Buddha - Chapitre 82 - Ça fonctionne plutôt bien…

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Le café de You Shulang était devenu froid, alors il demanda au serveur de lui apporter une nouvelle tasse avant de lever les yeux vers Fen Yu.

Fen Er, qui se prétendait amateur de culture chinoise, portait un costume Tang en soie jaune vif. Il tenait un éventail dans sa main et tapotait sans cesse ses jambes avec, ce qui jurait avec ses cheveux mi-longs et bouclés.

(NT : le jaune vif était réservé à l’empereur dans les dynasties anciennes, en particulier sous les Ming et les Qing)

« Second jeune maître, quelle haine profonde avez-vous contre Fan Xiao ? Pourquoi voulez-vous tant le faire tomber ? » demanda You Shulang.

Fen Er croisa les jambes et appuya son menton dessus : « Inutile de vous faire un dessin, Directeur You. Il ne s’agit que d’une lutte pour le pouvoir. Nous sommes trois frères issus de trois mères différentes. La mère de l’aîné est l’épouse légitime, et celle du troisième était la préférée du vieux. Seule ma mère a été élevée à l’extérieur, donc parmi les trois fils, je suis le moins avantagé. »

Il abaissa les coins de ses lèvres et esquissa un sourire sarcastique : « Même ce vieux renard Xu Zhong ne me trouve pas digne d’être son gendre. Il ne veut que le troisième célibataire, ou l’aîné divorcé. Donc si je ne me bats pas, pensez-vous qu’il restera une place pour moi dans cette famille ? »

Il se pencha en avant avec un sourire et ajouta : « Directeur You, comme Lao San (NT : le vieux troisième, autrement dit Fan Xiao) a travaillé à domicile depuis presque un mois et a ramené son ordinateur portable professionnel chez lui, tout ce que vous avez à faire est d’allumer l’ordinateur, d’insérer la puce que je vous ai donnée et de saisir une simple commande, et les données de son ordinateur se transféreront automatiquement vers moi, et tout sera réglé. Mais pourquoi n’ai-je encore rien reçu jusqu’à présent ? »

Le café que You Shulang venait de commander était un peu amer, et le goût sur le bout de sa langue se mêlait à ses émotions.

« Pourquoi ne pas changer le chemin et me transférer les données, et ensuite je pourrai déposer la plainte. Cela soulagerait non seulement ma haine, mais vous permettrait aussi de rester en dehors de l’affaire, afin que personne ne vous accuse de vous battre contre vos frères. N’est-ce pas mieux ainsi ? »

Fen Er sursauta, ses yeux errant, puis il éclata de rire. « Vieux Troisième a vraiment blessé le Directeur You. Ne vous inquiétez pas, après que j’aie obtenu les preuves, je vous enverrai forcément une copie. Vous pourrez faire ce que vous voulez pour le punir. »

You Shulang sourit pour la première fois ce jour là. « Second jeune maître, je suppose que vous voulez obtenir les preuves de l’ordinateur de Fan Xiao, et pas simplement pour le faire tomber, n’est-ce pas ? Ou du moins, pas seulement pour le faire tomber. Y aurait-il quelque chose ous concernant caché là-dedans  ? »

Les pupilles de Fen Yu se dilatèrent, et il serra soudainement l'éventail pliant qu'il tenait à la main avec force ! Mais en un instant, la force se relâcha à nouveau, et l’éventail s’ouvrit avec un petit gémissement. « Je n’ai aucun pouvoir dans l’entreprise, quel moyen de pression pourrait-il bien avoir contre moi? »

You Shulang sourit et s’excusa : « Je plaisantais juste, Second jeune maître, ne le prenez pas au sérieux. » Il ajouta : « J’ai essayé, mais l’ordinateur de Fan Xiao a un mot de passe. Je ne peux ni ouvrir l’ordinateur ni saisir de commandes, donc il semble que je ne puisse pas aider le Second jeune maître. »

Fen Yu haussa les sourcils : « Vous refusez donc ? »

« Oui, mes capacités sont limitées, et je suis désolé de décevoir le Second jeune maître. » You Shulang repoussa son café, mit fin au sujet, se leva pour partir, mais fut arrêté par Fen Er.

