Le Ciel fait toujours tourner la roue de la rétribution. (NT : on récolte tôt ou tard ce qu'on a semé)
Une seule dose de salive de dragon était suffisamment puissante pour un humain lambda, mais pour quelqu'un comme Xuanmin, ce n'était pas si terrible ; il suffisait de se maîtriser. Cependant, les effets d'une seconde dose étaient doublés, et un humain lambda aurait probablement atteint le point de non-retour. Même Xuanmin avait été trempé de sueur la nuit entière, la dernière fois que c'était arrivé.
Et maintenant, une troisième fois…
Bien que Xue Xian ne pût pleinement comprendre ce que Xuanmin endurait, il imaginait que c'était probablement insupportable pour la plupart des gens. C'était peut-être même mortel. Xuanmin réprimait encore les effets de la salive de dragon dans son corps, mais quelque chose allait forcément exploser. Sa seule température corporelle était suffisante pour brûler vif quelqu'un.
Bon, il faut qu'on trouve un moyen de régler ce problème, puisque la salive du dragon m'appartient.
La conscience de Xue Xian s'éveilla tandis qu'il cherchait une solution. Il ne savait pas quoi faire, mais quoi qu'il en soit, il ne fallait surtout pas agir en public. Mieux valait être seul, car ce n'était pas un sujet à aborder avec autrui.
« Puisque cette maison t’est étroitement liée, n'as-tu pas l'intention de la fouiller de fond en comble à la recherche d'indices sur ton passé ? » demanda-t-il à Xuanmin.
Xuanmin avait prévu de le faire, il émit donc un léger grognement d'approbation.
Xue Xian fit un signe de tête à Shitou Zhang et Lu Nianqi. « Retournez-y les premiers, pour ne pas inquiéter Jiang Shining et les autres. Le moine chauve et moi, nous repasserons par cette petite pagode. »
Malgré sa mauvaise vue, Lu Nianqi ne fit aucune objection. Shitou Zhang, quant à lui, hésita. Il aurait voulu rester et aider, car cette « petite pagode » était loin d'être petite. Cependant, après réflexion, il se dit que ces ancêtres devaient avoir leurs raisons et n'insista pas.
« Très bien, nous allons d'abord retourner à la résidence Fang », dit-il en hochant la tête, et ils partirent.
La brume s’étant dissipée, le chemin sortant de la forêt était désormais dégagé. Bien que la résidence Fang ne fût pas loin, la lenteur de Shitou Zhang et Lu Nianqi signifiait qu'ils n'arriveraient à destination qu'au coucher du soleil s'ils partaient maintenant. Craignant qu'un retard supplémentaire ne les conduise devant des portes closes, ils s'éclipsèrent rapidement.
À ce moment-là, Xuanmin avait déjà réinstallé Xue Xian dans le fauteuil roulant juste devant la porte. Xue Xian les regarda disparaître à la lisière du bois, puis entendit soudain la voix de Xuanmin derrière lui, à voix basse : « Parle. »
« Hm ? » Xue Xian tourna la tête, perplexe.
Xuanmin désigna la forêt d'un geste de la main. « Tu les as chassés exprès. »
Il l'a remarqué ? Se frottant le visage, Xue Xian détourna le regard. Il marmonna vaguement : « Bon, pardon. »
Xuanmin lui lança un regard perplexe.
Xue Xian hésita encore un instant, se grattant la joue. Finalement, il désigna d'un coup sec le cou de Xuanmin. « Salive de dragon. »
Xuanmin fut un instant déconcerté par l'aveu rapide de Xue Xian. Puis, avec un air résigné, il secoua la tête, se détourna et fit claquer sa manche en rentrant. « Ça va. »
« Ouais, bien sûr, “tout va bien”. Tu parles ! » s’exclama Xue Xian. « Tu brûles comme une fournaise, et tu oses encore dire que tout va bien ? »
Trois injections de salive de dragon, c'était au-delà de ce que quiconque, même Xuanmin, aurait pu supporter. Comment pouvait-il aller bien ? Il avait simplement l'habitude de se retenir, et maintenant, il traitait son malaise comme un fardeau de plus à endurer en silence.
