FSC - Chapitre 59 - Trente points, mais pour lui c'est trente points de bonheur.
Ils restèrent longtemps silencieux.
En y repensant, He Zhao fut frappé par la tournure qu’avaient prise ses pensées. Il avait même cru aux absurdités de Shen Jie ; sans parler du reste — se faire attraper par le col, tirer vers le bas et embrasser ainsi par son petit-ami… il aurait volontiers recommencé cent fois.
Un instant plus tard, He Zhao s’éclaircit la gorge et déclara : « Ça… oublions simplement que cela s’est produit. »
Xie Yu se renversa légèrement, les lumières de la rue glissant sur son visage au fil du trajet. Il ne put retenir un sourire. « Impossible. »
« … »
« C’était trop idiot. Je n’oublierai pas, Zhao-ge. »
He Zhao ouvrit la fenêtre pour laisser entrer l’air frais et se calmer. Le vent ébouriffa plusieurs mèches de ses cheveux.
Il accordait une importance extrême à son apparence : il aurait préféré se faire briser le cou plutôt que de laisser ses cheveux en désordre.
Xie Yu le regarda sortir son téléphone et activer la caméra frontale pour vérifier sa coiffure. À cause de la faible luminosité, l’image était floue ; il dut donc passer la main dans ses cheveux pour les lisser.
Xie Yu observa un moment, le bras appuyé contre le rebord de la fenêtre, puis lâcha : « De toute façon, personne ne te regarde. »
He Zhao continua à se recoiffer avant de répondre : « Un mec sexy doit s’entretenir. »
S’entretenir. Quelle absurdité.
Il faisait trop sombre dans le bus, et He Zhao ne remarqua pas une mèche rebelle qui restait dressée au sommet de sa tête.
Xie Yu tendit la main et enroula doucement ses doigts dans ses cheveux. Comme s’il caressait un chat, il tapota légèrement sa chevelure, deux fois. Les cheveux de He Zhao avaient un peu poussé. Xie Yu se souvint que, lorsqu’ils s’étaient rencontrés, ils étaient très courts, presque piquants au toucher.
« … »
He Zhao se figea un instant. Lorsqu’il reprit ses esprits, il remarqua que l’application de la caméra était toujours ouverte. Il appela : « Vieux Xie. »
Xie Yu tourna la tête vers lui. « Mm ? »
He Zhao appuya sur le déclencheur, capturant une image floue, deux silhouettes indistinctes.
La photo était immobile, mais on devinait le mouvement du bus, les lampadaires filtrant à travers la nuit et les silhouettes pâles de deux personnes, l’une devant, l’autre derrière.
« Photo de groupe. » Après avoir pris la photo — qu’elle soit compréhensible ou non importait peu, d’un point de vue artistique — il la mit en fond d’écran. « En souvenir. »
Le bus cessa d’annoncer les arrêts. Il serpenta dans les rues avant de ralentir et de s’arrêter à un coin, ouvrant ses portes.
Personne ne monta.
Le chauffeur cria : « Personne ? S’il n’y a personne, je repars. C’est le dernier bus… »
He Zhao venait de terminer ses réglages. À la voix du conducteur, il leva les yeux et jeta un regard dehors. Le petit magasin près de l’arrêt lui sembla familier.
Xie Yu suivit son regard.
« Je crois que je suis déjà venu ici », dit He Zhao en rangeant son téléphone. Il se leva, puis se rassit à l’arrière, s’appuyant contre son petit-ami. « Magasin Jian… Jian Xing. Il y a un cybercafé pas loin, si je me souviens bien ? »
Ce quartier n’était pas loin de la rue Black Water. Le bus avait tourné à plusieurs reprises, restant dans la zone.
Il y avait effectivement un cybercafé derrière la boutique.
Xie Yu demanda : « Quand es-tu venu ici ? »
« Pendant les vacances d’été », répondit He Zhao. « Un ami m’avait demandé de venir, alors j’étais venu. Je m’ennuyais chez moi. » Il ne se souvenait même plus du point de rendez-vous, seulement qu’il avait cherché en arrivant.
La demi-heure de trajet passa rapidement au fil de leur conversation.
Avant de descendre, He Zhao eut soudain l’envie de rester dans le bus encore quelques tours.
