FSC - Chapitre 63 – Un contact et un regard

 

Xie Yu remit la liste de noms écrite.

À l’encre noire sur papier blanc, son écriture apparaissait nette et élégante ; les six noms tracés sur la feuille étaient d’une grande beauté.

Bien que Xie Yu se trompait sur la plupart des questions de ses devoirs et que, pour les mathématiques, il se contentait souvent de recopier les énoncés en laissant les espaces de réponse vides, les enseignants n’abandonnèrent pas pour autant. Rien que son écriture suffisait à apaiser un peu leur colère.

Chaque fois qu’un enseignant déplorait qu’une telle écriture fût gâchée, un autre ajoutait : « C’est toujours mieux que celle de He Zhao. Je m’agace chaque fois que je corrige ses devoirs. Ce garçon pense vraiment à tout… »

Le guide considéra Xie Yu comme son sauveur.

Et ce, bien que le garçon en face de lui parût distant, son aura glaciale étant encore plus marquée que son apparence.

Pour une raison inexplicable, lorsque Xie Yu lui tendit la feuille et lui lança un regard, il eut l’impression que sa vie était en danger.

Le guide prit le papier. « … Je-merci. »

Xie Yu répondit : « De rien. »

He Zhao avait une haute estime de lui-même et, cette fois encore, il avait écrit avec un certain soin. Ce n’était sûrement pas illisible. Il se tenait près du bureau, prêt à se justifier, lorsque Xie Yu lui donna un coup de pied.

« Retourne là-bas », dit Xie Yu. « Ne te ridiculise pas. »

En s’éloignant, He Zhao protesta : « Non, j’ai vraiment bien écrit cette fois. Mon écriture était soignée et impressionnante… »

Xie Yu répliqua : « Tais-toi. »

Tous les élèves de la classe 3 connaissaient l’écriture de He Zhao. À première vue, elle donnait le vertige, mais après plus de deux mois à la déchiffrer, ils avaient fini par s’y habituer.

Il s’agissait de noms de camarades ; ainsi, n’importe quel élève de la classe 3 pouvait reconnaître les caractères par leur forme. Mais le guide, lui, ne les connaissait pas et devait être totalement perdu.

Liu Cunhao se couvrit le visage de ses mains. « À quoi pensais-je en demandant à Zhao-ge d’être chef ? »

Wan Da lui tapota l’épaule. « Ce n’est pas grave. Que pouvais-tu faire d’autre ? Continue et ne regarde pas en arrière. »

Liu Cunhao : « …… »

« Étudiants, nous allons nous rendre au parc Northlake, un site touristique bien connu de la ville C. Je vous donnerai l’itinéraire détaillé une fois dans le bus. » Le guide ajusta sa casquette, puis poursuivit avec une série de formules de politesse, espérant qu’ils passeraient un bon voyage, et ainsi de suite… un long discours protocolaire. Enfin, il conclut : « … Le bus de la classe 2.3 se trouve à la porte arrière. Formez une file dans le couloir. »

Deux autres classes étaient déjà alignées. Vieux Tang se hâta d’ajouter : « Rangez-vous correctement et restez silencieux. Les autres classes sont encore en cours. »

Le guide parla longtemps, et Xie Yu s’assoupit au milieu de son discours. Lorsque les autres eurent fini de sortir, il restait affalé sur son bureau, immobile.

He Zhao plia un doigt, se retourna et tapa sur le côté de son bureau. « Debout. On doit se mettre en rang. »

Vieux Tang prononça encore un long discours. Après avoir parlé du comportement, il ajouta de nombreuses recommandations, comme s’ils étaient des élèves du primaire en sortie scolaire. Finalement, quelqu’un, à bout de patience, lança : « On doit aussi se tenir la main ? Autant se tenir la main et partir directement ! »

À ces mots, Xie Yu ouvrit les yeux. He Zhao lui avait déjà pris la main.

Une chaise se trouvait juste là, mais He Zhao avait choisi de s’asseoir sur le bureau, la fermeture de sa veste ouverte. Il sourit et dit : « Petit-ami, tu me tiens la main ? »

Le voir sourire était irrésistible.

Le dos de sa main reposait sur le bureau, paume tournée vers le haut.

