FSC - Chapitre 87 – Étais-tu ce X ?
Fang Xiaolei prit l’escalator et s’arrêta à la sortie. Pendant un instant, il oublia dans quelle direction aller.
Plusieurs années s’étaient écoulées ; il avait oublié la plupart des choses auxquelles il s’accrochait autrefois et qui lui tenaient alors tant à cœur.
Lorsque sa famille et son professeur principal lui conseillèrent d’abandonner l’école, il ne se mit pas en colère ; il se sentit perdu. Une fois les bouleversements apaisés, il constata qu’il avait perdu tout sens de direction.
Même s’il n’avait pas de bons résultats et ne s’intéressait pas aux études, au moins, à l’école, tout le monde poursuivait un objectif commun. Maintenant qu’il en était sorti brusquement, il ne parvenait pas à s’y habituer.
La foule se pressait à la sortie de la gare.
Debout au milieu du flot humain, il se souvint soudain de la première fois qu’il avait rencontré He Zhao. À cette époque, ils s’étaient contentés d’échanger un signe de tête. L’année scolaire venait à peine de commencer, et ils n’avaient même pas encore retenu leurs noms respectifs.
Peu après le début du collège, He Zhao, en tant que délégué de classe, frappa à la porte pour distribuer des formulaires. Il était grand et beau ; même si Fang Xiaolei se tenait là en punition, il ne put s’empêcher de lui jeter un second regard.
Fang Xiaolei et Lei Jun étaient les deux élèves difficiles qui donnaient le plus de fil à retordre aux enseignants. Surtout Lei Jun, qui semait déjà le trouble depuis le début du collège et avait rejoint un gang hors de l’école. Quoi qu’il arrive, c’était toujours lui que l’on soupçonnait en premier.
« Je ne l’ai vraiment pas frappé. » Lei Jun se tenait sur le côté, les sourcils froncés, répétant ces mots pour la troisième fois. « Pourquoi l’aurais-je frappé sans raison ? Si je frappais quelqu’un, je l’admettrais. J’étais avec Erlei dans un cybercafé… »
Le professeur principal frappa la table et lança avec colère : « Si ce n’était pas toi, alors qui ? »
« Monsieur. »
Fang Xiaolei regarda He Zhao déposer les formulaires sur le bureau et dire : « Ce n’est pas très approprié de parler ainsi, vous ne trouvez pas ? J’y étais aussi vendredi dernier. Au cybercafé au coin de l’école. »
« Pourquoi étiez-vous dans un cybercafé ? » Le professeur principal s’étrangla un instant, cherchant une excuse pour ce bon élève. « Pour chercher du matériel d’étude ? »
He Zhao répondit honnêtement : « Jeux vidéo. »
« …… »
Fang Xiaolei tira sa valise de deux pas supplémentaires. Il avait tant de choses à dire, mais tout ce qu’il prononça fut : « Zhao-ge, trouvons un moment pour nous voir. J’ai des choses à te dire. »
***
Après être sorti pour répondre à l’appel, He Zhao revint et continua à boire. Il attrapa une troisième canette, mais Xie Yu lui saisit la main. « Essaie encore de boire, pour voir. »
He Zhao lâcha docilement la canette.
Xu Qingqing et les autres filles avaient choisi des chansons douces, aux accompagnements lents et légers. Deux ou trois morceaux passèrent ainsi.
He Zhao se calma un peu, puis déclara : « Erlei est revenu. »
Xie Yu avait senti qu’il y avait quelque chose, mais ne s’attendait pas à cela. Il répondit simplement : « Mm », pour montrer qu’il écoutait.
« Il vient d’appeler. Il veut qu’on se voie. » He Zhao leva une main pour se gratter la tête. « Je… »
Il ne savait toujours pas comment y faire face. Même s’il avait essayé, tout ce temps, d’avancer.
Lorsqu’il demanda à Erlei comment il allait, il redouta d’entendre « Pas bien ».
La chanson s’acheva, et la salle resta silencieuse quelques secondes avant que la suivante ne commence.
Alors He Zhao entendit Xie Yu lui dire : « Ge, ne t’inquiète pas. »
Le soir tomba peu à peu, et le ciel s’assombrit.
Ils chantèrent pendant trois heures entières. Heureusement, la bière était peu alcoolisée, et personne ne se retrouva ivre comme lors de leur précédente sortie. Lorsqu’ils eurent terminé, ils rangèrent leurs affaires et se séparèrent devant le KTV.
Quand Xie Yu rentra chez lui, Zhong Jie et les autres étaient en train de dîner.
