Buddha - Chapitre 95 - Tout cela n'était qu'un accident.
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La brume tourbillonnante et la chaleur ambiante créaient une pointe d’ambiguïté.
Une main fine et bien dessinée reposait sur le bord de la baignoire. Avec un frémissement, une goutte d’eau glissa du bout des doigts et tomba droit au sol, encore chaude.
Les cheveux rejetés en arrière, sa belle pomme d’Adam et la ligne de son cou affichaient une expression froide — mais celle-ci se brisait parfois, révélant une confusion inconsciente de désarroi et de décadence.
Pour la première fois, You Shulang réalisa à quel point certaines de ses pensées étaient incontrôlables. Fan Xiao avait simplement effleuré ses ecchymoses, et pourtant, cela avait réveillé en lui un flot de pensées.
Le désir et la douleur s’affrontaient sans cesse. Il se maudissait intérieurement et repensait encore et encore à l’insulte de Bai Yupeng, mais, pour une raison quelconque, il gardait Fan Xiao auprès de lui, se laissant aller à ses désirs sous prétexte que c'était « la dernière fois ».
IComme une vanne qui s'ouvrait, des pensées longtemps enfouies refirent surface avec une force décuplée. You Shulang se disait calme et maître de lui-même, mais face à cette marée d’émotions, familière et longtemps absente, il se retrouvait impuissant. Il ne parvint plus à maintenir son indifférence et ne put que se résigner, impuissant, à être emporté par la vague déferlante…
Contrairement à son caractère habituellement dominateur et puissant, Fan Xiao était aujourd’hui d'une douceur infinie. Des baisers légers comme des plumes se déposaient sur la peau délicate de You Shulang, avec tendresse et délicatesse.
Les paumes de Fan Xiao étaient bien plus rugueuses qu’avant — sans doute parce qu’il faisait beaucoup de choses lui-même récemment. You Shulang l’avait vu décharger d’énormes cartons de médicaments devant la pharmacie. N’importe qui aurait trouvé cela pénible, mais Fan Xiao, trempé de sueur froide, les transportait sans relâche.
Même si cette paume rugueuse ne touchait la peau que doucement, ce contact devenait une sensation impossible à ignorer.
You Shulang frissonna légèrement, et Fan Xiao interrompit aussitôt tout mouvement pour demander avec nervosité : « Tu te sens mal ? Ou bien as-tu mal quelque part ? »
Ses yeux le regardaient à travers la brume, doux et anxieux.
Dans un moment aussi confus, You Shulang n’aimait pas communiquer de façon lucide; ce bref éclair de raison ne lui apportait que regret et peur.
Il feignit l’indifférence : « Ne t’arrête pas si je ne te le dis pas. »
La lumière de la salle de bain fut bloquée par le corps élancé penché sur lui. Fan Xiao se rapprocha de nouveau ; son visage beau et tranchant portait les yeux les plus affectueux, remplis à la fois de passion et d’inquiétude.
Il embrassa le coin des lèvres de You Shulang et murmura doucement : « Dis-moi si tu te sens mal. »
Une fois le calme revenu, Fan Xiao prit You Shulang dans ses bras, attendant qu'il se remette de ses ébats. Puis, il le rinça simplement à l'eau avant de le ramener dans la chambre.
Ce ne fut qu’en le déposant sur le lit que Fan Xiao se souvint soudain : « Où est Tiantian ? Pas à la maison ? »
You Shulang répondit calmement : « Chez le voisin d’à côté. »
Fan Xiao s’en doutait. Un homme comme You Shulang n’aurait pas fait une chose aussi déplacée si Tiantian avait été là. Il le couvrit d’une couverture, enfila rapidement un vêtement simple, alla chercher une soupe chaude au gingembre, le regarda boire un bol entier, puis massa les contusions avec de l’huile médicinale.
Après avoir terminé, Fan Xiao s’habilla, s’assit au bord du lit et contempla You Shulang somnolant. Ses yeux étaient remplis de réticence et de tristesse.
You Shulang était son dieu, mais aussi son démon intérieur.
C’était lui qui lui avait tenu la main en lui disant que le monde n’était pas si mauvais, et aussi celui qui lui avait appris que que fuir les blessures de son cœur n'était pas synonyme de faiblesse. Celui qui l’avait protégé en silence tandis qu'il avançait, et aussi celui qui avait brisé ses convictions désabusées sur la vie.
Mais — il l’avait blessé.
« Shulang, je m’en vais et je n’apparaîtrai plus. Prends soin de toi et de Tiantian. »
Il se pencha et embrassa profondément ses lèvres. «เธอคือความอ่อนโยนในสายตาของฉัน เธอคือความเป็นนิรันดร์ในหัวใจของฉัน เธอคือแทบทั้งหมดของเหตุผลที่ฉันรักโลกใบนี้ ขอให้เธอมีความสุขในทุกช่วงเวลาของชีวิตที่เหลืออยู่ » (NT : Tu es la tendresse dans mon regard, tu es l’immortalité dans mon cœur, tu es presque toute la raison pour laquelle j’aime ce monde. Puisses-tu être heureux à chaque instant du reste de ta vie )
Fan Xiao se releva finalement, jeta un dernier regard à You Shulang et se dirigea vers la porte.
