LCBMG - Chapitre 4 – Je t’aime

 

 

30. Emmène-moi avec toi

Il y avait eu de nombreuses rumeurs au lycée n° 2 de la ville B, mais la plus célèbre de leur promotion était sans doute celle affirmant que le futur major du gaokao n’avait même pas attendu la fin des examens pour se déclarer deuxième du classement.

« Qu Yao, rends-moi un service », lança Tang Miao en haletant à Qu Yao, qui était plongée dans une mer de copies d’examen.

« Qu’y a-t-il ? »

Tang Miao serra les dents. « Il me semble que tu avais dit que ton grand frère étudiait l’informatique. »

« Oui. » Qu Yao hocha la tête.

« Aide-moi à localiser cette adresse IP, je t’en prie. »

Qu Yao acquiesça aussitôt. Une adresse électronique était écrite sur le papier. « C’est… »

Tang Miao se rappela le message qu’il avait reçu trois nuits avant le gaokao : « Joyeux anniversaire, MiaoMiao. Emmène-moi avec toi, allons ensemble à l’université A. »

En voyant l’expression de Tang Miao, Qu Yao ne posa pas davantage de questions. « D’accord… Je garderai le secret. »



31. Pas mal

Tang Miao rentra chez lui et se sécha les cheveux. Une pluie torrentielle tombait dehors.

« Comment s’est passé ton examen ? » demanda Tang Zhan avec inquiétude.

« Pas mal. »

Tang Zhan éclata de rire malgré lui, et Mère Tang ne put s’empêcher de secouer la tête. « Cet enfant… »

Le « pas mal » de Tang Miao lui valut la première place au gaokao de cette année-là dans la ville B, une admission dans la meilleure spécialité de l’université A, ainsi qu’une bourse nationale complète de quatre ans.

Tout le monde pensait que Tang Miao poursuivrait ses études ou partirait étudier à l’étranger, mais il choisit de créer sa propre entreprise. Ses parents n’eurent d’autre choix que de le laisser faire. Après le gaokao, Tang Miao avait de plus en plus de projets.

Parfois, Mère Tang se demandait si cet enfant qui pleurait autrefois pour un rien était vraiment son fils.

Chaque fois qu’elle disait cela, Tang Zhan gardait le silence, puis aidait Tang Miao à repousser une avalanche de rendez-vous arrangés en déclarant : « L’essentiel, c’est que l’enfant aime cela. »

« Comment veux-tu fêter ton anniversaire ? Tu veux inviter tes camarades à venir jouer à la maison ? » demanda Mère Tang.

Tang Miao resta un instant stupéfait. Ainsi donc, demain était son anniversaire.

Il secoua la tête en refusant. « Je mangerai simplement à la maison. »

« Et tes amis alors ? Pourquoi ne pas les inviter au restaurant ? »

Mère Tang se souvenait que Tang Miao ramenait souvent Qi Ming à la maison. Elle connaissait l’affaire concernant Qi Ming, mais ignorait totalement ce qui s’était réellement passé.

« Mangeons », dit Tang Zhan en servant un plat à Tang Miao. « Quand un enfant devient adulte, il est libre de vivre comme il l’entend. »

« Merci. » Tang Miao baissa la tête et prit une bouchée de riz.

Après le dîner, Tang Miao accompagna ses parents pour regarder les informations.

Comme à son habitude, Mère Tang demanda : « Tu es vraiment certain de ne pas vouloir passer l’examen de l’académie de police ? Après tout, ton cousin et ton père pourraient t’aider. »

Avec le statut actuel de la famille Tang, ils pouvaient faire bien plus que simplement l’aider.

Le sourire de Tang Miao s’effaça peu à peu, et son expression devint indéchiffrable. « Non. Maman, je suis un peu fatigué. Je monte. »

Tang Zhan poussa un soupir, ses yeux sombres et lourds de pensées.



