Buddha - Chapitre 17 - Veut-il m'embrasser ?
Portant l’exquis coffret-cadeau, Lu Zhen tira la porte d’entrée de son immeuble et l’ouvrit. Juste avant de pénétrer à l’intérieur, il se retourna une dernière fois. Fan Xiao releva aussitôt le coin des lèvres et lui offrit un sourire.
Ce ne fut que lorsque le bruit sec de la porte refermée résonna que ce sourire s’effaça lentement. Adossé à sa voiture, l’homme leva les paupières et laissa son regard remonter le long de l’immeuble vertigineux.
« Je me demande sous quelle lampe solitaire notre directeur You veille en ce moment, attendant que son bien-aimé rentre à la maison. » Fan Xiao glissa une cigarette entre ses lèvres et murmura : « หลงใหลในคนที่รักใคร่ (Éperdument captivé par l’être aimé ). »
Cet endroit n’était pas inconnu à Fan Xiao. Deux nuits plus tôt, You Shulang était descendu de voiture exactement ici. À ce moment-là, Fan Xiao ne s’était montré ni aussi prévenant ni aussi attentif que ce soir : il était simplement resté assis dans l’habitacle, sans bouger.
C’était la première fois qu’il éprouvait du désir pour un autre homme. Inévitablement, une gêne subtile s’insinua en lui, au point même de lui faire envisager de mettre un terme à ce « jeu ».
Pour cette raison, son expression demeura froide et indifférente ; il se contenta d’abaisser la vitre et de regarder You Shulang se diriger vers l’entrée de l’immeuble.
La chemise blanche, légèrement froissée, était rentrée dans le pantalon, dessinant sous la brise nocturne la ligne tendue et élancée de sa taille ferme. Ce soir-là, les pas de You Shulang n’avaient pas la stabilité ni l’assurance habituelles : ses épaules semblaient relâchées, ses hanches souples, empreintes d’une nonchalance lasse, et pourtant il conservait une allure naturellement séduisante.
« ไม่มีใครดีไปกว่าคุณแล้ว (Personne ne pourrait être plus envoutant que toi). » Fixant cet homme qui l’avait provoqué sans en avoir conscience, Fan Xiao, assis dans la voiture, sentit soudain une montée de colère violente l’envahir.
« Qu’est-ce que tu as dit ? » demanda You Shulang en se retournant. Sous la lumière déclenchée par le détecteur de mouvement, une légère marque rouge persistait encore sur ses lèvres — trace du combat qu’il avait livré quelques instants plus tôt pour étouffer ces sons passionnés qui menaçaient de s’échapper.
« J’ai dit bonne nuit », répondit Fan Xiao.
« Mmm, bonne nuit. » You Shulang hésita un instant. « À propos de ce soir… je suis désolé. »
« You Shulang. »
Fan Xiao ne sut pas pourquoi il l’avait appelé. Lorsque l’homme se retourna de nouveau, celui qui se trouvait dans la voiture se força à trouver un prétexte.
« Tu m’as invité à sortir aujourd’hui, n’avais-tu pas quelque chose que tu voulais me demander ? »
You Shulang s’arrêta, réfléchit un moment, puis revint sur ses pas. Il s’appuya contre la vitre de la voiture et regarda Fan Xiao. « Oui, je voulais te poser une question au sujet de l’investissement dans la société pharmaceutique, mais tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour moi. Je ne suis qu’un employé ; quelle que soit la décision que tu prendras, je ne mourrai pas de faim. »
Fan Xiao observa le visage élégant, désormais tout proche. Il remarqua que les pupilles de You Shulang tiraient vers un brun clair, que ses cils étaient courts mais épais ; ses yeux n’étaient pas des yeux empreints de tendresse, mais d’une clarté limpide.
