FSC - Chapitre 64 – Cette fois, je te protégerai
Quand He Zhao eut fini de chanter et que la dernière syllabe s’éteignit, personne ne parla pendant plusieurs minutes.
C’était inattendu. Personne ne s’y attendait.
Xu Qingqing regardait encore une vidéo sur son téléphone, mais quatre minutes s’écoulèrent ainsi sans qu’elle fasse attention à son contenu.
« Impossible », dit Xu Qingqing en se retournant. « Zhao-ge, il… »
Elle s’interrompit brusquement.
Car elle vit He Zhao tourner légèrement la tête pour croiser le regard de Xie Yu.
Yu-ge, que personne dans leur classe n’osait provoquer, n’avait pas complètement tiré le rideau à côté de lui. Une fine fente laissait passer un rayon de soleil qui glissa jusqu’à ses cheveux.
Cela adoucissait toute son apparence, la rendant chaleureuse— Xie Yu, qui, au premier regard, donnait toujours l’impression d’être dépourvu de chaleur.
Liu Cunhao fut le premier à réagir. « Le prince des chansons d’amour, Zhao-ge. »
Wan Da, tenant un paquet de chips, ouvrit la bouche et dit : « Et si… tu en chantais une autre ? »
He Zhao éteignit le mégaphone et le tendit vers l’avant. « Je ne chante plus. Je vous laisse une chance de survivre. »
Les autres continuèrent à plaisanter et à l’encourager, mais He Zhao n’avait vraiment pas l’intention de continuer. Après avoir rendu le mégaphone, il baissa la tête et éteignit la musique sur son téléphone. Lorsqu’il releva les yeux, il vit que Xie Yu le regardait toujours. « Tu es resté bouche bée ? C’était si bien que… »
Les compliments des autres ne lui suffisaient pas : il s’apprêtait encore à se vanter.
Mais alors qu’il se rapprochait, Xie Yu l’interrompit avant qu’il ne puisse finir, esquissa un sourire et dit : « Oui. »
Puisque le chanteur talentueux refusait de continuer, les élèves de la classe 3 durent écouter vieux Tang chanter.
Vieux Tang chantait des classiques nostalgiques, très marqués par leur époque, au point de donner à chacun l’impression d’avoir pris vingt ans d’un coup.
Après deux chansons, ils n’en pouvaient plus, mais n’osaient pas non plus entamer sa confiance.
Ainsi, en apparence tout était calme, mais dans le groupe de discussion de la classe, les échanges s’agitaient en sous-main.
[Liu Cunhao] : Quelqu’un peut aller l’arrêter ?
[Xu Qingqing] : Je ne trouve pas de bonne excuse. Suivant.
[Luo Wenqiang] : Hors programme. Suivant.
Xie Yu les regarda discuter un moment, puis ils finirent réellement par trouver une excuse… assez étrange.
Liu Cunhao leva la main et dit : « Professeur, je pense que nous devrions rester calmes pour ne pas déranger le chauffeur. »
Le chauffeur : « …… »
Xie Yu tapait à une main, mais trouvant cela inconfortable, il quitta la discussion, sortit une paire d’écouteurs de sa poche et dit : « Tu veux regarder un film, prince des chansons d’amour ? »
Ce nouveau surnom donnait une étrange sensation de gêne.
He Zhao prit un écouteur et dit : « Laisse tomber. On dirait que je chante des chansons d’amour pour séduire les gens toute la journée… Je n’ai chanté que pour toi. Quel film ? »
Xie Yu l’avait téléchargé au hasard.
Le film traînait dans son téléphone depuis longtemps. Xie Yu n’avait jamais beaucoup de patience pour ce genre de choses ; parfois, il en lançait un pour passer le temps, sans s’y investir, avançant souvent rapidement.
Dans le quartier de la rue Black Water, il y avait un petit cinéma. Quand Dalei et les autres avaient un peu d’argent, ils y allaient souvent.
Xie Yu y était allé une fois. Une heure vingt. Il était entré sans expression et en était ressorti sans expression.