32. Arrête de pleurer

Tang Miao passa la nuit entière éveillé devant son ordinateur, sans cligner des yeux. Il actualisa sa boîte mail d’innombrables fois, mais aucun nouveau message n’apparut.

Il ressentait un malaise diffus dans la poitrine, une douleur sourde.

Pourquoi Qi Ming lui avait-il posé un lapin ?

À vrai dire, Tang Miao ne savait rien. Il savait seulement que, chaque année à son anniversaire, il recevait un étrange courriel auquel il ne pouvait jamais répondre…

Joyeux anniversaire, Tang ShuiShui.

Qi Ming, espèce de salaud !

Tang Miao se mordit les lèvres et étouffa toutes ses émotions.

Durant les premières années, Qi Ming écrivait encore : « Joyeux anniversaire, MiaoMiao. Tu me manques terriblement » ou bien « Attends mon retour ».

Mais maintenant, c’était devenu « Tang ShuiShui »…

Tang Miao comprenait parfaitement la différence. Qi Ming voulait qu’il l’oublie.

Qu’il oublie cette nuit où ils avaient franchi la ligne.

Qi Ming ! Tu es vraiment le pire des salauds !

Si… tu me souhaites joyeux anniversaire, alors tu peux m’appeler comme tu veux. Je ne pleurerai pas.

Il fallait admettre que Qi Ming savait mieux réconforter Tang Miao qu’il ne l’avait imaginé, même à des milliers de kilomètres.

Tang Miao reçut finalement un courriel de Qi Ming à la toute dernière minute de la journée : Joyeux anniversaire, Tang ShuiShui.

Et tout au bas du message, visible seulement après avoir longuement fait défiler l’écran, se trouvait une autre phrase : MiaoMiao, tu me manques terriblement.

Tang Miao s’endormit enfin l’esprit apaisé. Cela faisait trente-six heures qu’il n’avait pas fermé les yeux.

Qi Ming, toi aussi tu me manques.

Même si tu es un salaud… qui pourrait voir cela là-bas ?!



33. Escalade

« Où est mon petit frère ? Encore en rendez-vous ? » plaisanta Tang Suhuo dès qu’il entra dans la maison. (NT : en Chine, les cousins s’appellent ‘frère’)

« Est-ce que la montagne risque d’être fermée à cause de la neige abondante ? » demanda anxieusement Mère Tang en regardant la météo par la fenêtre.

« Il est encore parti faire de l’escalade ? Quel drôle de passe-temps ! Il va faire de l’escalade le jour de la Saint-Valentin ? »

« Quelle Saint-Valentin ? » demanda Tang Zhan.

« Mon oncle, vous êtes vraiment dépassé. La Saint-Valentin est célébrée le 14 février dans les pays occidentaux. »

« Le 14 février… »

Comment Tang Zhan aurait-il pu oublier ? C’était précisément à l’aube de la Saint-Valentin qu’il avait signé ce mandat d’arrêt.

« Ainsi… c’était la Saint-Valentin… » Il regarda au-dehors, vers la neige abondante, d’un air quelque peu absent.

« Je ne suis pas certaine que Xiao Miao puisse rentrer pour le dîner », soupira Mère Tang. « J’ai invité des convives. »

Tang Zhan se leva et déclara : « Annule tout. »

« Quoi ? » s’exclama Mère Tang, stupéfaite.

« J’ai dit : annule tout. »

Le ton de Tang Zhan ne laissait aucune place au doute ; il donnait un ordre.

« Que veux-tu dire par là, Tang Zhan ? » Cette fois, Mère Tang ne put s’empêcher de protester. « Xiao Miao a grandi, mais il n’a même pas de petite amie. À chaque fois, il dit vouloir se concentrer sur sa carrière avant de fonder une famille. Maintenant qu’il a réussi dans la vie, Xiao Miao a déjà vingt-cinq ans, non ? N’est-il pas temps qu’il pense au mariage ? Même s’il ne veut pas se marier, il devrait au moins trouver une petite amie. »

Tang Zhan ne savait pas comment expliquer la situation, mais il ne supportait pas l’idée que le cœur de son fils soit à nouveau transpercé ce jour-là.

