HSAV - Extra 5 - le Prince Xiao et son jeune frère.
Le prince Xiao estimait qu’il avait vécu une existence misérable jusqu’alors. Il naquit dans un pays gouverné par des femmes et, dès son plus jeune âge, il fut opprimé par ses sœurs talentueuses. En conséquence, il dut apprendre très tôt à se faire discret et humble.
Plus tard, lorsque le régime du royaume occidental de Shu se trouva morcelé, ils durent faire face au royaume du sud de Yan, semblable à un loup prêt à fondre sur sa proie, tandis que, dans leur dos, se tenaient des barbares déraisonnables. Dans de telles circonstances, il fut poussé sur le trône, car nul autre n’était disposé à nettoyer un chaos aussi inextricable.
Le prince Xiao ne savait ni commander les troupes ni manier le pouvoir politique concentré entre ses mains.
Pour cette raison, afin de préserver le royaume occidental de Shu, il réduisit volontairement son autorité en tant que Prince et se résolut à rendre hommage, année après année, au royaume du sud de Yan. Il ne demanda qu’une seule chose : que le royaume occidental de Shu ne lui fût pas arraché.
Même si ce choix était lâche, et finalement vain…
Que pouvait-il faire d’autre ?
Le prince Xiao se résolut alors à se rendre du royaume occidental de Shu au royaume du sud de Yan, dans l’espoir de s’attirer les faveurs de l’empereur Yan Heqing.
Lorsque Yan Heqing entendit son nom, il manifesta une vive impatience à l’idée de rencontrer le prince Xiao. Pourtant, dès leur rencontre, Yan Heqing s’éloigna, le visage glacial. Par la suite, il ne jeta plus jamais un seul regard au prince Xiao.
Submergé par le désespoir, le prince Xiao décida d’employer le poison.
Après avoir mené son plan à bien, il hésita toutefois à la dernière seconde.
Le prince Xiao se dit alors :
Je suis l’empereur du royaume occidental de Shu.
Comment puis-je vivre avec une telle lâcheté ?
À quoi bon une vie aussi misérable ?
Sur ces pensées, il but le poison.
On disait qu’après la mort, l’on rencontrait Hei et Bai Wuchang, que l’on voyait des lanternes flottantes, que l’on portait des chaînes incrustées dans les os, et que l’on entendait des pleurs résonner sur la route des Sources Jaunes.
(NT : Hei et Bai Wuchang sont des divinités chargées d’escorter les âmes des morts, le premier habillé de noir, le second de blanc. Leur nom, "Impermanence", est un rappel de la nature imprévisible et inévitable de la mort)
Cependant, le prince Xiao ne vit ni ces divinités, ni ces lanternes. Il n’aperçut même pas la froide route menant aux Sources Jaunes.
À la place, il distingua au loin une lanterne de carrousel. Elle ressemblait à un ruisseau tiède, s’écoulant lentement devant ses yeux.
Or, la personne peinte sur cette lanterne se nommait elle aussi Xiao YuAn. Son visage lui ressemblait trait pour trait.
Bien entendu, cet homme n’était pas le prince Xiao.
Le garçon représenté sur la lanterne avait été abandonné par son père dès son plus jeune âge. Bien qu’il vécût avec sa mère et son jeune frère atteint d’un handicap physique, les épreuves qu’il endura n’avaient jamais entamé son optimisme ni sa force intérieure.
Afin d’alléger le fardeau de sa mère, le garçon prit soin de son jeune frère avec constance.
Mais lorsqu’il eut six ans, sa mère se suicida en absorbant une dose excessive de pilules.
L’enfant de six ans se recroquevilla dans un coin, serrant son jeune frère contre lui tandis qu’il pleurait, comme s’il cherchait à évacuer toute son angoisse à travers ses larmes.
Lorsqu’il grandit et parvint enfin à devenir indépendant, la première chose qu’il fit fut de partir à la recherche de son jeune frère.
Cependant, lorsqu’il le retrouva, celui-ci avait déjà développé de graves troubles mentaux. Il souffrait de crises maniaques et d’une irritabilité extrême. À la vue du garçon, il se mit à lui hurler de disparaître et d’aller mourir.
Pour couronner le tout, le garçon découvrit alors qu’il était lui-même atteint d’une maladie incurable, arrivée à un stade terminale.
***
Lorsque le prince Xiao ouvrit lentement les yeux, une sensation de vertige irréel l’envahit aussitôt, comme s’il était en train d’être englouti.
Il ne comprenait cependant pas pourquoi il s’était réveillé.