Dalei et Da Mei étaient sortis derrière lui, en larmes, totalement absorbés par leurs émotions. Ils pleurèrent tout le long du chemin. « C’est trop triste… une maladie en phase terminale les a séparés… »
Xie Yu les supporta pendant toute une rue, puis finit par lâcher : « C’est le scénario qui les a séparés. »
He Zhao jeta un coup d’œil au début du film : une comédie absurde. Les acteurs lui semblaient familiers, et l’intrigue aussi. Après réflexion, il se souvint. « Je l’ai déjà vu. Il est plutôt bien. »
Avant qu’il ne termine sa phrase, Xie Yu avait déjà appuyé sur le coin supérieur droit pour quitter.
« Pourquoi tu l’as fermé ? »
Xie Yu quitta la vidéo, puis enroula un doigt autour du fil de l’écouteur pour le récupérer. « Tu l’as déjà vu, non ? »
« Oui, je l’ai vu », répondit He Zhao en levant la main pour l’en empêcher, puis il sourit. « Mais pas avec toi. »
Liu Cunhao, assis à côté, eut soudain le sentiment que quelque chose n’allait pas. Depuis que He Zhao avait chanté cette chanson d’amour, une atmosphère indescriptible semblait l’entourer. Il regarda à gauche et à droite, puis posa son regard sur les deux grands frères assis ensemble à regarder un film.
Il eut l’impression d’avoir trouvé la source.
Finalement, il tapota Wan Da et demanda avec hésitation : « Tu ne trouves pas qu’il y a… un truc entre eux ? »
La ville de C n’était pas loin : environ quarante minutes de route.
Ils n’avaient regardé qu’un peu moins de la moitié du film lorsque le bus entra dans un parking près du parc de Northlake. Tout le monde rangea ses affaires et descendit les uns après les autres.
Xie Yu attendit que la plupart soient partis, puis se leva en s’appuyant sur le dossier du siège devant lui.
He Zhao lâcha sa main et, profitant que personne ne regarde, posa brièvement la sienne sur sa taille. À travers le tissu, il sentit cette chaleur familière. Comme poussé par une impulsion, il demanda : « Tu… rentres chez toi ce week-end ? »
Xie Yu allait se faufiler entre ses genoux et le siège de devant, mais il s’arrêta, esquissa un sourire et le regarda en biais. « Petit-ami, à quoi penses-tu ? »
À quoi d’autre aurait-il pu penser ?
Ils le savaient tous les deux.
« Nous allons faire la queue pour entrer. Ensuite, je vous ferai visiter le parc de Northlake, puis vous pourrez circuler librement », cria le guide dans son mégaphone. « … Le temps libre dure jusqu’à quatorze heures. Merci de revenir à l’heure. »
Le site se trouvait au bord du lac. Après avoir fait le tour de Northlake et écouté trois versions différentes des légendes racontées par le guide, ils se dispersèrent en petits groupes.
Un groupe de six se rassembla au bord de la route.
He Zhao demanda : « Où voulez-vous aller ? »
Luo Wenqiang réfléchit avec enthousiasme. « Au théâtre ? Voyons quels spectacles ils proposent. »
Liu Cunhao n’était pas intéressé. Il désignaa le coin supérieur droit de la carte. « Si tu es un homme, va au stand de tir. »
« Non ! Le théâtre ! »
« Luo Wenqiang, tu n’es pas un homme ! »
Xie Yu, lui, resta indifférent. Peu lui importait : rien de tout cela ne l’intéressait.
Luo Wenqiang et Liu Cunhao ne parvinrent pas à se mettre d’accord. Le chef de groupe He s’accroupit au bord de la route et les écouta un moment, jusqu’à en avoir mal à la tête.
Le chef de groupe He déploya finalement ses remarquables talents de leader. Il sortit une sucette de sa poche, déballa l’emballage tout en disant : « Ça suffit, arrêtez de vous disputer. Pierre, feuille, ciseaux. Le meilleur des trois. »
Une solution plutôt expéditive.
Profitant de leur dispute, Wan Da étudia attentivement la carte et finit par repérer, dans un coin reculé, deux petits caractères : maison hantée.
Les yeux de Wan Da s’illuminèrent. Il leva la tête et demanda : « Il y a une maison hantée ! On y va ?»
« … »
Xie Yu remarqua que la main de He Zhao tenant la sucette trembla légèrement.
« Pas mal, ça a l’air excitant », dit Luo Wenqiang en oubliant aussitôt le théâtre. Il se pencha pour lire la description de l’attraction et lut à voix haute :
« … Des fantômes féroces en abondance, toutes sortes de morts, frissons garantis, vous feront crier à pleins poumons. »
He Zhao n’eut même pas le temps de les en dissuader.