Quelqu’un venait de parler de se tenir la main ; ils pouvaient donc sûrement le faire un instant.

Un moment passa. Xie Yu ne dit rien et posa sa main sur celle de He Zhao.

« Ohh— »

Dans le couloir, quelqu’un à l’arrière de la file lança une exclamation, aussitôt reprise par toute la classe 3 dans un « ohh » lourd de sous-entendus.

He Zhao, craignant que cette réaction n’effraie Xie Yu, répliqua : « Qu’est-ce que vous avez à faire ce “ohh” ? »

Liu Cunhao répondit : « Zhao-ge, tu es vraiment coopératif. Quelqu’un parle de se tenir la main et tu le fais immédiatement. »

Il ne cherchait qu’à taquiner Vieux Tang et n’avait aucune autre intention. De toute façon, les deux « grands frères » de la classe avaient toujours été proches, allant jusqu’à se tenir la main en classe auparavant.

Tang Sen en fut amusé. Il secoua la tête, sourit et cessa ses remarques sur le comportement. Après tout, ce n’était qu’une sortie d’une journée ; autant les laisser en profiter.

Quand vint le moment de monter dans le bus, les filles montèrent les premières pour choisir leurs places, souvent par deux. Xie Yu et He Zhao arrivèrent en dernier, et il ne restait plus que deux sièges au fond.

Wan Da, assis au milieu de la dernière rangée, leur fit signe. « Ici, venez ! »

Xie Yu jeta un regard autour de lui. « Il n’y a pas d’autres places ? »

Liu Cunhao et les autres étaient installés au fond ; pleins d’énergie, ils feraient sûrement un vacarme infernal pendant le trajet, ce qui empêcherait Xie Yu de dormir.

Liu Cunhao comprit aussitôt. « Yu-ge, tu n’aimes pas t’asseoir avec nous ? »

« Oui », répondit Xie Yu.

Ils arrivèrent au milieu du bus. À droite de Xie Yu se trouvait Xu Qingqing, qui avait déjà ouvert un paquet de collations et riait aux éclats. « Hahaha. Tu l’as cherché. »

He Zhao rit aussi. « Hao-zi, si tu le savais déjà, pourquoi poser la question pour te faire du mal ? »

Liu Cunhao : « …… »

Malgré leurs protestations, il n’y avait plus d’autres places.

Une fois tout le monde assis, le bus démarra. Il quitta l’école par la sortie arrière et s’engagea sur une petite route.

Le guide se plaça près de la barre et annonça son nom. Personne ne retint son nom complet ; ils se contentèrent de savoir que son nom de famille était Wang et l’appelèrent « Wang-ge ».

Le guide se gratta la tête. « Très bien… Wang-ge, ça ira. »

Xie Yu s’était déjà assoupi en classe, et la somnolence revint rapidement. Il s’appuya contre la fenêtre, prêt à dormir, mais avant que sa tête n’atteigne la vitre, He Zhao le tira vers lui.

« Tu préfères t’appuyer sur la fenêtre plutôt que sur ton gege ? »

Le mot « gege » agissait comme une sorte de sortilège. Chaque fois que He Zhao l’entendait, certaines images lui revenaient immédiatement à l’esprit.

Il avait lui-même lancé le sujet, mais à peine les mots sortis, il toussa légèrement et pensa : merde, je me suis mis dans ce pétrin tout seul.

Xie Yu, lui non plus, ne le supportait pas vraiment ; la preuve la plus évidente étant qu’il ne parvenait plus à s’endormir.

La sortie de l’école était longue et étroite. Le bus avançait lentement, passant devant la rue des restaurants. La bannière accrochée devant la maison du major de promotion était toujours là. Un chien errant gisait à l’entrée du restaurant Jinbang, la tête basse, observant la foule qui passait.

