HSAV - Histoire secondaire (5) - Qu'entends-tu par deux fois?
Même si Xiao YuAn avait prononcé ces mots d’une certaine manière, Yan HeQing ne comprit absolument pas le sens caché qui s’y dissimulait.
Voyant que Yan HeQing restait encore hébété, Xiao YuAn désigna le dernier morceau de gâteau au sucre dans la boîte de nourriture et demanda : « Est-ce délicieux ? »
Yan HeQing hocha la tête.
« Veux-tu encore en manger ? »
Yan HeQing hocha de nouveau la tête.
Alors, Xiao YuAn ramassa le gâteau au sucre, le tint entre ses lèvres et baissa les yeux pour regarder Yan HeQing.
Les yeux de Xiao YuAn brillaient intensément, débordant d’une fierté effrénée, tandis que toute son expression semblait crier : « Viens et mange-moi. »
Le clair de lune qui entrait par la fenêtre, ainsi que la petite bougie éclairant la pièce intérieure silencieuse, parurent soudainement chargés de tentation.
À ce stade, même la personne la plus obtuse aurait compris ce que Xiao YuAn cherchait à suggérer.
Yan HeQing contempla avidement le regard espiègle de Xiao YuAn et le grava au plus profond de sa mémoire. Puis, il se pencha pour se rapprocher de lui.
Xiao YuAn sourit avec effronterie en rejetant légèrement la tête en arrière pour éviter son approche, mordit lui-même le gâteau au sucre, le mâcha deux fois et l’avala. Puis il ouvrit la bouche et la montra à Yan HeQing. Avec une pointe de provocation, il déclara : « Il n’y a plus rien. »
Les commissures de ses lèvres étaient encore tachées de miettes de pâte, tandis que le bout de sa langue paraissait légèrement rouge, conséquence de l’avoir avalé trop hâtivement.
Le clair de lune qui traversait la fenêtre pénétra également dans les yeux de Yan HeQing, brisant leur calme en mille fragments.
La main gauche de Yan HeQing se posa derrière la tête de Xiao YuAn, tandis que sa main droite s’enroula autour de sa taille, et il l’embrassa avec fougue.
« Mmm… » Xiao YuAn ne put s’empêcher de laisser échapper un léger gémissement.
C’était comme si Yan HeQing cherchait à arracher ce gâteau au sucre inexistant de sa bouche ; la voix de Xiao YuAn se teinta alors d’un tremblement presque sanglotant, impossible à contenir. Même si ses paroles étaient entrecoupées, il était évident qu’il interrogeait Yan HeQing, bien que la douceur de sa voix semblât irréelle : « T-Tu… tu n’étais pas malade il n’y a pas si longtemps ?! Comment peux-tu déborder d’une telle énergie ?! »
« Mm-hmm. » Yan HeQing lécha le lobe de son oreille en murmurant : « C’est justement pour cela que je ne le ferai que deux fois ce soir. »
Xiao YuAn : « … »
***
Tôt le lendemain matin, bien que Yan HeQing se levât du lit avec précaution, Xiao YuAn se réveilla malgré tout. Encore hébété, il murmura : « Yan-ge ? Vas-tu à la cour du matin ? »
« Mm-hmm. » Yan HeQing étreignit Xiao YuAn à travers la couette et déposa un doux baiser sur son front.
Xiao YuAn répondit par un simple « oh », agrippa la couette et se rendormit aussitôt.
Lorsqu’il se réveilla de nouveau, la matinée était déjà bien avancée.
Quand Tian Xiang vit que Xiao YuAn était enfin éveillé, elle lui apporta une bouillie claire pour le petit déjeuner.
Au moment où Xiao YuAn s’apprêtait à s’étirer et à soulever la couette, il aperçut soudain un mémorial posé à côté de son oreiller. Il pensa qu’il devait s’agir de celui que Yan HeQing lisait la nuit précédente et qu’il avait oublié d’emporter à la cour au petit matin.
Xiao YuAn ouvrit le mémorial. Après tout, s’il s’agissait d’une affaire importante, il devait le transmettre à Yan HeQing.