Tang Suhuo haussa les épaules avec impuissance. Il ne comprenait que vaguement ce qui se passait.

« Mon oncle, il est trop tard. Ils sont déjà en bas. »

 

34. Prier pour la paix

Un jeune novice ouvrit la porte et passa timidement sa petite tête dehors. « Bienfaiteur, en raison de la forte neige aujourd’hui, le temple taoïste ne peut pas ouvrir. »

« Ah… vraiment ? » Tang Miao resta un instant désemparé. « Merci. »

Longtemps après, le petit novice rouvrit la porte et regarda Tang Miao, qui se tenait toujours au même endroit. Il avait fermé son parapluie parce qu’il voulait entrer dans le sanctuaire. En le voyant maintenant couvert de neige, l’enfant ne put le supporter davantage. « Le bienfaiteur est sincère. Venez avec moi. »

« Merci, petit prêtre taoïste. »

Les oreilles du jeune garçon rougirent légèrement de gêne.

Tang Miao s’agenouilla respectueusement. Il ne demanda rien de particulier. Chaque année, il priait seulement pour le bien-être d’une seule personne.

« Bienfaiteur, j’ai entendu dire qu’aujourd’hui était la Saint-Valentin. »

« Vraiment ? »

Tang Miao fut pris au dépourvu. Ce n’est qu’à cet instant qu’il se rappela que c’était aussi le jour où Qi Ming était parti.

Combien d’années s’étaient écoulées déjà ? Sept ans, n’est-ce pas ? La guerre de Résistance (NT : guerre sino-japonaise) avait pris huit années avant d’être remportée. Tang Miao ignorait encore combien de temps il pourrait attendre Qi Ming.

« Pourquoi ne pas demander un mariage, bienfaiteur ? Le temple de Yuelao (NT : divinité chinoise des mariages et des liens amoureux) derrière le hall principal est très efficace… »

En réalité, Tang Miao y était déjà allé. Durant sa deuxième année de lycée, il s’y était faufilé en secret pour prier Yuelao. Qi Ming s’était alors mis en colère contre lui.

À cette époque, il avait prié pour que la personne qu’il aimait dans son cœur puisse également l’aimer en retour. Une fois son souhait exaucé, il n’était jamais revenu rendre hommage.

Cette fois, il priait simplement pour ne pas avoir à attendre trop longtemps, même s’il était prêt à attendre aussi longtemps qu’il le faudrait.

« Voulez-vous une cordelette rouge, bienfaiteur ? »

« J’en ai déjà demandé une », répondit Tang Miao avec un sourire.

Après avoir déposé l’argent des mérites (NT : argent offert au temple pour obtenir bénédictions et mérites spirituels), Tang Miao suivit le petit prêtre taoïste vers la sortie.

Alors qu’il refermait la porte, le jeune novice demanda avec curiosité : « Cette cordelette rouge est-elle efficace ? »

« Oui, très efficace. »

À l’époque, il avait avidement souhaité que Qi Ming et lui puissent vivre ensemble jusqu’à un âge avancé, dans le bonheur conjugal.

« Idiot, ce genre de chose ne peut pas être demandé pour soi-même. »



35. Aimer jusqu’à la folie

« Qu’as-tu dit ? » Tang Miao reprit soudain ses esprits.

La jeune femme au tempérament doux répéta : « Quels sont tes projets pour l’avenir ? Comptes-tu rester à B ? »

« Xiao Miao n’a jamais vécu ailleurs qu’à B de toute sa vie », répondit Tang Suhuo avec un sourire.

