Buddha - Chapitre 113 – Extra 7 : Le Bouddha aux quatre visages

 

Neuvième jour du neuvième mois lunaire, jour propice pour emménager.

La voiture se gara sur l'emplacement du lotissement haut de gamme. Fan Xiao se retourna depuis le siège conducteur, ébouriffa les cheveux de Tiantian et dit en souriant : « Nous voilà arrivés à notre nouvelle maison. »

Il descendit, ouvrit la portière arrière, sortit Tiantian du siège-auto pour enfant, verrouilla la voiture et se dirigea vers l'immeuble. Levant les yeux vers les étages, son regard était plein de tendresse : « L'oncle You nous attend dans la nouvelle maison. »

Tiantian lui tapota l'épaule, et fit de sa voix enfantine : « Alors montons vite. »

La voix de l'homme trahissait aussi une certaine impatience : « D'accord, montons vite. »

Au lieu de composer le code d'entrée, Fan Xiao frappa à la porte.

« Un instant. » La voix de You Shulang, filtrant à travers la porte, fit se relever les coins des lèvres du grand et du petit, de l'autre côté.

La porte s'ouvrit et une douce chaleur, mêlée à un arôme de nourriture, s'échappa de l'intérieur – la chaleur domestique réconfortante dont Fan Xiao avait si longtemps rêvé. L'homme, vêtu d'une tenue d'intérieur et d'un tablier, se tenait là, le sourire radieux. Derrière lui, c'était comme une île isolée au milieu d'une mer déchaînée, un havre de paix, abondant et magnifique : la maison de Fan Xiao.

Tiantian aperçut un immense château de jouets et poussa un « ouah ! » d'excitation. Il enlaça affectueusement le cou de You Shulang, lui fit un câlin, puis courut vers ses jouets.

Sans Tiantian, les deux hommes, de part et d'autre du seuil, se contemplèrent. You Shulang s'adossa légèrement au chambranle. Dans ses yeux noirs dansait une joie discrète et un amour véritable, un tourbillon dans lequel on avait envie de se perdre.

« Tu veux visiter ta nouvelle maison, président Fan ? »

Fan Xiao, en tant que distributeur pharmaceutique supervisant trois provinces, était débordé avant le Nouvel An, enchaînant les déplacements professionnels dans différentes villes. Cela faisait maintenant quinze jours qu'il était parti. Il n'avait qu'une hâte : rentrer. Ce n'est qu'en descendant de l'avion qu'il avait appris que You Shulang avait fixé ce jour pour l'emménagement et lui avait demandé de passer prendre Tiantian à l'école maternelle avant de le rejoindre.

Encore fatigué du voyage, Fan Xiao était un peu collant. Il glissa ses doigts entre ceux de You Shulang et, d'un geste léger, l'attira dans ses bras.

« Tiantian est là », lui rappela You Shulang.

Fan Xiao poussa négligemment la porte de l'appartement. Le bruit de la porte qui se refermait et un soupir de satisfaction retentirent en même temps. You Shulang fut serré très fort dans ses bras . La fraîcheur persistante sur les vêtements de l'homme contrastait avec son souffle chaud sur sa nuque et cela lui procura une sensation douce-amère.. C'était bon d'être ainsi désiré, d'être chéri, surtout quand l'autre était l'homme qu'on aimait.

Il l'embrassa le premier, mais le prévint d'abord : « Ne tente pas le diable. J'ai préparé ton plat préféré, alors il est encore meilleur maintenant. »

Le baiser fut profond et passionné. Fan Xiao, brûlant d'un désir à peine contenu, inspira le parfum de celui qui était dans ses bras, attendant sa réponse.. C'était comme s'il était consumé par un feu ardent ; une fine couche de sueur perla sur son dos.

You Shulang le laissa faire, mais quand la situation menaça de dépasser les bornes, il reprit le contrôle avec effort. Le baiser profond se transforma en petits baisers légers. Il en déposa plusieurs au coin des lèvres de l'homme, puis dit, un peu inquiet : « Je comptais te faire visiter cette pièce après le repas, mais tu t'y es précipité sans attendre. »

Le sang de Fan Xiao bouillonnait encore ; il mit une demi-seconde à réagir. Il se retourna lentement et découvrit enfin l'aménagement de cette nouvelle pièce.