Madame Gu avait coupé des fruits et apporta l’assiette depuis la cuisine. Elle lui fit signe de s’asseoir sur le canapé. « Tu es rentré ? Viens t’asseoir et prends des fruits. »
Xie Yu jeta un regard à Zhong Jie, craignant qu’une dispute n’éclate au moindre mot. « Mangez. Je monte. »
Après s’être douché, Xie Yu consulta son téléphone. Le groupe « Ne vous battez pas» de la rue Black Water comptait plus d’une centaine de nouveaux messages, plusieurs le mentionnaient. Il tapa pour lire.
[Maman de Lei] : @xy, on t’a préparé une chambre. Quand tu as le temps, reviens quelques jours. Tu manques à tante Mei et à Dalei.
[Prince du stand de barbecue – Lei] : Quand est-ce que tu as fait ça ? On a une chambre d’amis ?
[Maman de Lei] : Ta chambre. Je l’ai rangée un peu. Quand il viendra, tu dormiras dans le grenier.
[Prince du stand de barbecue – Lei] : ……
[Prince du stand de barbecue – Lei] : Tu es vraiment ma mère…
La mère de Lei disait avoir préparé une chambre pour qu’il reste quelques jours. Pourtant, Xie Yu n’avait pas l’intention de s’attarder ; il passerait simplement pour un repas.
La famille Zhong dépensait beaucoup pour le Nouvel An et organisa même un feu d’artifice privé. À l’inverse, l’ambiance du Nouvel An dans la rue Black Water se nichait dans les moindres recoins.
Lorsque Xie Yu descendit du bus, plusieurs enfants jouaient dans la ruelle. Des pétards à la main ou dans les poches, ils les jetaient au sol en courant ; après le « bang », ils s’enfuyaient plus loin.
Il avait neigé la nuit précédente, mais la neige avait presque fondu sur les routes. Seules quelques plaques blanches subsistaient sur les toits.
Dans ses souvenirs, la dernière neige à A City remontait à plusieurs années. Zhou Dalei l’avait alors traîné dehors pour faire des bonshommes de neige.
Xie Yu s’y était montré réticent. « Tu es une fille ou quoi ? »
« Il neige ! Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Viens, faisons des bonshommes de neige ! »
Finalement, Xie Yu s’accroupit sur le côté, forma une boule de neige et la lança sur la tête de Zhou Dalei. « Faisons autre chose. »
Dans la rue Black Water, les maisons étaient serrées les unes contre les autres. Chaque foyer avait accroché des banderoles à ses fenêtres : « Famille heureuse », « Chance et fortune » — aux caractères noirs sur fond rouge.
Lorsqu’il arriva devant l’immeuble familier, Zhou Dalei se tenait sur une échelle, écrivant des vœux pour tante Mei. Les deux bandes verticales portaient les mêmes mots : « Que l’argent afflue ».
La banderole horizontale disait : « Richesse ».
Xie Yu s’arrêta, amusé. Il prit quelques photos, puis les envoya à He Zhao.
He Zhao répondit très vite.
« Très bien écrit. »
« Souhaite à ta mère une bonne année et j’espère qu’elle sera riche. »
Xie Yu baissa les yeux et répondit : « Comment vas-tu ? »
« On se retrouve le week-end prochain. Je vais bien. C’est bon de se retrouver. »
Zhou Dalei aperçut de loin son patron Xie s’approcher. Après avoir collé les banderoles, il descendit de l’échelle. À l’intérieur, tante Mei déclara : « Plus tard, ne mentionne rien à propos de tes notes… »
Tous savaient comment Xie Yu s’en était sorti aux derniers examens.
Zhou Dalei en resta un instant stupéfait.
Bien que Xie Yu eût autrefois obtenu de bonnes notes à l’école de Black Water, les établissements là-bas n’étaient pas réputés, et l’anglais enseigné au collège correspondait à un niveau d’école primaire. Une grande ville restait une grande ville ; il était donc compréhensible qu’il eût du mal à suivre le programme après son transfert.
« As-tu entendu ? » La mère de Lei lui donna une tape. « Ta tante Mei te parle. »
Zhou Dalei répondit : « Ah… oui, j’ai entendu, j’ai entendu, mais… »
Il s’interrompit en plein milieu de sa phrase.
Ce… fichu jeu de tournoi « Roi des questions » ou quelque chose du genre. Depuis qu’il avait réussi à se hisser dans le hall du jeu et obtenu le titre de « Ferraille tenace », il avait envisagé de supprimer l’application. Elle ne faisait que prendre de la mémoire, de toute façon.