« Je te prie de faire confiance à mon professionnalisme. Le projet de solution buvable Shuxin possède un fort potentiel. Même si nous sommes… amis, je ne gaspillerais pas mon argent. Leur projet a déjà franchi l’évaluation préliminaire ; la prochaine étape consiste à confirmer l’intention d’investissement. »
You Shulang sourit naturellement et répondit par un doux « Mmm. »
« Je ne prends jamais de décisions d’investissement à la légère. Cependant… » Fan Xiao fixa intensément la marque rouge sur les lèvres de l’homme. « Cependant, je retirerai le business plan de l’entreprise de mon ami des dossiers rejetés du département des investissements et je le réévaluerai. »
« … » You Shulang resta un instant sans voix, puis baissa les yeux et sourit. « Que puis-je dire de plus ? Je ne peux que te remercier. »
Fan Xiao, qui quelques instants plus tôt envisageait encore de mettre un terme à ce jeu, demanda alors : « Et comment comptes-tu me remercier ? »
Sans attendre la réponse de You Shulang, il ajouta : « Ne crois pas pouvoir m’expédier avec un simple repas. Ce ne sera pas suffisant. »
Adossé à la portière, les épaules de You Shulang frémirent sous son rire. « Alors, comment veux-tu que je te remercie ? »
« Je te le dirai quand j’y aurai réfléchi. »
« D’accord. »
« À propos de ce soir… veux-tu que je t’aide à te venger de lui ? » demanda soudain Fan Xiao.
« De qui ? Xue Baotian de Ruixiang ? » Une lueur glaciale passa dans les yeux de You Shulang. « Inutile. Je m’en chargerai moi-même. »
« Que comptes-tu faire ? »
« Il est riche et puissant. Je ne peux pas l’affronter de front. »
L’implication était claire : si la voie ouverte ne fonctionnait pas, You Shulang userait de méthodes détournées.
Fan Xiao laissa échapper un rire et dit : « Je te croyais pourtant du genre pur et saint, à ravaler les injustices même après avoir subi une perte. »
Un discret « Merde » glissa des lèvres de You Shulang tandis qu’il se redressait, lançait un bref « bonne nuit » et se dirigeait vers l’entrée de l’immeuble. Mais à mi-chemin, il s’arrêta, puis fit demi-tour et revint vers la voiture.
Sous la lumière lunaire, l’homme avança pas à pas dans l’éclat argenté, chacun de ses pas semblant fouler directement le cœur de Fan Xiao. Celui-ci se rendit compte qu’il retenait son souffle, sans comprendre pourquoi il se sentait soudain si nerveux.
Une nouvelle fois, You Shulang s’arrêta près de la voiture. Cette fois cependant, en se penchant, il ne conserva pas la distance sociale mesurée qu’il maintenait d’ordinaire. Au contraire, il inclina légèrement la tête à l’intérieur de l’habitacle, réduisant brutalement l’espace entre lui et Fan Xiao.
« Qu’y a-t-il ? Je t’ai fait peur ? » Il jeta un regard à la main de Fan Xiao, crispée sur le siège, puis se contint et détourna les yeux.
« Quelle plaisanterie. » Fan Xiao desserra sa prise sur le siège, forçant un sourire qui sonnait faux.
You Shulang arqua un sourcil, écarta son trench-coat et tira un paquet de cigarettes thaïlandaises de la poche intérieure. D’un signe des doigts, il demanda : « Allumettes. »
Fan Xiao resta interdit un instant avant de sortir la boîte d’allumettes et de la lui tendre. You Shulang fit glisser une cigarette hors du paquet et la coinça entre ses lèvres. Puis, d’un geste presque désinvolte, il remit en place le manteau de Fan Xiao, lui donnant une petite tape taquine.
« Ces cigarettes sont vraiment addictives. »
Sur ces mots, il se retira, glissa tout le paquet dans sa propre poche et, la cigarette pendante aux lèvres, tourna les talons. D’un geste nonchalant de la main, il lança : « J’y vais. »
Ce ne fut que lorsque la silhouette s’évanouit complètement que l’air retenu dans la poitrine de Fan Xiao s’échappa enfin dans un souffle rauque. Il s’affaissa contre le siège, la colonne enfoncée dans le dossier, et ricana, se maudissant avec une amère autodérision :
« Imaginer qu’il allait t’embrasser… Fan Xiao, ton cerveau est vraiment foutrement malade.»
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Note de l’auteur:
Le directeur You a déjà accepté Fan Xiao comme ami, que faire~~~
Traduction: Darkia1030
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