Wang-ge passa en revue une partie de l’histoire du parc Northlake, ainsi que les différents bâtiments importants qui s’y trouvaient. Parmi eux figurait l’ancienne résidence d’un auteur célèbre. « Vous le connaissez tous, n’est-ce pas ? Il a écrit… »

La mention de la littérature éveilla aussitôt l’instinct professoral de Vieux Tang. Il pouvait se lancer dans une conférence littéraire avec à peine une minute de préparation. Il se leva et prit le mégaphone des mains du guide. « Laissez-moi dire quelque chose, laissez-moi dire quelque chose… »

Tous les élèves de la classe 3 s’écrièrent : « … Ne le laissez pas ! »

Liu Cunhao fut au bord des larmes. « Je pensais qu’on passerait une bonne journée aujourd’hui. »

Wan Da ajouta : « Oui, on était censés passer une bonne journée. »

Au milieu du tumulte, l’un d’eux bougea le premier. Le dos de leurs mains resta un instant en contact, puis les doigts de He Zhao s’entrelacèrent avec ceux de Xie Yu.

Parfois, le bonheur venait sans effort.

Un simple contact, un regard, et la chaleur qui l’accompagnait.

Xie Yu fut content.

Le bus devint de plus en plus bruyant. Lorsque Luo Wenqiang trouva enfin le courage de prendre le mégaphone des mains de Vieux Tang, l’ambiance devint complètement déchaînée.

« Chantons », proposa Xu Qingqing. « Prix de participation. »

Tout le monde applaudit et accepta, puis demanda : « Quels prix ? »

Même sans récompense, le concours de karaoké de la classe 3 commença.

La plupart chantaient faux, et la musique ressemblait davantage à du vacarme, mais les chanteurs s’y investissaient pleinement. Vieux Tang interpréta avec ferveur Une nuit inoubliable.

He Zhao, toujours très accommodant, peu importait la qualité du chant, faisait abstraction de toute objectivité pour les féliciter. « Bien joué ! Tu chantais vraiment bien ! »

« Bien chanté... », mon cul.

Xie Yu ne comprit absolument pas ce comportement. Il bougea légèrement la main, laissant ses doigts effleurer les articulations de He Zhao. « C’est du sarcasme ? »

He Zhao répondit : « Non, c’est de l’encouragement. »

Vieux Tang, gêné par tant d’éloges, fit tout de même un geste vers le public et décida de chanter encore une fois. « Puisque ça vous plaît, je vais… »

He Zhao n’avait jamais imaginé que leur professeur principal serait un tel passionné de micro. « Hein ? »

Les élèves assis à l’avant, excédés, lui lancèrent des bouteilles d’eau.

Lorsque Vieux Tang eut enfin terminé, les autres élèves changèrent de cible et se mirent à crier : « Zhao-ge, une chanson ! Compensation ! »

He Zhao accepta sans hésiter. « Bien sûr. Je chante très bien. Vous avez de la chance aujourd’hui — Vieux Xie, quelle chanson veux-tu ? »

Xie Yu n’avait jamais entendu He Zhao chanter, mais la confiance de ce dernier lui sembla suspecte. C’était surtout parce que He Zhao parlait de son écriture de la même manière, comme si personne au ciel ou sur terre ne pouvait l’égaler, alors qu’au final c’était désastreux.

Mais dans les yeux de He Zhao se lisait clairement : quoi que tu veuilles entendre, je le chanterai pour toi.

Xie Yu voulut dire quelque chose, mais les mots se transformèrent finalement en : « N’importe quoi fera l’affaire. »

Tous les élèves pensaient que, connaissant He Zhao, il choisirait une chanson énergique.

À leur grande surprise, il opta pour une chanson d’amour.

À l’origine chantée par une femme, elle était douce et lente.

Le mégaphone circula depuis l’avant. Avant même de l’allumer, Xie Yu l’entendit murmurer : « Ils ont de la chance cette fois… Je chante ça pour mon petit-ami. »

C’était probablement la seule fois où He Zhao ne faisait pas preuve d’arrogance.

En réalité, il chantait plutôt bien. Sa voix résonna doucement à l’oreille de Xie Yu. La chanson différait de l’original, portée par une voix masculine, mais elle restait suave.

Une douceur masculine, retenue, se glissait dans chaque mot.

L’intérieur du bus se calma soudainement.

À l’abri des regards, leurs mains restèrent secrètement enlacées, comme si, à travers leurs doigts entrelacés, ils pouvaient sentir les battements du cœur de l’autre.

 

Traducteur: Darkia1030