La personne qui faisait semblant de dormir remua légèrement les lèvres et murmura derrière lui.« Ne te précipite pas pour toucher Bai Yupeng. Si tu le touches, il ne pourra plus jamais se relever. »
Fan Xiao se retourna : « Je sais, je n’agirai pas impulsivement. »
« Et… » You Shulang ouvrit lentement les yeux, « tout à l’heure… »
« Ce qui s’est passé tout à l’heure était un accident. Je n’y penserai pas davantage. » Fan Xiao esquissa un sourire — le plus beau et le plus impuissant que You Shulang eût jamais vu.
Les feuilles dehors bruissaient. L’automne était arrivé ; le froissement des feuilles mortes se faisait entendre. You Shulang se recroquevilla puis se rallongea, répétant cela plusieurs fois. Finalement, il s’habilla, se leva et resta debout devant la fenêtre.
Au loin, la silhouette solitaire et triste sous la pluie froide se brouillait sous les réverbères, paraissant presque transparente, comme si elle allait disparaître à tout moment.
La silhouette de dos paraissait légère et aérinne, mais ses pas étaient lourds. Il s’arrêta sous la fenêtre, mais finalement ne se retourna pas…
You Shulang alluma une cigarette et resta près de la fenêtre, habillé. La pénombre et les ombres extérieures rendaient son visage indistinct. L’odeur amère du tabac emplissait l’air, de plus en plus forte, irritant ses yeux. Il s'essuya les yeux d'un revers de main et fixa un instant le bout de ses doigts, perdu dans ses pensées.
Après avoir écrasé la cigarette, il sortit son téléphone et composa un numéro.
Le téléphone sonna longtemps avant qu’on ne décroche. La voix féminine était basse et sensuelle, comme si elle venait de vivre quelque chose.
Elle rit et dit au téléphone : « YouYou, tu sais vraiment choisir le moment pour m’appeler. »
You Shulang, le visage sans sourire, dit simplement, : « Alors je ne dérangerai pas Madame Shi. »
« Ce n’est rien. Dis-moi, que veux-tu de moi ? »
You Shulang tenta de reprendre une cigarette, mais sa main vacilla et le paquet tomba. Il regarda la boîte de Rouge laissée par Fan Xiao et dit légèrement : « Madame Shi ne voulait-il pas me présenter un petit ami ? Je veux le rencontrer. »
***
You Shulang avait un petit ami.
Il est d’ascendance chinoise et portugaise, grand, beau, mature et distingué.
L’homme saisit sa tasse de café de ses doigts fins et propres et regarda You Shulang avec des yeux souriants à travers la vapeur. « Shulang, dans quel état d’esprit es-tu ? »
You Shulang resta figé un instant, ses lèvres s’ouvrant et se refermant. « Top. »
L’homme se brûla avec le chocolat chaud.
« Pourquoi, ça ne convient pas ? » demanda You Shulang.
L’homme reprit sa tasse et répondit avec désinvolture : « Pour moi, la première impression est primordiale. Si c’est toi, alors nous sommes compatibles. »
You Shulang hocha la tête sans émotion. Par la fenêtre, il vit de rares flocons tomber du ciel sombre.
Il neigeait — la première neige de l’année était enfin arrivée…
***
Le temps était sec et froid, alors You Shulang mit une écharpe avant de sortir.
Une voiture haut de gamme était garée devant le quartier délabré. Il ouvrit la portière passager et monta.
Il salua d’un « Bo Wen ». L’homme au volant sourit, remit l’écharpe autour de son cou, démarra et dit : « Il y a un nouveau restaurant à thème parc d’attractions. Allons y récupérer Tiantian, d’accord ? J’ai déjà réservé. »
You Shulang répondit par un « hmm » et lui rendit son sourire : « Merci. »
« Qu’y a-t-il à remercier ! » L’homme jeta un coup d’œil vers lui en conduisant. « Shulang, tu es toujours trop poli avec moi. »
You Shulang ne répondit pas, se contentant de regarder par la fenêtre avec une expression calme. « Il neige à nouveau. »
Les routes près de la maternelle étaient encombrées et la voiture avançait lentement ; ils décidèrent donc simplement de se garer et de continuer à pied pour aller chercher Tiantian.
Il y avait de la neige sur le trottoir, et You Shulang marcha dessus sans faire attention. Son pied glissa et il chancela.
L’homme à côté de lui tendit rapidement la main pour le soutenir, puis passa son bras autour des épaules de You Shulang afin de contourner le tas de neige.
Soudain, le bruit d’une moto filant à toute vitesse sur la route retentit, suivi d’un grand fracas !
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Note de l’auteur :
Encore deux ou trois chapitres, et cela deviendra doux. Puisque Fan Xiao a blessé le directeur You si profondément, il faut d’abord encore un peu d’angoisse. Tenez bon, tout le monde.
« Tu es la tendresse dans mon regard, tu es l’immortalité dans mon cœur, tu es presque toute la raison pour laquelle j’aime ce monde. Puisses-tu être heureux à chaque instant du reste de ta vie » — Milan Kundera, L’Immortalité.
Traduction: Darkia1030
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