Liu Cunhao hocha la tête, surtout impressionné par la qualité du texte : « Ça a l’air intéressant. Allons-y. »
« Yu-ge, qu’en penses-tu ? » demanda Liu Cunhao après leur discussion. « On va à la maison hantée ? »
Xie Yu, accroupi sur le côté, avait initialement prévu d’attendre qu’ils se disputent encore une demi-heure avant d’intervenir, mais il ne s’attendait pas à ce que le conflit se résolve aussi vite. Il jeta un coup d’œil à He Zhao, qui mâchait sa sucette en feignant le calme, et trouva cela amusant : « D’accord. »
Le chef de groupe He, totalement privé de son droit de parole : « … »
Les membres du groupe avancèrent joyeusement, carte en main. He Zhao marchait à l’arrière, ralentissant de plus en plus : « On vend son petit ami comme ça ? »
« Et toi, on peut être aussi trouillard que ça ? » répliqua Xie Yu en ralentissant également, avant d’ajouter : « … Ne parle pas de superstition féodale. »
He Zhao resta sans voix : « Sans cœur. »
Des feuilles mortes recouvraient le sol. La foule se dispersa, et les chemins devinrent plus dégagés, moins encombrés qu’auparavant.
He Zhao continuait de se lamenter sur le fait que son petit ami était un « loup aux yeux blancs » (NT : quelqu’un d’ingrat), quand, après un moment, Xie Yu s’arrêta soudain.
Puis il entendit ce « loup ingrat » lui dire : « N’aie pas peur. Cette fois, je te protègerai. »
Cette phrase lui sembla familière. He Zhao se souvint de l’incident du dortoir, qui s’était finalement révélé n’être qu’une farce. Chien fou avait promis de les punir, mais après les examens mensuels, il n’en fut plus question — sans doute trop occupé pour s’en souvenir.
He Zhao ne put s’empêcher de rire. Il croqua la sucette dans sa bouche, savourant la douceur sucrée qui se répandit sur sa langue, puis dit : « Très bien, ge. »
Bien qu’on l’appelât un parc, l’endroit était en réalité immense. Autour du lac, une vaste zone avait été aménagée pour le tourisme ; on pouvait marcher toute une journée sans en faire le tour.
« Mais où est-ce ? Si on continue, on va sortir du parc », dit Liu Cunhao en consultant la carte tout en marchant. Bien qu’il eût déclaré ne pas vouloir être chef de groupe, il en assumait finalement la responsabilité. « C’est vraiment mystérieux. »
Ils errèrent un moment dans les environs avant de repérer une entrée discrète, devant laquelle six ou sept personnes faisaient la queue.
À côté, une enseigne était accrochée. On y voyait plusieurs empreintes de mains rouges faites à la peinture, le liquide dégoulinant le long des doigts, et, à côté, deux caractères : « Au secours ».
« Intéressant. »
« C’est ici, c’est sûr ! Chef, va vite acheter les billets ! »
Lorsque He Zhao alla acheter les billets, il faillit en demander cinq.
« Six billets », dit-il en se penchant pour regarder à l’intérieur du guichet. Lorsqu’on lui tendit les six billets, il les prit et ajouta : « Merci. »
Il s’apprêtait à partir lorsque le vendeur lui demanda distraitement : « Vous êtes de quelle école ? »
« De Erzhong. »
« Lequel ? Celui de cette ville ? »
« Non, celui de la ville A. Le lycée n°2 de Liyang, un cadre magnifique, un excellent corps enseignant, plus de soixante ans d’histoire… »
À le voir, on aurait dit qu’il allait rester là encore une demi-heure pour raconter toute l’histoire de son lycée.
« Mon ami », dit Xie Yu, adossé au mur en le regardant, « avec ce talent, tu pourrais travailler au bureau des admissions. »
« … »
Wan Da et les autres commençaient à s’impatienter. La file avançait rapidement ; après le groupe devant eux, ce serait leur tour, mais ils n’avaient toujours pas les billets : « Chef, tu as fini de discuter ? À ce rythme, on va rater notre tour ! »
Le groupe devant eux entra, et peu après, un cri terrifié de jeune fille retentit à l’intérieur.
Les cris, intermittents, durèrent plus de dix minutes.