« C’est précisément pour cela que j’ai envie d’essayer, non, deuxième frère ? »

Tang Miao poursuivit naturellement la conversation. « Je suis encore jeune. N’essayez pas de me retenir. Je sais que vous êtes jaloux de moi. Quel dommage, officier Tang. »

Tang Suhuo grinça des dents. Ne savait-il donc pas qu’il était en train de le présenter à cette jeune femme ?

Le visage de celle-ci changea légèrement. « Où comptes-tu t’installer plus tard ? »

« À l’étranger », répondit calmement Tang Miao. « Mon deuxième frère est bien plus stable que moi. Tu n’as pas de petite amie non plus, n’est-ce pas, deuxième frère ? »

Tang Suhuo : « … » Il n’avait même pas encore suffisamment profité de sa liberté !

« Xiao Miao, toi… »

Mère Tang paniqua légèrement. En grandissant, son fils — qui avait pourtant toujours été délicat et sensible depuis l’enfance — lui était devenu totalement incompréhensible.

« Tu veux partir à l’étranger ? » demanda Tang Zhan d’un ton grave.

Tang Miao hocha la tête. « Ces dernières années, j’ai presque gagné assez d’argent. Le moment venu, je vendrai l’entreprise et partirai voyager à l’étranger. »

Tang Zhan observa de nouveau son fils. Ainsi, il nourrissait cette idée depuis le début…

« Papa, ne me regarde pas comme ça. Rien n’est encore décidé. Je dois d’abord savoir quel sera mon premier arrêt à l’étranger. »

Ce salaud de Qi Ming ne lui avait pas laissé le moindre indice. Chaque fois, son adresse IP provenait d’un pays différent.

Tang Miao supposait qu’il envoyait un courriel avant de s’enfuir immédiatement dans un autre pays.

L’une des raisons était la sécurité ; l’autre, qu’il ne voulait pas être retrouvé.

Qi Ming était véritablement un salaud de la pire espèce.

Mais il l’aimait à la folie.



36. Démission

« Xiao Huo, apporte ceci à ton frère. » Tang Zhan alluma une cigarette. « Xiao Miao ? »

« Oui. Maintenant, va-y. »

Tang Suhuo était anxieux. « Mon oncle, c’est encore au stade du cryptage ! »

« Considère cela comme une petite compensation d’un père envers son fils. »

Tang Suhuo resta sans voix.

Naturellement, le dîner de ce jour-là s’acheva dans une atmosphère pesante. Tang Miao demeura poli et irréprochable, mais chacun avait le cœur agité.

Après le repas, Tang Miao parla avec animation, puis s’évanouit directement sur le canapé. Sa température monta à 40 °C et il se mit à délirer. Les autres ne parvenaient pas à comprendre clairement ce qu’il disait. Seul le nom de « Qi Ming » revenait distinctement, encore et encore.

Tang Zhan finit par révéler ouvertement toute l’affaire. On ignorait si Tang Miao en avait conscience à ce moment-là. En résumé, après cela, plus personne dans la famille ne reparla de mariage.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Tang Miao jeta un regard au rare visiteur présent chez lui.

« Ton père m’a demandé de te l’apporter. »

Tang Miao secoua la tête en regardant, stupéfait, l’étiquette « TOP SECRET » apposée sur le dossier.

« Reprends-le. Je ne lui en ai jamais voulu depuis le début. »

« Eh bien, Xiao MiaoMiao a vraiment grandi. » Tang Suhuo lui frotta les cheveux en plaisantant : « Ton deuxième frère regrette vraiment l’époque où tu pleurnichais sans arrêt. »

Tang Miao pinça les lèvres : « J’ai cessé de pleurer depuis longtemps. »

« Oui, oui, je sais. » Tang Suhuo agita la main. « Alors je retourne travailler. Mais Xiao Miao, tu es vraiment ennuyeux. La dernière fois, tu m’as causé tant de problèmes, et tu n’as même pas voulu m’offrir quelques bonbons. »

L’amour de Tang Miao pour les sucreries était probablement une anecdote amusante connue de toute la famille.