Xue Xian allait ajouter quelque chose lorsque Xuanmin invoqua l'oiseau noir depuis l'intérieur du bâtiment. L'oiseau battit brusquement des ailes contre le toit, puis contre le sol, et Xuanmin redescendit dans la chambre de pierre en contrebas.
Peu après, Xuanmin revint avec l'homme inanimé. Le moine, réfractaire à la saleté et réticent à tout contact physique, s'appuyait sur le pouvoir de son talisman pour maintenir le corps suspendu devant lui. Il se pencha et tira sur quelque chose à la taille de l'homme avant de le sortir.
Xuanmin trouva un endroit dans l'immense étendue sauvage qui s'étendait à l'extérieur du bâtiment en bambou et y enterra l'homme.
Une fois de retour à l'intérieur, Xuanmin tira un autre talisman — cette fois-ci pour la purification — et purifia entièrement la maison, ainsi que ses propres vêtements.
Xue Xian le fixa du regard. Tes robes ne l'ont même pas touché, tu sais ?
Calme et posé, Xuanmin s'affairait avec son expression habituelle, effaçant méthodiquement toute trace de la présence de l'étranger dans la maison de bambou. Ce ne fut que lorsqu'il fut satisfait qu'il s'arrêta enfin devant Xue Xian.
« Entrons », dit-il doucement avant de prendre Xue Xian dans ses bras et de le ramener à l'intérieur. Il le déposa de nouveau sur le bureau, dont la surface était cette fois impeccablement nettoyée.
Ce moine chauve est vraiment, vraiment, stupidement méticuleux, pensa Xue Xian.
S'ils voulaient rechercher des traces du passé, ils ne pouvaient se contenter d'effleurer le sujet. Xuanmin se tint devant la bibliothèque et en sortit quelques volumes. Il en déposa deux ou trois à côté de Xue Xian et commença à feuilleter les autres. La signification de ce geste était claire : il autorisait tacitement Xue Xian à l'aider à chercher des indices dans les livres. Cette implication subtile, cette absence de réticence, plut à Xue Xian. Il prit un livre et le feuilleta, sans toutefois se concentrer pleinement sur sa recherche.
Parce qu'il pensait encore à la salive de dragon.
Xuanmin semblait déterminé à réprimer toute trace de malaise et à l'enfouir au plus profond de lui-même, sans en laisser transparaître le moindre signe. Ses doigts tournaient les pages avec régularité, l'une après l'autre, sans hâte ni tremblement. Il ne laissait rien paraître de son trouble.
Xue Xian fixa un instant le livre qu'il tenait entre ses mains avant de reporter son regard sur Xuanmin. Après un moment d'hésitation, il tendit la main et effleura celle de Xuanmin du bout des doigts.
Il recula aussitôt. La peau de Xuanmin était brûlante.
« Laisse-moi t’aider », lâcha Xue Xian, presque sans réfléchir.
Xuanmin restait absorbé par sa lecture. Il émit un léger grognement en guise de réponse, sans lever les yeux ni cesser de tourner les pages. Visiblement, il n'avait pas saisi le sens de la proposition abrupte de Xue Xian ; il avait probablement supposé qu'il s'agissait de fouiller dans les livres.
Mais après avoir parlé, Xue Xian ne pouvait plus se rétracter. « Je veux dire avec la salive du dragon. »
La main de Xuanmin s'immobilisa sur la page.
Ayant été contaminé à plusieurs reprises par la salive de ce fauteur de troubles, il s'était fait un devoir de garder ses distances. Hormis l'inévitable nécessité de porter Xue Xian — ce dernier ne pouvant toujours pas marcher —, il avait évité tout contact physique.
