FSC - Chapitre 75 – Le genre que j'aime.

 

He Zhao regarda les marches sous lui. Son esprit s’embrouilla, mais lorsqu’il entendit ces mots, il releva brusquement la tête.

Xie Yu ne réagit pas vivement. Avant que He Zhao ne pût répondre, Xie Yu lui fourra de force la sucette dans la bouche.

He Zhao se figea.

Puis le goût fruité se répandit sur sa langue. C’était sucré.

Son petit ami l’avait léchée. Et son petit ami l’avait appelé « ge ».

Toutes les autres pensées de He Zhao s’arrêtèrent net, et une seule subsista : … il la joue vraiment sale.

Xie Yu n’aurait jamais imaginé que « Roi des questions » avait failli s’abandonner lui-même pour une raison pareille. Même après avoir redoublé une année, He Zhao n’avait pas réussi à se libérer de ses inquiétudes ; il s’était retrouvé dans un lycée de second rang et avait continué à finir dernier de l’année.

Un élève autrefois brillant, promis à un avenir sans limites aux yeux de tous, était désormais tombé sous la moyenne. Il était tombé très bas.

Même si Xie Yu connaissait He Zhao depuis longtemps, la seule fois où il l’avait vraiment vu se mettre en colère fut lors de l’incident avec Xu Xia et Yang le fayot.

« C’est aussi pour ça que tu frappais les gens en première année ? » demanda Xie Yu en s’appuyant en arrière sur ses mains.

Xie Yu ne prêtait pas attention aux commérages et ne savait pas qui était le « grand frère » du bâtiment voisin. Mais les exploits de He Zhao s’étaient répandus dans toute l’école, et il était difficile de ne pas en entendre parler.

Xie Yu était devenu le « grand frère » du bâtiment ouest pour avoir « triché aux examens d’entrée » en plus de ses bagarres.
He Zhao, en revanche, n’avait pas suivi le même chemin. À son entrée au lycée, il avait fait profil bas pendant un temps. Pendant deux mois, il suivit les cours sans incident. Puis, après les examens de mi-semestre, un événement fit exploser sa réputation.

Il avait frappé un professeur.

Comme Xie Yu, il s’était fait un nom en se battant, mais ce qu’avait fait He Zhao était bien plus grave que d’assommer quatre personnes hors de l’école.

« À propos de ça… »

« Quelqu’un de notre classe avait acheté les réponses aux examens, et il a pensé que c’était moi qui lui avais donné l’idée », dit He Zhao en mordant dans la sucette. Ne voulant même pas prononcer le nom du professeur, il se contenta de dire « il ». Puis il poursuivit : « Il semblait avoir une haute opinion de moi… Acheter des réponses, mon cul. Si j’avais vraiment fait ça, aurais-je obtenu dix points ? »

En y repensant, He Zhao reconnut qu’il avait été trop impulsif. Il aurait pu en rire. Il n’avait pas eu besoin de donner un coup de pied dans la table ni de répliquer. La dispute s’était envenimée peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne pût plus se contenir et qu’il envoyât un coup de poing. Le coup avait été violent ; il avait failli envoyer le professeur à l’hôpital.

Ce jour-là, He Zhao ne quitta pas l’école après les cours. Il s’assit dans les toilettes et fuma un demi-paquet de cigarettes. Tandis que la fumée l’enveloppait, il ne cessa de se demander : qu’est-ce que je fous ?

He Zhao s’interrompit. Remarquant que « l’avant-dernier de l’année » assis à côté de lui n’avait pas encore parlé, il changea de sujet. « Et toi ? »

« Moi… » répondit calmement Xie Yu. « Je suis trop exceptionnel. Je dois aussi laisser une chance aux autres. »

« Hein… ? » He Zhao s’étrangla presque. Il leva la main et ébouriffa les cheveux de Xie Yu. « Sois un peu sérieux, tu veux ? »

Les raisons de Xie Yu… étaient familiales.

He Zhao connaissait déjà le grand frère « déficient intellectuel » de Xie Yu. Il avait aussi vu son petit ami faire les cent pas dans le couloir du dortoir, jurant avec une créativité impressionnante sans jamais répéter une insulte.