Tang Miao jeta un regard impuissant à son deuxième frère, qui devenait de plus en plus bavard. « Cela fait longtemps que je n’ai pas mangé de bonbons. »

« Tu recommences à faire des manières ? » se moqua Tang Suhuo.

« J’ai arrêté. »

Il avait réellement arrêté. Il craignait que d’autres sucreries n’effacent le goût de ce bonbon-là, et il avait peur de ne plus jamais se souvenir de la douceur du baiser de Qi Ming.



37. Attendre jusqu’à…

Le mandat d’arrêt avait été annulé.

Tang Zhan examina les documents qu’on lui présentait et ressentit une impression de « la souffrance prit fin et la douceur commença » (NT : idiome désignant le moment où les épreuves se terminent enfin pour laisser place au bonheur).

Ses subordonnés ne comprenaient pas pourquoi le ministre Tang semblait si heureux à propos d’une erreur judiciaire. À l’époque, il était le chef du Bureau de la sécurité publique de la ville B. Même s’il s’était battu pendant longtemps et avait exigé une nouvelle enquête, il s’agissait d’une affaire majeure impliquant une condamnation erronée, et il devait en assumer la responsabilité.

Ils savaient également que cette affaire contenait beaucoup trop de conflits d’intérêts. Le véritable coupable récemment condamné : Yao Lin, qui avait laissé une confession écrite avec son sang avant de se suicider en prison ; les faux témoignages ; ainsi que les luttes de factions menées dans l’ombre…

« Ministre Tang, veuillez signer les documents. »

« Signer ? Bien sûr… oui, signer. »

Les yeux de Tang Zhan brillaient de larmes.



38. Italie

Les employés de HongMiao avaient l’impression que leur patron était mécontent chaque jour.

À vrai dire, ce n’était pas tant qu’il était irritable ; il avait surtout le regard tombant et une expression mélancolique.

Bien entendu, ils n’osaient le penser qu’en silence. Après tout, leur patron était vraiment effrayant…

Le genre de personne dont le sourire suffisait à vous faire éclater une sueur froide.

« Patron, il y a une collaboration en cours, et l’autre partie souhaite que vous vous présentiez personnellement. »

« Quelle collaboration ? »

Tang Miao ne leva même pas la tête.

« Cette entreprise italienne. L’autre partie est très exigeante, et les projets de collaboration ont déjà été révisés plusieurs fois. »

« Leur patron s’est-il déplacé en personne ? »

« L’autre partie a refusé. »

Tang Miao ricana : « Demandez à Qu Yao d’y aller. »

« Grande sœur Qu est encore en vacances… » rappela faiblement la secrétaire. « En réalité, ce serait mieux si vous vous présentiez personnellement. »

« Je ne suis pas libre. J’ai un examen ce jour-là. »

La secrétaire : « … »

Pouvez-vous laisser une chance de survivre à nous autres mortels ?

Depuis l’université, Tang Miao passait régulièrement le TOEFL et l’IELTS (NT : examens internationaux servant à évaluer le niveau d’anglais), bien qu’il ne fît que passer les examens. Dès que la validité de ses scores expirait, il les repassait aussitôt. Pourtant, le patron ne semblait avoir aucune intention d’étudier à l’étranger ou d’émigrer. Naturellement, la secrétaire pensait qu’il passait ces examens simplement pour le plaisir, tout en méprisant les cancres comme eux.

Tang Miao, qui venait juste de terminer son examen, se précipita dans le bureau de son deuxième frère après avoir reçu un appel téléphonique. « Tu l’as trouvé ? »

« Il vit en Italie depuis deux ans. »

Tang Miao serra les dents en réalisant qu’aucun des e-mails qu’il avait reçus au cours des deux dernières années ne provenait d’Italie.

Quel salaud.