« Directeur You, ne partez pas si vite. » Il repoussa le café de You Shulang vers lui. « En seulement deux mois, vous avez provoqué chez Fan Xiao trois épisodes de stress post-traumatique. Sa tête est sur le point d’éclater, est-ce encore une question de capacité limitée ? Il n'a subi une réaction aussi violente qu'à dix-huit ans, lorsqu'il a revu la mer. Donc, Directeur You, ne soyez pas modeste. Essayez encore. Si vous avez des conditions, dites-les simplement. Ne soyez pas poli avec moi. »

Voyant que You Shulang restait silencieux et ne voulait pas en dire plus, il fit un petit « tsk » et ajouta : « Bon, je ne vous force pas, Directeur You. Mais si cette méthode ne fonctionne pas, il y en a une autre. »

Il esquissa un sourire sournois qui allait parfaitement avec son visage et baissa la voix : « Ne voulez-vous pas ventiler ta colère ? Pourquoi ne venez vous pas avec moi? Nous pourrions faire un duo, et Fan Xiao sera tellement furieux qu’il sautera de rage ! » Il semblait l’avoir déjà imaginé dans sa tête, ses yeux se plissèrent de rire. « Qu’en pensez-vous  de cette suggestion? Succès garanti. »

You Shulang grimaça mais sourit : « D’accord, tant que le Second jeune maître accepte de se s'allonger et de me laisser le baiser.. »

Fen Yu frissonna et balbutia : « Ce que je veux dire, c’est que nous… ferions juste semblant, il n’y a pas besoin de contact physique. »

You Shulang se leva enfin et dit : « À l'époque, je n'ai fréquenté Fan Xiao que parce que je le trouvais facile à séduire. Je n'aurais jamais imaginé provoquer un fou. Je conseille donc au Second Jeune Maître de ne pas prendre ce jeu à la légère, sous peine de le voir se terminer en désastre complet.»

You Shulang posa deux billets sur la table, ouvrit la porte du café et sortit.

Fan Yu perdit son sourire. Après un moment, il prit le téléphone portable posé sur la table, déverrouilla l’écran et vit que le temps sur l’interface d’enregistrement augmenter progressivement.

Après avoir déplacé la piste temporelle vers le milieu, Fan Yu écouta un moment et murmura : « Merde ! Tu m’as vraiment trompé ! Ce type est vraiment difficile à gérer ! »

Il alla jusqu’au bout et écouta le texte de You Shulang une fois de plus : je n'ai fréquenté Fan Xiao que parce que je le trouvais facile à séduire. Je n'aurais jamais imaginé provoquer un fou

Fan Yu haussa les sourcils et esquissa enfin un sourire.

Il sortit le carnet d’adresses et composa un numéro. Lorsque l’autre décrocha, les coins de ses lèvres s’élevèrent instantanément et il parla d’un ton amical : « Troisième frère, qu'est-ce que tu deviens? Non, non, les comptes sont impeccables. Et même s'ils ne l'étaient pas, ton deuxième frère te couvrirait. Au fait, devine qui j’ai croisé ? ? Directeur You ! Oh, en tant que frère, je sais que je ne devrais pas m’immiscer dans tes affaires privées, mais ce qu’il a dit était vraiment impoli. Il se trouve que j'enregistrais quelque chose – tu sais que j'apprends l'opéra de Pékin en ce moment, alors je m'enregistre toujours. Par pur hasard, j'ai enregistré ce qu'il a dit. Je peux te l'envoyer, tu pourras l'écouter toi-même, c'est vraiment scandaleux… »

Après avoir raccroché, Fen Yu envoya un message à Fan Xiao. D'un geste vif, l’éventail pliant s’ouvrit, et l’homme le secoua d’un air sinistre : « Fan Xiao, tu es vraiment un idiot amoureux, si tu te cognes encore ta tête contre un mur, tu vas te tuer ! »

Pendant plusieurs jours d’affilée, Fan Xiao resta abattu. Il travaillait en silence, cuisinait en silence, ajoutait des plats et de la soupe pour You Shulang en silence. Il ne se creusait pas la tête pour trouver un sujet comme auparavant.

