sur la main de Xie Yu posée sur sa poitrine et se sentit soudain un peu étourdi. « Ah… oui. »

Cette pensée étrange et déroutante ne resta pas longtemps. Il vit Xie Yu tourner le poignet et dire : « Putain, j'ai vraiment envie de saigner en interne… »

 

Traducteur: Darkia1030