Comme il y avait un instant. Xuanmin avait posé les livres à côté de Xue Xian, puis était retourné à l'étagère au lieu de rester près du bureau pour lire. Si quelqu'un d'autre avait fait cela, ses intentions auraient été évidentes. Chez Xuanmin, cela ne semblait pas si délibéré. Il n'était pas du genre à rechercher la proximité avec les autres.
Xue Xian l'avait néanmoins remarqué. C'est pourquoi il souhaitait remédier au plus vite aux effets de sa salive.
Sinon, cet âne chauve continuera à danser autour de moi comme si j'étais une sorte de rat porteur de la peste.
« Laisse-moi t’aider », répéta Xue Xian. Il continuait de feuilleter distraitement son livre, mais son regard était fixé sur Xuanmin.
Xuanmin resta silencieux un moment avant de se tourner vers lui. "Comment?"
Son expression demeurait aussi détachée et solennelle que jamais, sans la moindre trace d'indécence. De toute évidence, il supposait que Xue Xian disposait d'une méthode conventionnelle, comme un antidote pour contrer le venin.
Xue Xian plissa les yeux et se mordit légèrement le bout de la langue. Après une brève hésitation, il toussa et poursuivit son chemin.
«Tu connais le dicton sur les inondations ? “Il vaut mieux draguer que bloquer.” Comment es-tu devenu moine ? Dans les bribes de souvenirs que tu as retrouvées, y avait-il quelqu’un qui t’imposait des règles ? Les préceptes étaient-ils stricts ? Il y a aussi ce dicton, n’est-ce pas ? “Le vin et la viande ne font que traverser les instestins, mais le Bouddha demeure dans le cœur.” Si personne ne veille sur toi… » (NT : idiome signifiant que la véritable foi réside dans les intentions et le cœur, non dans les apparences ni dans l'observance extérieure des règles.)
Xue Xian s'accordait rarement avec de si longs préambules, et il ignorait s'il cherchait à persuader Xuanmin ou lui-même. Pourtant, l'atmosphère pesante demeurait inchangée, et tandis qu'il parlait, même lui commença à hésiter. Ses mots se firent plus rares, puis s'éteignirent.
Leurs regards se croisèrent. Aucun des deux ne parla.
Leurs visages étaient impassibles. Pourtant, sous leurs apparences identiques, leurs pensées étaient bien différentes.
Après un long silence pesant, Xue Xian explosa de colère. N'y tenant plus, il jeta le livre qu'il tenait sur la table avec un claquement sec, les pages se refermant brusquement. « Dis-le ! Tu veux mon aide ou pas ? Hein ?! »
Xuanmin baissa les yeux, comme s'il n'avait rien entendu, et tourna une autre page de son livre. Puis, comme s'il s'était soudain souvenu de quelque chose, il glissa la main dans la poche cachée de sa robe et releva sa manche.
Un talisman jaillit et atterrit en plein sur le front de Xue Xian.
" Tu -"
Xue Xian ravala le juron qui lui brûlait les lèvres. Immobilisé, il était désormais incapable du moindre mouvement. Il lui fallut un moment pour réprimer l'envie de vomir du sang. Si toute cette histoire n'avait pas été de sa faute, il se serait sans doute évanoui de frustration.
« Très bien, très bien ! »
Tu es vraiment impressionnant, après tout. Mais je te déconseille de me sceller. Tu as encore besoin de moi pour creuser ta tombe.
Le risque était bien réel. Les effets de la salive de dragon mettaient du temps à se manifester. Si Xue Xian se souvenait bien, la dernière fois, Xuanmin n'avait commencé à se débattre qu'à la tombée de la nuit. Cette fois-ci, il était déjà fiévreux alors que la troisième dose n'avait pas encore fait pleinement effet. S'il continuait à réprimer cette rage intérieure jusqu'à ce que le choc se fasse pleinement sentir, il risquait de ne pas y survivre.