La nuit, il y eut un coup à la porte de la chambre d’invité, mais naturellement, personne ne répondit.

Fan Xiao poussa doucement la porte, n'entrant pas sans permission.. Il regarda l’homme qui venait d’émerger de l’ombre et dit : « Shulang, peux-tu me rendre un service ? Aide-moi à voir lequel de ces deux médicaments similaires a la plus grande valeur médicinale ? »

You Shulang jeta un coup d’œil à l’ordinateur portable dans ses bras et dit : « Tu es aussi un expert dans ce domaine, pourquoi me demandes-tu cela ? »

« Je ne connais que la vente, et je ne connais que les bases pour les autres choses. Ces deux médicaments que je possède sont basés sur la même formule, mais l’un utilise des herbes locales authentiques tandis que l’autre utilise des herbes du nord, ce qui explique la différence de prix importante. Je suis un peu incertain, alors je voudrais te demander conseil. »

You Shulang hésita un instant avant de dire : « Puis-je demander à M. Fan de partir sans que je regarde ? » Sa voix était froide et indifférente. « Alors apporte-les ici. »

Fan Xiao entra dans la pièce, saisit le mot de passe devant You Shulang et ouvrit un document. « Toutes les informations sont ici. »

You Shulang fit un léger « hum » et commença à parcourir les documents. Tout en lisant, il porta la tasse d’eau à ses lèvres pour découvrir qu’elle était vide.

Fan Xiao se leva : « Je vais te chercher de l’eau. »

« Tu as encore le jus de grenade d’hier ? » Les yeux de You Shulang ne quittaient toujours pas l’écran.

« Et il y a des grenades. Je vais te les presser. »

Fan Xiao repartit avec la tasse d’eau. You Shulang leva lentement les yeux et regarda son dos, ses yeux mêlant une émotion difficile à expliquer. Lorsque le dos disparut, il ouvrit le tiroir à côté de lui, sortit la puce que Qin Zhonghai avait modifiée, activa le programme, l’inséra dans le port de l’ordinateur, et saisit la commande sur la fenêtre qui venait de s’ouvrir.

Les données commencèrent à se copier, la barre de progression passa de zéro à un, puis à dix.

You Shulang observa les chiffres qui montaient sans cesse et la barre de progression qui se remplissait, et ses yeux se remplirent lentement de larmes.

La barre avait dépassé la moitié lorsque Fan Xiao entra avec le jus de grenade. You Shulang rouvrit le document, presque en même temps qu’il prenait le jus.

« Bien que le prix des matières médicinales authentiques ait été élevé ces dernières années en raison de leur qualité, le prix qu’on te cite est également gonflé. Pour savoir de combien il est plus élevé, il faut vérifier la tendance des prix des matières médicinales au fil des années et la production de cette année, et faire une évaluation complète. »

Après que You Shulang eut fini son analyse et pris une gorgée de jus de grenade, son téléphone, posé à côté de lui, clignota, indiquant qu’il avait reçu un très gros courriel.