C'était un atelier de peinture. Pas très grand, avec une porte-fenêtre donnant sur une terrasse. Les pans du rideau de tulle se soulevaient et retombaient, suggérant la forme du vent.

L'atelier était simple mais raffiné. Le blanc dominait, agrémenté de gris par endroits, créant, dans la lumière abondante, une ambiance à la fois douce et nette. Des tableaux étaient accrochés aux murs, de manière irrégulière mais harmonieuse. Huiles ou crayons, certains étaient d'une touche délicate et élégante, mais la plupart révélaient une technique peu assurée, la raideur maladroite du débutant.

Au centre de l'atelier se dressait un chevalet supportant une esquisse encore sans couleur. Des traits naïfs dessinaient la silhouette d'une femme. Très belle, avec le plus doux des sourires.

Fan Xiao recula d'un pas. Son regard tomba soudain sur le sol. Des lames de bois grises, longues, disposées en quinconce. Aucune eau glacée n'en jaillissait.

« Fan Xiao. » Une étreinte chaude l'enlaça par-derrière. La voix de You Shulang résonna à son oreille. « N'aie pas peur, je suis là. »

Ses doigts glacés furent enveloppés de chaleur. You Shulang prit sa main et demanda : « On quitte cette pièce ? »

« Non. » Fan Xiao releva la tête et regarda de nouveau le tableau. Sa voix était grave et rauque. « Où as-tu trouvé tout ça ? »

You Shulang observa le profil ciselé de Fan Xiao, pesant ses mots : « C'est ton frère aîné, Fan Bo, qui a voulu te rendre un atelier. »

Fan Xiao se tourna vers lui, le fixant, le coin de l'œil rougi par une émotion féroce : « Qui ça ? Qui veut me rendre un atelier ? »

Outre les tableaux, les sculptures disposées un peu partout dans la pièce imprégnaient les lieux d'une aura artistique, jour et nuit. You Shulang et Fan Xiao s’accoudèrent côte à côte à la balustrade de la terrasse, partageant une cigarette.

« Il y a quelques jours, Fan Bo m'a téléphoné. Il a tourné autour du pot pendant un moment avec des banalités avant d'en venir au fait. » You Shulang prit la cigarette des lèvres de Fan Xiao pour la porter aux siennes, tira une brève bouffée, puis la tint négligemment entre ses doigts. « Il a dit qu'il regrettait vraiment de t'avoir traité avec froideur et violence quand tu étais enfant. »

Le soleil déclinait, projetant leurs longues ombres devant eux. L'ombre de Fan Xiao tressaillit, trahissant même dans son contour une incrédulité profonde : « Il a dit qu'il regrettait ? »

You Shulang acquiesça : « Oui. Moi aussi, j'ai d'abord cru à une nouvelle manigance, mais… sa voix était étranglée. Son ex-femme, ta belle-sœur, a pris le téléphone pour me transmettre ses sentiments. »

Fan Xiao lui arracha presque la cigarette des doigts, la serrant entre ses dents au point de la déformer : « Qu'est-ce qu'elle a dit ? »

« Elle a dit que Fan Bo avait un poids sur le cœur depuis toujours : ta froideur à ton égard dans ton enfance, et même la violence. »

Fan Xiao ricana : « Il n'a pas été plus tendre avec moi en grandissant. »

« Fan Bo pense que c'est à cause de l'arrivée de ta mère que son père a divorcé de la sienne. Depuis tout ce temps, il t'en a voulu à mort, s'est opposé à toi en toute occasion, et a saccagé ton atelier et celui de ta mère à maintes reprises. Lors du tsunami, même s'il n'a pas pu vous sauver, il regrette de ne pas avoir suffisamment insisté auprès de ton père pour qu'il fasse plus d'efforts pour vous secourir, toi et ta mère. »