Ce qu’il vit écrit sur le mémorial était le suivant : « Il y a une catastrophe à Langcheng. Des terres sablonneuses s’effondrent partout. Des fissures et des ravins s’ouvrent, des milliers de maisons se sont écroulées. Dix mille personnes sont blessées. La capitale doit d’urgence acheminer des vivres et des médicaments. »
« Un tremblement de terre ? Langcheng… ? » Xiao YuAn se frotta le menton.
« Cet endroit m’a l’air familier. »
« Il me semble… »
« Il me semble que ce soit la ville voisine du village de Taoyuan ! »
Alors qu’il réfléchissait, il entendit soudain Tian Xiang murmurer à côté de lui : «L’Empereur est de retour. »
Lorsque Xiao YuAn leva les yeux, il vit Yan HeQing s’approcher du lit tout en déliant sa cape. Un peu de neige s’était encore accumulée sur ses épaules, comme s’il n’avait pas eu le temps de la balayer, tant il était pressé.
Tian Xiang prit le lourd manteau des mains de Yan HeQing, s’inclina et se retira de la chambre impériale.
Xiao YuAn sourit : « Yan-ge, tu es rentré si tôt aujourd’hui. »
Yan HeQing l’interrogea : « Te sens-tu mal quelque part ? »
Xiao YuAn secoua la tête en se tapotant la poitrine, produisant un léger bruit sourd : « Nous sommes un vieux couple marié ! Comment pourrais-je me sentir mal ? Je suis très robuste ! Toux… robuste… »
Yan HeQing se hâta de l’empêcher de continuer à se frapper la poitrine.
« Bien ! Yan-ge, je viens justement de voir ceci… » Xiao YuAn ramassa le mémorial posé près de son oreiller et poursuivit : « As-tu déjà décidé qui livrerait la nourriture et les médicaments ? »
Yan HeQing hocha la tête : « Chen Ge. »
Xiao YuAn continua : « Quand partira-t-il ? »
Yan HeQing répondit calmement : « Aujourd’hui à midi. »
« Oh… » Xiao YuAn demeura légèrement interdit. « Si tôt ? »
« Les secours en cas de catastrophe ne peuvent pas être retardés. Pourquoi ? » Yan HeQing voyait bien que Xiao YuAn avait quelque chose en tête.
« Je… » Xiao YuAn hésita longuement avant de pouvoir dire : « Je veux venir avec toi. »
Yan HeQing s’immobilisa. Lorsque son regard se posa sur le mémorial, il comprit presque immédiatement ce que Xiao YuAn avait en tête.
Le village de Taoyuan se trouvait près de Langcheng, et Xiao YuAn souhaitait retourner au village de Taoyuan pour y jeter un coup d’œil.
Yan HeQing prit le mémorial des mains de Xiao YuAn et le recouvrit de sa manche. Puis il leva les yeux vers lui et demanda lentement : « Te souviens-tu du système d’examen impérial qui a été instauré il n’y a pas longtemps ? »
Xiao YuAn pensa : ‘Bien sûr que je m’en souviens, c’estt la réforme que j’ai proposée.’
Par le passé, le royaume méridional de Yan appliquait un système de neuf rangs, et la majorité des postes officiels se transmettaient de façon héréditaire. Pour cette raison, de nombreux fonctionnaires se montraient paresseux et ne remplissaient pas leurs devoirs, causant à Yan HeQing d’innombrables maux de tête. Xiao YuAn avait alors proposé de réformer le système d’examen impérial afin que les enfants issus de familles modestes puissent eux aussi gravir les échelons de la cour impériale.
Après avoir vu Xiao YuAn hocher la tête, Yan HeQing poursuivit : « Le système d’examen impérial a porté atteinte aux intérêts de certains fils de hauts fonctionnaires, et la réforme rencontre actuellement plusieurs obstacles. Pour cette raison, je ne peux pas quitter la capitale pour le moment, et je ne peux pas t’accompagner au village de Taoyuan. »
« Oh… » répondit Xiao YuAn.
Depuis la seconde transmigration de Xiao YuAn, ils ne s’étaient jamais séparés. Bien que Yan HeQing n’eût jamais évoqué l’année entière qu’il avait passée à attendre le retour de Xiao YuAn, ce dernier en avait néanmoins entendu parler par d’autres.
Pendant un certain temps, tout était resté parfaitement normal. Yan HeQing prenait chaque jour les trois mêmes repas et discutait des mêmes politiques anciennes de la Cour. Même le cycle du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver semblait immuable.