« Merci. »

« Xiao Miao, maintenant que tout est réglé, ramène-le quand tu le trouveras. »

Tang Miao se contenta de sourire. Il ne forcerait pas Qi Ming si celui-ci ne le voulait pas. L’italien ne devait pas être si difficile à apprendre, n’est-ce pas ?

 

39. La pègre

« Votre Altesse. »

Tang Miao était de bonne humeur et répondit naturellement sur le ton de la plaisanterie : « Vous êtes pardonné. »

« Je supplie Votre Altesse de sauver la situation. Grande sœur Qu n’a pas réussi à finaliser l’accord la dernière fois. Cette fois, c’est encore plus difficile. »

« Ils sont tous grands et robustes, vêtus de noir et portant des lunettes de soleil noires, comme s’ils appartenaient à la pègre. »

« En réalité, les gens de la pègre ne sont pas effrayants », marmonna Tang Miao pour lui-même, en se souvenant de la façon dont ils lui glissaient discrètement des vidéos pornographiques derrière le dos de Qi Ming, tout en écoutant ses discours sur le système judiciaire et les institutions.

En vérité, il attendait surtout cet e-mail. Aujourd’hui était son anniversaire, mais ce salaud de Qi Ming lui avait encore posé un lapin.

« Je ne parle pas italien non plus, Patron. Vous apprenez l’italien, non ? Allez donc essayer. »

« Et leur patron est ici ; il a dit que si vous ne venez pas, il repartira dans une demi-heure. »

En réalité, cette collaboration était bénéfique aux deux parties. L’autre camp souhaitait pénétrer le marché intérieur grâce à eux, tandis que HongMiao espérait utiliser cette coopération pour entrer sur le marché international.

Il se trouvait simplement que leur patron de mauvaise humeur était aujourd’hui de bonne humeur ; l’autre partie allait donc probablement avoir de la chance.

« Allons-y. »

La petite secrétaire fut enfin sauvée. Comme un renard profitant de la puissance du tigre, elle suivit Tang Miao.

L’homme dans la salle de réunion semblait être quelqu’un avec qui il ne valait mieux pas plaisanter. Il était séduisant, mais paraissait impatient. Lorsqu’il répondit au téléphone, elle entendit son poing serré — autour duquel était enroulée une corde rouge délavée — craquer bruyamment. C’était étrange et effrayant.

 

40. Tout le monde dehors

Tang Miao avait rassemblé toutes ses émotions et réfléchissait à la manière de saluer en italien, ainsi qu’à la façon de faire payer la dette de celui qui avait terrorisé sa secrétaire, avant de pousser la porte.

Tang Miao regarda les trois hommes en noir qui se tenaient à l’intérieur, exactement comme les avait décrits la petite secrétaire, puis remarqua également l’homme impatient assis au milieu d’eux. Soudain, il eut envie de rire et de pleurer en même temps.

« Sortez », dit Tang Miao, les lèvres tremblantes.

« PATRON ? »

« Tout le monde dehors. Je peux discuter des affaires seul. »

L’homme assis se leva brusquement ; sa bouche s’entrouvrit légèrement, et le blanc de ses yeux rougit progressivement.

Tang Miao pensa que, mis à part cette nuit-là, il n’avait jamais revu Qi Ming avec un air aussi stupide.

« Tout le monde… dehors », dit Qi Ming d’une voix engourdie.

Malgré leur étonnement, les hommes en noir sortirent tous docilement, emmenant également avec eux la jeune secrétaire.

La petite secrétaire découvrit alors avec embarras qu’ils semblaient tous chinois, simplement un peu plus grands et plus musclés, avec une apparence évoquant vaguement la pègre.



41. Tu m’as manqué

« Qi Ming ! »

Qi Ming rattrapa Tang Miao, qui s’était jeté sur lui, et le laissa déchirer son col. Tang Miao mordit son épaule à l’endroit des anciennes marques de dents, l’imbibant de larmes et de morve.