You Shulang enlaça Fan Xiao, qui tremblait légèrement, et poursuivit d'une voix douce : « Il y a cinq ans, quand ta belle-sœur a divorcé de Fan Bo et qu'ils ont fait du tri dans la maison, elle a retrouvé le journal intime que ta mère avait caché dans sa coiffeuse. » Il regarda Fan Xiao, dont les yeux s'étaient soudain écarquillés, se dirigea vers la bibliothèque de l'atelier et en tira un cahier à la couverture de cuir brut. « Je ne peux pas me permettre de commenter l'histoire de tes parents. C'est à toi de voir. »

Fan Xiao prit le cahier jauni d'une main tremblante. Il lui fallut un long moment avant de parvenir à dire d'une voix étranglée : « Ça va. Parle, je tiendrai le coup. »

You Shulang alluma une autre cigarette pour Fan Xiao : « Je vais faire vite. Grâce à ce journal, Fan Bo a appris que ta mère avait été violée par ton père, et qu'il l'avait menacée avec des photos compromettantes et ses relations dans la police pour l'empêcher de porter plainte. La mère de Fan Bo a découvert leur relation et a divorcé. Ta mère était déjà enceinte de toi. Ton père l'a épousée à contrecœur. En public, il faisait semblant d'être attentionné, mais en privé, il était d'une froideur extrême avec elle. »

Le regard de Fan Xiao passa du blanc glacé au rouge sang, comme s'il était trempé dans un feu maléfique, laissant transparaître une haine et une douleur profondes.

You Shulang le serra de nouveau dans ses bras. Ses doigts chauds se glissèrent dans les cheveux de l'homme, les caressant doucement : « J'ai longtemps hésité à te révéler tout cela. Même si ton père a été puni, j'ai pensé que tu devais savoir, que tu devais connaître ce que ta mère a enduré. »

Tel une poupée brisée, Fan Xiao fut recueilli, intact, dans les bras de You Shulang. Il ne sombra pas dans la folie, ne tomba pas dans les griffes du cauchemar. Son amour, fort et tendre, était là, à ses côtés, pour affronter avec lui la laideur et la malveillance du monde.

« Il y a autre chose ? » demanda-t-il.

You Shulang déposa un baiser sur sa tempe, puis, regardant les derniers rayons du soleil se répandre, poursuivit : « Cette révélation a profondément ébranlé Fan Bo. Sa haine s'est peu à peu dissipée, mais il n'a jamais réussi à être proche de toi. Pour reprendre ses propres mots, il ne savait plus comment t'aborder. Il m'a dit qu'il savait que tu enquêtais sur lui, sur Fan Yu et sur ton père. Il connaissait ton plan, celui de faire tomber toute la famille pour venger ta mère. »

Fan Xiao se redressa lentement dans les bras de You Shulang, les sourcils froncés, le dévisageant.

« Fan Bo m'a dit que les preuves de contrefaçon et de vente de produits frauduleux que tu as découvertes il y a quatre ans, c'est lui qui te les a intentionnellement fournies. En tant qu'aîné, responsable des principales activités de l'entreprise, il lui était évidemment plus facile qu'à toi de se renseigner sur ces affaires sordides. »

L'expression de Fan Xiao trahit une stupéfaction encore plus grande. Il réfléchit un long moment avant de dire lentement : « J'ai enquêté très longtemps sur cette histoire de contrefaçon. Je n'avais récolté que des preuves marginales, sans grande importance. Puis, un jour, il y a quatre ans, Fan Bo s'est plaint de façon tout à fait inattendue que le système de sécurité de la vieille maison était en panne, et que la porte du bureau de mon père, toujours fermée à clé, était restée ouverte pendant qu'ils étaient tous les deux en réunion à l'extérieur. J'en ai profité pour copier tous les fichiers sur son ordinateur crypté. Au moment où je me suis éclipsé, mon père, d'habitude si méticuleux, rentrait tout juste. »

Il se tut. Après la haine et la douleur, c'est la perplexité qui l'envahit.