Puis, soudainement, un jour, Yan HeQing renversa la boîte en bois placée près de son oreiller, et l’épingle à cheveux en jade blanc ainsi que la flûte ornée d’un gland rouge tombèrent au sol. Bien qu’il ne s’agît que d’un incident insignifiant, cela le fit sombrer dans la folie. Il pleura de désespoir jusqu’à s’effondrer.
Face à ce monde empli d’amertume et de tragédies, il apparaissait que tous deux ne pouvaient échapper aux mots « être séparés de son vivant et séparés par la mort » (NT : expression désignant la séparation définitive entre des êtres chers, soit par la vie, soit par la mort).
Après le retour de Xiao YuAn, Yan HeQing ne s’était plus jamais séparé de lui, sauf lorsqu’il se rendait à la Cour. En réalité, il craignait que Xiao YuAn ne fût qu’un produit de son imagination.
Il avait peur que, s’il se réveillait un jour de ce rêve, il ne retrouve de nouveau le vide à ses côtés.
Xiao YuAn comprenait ce qui hantait l’esprit de Yan HeQing. C’est pourquoi il ne s’était jamais agacé de sa proximité excessive et avait même fait de son mieux pour le réconforter.
Avec le temps, Yan HeQing cessa peu à peu d’être excessivement possessif envers Xiao YuAn.
Cependant, ils ne s’étaient encore jamais séparés pour une longue durée. À présent, si Xiao YuAn partait livrer les secours, le voyage durerait plusieurs mois, et Yan HeQing ne pouvait quitter la capitale…
« Oh… Je comprends, je comprends… » Xiao YuAn réprima la plainte qui affleurait au fond de ses yeux et sourit.
Yan HeQing, qui l’observait attentivement, tendit soudain la main pour saisir celle de Xiao YuAn. Tandis qu’il la tenait doucement, il déclara : « Le voyage durera plusieurs mois, et puisque je ne peux pas t’accompagner, tu devras bien prendre soin de toi. »
En entendant ces mots, Xiao YuAn demeura longtemps stupéfait avant de pouvoir marmonner : « Yan… Yan-ge ? Tu… es-tu vraiment prêt à me laisser partir ? »
Yan HeQing confirma : « Je ne le souhaite pas. Mais ton cœur aspire depuis longtemps au village de Taoyuan. Comment pourrais-je t’empêcher d’y retourner ? »
Xiao YuAn laissa alors échapper un long soupir. « J’ai vraiment sous-estimé Yan-ge, n’est-ce pas ? »
Aux yeux de Xiao YuAn, Yan HeQing avait toujours paru être quelqu’un d’éperdument amoureux, ce qui lui avait fait croire qu’il ne pourrait jamais vivre sans lui.
Mais comment cela aurait-il pu être possible ?
Cet homme qui avait été enseveli sous des monceaux de cadavres sanglants, qui avait jadis subi l’humiliation de ses ennemis, qui était sorti d’un pays ravagé par les flammes de la guerre et avait gravi pas à pas les marches du trône… c’était Yan HeQing.
‘De plus, l’amour que Yan HeQing me porte ne m’a jamais entravé, ni jamais pesé sur moi comme une prison.'
Ensuite, Yan HeQing insista pour le conseiller : « La route est longue et cahoteuse. Assure-toi de ne pas te blesser. »
Sachant qu’il pouvait se rendre au village de Taoyuan, Xiao YuAn débordait déjà de joie. Il promit alors à Yan HeQing : « Ne t’inquiète pas ! Je ne me blesserai absolument pas !! »
« Mm. » Yan HeQing hocha la tête. « J’enverrai un édit impérial à Chen Ge. »
Une demi-heure plus tard, Chen Ge reçut l’édit impérial. Lorsque le jeune soldat à ses côtés lui demanda ce qui se passait, Chen Ge répondit simplement qu’il se rendrait à Langcheng pour apporter des secours en cas de catastrophe… accompagné de l’impératrice.
Le jeune soldat poussa aussitôt un cri : « Oh non ! Le général Chen a vraiment un sort misérable ! Si jamais l’Impératrice venait à être blessée, l’Empereur vous tuerait dès votre retour ! »
Traducteur: Darkia1030
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