« Ce n'est pas nécessaire. » Xuanmin avait attendu d'avoir scellé Xue Xian avant de parler.
‘Pas besoin, mon œil !’ Xue Xian était trop furieux pour répondre.
« Si tu n’as rien d’autre à faire, autant utiliser ces pièces de cuivre pour nourrir tes os », ajouta Xuanmin.
Nourris ton père !
À chaque fois que Xuanmin ouvrait la bouche, Xue Xian s'irritait davantage. Il mourait d'envie de répliquer à cet âne chauve. Mais Xuanmin était insensible aux mots ; une réplique ne changerait rien ; elle risquait même d'exaspérer Xue Xian.
Tu crois que ça m’importe que tu vives ou que tu meures ? murmura-t-il intérieurement en fermant les yeux pour se concentrer sur la guérison de ses os. Loin des yeux, loin du cœur.
Les pièces de cuivre de Xuanmin se révélèrent réellement utiles. Hormis la résonance et le lien inexplicables qu'elles créaient avec Xuanmin après une utilisation prolongée, aucun autre effet secondaire ne se fit sentir. Xue Xian leur fit suffisamment confiance pour s'immerger pleinement dans le processus de guérison et se coupa rapidement du monde extérieur.
Auparavant, il lui avait fallu une nuit entière pour reconnecter la moitié des fils d'or de ses os. Cette fois, le processus fut bien plus rapide. Les pièces lui répondirent comme si elles l'avaient presque accepté comme leur maître. Peut-être Xuanmin, souillé par la salive du dragon, avait-il involontairement partagé une partie de son aura avec Xue Xian.
Xue Xian pouvait presque sentir les fils d'or se tendre vers les extrémités brisées de ses os. Chaque traction était laborieuse, mais chaque connexion réussie apportait une vague de soulagement.
Une autre sensation l'envahit durant ce processus, se mêlant à l'énergie spirituelle des pièces. Elle se propagea le long des fils, depuis les profondeurs de ses os. C'était une douleur humide et brûlante, une sensation lancinante comme si d'innombrables fourmis le rongeaient, une sensation lancinante et insupportable, bien que pas tout à fait douloureuse. Xue Xian s'efforça d'endurer cette gêne tout en se concentrant sur le guidage du fil vers le haut.
J'y suis presque… Merde, il fait tellement chaud… Encore un petit peu… Putain, il fait vraiment trop chaud…
Pris dans ce tourment, Xue Xian se débattit frénétiquement jusqu'à ce que, sur le point d'exploser, il parvienne enfin à relier les fils à l'autre extrémité brisée. À cet instant, sa colonne vertébrale, sa taille et ses jambes semblèrent se débloquer. Un courant chaud parcourut ses méridiens, ses os et les fils d'or qui emplissaient désormais sa colonne vertébrale. Lentement, ce courant se diffusa dans ses jambes…
Succès!
Son esprit se détendit aussitôt, six mois de frustration s'évaporant en un instant. Mais ce soulagement fut de courte durée, et son agitation persistante le submergea comme un raz-de-marée. Il s'entendit haleter.
Ses sens s'aiguisant brusquement, il réalisa qu'il était trempé de sueur, sa peau hypersensible – à tel point que le moindre mouvement de ses vêtements lui donnait des frissons et provoquait une nouvelle vague de transpiration. Hébété, il resta figé, à peine capable de savourer la joie de retrouver ses jambes, lorsqu'une autre révélation le frappa comme un éclair.
Grâce à la résonance des pièces de cuivre… les effets de la salive du dragon… s’étaient en quelque sorte transmis à lui.
À ce moment précis, quatre phrases résonnèrent dans son esprit :
Se tirer une balle dans le pied.
Plus ça change, plus c'est la même chose.
On récolte ce que l'on sème.
Comment diable est-ce que quelqu'un est censé endurer ça ?!
Traduction: Darkia1030
Auteur : Darkia1030
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