Mais la désinstallation nécessitait plusieurs étapes fastidieuses, et au moment où il appuya sur le bouton de suppression, une notification apparut, lui conseillant de reconsidérer sa décision et de ne pas abandonner ses études.
Il retourna donc dans le hall du jeu pour traîner, et aperçut par hasard Dieu X en train de résoudre des exercices.
Il les résolvait à une vitesse presque inhumaine. Et son écriture…
— L’interface de questions-réponses du « Tournoi du Roi des questions » comportait un bloc-notes blanc à côté des questions ouvertes. En appuyant dessus, on pouvait griffonner à l’écran pour effectuer des calculs rapides.
Cette écriture lui semblait étrangement familière.
Zhou Dalei se souvint alors de la première fois qu’il avait appelé le patron Xie.
Il n’en était pas certain — peut-être réfléchissait-il trop — mais quelque chose lui paraissait anormal.
Lorsque Xie Yu monta à l’étage, la maison de tante Mei était déjà bondée.
Après le dîner, ils s’installèrent autour de la table de mahjong.
« Tu n’as pas fermé la boutique depuis deux jours. »
« Les affaires sont bonnes. Tous les autres magasins sont fermés, alors tout le monde vient chez moi. Je resterai ouverte encore deux jours », répondit la mère de Lei en jetant une tuile. « Quatre-kong ! » (NT : terme de mahjong désignant un ensemble de quatre tuiles identiques)
Xie Yu aidait souvent au stand. Voyant qu’il était encore tôt et qu’il n’avait rien à faire, il tapota l’épaule de Zhou Dalei et demanda : « Toujours à cinq heures ? »
Aucune réponse. Xie Yu répéta sa question, et Zhou Dalei réagit enfin. « Ah, pas besoin, tu n’as rien à faire. »
Xie Yu demanda : « À quoi pensais-tu ? »
Zhou Dalei pensa : je réfléchis à quel point ce monde est étrange.
Le stand de barbecue était bondé. L’hiver rendait la rue Black Water glaciale, et les parents de Dalei avaient monté une tente dans un espace vide au bord de la rue.
Bien que personne ne lui eût demandé de l’aide, Xie Yu prêta quand même main-forte en prenant les commandes et en servant les plats. Zhou Dalei s’occupait de la table voisine. Les clients donnaient leurs commandes très rapidement, et il n’arrivait pas à tout noter. « Attendez, combien de brochettes d’agneau déjà ? »
« Vingt. » Xie Yu lui tendit le bon de commande de la table 1, puis ajouta : « Une demi-canette de bière, une assiette de riz frit… »
Il y avait sept ou huit plats, et Zhou Dalei les nota tous, stupéfait. « Comment as-tu su ? »
« Je les ai entendus. »
Xie Yu possédait une excellente mémoire et retenait ce qu’il voyait ou entendait en une seule fois.
Zhou Dalei remit les deux bons à sa mère, puis s’adossa à la porte en plastique. Son envie de fumer se manifesta ; il sortit un paquet de cigarettes de sa poche. Après un moment de réflexion, il déclara : « Maman, il me semble que les notes du patron Xie étaient plutôt bonnes. »
La mère de Lei, toujours occupée, prit les jetons sans lever les yeux. Elle n’avait pas le temps de bavarder et répondit : « Il me semble que toi, tu avais obtenu 100 points à un test de mathématiques en première année. »
Zhou Dalei : « …… »
Le soir, le stand était le plus animé, mais après vingt-et-une heures, il n’y avait presque plus de clients. Lorsque la dernière table eut terminé, Xie Yu les aida à ranger le stand et à transporter les tabourets en plastique jusqu’à la réserve.
Après avoir travaillé un moment, Xie Yu se sentit fatigué. Il rangea les tabourets puis revint en disant : « Essaye de les convaincre. Le Nouvel An approche. Ils devraient se reposer à la maison. »
Dans la rue, plusieurs enfants allumaient des feux d’artifice. Dès qu’ils les enflammaient, une lumière éclatait dans la nuit, et les étincelles crépitaient au sol pendant quelques secondes.
Zhou Dalei tenait une caisse de rangement. Il la reposa, puis resta immobile, de nombreuses pensées traversant son esprit. Finalement, il appela : « Patron Xie ! »
Xie Yu ne se retourna pas. « Accouche. »
« C’était toi, ce X ? »
Zhou Dalei reposa la question : « Dans le jeu du Roi des questions… cette suite de lettres dont je ne me souviens plus. C’était toi ? »
Traducteur: Darkia1030
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