You Shulang prit Fan Xiao par la main et le ramena de la terrasse dans la pièce : « Fan Bo dit qu'il a saccagé ton atelier tant de fois, et qu'aujourd'hui, il veut t'en offrir un en retour. Après la mort de ta mère, il a fait mettre ces toiles dans un débarras. À l'époque, il vous croyait morts tous les deux dans le tsunami. Pris d'un élan de pitié, il n'a pas eu le cœur de les brûler. »

You Shulang désigna les tableaux aux murs : « Ceux-ci sont moins réussis, ce sont les tiens ? »

Fan Xiao esquissa enfin un bref sourire : « Je les ai peints à sept ans. » Puis, plus tristement : « Les autres sont de ma mère. »

« Et celui-ci ? » demanda You Shulang en regardant la femme sur le chevalet. « Le coup de pinceau manque encore de fluidité, mais il est très expressif, très vivant. Je l'aime beaucoup. »

« C'est ma mère. C'était une toile dont j'étais très fier à l'époque. Je comptais la mettre en couleurs après les vacances, mais… »

Les doigts de You Shulang, pas particulièrement délicats, serrèrent doucement la main de Fan Xiao : « Tu peux toujours la terminer maintenant. Ce sera ton plus grand chef-d'œuvre. »

Les lueurs du couchant s'évanouirent enfin, le dernier éclat de lumière s'effaçant dans l'obscurité. Le cauchemar qui avait emprisonné Fan Xiao pendant plus de vingt ans prit fin dans ces ténèbres qui lui étaient pourtant si familières. Sans eau ni fracas de vagues, sans froid ni nuit solitaire, sans ce visage livide dans l'eau. L'atelier était toujours aussi chaud et paisible. Sa mère n'était plus qu'un portrait tendre et gracieux sur le papier. Et il y avait son amour, celui qui avait été trompé, blessé, dépouillé, mais qui lui disait pourtant que ce monde n'était pas si mal après tout.

« Peins-moi un tableau, toi aussi », l'entendit-il dire. « Le tien, la dernière fois, était vraiment moche. »

« D'accord. » Fan Xiao s'essuya rapidement le coin de l'œil, promettant : « Cette fois, je vais m'appliquer. Je mettrai tout mon savoir-faire. »

You Shulang leva les yeux vers lui : « Tu signeras encore de ton nom thaï ? »

L'atmosphère grise qui assombrissait Fan Xiao se dissipa, un sourire naquit lentement sur ses lèvres : « Ton plus fidèle disciple, Fan Xiao. »

***

Un mois plus tard, You Shulang sortit d'un café, et entendit Fan Xiao à ses côtés prendre congé du propriétaire en thaï.

Dans les rues de Bangkok, les immeubles de grande hauteur se succédaient, les passants étaient nombreux et agités, les voitures avançaient au ralenti, tandis que les songthaews (NT : véhicule de transport collectif ) et les tuk-tuk filaient à toute allure, apportant une touche de fraîcheur dans l'air lourd et torride.

À l'instar de Fan Xiao, You Shulang joignit les mains en signe de salutation pour prendre congé de Fan Bo et de son épouse. Les deux frères se tenaient toujours à distance, aussi peu loquaces que tout à l'heure dans le café.

La belle et lumineuse femme poussa discrètement Fan Bo du coude, et l'homme finit par lancer, maladroit : « Troisième frère, reviens nous voir souvent avec le directeur You et Tiantian. »

Après vingt-trois ans d'habitude d’échanges acérés, Fan Xiao sentit lui aussi sa chair de poule se hérisser. Il se tourna vers la femme et demanda en souriant : « Belle-sœur, tu ne comptes toujours pas te remarier avec mon frère ? C'est peut-être mieux de bien réfléchir. Le pays regorge de talents, je peux te présenter quelqu'un de bien mieux. »

« Fan Xiao ! » L'homme en face afficha son expression familière.

Fan Xiao rit de bon cœur : « Vous êtes venus ensemble, comme cela tu peux la surveiller à chaque instant, non ? »

Il passa un bras autour de l'épaule de You Shulang et fit un signe de la main : « On y va. À plus tard. »

You Shulang salua le couple d'un léger hochement de tête et disparut peu à peu dans le flot incessant de la foule avec Fan Xiao.