Voyant He Zhao prêt à parler, Xie Yu le coupa encore : « Ça va. Je sais ce que je fais. »

Zhong Guofei avait dit à Xie Yu que son fils était compétitif. Xie Yu ne l’avait pas pris au sérieux et avait presque répliqué sur-le-champ : ce ne sont pas mes foutues affaires si votre fils est compétitif. Ce n’est pas comme si c’était mon fils.

Mais il devait aussi se soucier de Madame Gu. Tant qu’il ne pouvait pas quitter cet environnement familial, il devait la protéger autant que possible, par tous les moyens.

Même si He Zhao trouvait son petit ami impressionnant, il restait inquiet. « Alors, quels sont tes projets ? Quelle université vises-tu ? »

Xie Yu répondit : « Pas besoin que ce soit trop prestigieux. Tsinghua ou Pékin, ça ira. » (NT : Tsinghua et l’université de Pékin (Beida) sont les deux universités les plus prestigieuses de Chine...)

« …… »

He Zhao resta sans voix. En repensant à la question qu’il avait posée sur Baidu Sait, il se trouva soudain incroyablement stupide.

Ils restèrent encore un moment dans la cage d’escalier. Xie Yu jeta un coup d’œil à l’heure : il était presque midi. Il se leva, donna un coup de pied dans la jambe de He Zhao et monta les marches.
« Tu as faim ? On va manger ? »

He Zhao croqua la sucette et leva les yeux vers lui. « C’est un rendez-vous. »

Depuis qu’ils avaient confirmé leur relation, ils passaient la plupart de leur temps à l’école, et leurs week-ends étaient toujours occupés.
Quand ils sortaient, c’était en groupe, et ils ne pouvaient pas abandonner une trentaine de « troisièmes roues ». À part la fois où He Zhao était allé le chercher à Black Water, ce qui pouvait à peine passer pour un rendez-vous, ils n’avaient presque jamais été seuls ensemble.

Xie Yu ouvrit la lourde porte de secours. En entendant « C’est un rendez-vous », il marqua une pause.

Ils étaient au septième étage. Deux étages de plus, et ils auraient atteint le dernier. Ils quittèrent la cage d’escalier. Cet étage du centre commercial était occupé par des magasins de meubles, et il y avait peu de monde. Ils cherchèrent un ascenseur pour redescendre.

He Zhao passa un bras autour des épaules de Xie Yu en marchant et demanda : « Qu’est-ce que font les couples pendant un rendez-vous ? »

« Tu ne sais pas ? »

« C’est ma première relation. Je ne suis pas encore habitué. »

« Demande à Baidu, alors. Tu aimes bien faire ça, non ? »

He Zhao se tut un instant. « … Ça suffit. Tu ne me laisseras jamais oublier, hein ? »

Après s’être fait rabrouer sans pitié, He Zhao sortit son téléphone et ouvrit Baidu.

L’ascenseur venait de partir et se trouvait encore au rez-de-chaussée. Ils devraient attendre un moment.

Xie Yu tenait son sujet d’examen d’une main. Ennuyé, il se pencha pour regarder l’écran du téléphone de He Zhao et aperçut un titre embarrassant : Comment draguer. Comment conquérir son cœur.

« Prendre un repas, aller voir un film… » lut He Zhao en faisant défiler. Après quelques lignes, il s’arrêta et ajouta : « … Pour le cinéma, je veux bien voir n’importe quoi avec toi, tant que ce n’est pas un film d’horreur. »

En plus de ces conseils généraux, le site proposait aussi des recommandations de restaurants et des astuces : à travers les petits détails, incarner la galanterie et le romantisme d’un gentleman, et faire vibrer son partenaire par sa présence.

Xie Yu jeta un coup d’œil vers le bas et aperçut, tout à la fin de l’article, un titre surligné en rouge : « Étape finale ».

He Zhao termina sa lecture, puis fit défiler davantage. Son doigt s’arrêta sur le dernier paragraphe et il remarqua lui aussi le texte en rouge. Il lut le titre à voix haute, puis resta bloqué : « Prenez une… »

Prenez une chambre.

« …… »

Les lumières de l’ascenseur indiquaient qu’il arrivait à leur étage. He Zhao déglutit et éteignit son téléphone.