Rien qu’à les entendre, on en avait la chair de poule.
Lorsque les cris s’estompèrent enfin, un coin du rideau noir devant eux fut soulevé. Une main gantée de noir en sortit, et une voix rauque déclara : « Billets. »
Ils ne savaient pas encore que ce contrôleur constituait leur première frayeur.
Xie Yu remit les billets. Tous se penchèrent pour passer sous le rideau ; en relevant la tête, ils virent un « fantôme » au visage déformé, arborant un sourire étrange, tenant encore leurs billets.
Ce « fantôme » était pleinement plongé dans son rôle et éclata d’un rire sinistre : « Héhéhé… »
Le visage de Xie Yu resta impassible : « … »
Il jeta un coup d’œil autour de lui. La maison hantée n’avait rien de particulier : une obscurité totale, éclairée faiblement, révélant des crânes et des squelettes accrochés aux murs.
Et devant eux se tenait une « femme fantôme » assise sur une chaise.
Elle portait une robe rouge, ses longs cheveux tombant jusqu’aux genoux ; le contraste du noir et du rouge créait une atmosphère étrange.
Lorsqu’ils avancèrent, les éléments jusque-là immobiles se mirent soudain à bouger très lentement.
Les effets sonores et lumineux étaient bien réalisés, mais le contenu restait peu original.
À peine avaient-ils fait quelques pas que Wan Da soupira : « C’est vraiment ennuyeux. »
Luo Wenqiang ajouta : « Je ne ressens absolument rien. J’ai même envie de rire. »
Liu Cunhao dit : « On ne devrait pas faire un effort pour respecter leur travail ? Crier un peu, au moins symboliquement ? Sinon, ce serait gênant pour eux. »
Bien que tout cela paraisse particulièrement ridicule, Xie Yu réfléchit un instant et se dit qu’un certain idiot pourrait malgré tout avoir peur. Il tendit alors la main en arrière et tâtonna dans le vide avant de saisir celle de He Zhao.
He Zhao n’avait jamais essayé ce genre d’attraction. Il avait surtout été impressionné par les mots « maison hantée » et par les scénarios que son imagination avait élaborés. Mais une fois à l’intérieur, ce genre de « fantôme » avec un simple masque ne suffisait pas à l’effrayer.
En revanche, sentir son petit ami prendre l’initiative de lui tenir la main… c’était vraiment une sensation incroyablement agréable.
« J’ai vraiment très peur », insista He Zhao.
Xie Yu répondit : « Sinon, je peux leur arracher le masque pour que tu voies. Dis-moi lequel tu veux que je dévoile. »
« … »
He Zhao ne doutait pas un instant que Xie Yu fût parfaitement capable de faire une chose pareille.
Craignant qu’il n’aille réellement plaquer quelqu’un pour lui arracher son masque, He Zhao déclara :
« Pas besoin. Je pense que je peux encore tenir un peu. »
Lorsqu’ils sortirent de la maison hantée, il était déjà presque midi.
Plus personne ne se soucia de savoir s’ils iraient au théâtre ou au stand de tir ; ils voulaient simplement trouver un endroit pour s’asseoir et manger quelque chose.
Liu Cunhao jeta un coup d’œil au groupe de discussion de la classe : « Qing-ge dit que la zone de repos est bondée et qu’il n’y a aucune place. Elle demande si on veut aller pique-niquer avec eux. »
« Où est-elle ? »
« Juste devant, pas loin. »
Lorsqu’ils arrivèrent, Xu Qingqing et les autres s’apprêtaient à jouer à Action ou Vérité. Elles venaient d’ouvrir la version renforcée du jeu qu’elles avaient achetée au centre commercial et parcouraient rapidement les cartes de gage.
« C’est vraiment vicieux… Si tu tires une de ces cartes, t’es foutu », dit Xu Qingqing en levant la tête avec un sourire en les voyant arriver. « Vous tombez bien, vous voulez jouer avec nous ? »
He Zhao leur demanda deux cartes et en tendit une à Xie Yu : « Vieux Xie, tu joues ? »
Xie Yu répondit : « Comme tu veux. »
« Si tu joues, tu n’as pas le droit de choisir Action. »
Xie Yu ne comprit pas : « Hein ? »
He Zhao ajouta : « Et si tu devais avoir un contact physique avec quelqu’un d’autre ? »
Traducteur: Darkia1030
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