FSC - Chapitre 58 – Tu aimes étudier, n'est-ce pas.

 

Que cela comptât comme rencontrer la famille ou non, He Zhao agit comme si c’était le cas. Il fit tout son possible pour gagner les faveurs de tante Mei, comme si c’était lui, et non Xie Yu, son filleul.

« Ça compte. » Xie Yu fit deux pas en avant. « Alors, n’oublie pas de manger toutes les noix que la famille t’a données. »

He Zhao regarda les sacs dans ses mains, et cela atténua quelque peu la joie qu’il avait ressentie plus tôt en se voyant déjà comme un gendre.

À table, ils ne s’étaient pas beaucoup parlé, de peur de vendre la mèche. Ils s’étaient plutôt concentrés sur leurs petits gestes sous la table. Ce ne fut que maintenant que Xie Yu se plaignit : « Tu avais vraiment l’air d’un chef cet après-midi, Zhao-ge. »

He Zhao répondit : « Tout s’est bien passé. Quand je marche dans la rue, j’ai l’impression que toute la rue m’appartient. »

« Tu prends mon sarcasme pour de la sincérité ? »

Les bus passaient ici toutes les demi-heures, et le précédent venait probablement de partir. Le panneau de l’arrêt pendait de travers, et il n’y avait aucun siège dans l’abri. Tout avait un air délabré.

He Zhao ne s’en était pas rendu compte à l’aller. À présent, il chercha un endroit où s’asseoir, mais ne vit que quatre boulons nus. Il devina à quoi ressemblait le banc autrefois fixé là. « Cet endroit a vraiment du caractère… »

Lorsque Xie Yu revint pendant les vacances d’été, le banc était déjà dans cet état. Zhou Dalei s’était même accroupi au bord de la route pour l’attendre.

« Il a été volé il y a quelque temps. Puis la police l’a retrouvé », expliqua brièvement Xie Yu avant d’ajouter : « Il a probablement été volé à nouveau. »

La présidente du comité de quartier était toujours la plus occupée de la rue, courant partout pour régler les moindres problèmes. Tous les trois ou cinq jours, on voyait les membres du comité, brassard rouge au bras, crier dans des mégaphones : « Où est la plaque d'égout ?! — Qui a volé la plaque d'égout ?! »

« Qui a cassé le panneau de l’arrêt de bus ? Et le banc ? Qu’allez-vous en faire après l’avoir scié ? »

He Zhao trouva cela très amusant. « C’est vraiment arrivé ? »

Mais ce n’était pas tout.

Ils découvrirent plus tard que la plaque d'égout avait été volée par un voyou de la rue voisine. Évidemment, les habitants de cette rue ne furent pas assez magnanimes pour l’admettre, et les deux quartiers commencèrent à se quereller. L’affaire dura si longtemps qu’elle fit la une des journaux locaux.

He Zhao demanda : « Alors vous vous êtes battus ? »

Xie Yu répondit : « Nous ne nous sommes pas battus. Est-ce que nous avons l’air de tels voyous ? »

« N’est-ce pas… ? »

« …… »

Cela ne dégénéra pas en bagarre, mais, au beau milieu de la nuit, des tantes du comité de Black Water Street allèrent voler la plaque d'égout de la rue voisine.

Les habitants de cette rue n’auraient jamais imaginé une telle chose, et le lendemain matin, tout le monde resta bouche bée.

Xie Yu termina son récit et remarqua que He Zhao restait figé. Il s’arrêta et agita la main devant ses yeux. « Hé. »

Il fit signe deux fois, puis perdit patience et leva la main pour le gifler légèrement. Mais He Zhao attrapa sa main, entrelaça ses doigts aux siens et déclara doucement : « … Avant aujourd’hui, je n’avais vu cet endroit que sur tes photos. »

Ce que He Zhao ne dit pas, c’est que maintenant qu’il était venu, ces images prenaient vie… Comme de petits animaux bondissannt hors de l’herbe, le corps marqué de traces de jeu dans des flaques de boue déjà sèches et noircies, puis s’allongeant au soleil, les yeux mi-clos.

Chaque brique, chaque bâtiment, chaque son.

Il comprit enfin d’où venait le charme contradictoire de Xie Yu : une carapace dure qui rejetait tout, une attitude froide qui tenait les autres à distance, mais un cœur resté intact.

