Buddha - Chapitre 88 – Ex.

 

Fan Xiao tint effectivement sa promesse.
Il avait promis de ne pas perturber la vie de You Shulang, et il ne se montra pas du printemps à l’été.

Parfois, You Shulang pensait vaguement que les chatons de saule du petit matin n’avaient jamais été soyeux, et que personne n’avait jamais ramassé un morceau de duvet blanc sur son épaule pour le rouler entre ses doigts.
Mais cet état de torpeur était souvent brisé, comme ce matin où You Shulang aperçut la route de briques rouges.

Le complexe résidentiel où il louait un appartement était situé dans une zone basse, et chaque fois qu’il pleuvait, une grande quantité d’eau stagnait sur la chaussée ; la résidence entière était depuis longtemps mal entretenue, boueuse et extrêmement difficile à traverser.
Il avait beaucoup plu cet été, et la pluie était encore tombée pendant la moitié de la nuit précédente. En sortant le matin, You Shulang prit Tiantian dans ses bras et marcha sur la pointe des pieds.

Il vivait au deuxième étage et il n’y avait pas d’ascenseur. Descendant l’escalier, il salua son voisin qui sortait acheter le petit-déjeuner et l’entendit prononcer quelques mots indistincts à propos de « Lei Feng » (NT : figure populaire symbolisant l’altruisme et l’aide désintéressée). You Shulang répondit vaguement, éludant la conversation.

En ouvrant la porte de l’immeuble, il vit le ciel clair suspendu de nuages, et le temps était exceptionnellement beau.
« Ah ! » murmura Tiantian, perplexe, à son oreille, montrant quelque chose vers le bas de son petit doigt potelé.

Lorsque You Shulang regarda, il découvrit un étroit chemin de briques rouges devant l’entrée, serpentant directement jusqu’au portail de la résidence.
Dans les zones peu profondes, une seule couche de briques avait été posée ; dans les zones d’eau sale, deux ou trois couches avaient été ajoutées. En marchant dessus, les passants n’avaient plus besoin de choisir péniblement où poser le pied dans la boue.

Il observa autour de lui : l’immeuble comptait trois entrées, mais seule la sienne possédait ce chemin complet. Devant les deux autres, seules quelques briques avaient été placées dans les flaques profondes, comme des rustines éparses.

Tiantian trouva cela amusant et gigota avec enthousiasme dans les bras de You Shulang. Celui-ci le posa sur les briques et se pencha pour remonter le bas de son pantalon.
Des voix qui discutaient parvinrent à ses oreilles. « Ce jeune homme a travaillé sous la pluie pendant la moitié de la nuit ? Mon vieux lui a offert une cigarette et lui a demandé s’il voulait s’installer ici. Il a refusé, ene xpliquant que la personne qu’il aimait habitait ici et qu’il craignait que ce soit gênant pour elle d’entrer et sortir. »
« Tsk tsk, serait-ce la fille du sixième étage ? Elle est vraiment jolie. »

Le chemin était très étroit, à peine assez large pour laisser passer une personne. You Shulang suivit Tiantian sautillant, baissa légèrement les paupières, les cils battant légèremen…

***

Le laboratoire était vide lorsque You Shulang se leva de la paillasse.
Il y avait une réunion aujourd’hui : ses camarades d’université étaient revenus de l’étranger et avaient prévu de se retrouver le soir même.

Après avoir confié Tiantian à un voisin, You Shulang alla se changer dans le vestiaire et enfila un costume — ce costume qu’il portait autrefois dans son travail administratif, mais qui lui semblait désormais inconfortable.
Face au miroir, il boutonna sa chemise. En arrivant au bouton sous la gorge, il se souvint soudain de quelque chose que Fan Xiao lui avait dit.

L’homme avait soufflé à son oreille, ses lèvres humides effleurant sa peau sensible, le taquinant délibérément : « Directeur You, plus tu t’enveloppes étroitement, plus cela devient séduisant et excitant. »

You Shulang s’interrompit un instant, puis déboutonna lentement ce bouton, dévoilant son cou élancé.