À son chevet se tenait une jeune fille vêtue de blanc. En le voyant ouvrir les yeux, elle s’écria aussitôt : « M. Xiao est réveillé ! »
Le prince Xiao inclina légèrement la tête et observa les environs, fouillant sa mémoire. Grâce aux souvenirs transmis par la lanterne, il comprit que cette jeune fille était une infirmière, chargée de s’occuper des patients.
Bien qu’il fût conscient, M. Xiao ne pouvait ni parler ni bouger. Il avait été grièvement blessé après être tombé d’un immeuble, et le moindre mouvement risquait de provoquer une hémorragie interne.
Le prince Xiao resta alité dans un lit d’hôpital pendant deux longs mois.
Chaque jour, il s’endormait entouré de la forte odeur de médicaments et de désinfectant.
Un jour, il remarqua un journal posé à côté de son lit.
Bien qu’il eût péniblement commencé à s’adapter à ce nouveau monde grâce aux souvenirs de la lanterne, il en ignorait encore beaucoup. Espérant que ce journal lui apporterait quelques réponses, le prince Xiao l’ouvrit et découvrit qu’il avait été rédigé par Xiao YuAn, peu après avoir retrouvé son jeune frère.
La première page était remplie d’une excitation et d’un frisson presque palpables…
Xiao YuAn y avait écrit : « Je pourrai bientôt revoir mon frère. Je prendrai bien soin de lui pour le reste de ma vie. Je ne veux plus qu’il subisse la moindre injustice. »
Mais la deuxième page ne contenait que quelques mots : « Il a dit qu’il me détestait et qu’il voulait que je meure. »
La troisième page disait : « Je vais l’envoyer dans la meilleure maison de retraite du pays. Ainsi, il me pardonnera sûrement un jour. »
Après cela, le journal ne renferma plus que des relevés quotidiens des médicaments de son jeune frère. Pas un seul jour ne manquait, et chaque entrée était consignée avec une minutie extrême.
De temps à autre, deux ou trois phrases apparaissaient après les dossiers médicaux, relatant les visites de Xiao YuAn à son frère : comment il était accueilli par des coups et des reproches à chaque fois. Malgré ces expériences pénibles, ces notes se terminaient toujours par…
« Aujourd’hui, mon frère avait l’air plein d’énergie et heureux. »
« L’infirmière a dit que mon frère avait bien mangé aujourd’hui et qu’il semblait très content. »
« Aujourd’hui, l’état de mon frère semble s’améliorer. Il a aussi l’air plus heureux. »
Puis venait la dernière page…
L’écriture y était déformée, comme si la main de Xiao YuAn avait tremblé en tenant le crayon. Sans doute avait-il peur de ce qu’il s’apprêtait à écrire.
Il avait noté : « Je suis en phase terminale et je ne pourrai bientôt plus rester auprès de mon frère. Que devrais-je faire ? Que devrais-je faire ? Comment puis-je être aussi inutile ? Je n’ai pas réussi à sauver ma mère, et je ne pourrai pas non plus guérir mon frère. En plus… mon frère me déteste toujours… »
Après cela, Xiao YuAn n’écrivit plus.
Mais chaque mot qu’il avait écrit révélait le désespoir et la dévastation qu’il ressentait.
C’était comme si le prince Xiao pouvait se voir lui-même…
Sa haine de soi, ainsi que son sentiment d’inutilité.
Après avoir lu les derniers mots du journal, le médecin poussa brusquement la porte. En entrant, il déclara avec enthousiasme : « M. Xiao, il existe un médicament venu de l’étranger pour votre maladie, et il vient d’entrer dans la quatrième phase des essais cliniques ! Voudriez-vous essayer ? »
Le prince Xiao regarda le journal dans sa main, médita longuement, puis dit finalement : «Je vais essayer. »
Six mois plus tard, un homme entra dans une maison de soins située à la périphérie de la ville.
Il pénétra dans une salle propre et luxueuse, où il vit un homme assis dans un fauteuil roulant.
Avant de décider de mourir, Xiao YuAn avait tout arrangé pour l’avenir, afin que son jeune frère n’ait jamais à se soucier de la nourriture ni des vêtements. Il lui avait laissé la possibilité de mener une vie confortable.
Lorsque le jeune frère leva la tête et aperçut l’homme devant lui, ses yeux devinrent soudainement rouges. Puis il ricana et dit : « N’étais-tu pas censé être mort ? »
Le prince Xiao le regarda et répondit calmement : « Je ne suis pas mort, et j’aimerais essayer… »
Le jeune frère demanda : « Essayer quoi ? »
Le prince Xiao ne répondit pas.
Mais il le formula clairement dans son esprit.
Je veux profiter de cette rare opportunité de renaissance pour essayer de vivre une vie bien moins misérable.
Traducteur: Darkia1030
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