He Zhao avait beaucoup à dire, mais au final, il se contenta de serrer la main de son petit-ami. « Je crois qu’il n’y a plus aucun espoir pour moi. »

Xie Yu écouta le froissement des sacs en plastique, pensa aux noix, et se dit tranquillement : je pense aussi qu’il n’y a aucun espoir pour toi.

Avec un cerveau pareil, manger des noix ne servirait probablement à rien.

Ils attendirent encore un moment. Une demi-heure passa, mais le bus n’arrivait toujours pas.

Xie Yu voulut vérifier l’heure, mais il avait oublié de recharger son téléphone la veille et la batterie était morte. Lorsqu’il l’alluma, l’écran s’éclaira à peine avant de s’éteindre.

Il donna un coup de coude à He Zhao. « Où est ton téléphone ? »

He Zhao répondit : « Dans ma poche, côté gauche. »

Les doigts de Xie Yu effleurèrent la poche de He Zhao. Le tissu du jean était rugueux, et avant qu’il n’y glisse la main, He Zhao ajouta : « Ne touche pas à ce que tu ne devrais pas. »

Xie Yu s’arrêta. « Dans tes rêves. »

19 h 21.

Il n’était pas encore trop tard, mais le trajet du retour prendrait plus d’une heure.

Xie Yu réfléchit un instant, puis décida d’appeler Madame Gu.

L’écran d’accueil du téléphone de He Zhao était très épuré, avec seulement quelques applications. Le dossier des jeux était plein, et Xie Yu aperçut plusieurs icônes roses ainsi qu’une icône verte familière dans un coin.

Il ne regarda pas de près. En voulant appuyer sur le bouton d’appel, il toucha par erreur l’icône du navigateur.

Par respect pour la vie privée, il n’avait aucune intention de fouiller. Il réagit aussitôt et appuya sur retour.

Mais il était certain d’avoir aperçu quelque chose d’étrange.

Après une hésitation, il ouvrit de nouveau le navigateur.

Baidu Sait : Dix conseils incontournables pour savoir embrasser.

« …… »

Xie Yu leva les yeux vers He Zhao, qui jouait avec un chat errant sorti des buissons. Accroupi au bord de la route, un sac plastique dans une main, il tendait l’autre vers l’animal. Il siffla un moment, mais le chat resta méfiant.

Finalement, He Zhao claqua des doigts. Le geste était élégant, mais le chat, effrayé, s’enfuit en miaulant dans les broussailles. « Pourquoi tu fuis ? Je ne vais pas te manger… »

Il s’apprêtait à se relever lorsqu’il remarqua que Xie Yu s’était accroupi à côté de lui. Il se tourna et demanda : « Tu as fini d’appeler ? »

Xie Yu lui rendit le téléphone. « Personne n’a répondu. »

Madame Gu était sans doute sortie en laissant son téléphone à la maison. Xie Yu n’aimait pas appeler la maison Zhong, car les domestiques répondaient toujours en l’appelant « deuxième jeune maître ».

Jeune maître, mon cul.

He Zhao, ignorant que ses recherches secrètes avaient été découvertes, reprit son téléphone et le rangea dans sa poche. Alors qu’il se levait, il entendit Xie Yu l’appeler : « He Zhao. »

He Zhao s’arrêta et jeta un coup d’œil de côté. « Hein ? »

Xie Yu était toujours accroupi, mais il lui fit signe du doigt, imitant le geste qu’il venait d’utiliser pour attirer le chat.

He Zhao glissa une main dans la poche de son pantalon, se pencha et s’immobilisa à une certaine distance de Xie Yu. Alors qu’il s’apprêtait à dire : « Qu’est-ce que tu fais, petit-ami ? », Xie Yu l’attrapa brusquement par le col et le tira vers le bas.

Les doigts de Xie Yu se crispèrent, ses jointures blanchissant sous l’effort. He Zhao, penché en avant, vacilla légèrement. Bien que toujours accroupi, Xie Yu tira sur son col pour se redresser un peu, le rapprochant de force, sans détour et sans douceur, le prenant totalement de court.

La seconde suivante—

Xie Yu pressa ses lèvres contre les siennes.

He Zhao en resta complètement abasourdi. Puis son cœur se mit à battre à tout rompre.

Il avait étudié tant de techniques de baiser que, parvenu à cet instant, il en oublia même de fermer les yeux.