« Hé, c’est le dernier bus. » Xie Yu le poussa vers la sortie. « À quoi penses tu ? »
He Zhao resta dans l’embrasure de la porte et dit : « Je veux rester avec toi un peu plus longtemps. »
Cette fois, Xie Yu ne le frappa pas. Le chauffeur, en revanche, en eut envie. Assis à son poste, il leur fit signe : « Vous descendez ou pas ? Pourquoi vous traînez ? »
Xie Yu : « … »
He Zhao : « … »
Une fois descendus, l’arrêt correspondait à un carrefour. Xie Yu prit la ligne 3, tandis que He Zhao monta dans un bus de la ligne Song Ting ; ils partaient dans des directions opposées.
Après avoir payé, Xie Yu monta par habitude. Le bus ne démarra pas tout de suite ; le moteur ronronnait au ralenti.
À cette heure tardive, peu de bus restaient, et quelques passants se rassemblaient encore à l’arrêt.
Xie Yu s’appuya contre la vitre et regarda dehors. Il vit un certain idiot descendre du bus Song Ting sans même utiliser la dernière marche, sautant directement au sol.
L’instant d’après, cet idiot monta dans le bus 3 par l’arrière, traversa les rangées de sièges et s’arrêta devant lui.
Avant que Xie Yu n’ait le temps de demander « Pourquoi es-tu revenu ? », He Zhao se pencha et l’embrassa avec une possessivité soudaine.
Rien à voir avec le baiser précédent : celui-ci était brusque, précipité, insolent et maladroit, emporté par une impulsion incontrôlable.
Tout se passa si vite que ni Xie Yu ni les autres passagers ne comprirent ce qui venait d’arriver. Ils ne virent qu’un instant de proximité, puis le garçon se redressa et descendit aussitôt.
« Je cherchais quelqu’un, je ne prends pas le bus. Désolé », lança He Zhao au chauffeur avant de partir. Puis il se retourna vers Xie Yu. « Cette fois, j’y vais vraiment. »
« … Dégage maintenant. »
Ses mots étaient durs, mais après plusieurs arrêts, Xie Yu leva la main à son oreille et constata qu’elle brûlait encore.
Le week-end passa en un clin d’œil. Au milieu des plaintes désespérées dans le groupe de classe — « Je ne veux pas retourner à l’école et voir mes notes » — le dimanche touchait déjà à sa fin.
Xie Yu rangea ses affaires, jeta un dernier regard au groupe de discussion, puis alla se coucher.
[Liu Cunhao] : Pourquoi le week-end passe-t-il si rpidement ? Je n’ai même pas profité de mes deux derniers jours de vie sur terre.
[Wan Da] : Et nos profs sont vraiment travailleurs. Ils ont même emporté les copies chez eux pour corriger. Vous avez vu le message du vieux Tang ? Les résultats sortent lundi. Hao-zi, tu as décidé où tu veux être enterré ? Moi, je veux que mes cendres soient dispersées en mer, face à l’océan, là où le printemps est chaud et les fleurs s’épanouissent.
[Liu Cunhao] : Je préfère l’enterrement. Que la poussière retourne à la poussière, et la terre à la terre.
[Xu Qingqing] : « Vous êtes tous malades, n’est-ce pas ? Ce n’est qu’un examen de mi-session. »
[v-=abc] : « Il n’est jamais trop tard pour étudier. Un échec ne compte pas ; l’important est de corriger votre attitude face à l'apprentissage. »
[Luo Wenqiang] : « Représentant des études, encore une nouvelle formule ? »
Au bout d’un moment, He Zhao apparut lui aussi dans la discussion de groupe.
[He Zhao] : « Qu'est-ce qu'il y a de si rapide là-dedans ? »
[He Zhao] : « Moi, j’ai trouvé que ces deux jours étaient passés très lentement. »
[Luo Wenqiang] : « … »
[Wan Da] : « Ce n’est pas ton genre, Zhao-ge. »
[Liu Cunhao] : « Zhao-ge, es-tu fatigué de vivre ? »
Non seulement leur Zhao-ge n’en avait manifestement pas assez de vivre, mais, contre toute attente, il arriva même très tôt en classe le lendemain matin.
« Tu es bien en avance aujourd’hui », remarqua Liu Cunhao. Il était de service ce jour-là et avait dû venir tôt pour affronter son destin funeste. « À ce point-là, ça en devient suspect. »
He Zhao leva les yeux et sourit. « Tu parles comme si j’étais en retard tous les jours. »
Liu Cunhao en resta bouche bée. Il faillit répondre « N’est-ce pas le cas ? », mais se ravisa. Il secoua la tête, puis emporta son chiffon dans la salle d’eau pour le rincer.