Il posa le jus, bloqua le texte sur son téléphone et dit froidement : « M. Fan, y a-t-il autre chose ? Sinon, je vais dormir. »

Fan Xiao rangea son ordinateur portable et posa sa main sur l’épaule de You Shulang : « Shulang, peut-on… »

« M. Fan a toujours fait ce qu’il voulait. Quand s’est-il jamais soucié des désirs des autres ? »

Fan Xiao répondit doucement : « Je ne veux pas te forcer. »

You Shulang esquissa un sourire méprisant : « Fan Xiao, tu as le pouvoir de gâcher ma vie, mais il te faudra plus d’efforts pour réparer mon corps. Sais-tu pourquoi je ne suis pas parti de force ? Parce que, puisque je ne peux pas me débarrasser de toi, il ne te reste qu’une seule fonction : un vibro masseur qui fonctionne plutôt bien. »

Le monde entier sembla soudain s’effacer, et à ce moment, Fan Xiao n’entendit que deux voix contradictoires s’entrelacer.

« je n'ai fréquenté Fan Xiao que parce que je le trouvais facile à séduire. Je n'aurais jamais imaginé provoquer un fou»
« Il ne te reste qu’une seule fonction : un vibro masseur qui fonctionne plutôt bien. »

You Shulang observa les yeux de Fan Xiao perdre peu à peu leur éclat, comme recouverts d’un voile de brume. Il l’entendit murmurer d’une voix rauque : « Tant que je peux t’être utile, je serai satisfait. »

Il se leva et commença à déboutonner ses vêtements.

Fan Xiao S’était un jour déjà déshabillé devant You Shulang, ses yeux sombres et brillants remplis de lueur frivole et prédatrice.

Maintenant, il était mécanique et raide. D’un tiraillement de ses dix doigts, ses vêtements s’ouvrirent, révélant son corps mince et musclé.

Fan Xiao enlaça fermement You Shulang, baissa la tête pour l’embrasser, mais l’homme dans ses bras tourna la tête. Le baiser tomba donc sur sa joue et son cou, traçant un chemin délicat le long de ses veines fines.

You Shulang supporta la chaleur silencieuse de Fan Xiao, sa colère brûlant de douleur.

Dans son esprit, il y avait l’image de Fan Xiao l’appelant « Directeur You » et lui murmurant des mots doux, et en même temps l’image de lui le trompant et le contraignant jour après jour.

Plus il y pensait, plus il s’énervait !
Comment pouvait-on envoyer à la fois du sucre et un poignard ? Pourquoi la personne qui lui apportait le plus de plaisir et de joie, mais aussi l’humiliation et la douleur, était-elle la même ?!

You Shulang se retourna brusquement, pressa Fan Xiao sous lui et l’étrangla par le cou.

Il le regarda, son ton calme, ses yeux tranchants et froids : « Je devrais vraiment te tuer ! »

Face à cette forte contrainte et à ses yeux injectés de sang, Fan Xiao ne résista pas du tout. Ses mains étaient toujours sur la taille de You Shulang, et son pouce la caressait doucement.

« Ne te salis pas les mains de sang pour moi, ça n'en vaut pas la peine. » Il regarda profondément son amant : « Bientôt, tout ira comme tu le souhaites. »

You Shulang fit une pause et demanda calmement : « Que veux-tu dire ? »

Le regard de Fan Xiao était profond et trouble, plein de nostalgie et de tendresse, comme avant.

Ignorant du fait que la main de You Shulang l'étranglait encore, Fan Xiao se redressa et l’embrassa sur les lèvres.

You Shulang le repoussa instinctivement, serrant sa trachée de ses mains. Voyant le visage de Fan Xiao pâlir peu à peu, il le repoussa de nouveau et leva la main pour le gifler violemment…

 

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Note de l’auteur :
Certains lecteurs ont dit que l’intrigue d’hier était un peu chaotique ; tout cela n’était que des mises en place. You Shulang et Fan Xiao jouent tous deux une grande partie d’échecs. Fan Xiao a déjà entamé son parcours pour reconquérir son épouse, c’est simplement qu’il est dérangé — il était fou au début, et il l’est encore plus maintenant qu’il essaie de le reconquérir. Tout le monde, prenez votre temps pour en savourer chaque nuance.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

 

 

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