Il vit alors le visage de Xie Yu légèrement relevé, la ligne élégante de son cou tendue. Peut-être à cause de la nervosité, sa pomme d’Adam bougea à peine — un mouvement infime, presque imperceptible, mais en total contraste avec l’assurance qu’il affichait d’ordinaire.

Xie Yu resta ainsi un moment, puis ouvrit lentement les yeux.

Le regard de He Zhao croisa immédiatement le sien.

Les lampadaires derrière eux projetaient leur lumière sur le sol boueux, perçant la nuit et dessinant un halo lumineux presque irréel.

Xie Yu se souvint alors de ce qu’il avait aperçu sur le téléphone de He Zhao. Hésitant, il effleura légèrement de la langue les lèvres fermées de He Zhao, humides et douces.

Xie Yu oublia aussitôt tout le reste des « techniques de baiser ». Il ne retint qu’une chose : les lèvres de He Zhao étaient incroyablement douces, et leur simple contact suffisait à lui échauffer tout le corps.

Avant de le relâcher, He Zhao l’entendit dire : « Au lieu de venir me voir, tu es allé sur Baidu. Zhao-ge, tu aimes vraiment étudier, hein ? »

Le bus venait tout juste de tourner au coin de la rue. Le numéro 21 brillait en rouge à l’avant, et le long véhicule s’inclina en prenant le virage sur la route irrégulière et pleine de nids-de-poule.

Ils retournaient tous deux à A City et devaient changer de bus en chemin. Ils prirent le même bus — le 21 — jusqu’à l’échangeur où ils se sépareraient.

Craignant que He Zhao ne répète son exploit de ne même pas savoir compter trente yuans, Xie Yu paya directement les billets, puis entraîna le « beau diable » jusqu’au fond du bus.

Il n’y avait presque personne dans le bus du soir ; deux ou trois passagers seulement étaient assis à l’avant. L’éclairage intérieur était faible, et comme il y avait peu de monde, les lumières restaient souvent éteintes, plongeant l’habitacle dans une semi-obscurité.

Au fond, dans le dernier rang, ils étaient presque invisibles.

He Zhao resta silencieux un long moment. Xie Yu pensait qu’il était encore embarrassé, lorsque soudain He Zhao murmura à son oreille : « Putain, je bande. »

« …… »

« C’est arrivé quand tu m’as léché tout à l’heure. »

Xie Yu était resté calme jusque-là, mais à la mention de « lécher », tous les détails du baiser rejaillirent dans son esprit. Après un long silence, il répondit : « Tu peux demander à Baidu, non ? »

He Zhao : « …… »

Xie Yu ajouta : « Que faire quand on bande dans un bus public ? »

La réalité prouvait qu’il n’y avait rien à faire. He Zhao ne pouvait simplement pas rester assis à côté de lui. Il se leva à moitié et alla s’installer sur un siège plus loin, dans l’espoir de se calmer.

Ils se retrouvèrent donc assis séparément, l’un devant, l’autre derrière.

Le bus cahota tout au long du trajet.

Quand He Zhao se fut un peu calmé, il s’éclaircit la gorge. « Euh… à propos de Baidu… »

« Je suis tombé dessus par hasard. » Xie Yu se recroquevilla sur la banquette arrière, légèrement étourdi par les secousses. « À quoi penses-tu toute la journée ? »

Depuis ce jour dans la salle d’équipement après le cours de sport, He Zhao n’avait plus reparlé de s’embrasser. Il était soudain devenu étonnamment sage, presque pur, ce qui paraissait étrange. Xie Yu ne s’était pas attendu à ce qu’il s’entraîne en secret avant de revenir vers lui.

He Zhao ne répondit pas. Il baissa les yeux, tapota son téléphone un moment, puis le tendit à Xie Yu.

Xie Yu le prit. Sur l’écran s’affichait un article que Shen Jie avait partagé sur QQ, intitulé : « Guide indispensable pour un premier baiser réussi chez les garçons ». En le partageant, il avait même mentionné son bon ami He Zhao : « Zhao-ge ! Regarde ! Du bon contenu ! »

— Certains débutants sont de véritables “tueurs du premier baiser”.
— Si vous ne voulez pas devenir un tel “tueur”, vous devez maîtriser les techniques suivantes.

Xie Yu resta sans voix. « Pourquoi Shen Jie a-t-il partagé ça ? Il n’est pas célibataire endurci ? »

He Zhao répondit : « … Il a dit que c’était pour se préparer à l’avenir. »

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

 

Créez votre propre site internet avec Webador