Xie Yu ne dit rien, mais bien qu’il parût calme en apparence, le bout de ses oreilles avait rougi, ce que He Zhao remarqua.

Avec un tintement, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.

Xie Yu sentit qu’il y avait quelque chose d’étrange en lui, sans parvenir à mettre le doigt dessus.
Des pensées affluaient dans son esprit, impossibles à contenir.

He Zhao toussa et changea de sujet : « On va manger ? »

En cherchant un restaurant, ils restèrent aussi à l’affût de Xue Xisheng.

Après le déjeuner, ils se dirigèrent vers la zone de divertissement et constatèrent qu’il y avait tant de monde qu’ils se perdraient dans la foule s’ils lâchaient leurs mains. Ce serait vraiment le destin s’ils croisaient encore Xue Xisheng ici.

« Il doit probablement assister à la session de partage des expériences d’étude », dit Xie Yu en se rappelant l’ordre du jour détaillé sur l’invitation. « Il doit aussi faire une présentation sur Physique joyeuse. »

« …… » He Zhao n’avait pas examiné l’ordre du jour en détail auparavant et en resta sincèrement impressionné. « Est-il humain ? »

« Je ne sais pas. Nous sommes différents. »

La zone de divertissement comprenait une salle d’arcade et un cinéma. Le cinéma était bondé, et la file d’attente pour les billets était longue.

Xie Yu chercha d’abord les films qui commençaient bientôt, puis vérifia qu’il ne s’agissait pas de films d’horreur. Il ignora les autres. Finalement, il choisit un film de science-fiction abrutissant, qui commençait dix minutes plus tard.

He Zhao se souvenait que, lors de leur précédente sortie, Xie Yu ne tergiversait jamais : s’il voulait quelque chose, il agissait immédiatement, avec une concentration totale. « Celui-là ? »

Xie Yu n’avait aucune préférence particulière. « Si tu veux en voir un autre, ça me va aussi. »

« Celui-ci ira très bien », répondit He Zhao. « Ils se ressemblent tous. » Et de toute façon, il doutait de prêter réellement attention au film.

Ils achetèrent leurs billets tard, et la plupart des bonnes places étaient déjà prises ; il ne restait que les derniers rangs. Depuis l’arrière de la salle, on ne voyait qu’une mer de nuques.

Xie Yu s’assit, puis tendit la main vers He Zhao, paume ouverte. Le bracelet rouge pendait toujours à son poignet, attirant le regard. « Tiens-moi la main, ge? »

He Zhao remarqua que lorsque Xie Yu était de bonne humeur, il aimait le taquiner.

Le cinéma était très bruyant. Ce ne fut que lorsque les lumières s’éteignirent et que le film commença que le silence se fit.

L’intrigue était banale, cliché — le genre où la bande-annonce était cent fois plus excitante que le film lui-même. Seuls le jeu des acteurs principaux et les effets spéciaux maintenaient un certain intérêt. Les spectateurs regardèrent en silence un moment, mais moins d’une demi-heure plus tard, ils s’ennuyèrent et commencèrent à bavarder.

Les effets sonores du film étaient puissants, montant puis retombant. La lumière de l’écran éclairait faiblement la salle.

Dans cette pénombre, Xie Yu observa He Zhao un instant. Il remua légèrement les doigts, toujours entrelacés avec les siens, et appela : « Zhao-ge. »

He Zhao se tourna vers lui.

Recroquevillé sur son siège, vêtu de noir, Xie Yu se fondait dans l’obscurité, mais ses yeux brillaient toujours, fixés sur lui. « Tu m’as demandé la dernière fois… comment tu étais. »

Sur le grand écran, les scènes continuaient de défiler.

Distrait par les effets sonores, He Zhao mit un moment à se souvenir de ce à quoi Xie Yu faisait référence en parlant de « la dernière fois ».

« Maintenant que tu n’es plus n’importe qui pour moi… » Xie Yu s’interrompit brièvement, puis reprit : « Je vais répondre à cette question encore une fois. Je ne le dirai qu’une fois. Si tu ne l’entends pas, tant pis. »

Le souffle de He Zhao se suspendit.

Puis il entendit Xie Yu dire : « Tu es exactement le genre que j’aime. »

 

Traducteur: Darkia1030