Xie Yu était allé prendre son petit-déjeuner à l’extérieur de l’école et avait acheté un verre de lait de soja avant de monter en classe. Au moment de payer, il aperçut Jiang « Chien fou » et le vieux Tang en train de manger dans la boutique. Tenant son verre, il hésita à partir ainsi. « Doyen Jiang, professeur Tang. »
Le vieux Tang lui fit un signe de tête, avala sa bouchée, puis lui fit signe d’approcher. « Tu ne bois que du lait de soja ? Ça ne te suffit pas. Viens t’asseoir et prends un petit pain. »
« Ce n’est pas nécessaire, je… »
« Comment ça, pas nécessaire ? Viens. » Chien fou tira un tabouret en plastique à côté de lui, illustrant parfaitement le principe de l’abus de pouvoir. « Sinon, je t’exclus de l’école. »
Xie Yu tint son petit pain à la viande et écouta le doyen Jiang se plaindre de la cantine. « Quels petits pains à la viande ? Trois bouchées et toujours pas de viande. »
Le vieux Tang acquiesça. « La première fois que j’en ai mangé, j’ai cru qu’il n’y avait pas de farce du tout. »
Doyen Jiang ajouta : « Et en plus, ce n’est même pas bon. »
Xie Yu : « … »
En dehors de l’école, le doyen Jiang paraissait tout à fait raisonnable, même si cet endroit n’était qu’à un pâté de maisons. Il n’était plus le Jiang autoritaire des annonces à l’interphone, ni le « Chien fou » qui terrorisait les élèves de Liyang Erzhong.
Il était simplement ordinaire. Si ordinaire qu’on aurait dit que seule la responsabilité qu’il portait et son titre de « professeur » le rendaient impressionnant.
Quand Xie Yu arriva en classe, presque tout le monde était déjà là. Wan Da déboula depuis le bureau des enseignants, hors d’haleine et surexcité. « Bonne nouvelle ! Les copies ne sont pas encore corrigées ! Le classement n’est pas prêt ! On peut survivre un jour de plus, les gars ! »
Liu Cunhao jeta son chiffon et étreignit Wan Da sur l’estrade. « Mon frère, cet après-midi, on va bien manger. Quitte à tomber, autant tomber dans un éclat de gloire. »
« C’est quoi ce délire ? » lança Xie Yu en entrant par la porte de derrière. Il s’assit et ajouta : « On parle de vie ou de mort, là. »
He Zhao avait observé toute cette agitation pendant la matinée ; son voisin de table était enfin arrivé. « Les examens de mi-session. Ils ont même rédigé leurs testaments. Quelque chose du genre : “Si je meurs tragiquement sous les coups de ma mère…” Je ne me souviens plus de la suite, mais c’était l’idée. »
L’image de leurs camarades écrivant leur testament de bon matin était tellement absurde que, comparé à cela, partager des petits pains avec le doyen Jiang paraissait insignifiant.
En pensant à la nourriture, Xie Yu se souvint soudain de quelque chose d’important.
He Zhao entendit son petit-ami — resté d’humeur changeante tout le week-end — lui adresser une deuxième phrase en moins d’une minute depuis leurs retrouvailles : « Tu as mangé les noix ? »
Les rumeurs de Wan Da n’étaient pas entièrement fausses, mais incomplètes. Certaines classes n’avaient pas encore leurs copies corrigées, mais la classe 3 n’en faisait pas partie.
Ainsi, lorsque Wu Zheng entra avec une pile de copies, toute la classe se tut instantanément.
He Zhao, lui, semblait plutôt ravi. « Vieux Xie, regarde. Cette question, je l’ai bien comprise. »
Xie Yu pensa : je n’ai vraiment pas envie de regarder.
« Vous ne m’avez pas cru, hein ? Ces copies… je les ai corrigées samedi », déclara Wu Zheng en sortant des morceaux de craie. « Regardez vos notes. Wan Da, pourquoi fermes-tu les yeux ? Que tu les ouvres ou non, tu as quand même quatre-vingts. Regarde plutôt He Zhao : trente points, et il est heureux comme tout. Pour lui, c’est trente points de bonheur. »
Wan Da : « … »
Traducteur: Darkia1030
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