***

You Shulang alluma les bougies et les bâtonnets d'encens, puis déposa les flammes vacillantes dans les photophores ouvragés. Il se retourna, s'avança vers le Bouddha aux quatre visages, joignit les mains en signe de prière et s'inclina profondément. Il entassa les guirlandes de fleurs qu'il portait au poignet devant la statue, puis se déplaça dans le sens des aiguilles d'une montre vers la face suivante, répétant le geste.

L'encens formait un voile de fumée. Après avoir salué les quatre visages, You Shulang fut conduit par un novice jusqu'à une salle latérale du temple. Il franchit le seuil usé par le temps et ses oreilles furent emplies par la longue résonance des mantras.

Un vénérable moine, vêtu de sa robe monastique, était assis en tailleur devant une coupe en bronze. Lorsque You Shulang lui offrit une amulette de Bouddha, le vieux moine ferma les yeux et se mit à psalmodier, les paroles sacrées, profondes, s'élevaient sans fin.

L'eau bénite dans la coupe de bronze fut puisée à l'aide d'une tige souple, puis aspergée sur le front de You Shulang. Une fraîcheur bienfaisante le traversa. Le vieux moine lui rendit l’amulette de Bouddha, arborant un sourire bienveillant.

En sortant de la salle latérale, il aperçut Fan Xiao adossé à un arbre de fer, sa silhouette élancée se découpant sous le vaste couvert de verdure. Fan Xiao regarda You Shulang, son sourire éclatant, son expression à la fois nonchalante et épanouie.

Il était presque midi, le soleil devenait plus ardent. You Shulang s'abrita sous l'ombre fraîche et perçut un léger parfum floral émanant de l'homme.

« Qu'est-ce que tu faisais ? »

« J'ai aidé une vieille dame à vendre des fleurs. Je suis beau,alors j'ai été rapide. » Il agita la guirlande de fleurs dorées qu'il tenait à la main. « Toi, tu fais des offrandes au Bouddha, moi, j'offre les miennes à mon Boddhisattva. »

Il passa la guirlande autour du cou de You Shulang, le contempla un instant et fronça légèrement les sourcils : « Maintenant, je ne suis plus la plus belle "vieille dame" des environs du temple. »

You Shulang le trouva puéril. Il tendit la main pour enlever quelques pétales accrochés à ses cheveux. Quand il fut tout près, il entendit Fan Xiao lui demander d'une voix douce : « Et le directeur You, qu'est-il allé faire ? »

L’amulette de Bouddha en bois de santal, d'apparence ancienne, glissa du bout de ses doigts et se balança devant Fan Xiao : « J'ai jeté la tienne. Je t'en offre une nouvelle. »

You Shulang défit le cordon, passa ses deux mains autour de la nuque de Fan Xiao, et sa voix calme se répandit lentement sous l'ombre dense des arbres : « Le Bouddha aux quatre visages incarne quatre états d'esprit célestes : la bienveillance, la compassion, la joie et l'équanimité. Moi, je ne souhaite qu'une chose pour toi : que tu sois sans haine, sans colère, sans ressentiment, sans regret, que tu ne sois ni entravé par le passé, ni troublé par l'avenir, que tu vives libre, et que… tu m'aimes. »

L’amulette à l'expression solennelle et compatissante était étroitement liée à la guirlande de fleurs dorées, éclatante et sacrée. Dans la lumière tachetée, cette âme qui avait jadis contemplé la mort fut doucement recueillie dans une paume de main. Désormais, elle attendrait le jour et la nuit avec espoir, s'attacherait aux joies simples du monde.

« Boddhisattva, puissé-je être, vie après vie, ton compagnon sur la voie de l'éveil. »

Le vent se leva, les feuilles bruissèrent. Sous le regard bienveillant de l'imposante statue dorée, le pacte fut scellé, pour l'éternité, inébranlable…

 

Traduction: Darkia1030