Comme il s'agissait d'une camarade revenue au pays, ils réservèrent dans un restaurant occidental. Il se trouvait au quatrième étage du bâtiment B de Gensou, connu comme un édifice emblématique, il offrait une vue panoramique sur la ville illuminée la nuit.

Dans l’ascenseur, les chiffres grimpaient. Une camarade aux cheveux ondulés plaisanta :
« J’ai mangé occidental pendant sept ou huit ans, et maintenant je recommence encore. . Zhang Shicheng, tu n'as toujours pas réglé tes comptes avec moi ! »
L’homme nommé Zhang Zhicheng hocha la tête sérieusement : « J’ai eu trois petites amies à l’université, et elles ont toutes rompu à cause de toi. Je dois porter ce ressentiment toute ma vie, n’est-ce pas ? »
« C’est que ton amour n’était pas assez fort. »
« Chaque fois que je sortais avec quelqu’un, tu cassais tout. Nous étions si proches, pourquoi t’es-tu cachée à l’étranger pendant sept ans ? »

Ils étaient quatre — deux hommes et deux femmes — et la solitude visible sur le visage de l’un suscita des taquineries adressées à You Shulang : « Shulang, Zhang Zhicheng harcèle ta copine. »
You Shulang sourit distraitement : « C’est cher ici. Je vais vous aider à manger jusqu’à ce qu’il fasse faillite. »

Les portes s’ouvrirent sur un hall circulaire avec deux restaurants opposés. « Haha, si vous ne voulez pas d’occidental, celui d’en face est bien aussi, un restaurant d’Asie du Sud-Est récemment ouvert », proposa la femme restée silencieuse. « Je me demande s’il reste des places sans réservation. »

Face au restaurant occidental, des ornements imitant la topaze jaune brillaient d’un exotisme chaleureux. Une musique douce et mélancolique s’écoulait, remuant le lac du cœur et y traçant des ondulations.

Curry, vieux films, lourds rideaux, week-ends à deux… Des fragments du passé affluèrent comme une marée, submergeant You Shulang.

Quand il revint à lui, les autres étaient déjà entrés. Zhang Zhicheng se retourna et lui fit signe.
Bien que sans réservation, ils furent installés. Le guide partit poliment, le serveur apporta le menu.

« Que souhaitez-vous commander ? Le plat spécial du chef aujourd’hui est une soupe de poulet thaï à la noix de coco. »

Cette voix… You Shulang leva brusquement les yeux.

C'était vraiment Fan Xiao !

Leurs regards se croisèrent à nouveau, encore plus stupéfaits que la fois d’avant.

L’homme grand et robuste portait un costume traditionnel thaï : veste beige croisée à col montant, voile vert foncé drapé sur les épaules, chaîne décorative dorée, ceinture assortie à la taille.
Contrairement à l'homme élégant en costume-cravate, Fan Xiao apparaissait vêtu de couleurs éclatantes. Son sourire restait doux, mais son allure noble et son charme exotique étaient impossibles à dissimuler.

Personne ne remarqua l’étrangeté de You Shulang, tous observant Fan Xiao. Même Zhang Zhicheng le contempla davantage, pensant qu’il était difficile de courir après un ancien amour quand même un serveur pouvait lui voler son âme
« Vous vous connaissez ? » demanda l’ancienne amante de Zhang Zhicheng, traçant du doigt une ligne entre eux deux.

Les sourcils de Fan Xiao frémirent légèrement, mais il garda le silence, attendant que You Shulang définisse leur relation.
« Je ne le connais pas » ou « simple ami » — il pesa intérieurement ce qui serait le plus facile à accepter.

La table était près de la fenêtre ; les lumières extérieures venaient de s’allumer. Le visage redevenu impassible, You Shulang , remis de sa surprise, arborait une expression indifférente qui se reflétait dans la vitre bombée. Il fixa Fan Xiao, tapota deux fois la table et déclara calmement : « Je le connais, c’est mon ex. »

 

Traduction: Darkia1030