« Tang ShuiShui, ta façon de pleurer est toujours aussi impressionnante. »

La bouche de Qi Ming le taquinait, mais ses bras emprisonnaient fermement Tang Miao, tandis qu’il serrait les dents pour empêcher ses sanglots étouffés de s’échapper.

En vérité, aucun d’eux n’était qualifié pour dire qui pleurait. Les yeux de Qi Ming étaient tout aussi remplis de larmes que ceux de Tang Miao.

« Qi Ming, tu m’as manqué. »

Les lèvres de Tang Miao tremblaient, sa voix se brisant sous les sanglots.

« Tang ! Shui ! Shui ! Si tu pleures encore… »

« Je vais pleurer », répondit Tang Miao en mordillant son cou à sa guise. « Tu es un salaud. »

« Si tu pleures encore, je t’embrasse. » Les yeux de Qi Ming étaient rouges, mais ses lèvres se relevaient en sourire.

Tang Miao resta stupéfait. Cinq secondes plus tard, les hurlements de Tang Miao résonnèrent derrière la porte.

Les yeux de la petite secrétaire s’écarquillèrent ; elle s’apprêtait à se précipiter à l’intérieur lorsque les trois hommes en noir à côté d’elle la retinrent aussitôt. Était-elle folle ? Cet homme indifférent aux yeux tombants semblait simplement malheureux. Mais lorsque leur patron était malheureux, il rendait tout le monde malheureux avec lui.

« Que se passe-t-il ? » demanda Qu Yao en haussant les sourcils.

« Grande sœur Qu, le Patron discutait affaires avec leur patron, mais maintenant le Patron pleure. » La petite secrétaire était elle-même au bord des larmes. Elle travaillait pour Tang Miao depuis plus de deux ans, et jamais il n’avait versé une seule larme. Alors le voir sangloter de manière aussi incontrôlable… à quel point avait-il été malmené ?

« Tu veux dire que Tang Miao pleure ? » répéta Qu Yao avec incrédulité.

« Oui, écoutez. »

Qu Yao se mit soudain à rire, tant et si bien que ses propres larmes menaçaient de tomber. « C’est merveilleux qu’il puisse encore pleurer. »

La terminale était terminée, mais ils avaient encore toute une vie devant eux. C’était merveilleux.

« Ne reste pas ici à traîner. Finis plus tôt aujourd’hui. »

« Po… pourquoi ? »

Qu Yao réfléchit un instant : « Parce que le Patron est heureux. »



42. Je t’aime

« Mon petit ancêtre… »

Qi Ming embrassa ces lèvres qu’il n’avait pu contempler que dans ses rêves nocturnes. « Ce n’est pas si sale. »

Le beau visage était couvert de larmes. « Tu m’évitais ? »

Le regard de Tang Miao semblait dire : « Même si tu m’ignores, je ne te laisserai pas partir. »

« Je ne t’évitais pas. Je t’aime à en mourir. » Qi Ming embrassa une à une les larmes sur son visage.

… …

« Tu me dois encore une phrase. »

Qi Ming avait voulu lui faire une surprise ce soir, mais il ne s’était pas attendu à être surpris lui-même : « MiaoMiao, joyeux anniversaire. »

« Et quoi d’autre ? » demanda Tang Miao en le regardant fixement, déterminé à obtenir ce qu’il voulait.

Qi Ming toucha sa poche, en sortit un bonbon, le déballa et, cette fois, le mangea lui-même. Avant que Tang Miao puisse protester, il baissa la tête et captura sa bouche : « Il est sucré ? »

Tang Miao hocha désespérément la tête en poursuivant sa langue et les morceaux de bonbon.

Cette douceur semblait avoir comblé toute l’amertume des années passées.

« MiaoMiao, je t’aime. »

Je te dois huit années de lettres d’amour, huit années de manque, huit années de bonbons et huit années de larmes. Désormais, je te rendrai tout cela peu à peu.

 

Fin de l’histoire principale

 

Traducteur: Darkia1030