Buddha - Chapitre 98 - Petits pains frits.
.
« Je n’aime pas l’odeur des hôpitaux. » Fan Xiao fit sauter son mégot de cigarette du pouce et sourit : « Mais le Troisième Jeune Maître est malade, alors je dois bien venir lui rendre visite quand même. »
Bai Yupeng, qui ressemblait à un chien maigre, était allongé sur le lit d’hôpital. Sa tête était étroitement enveloppée de bandages, son visage couvert d’ecchymoses violacées, et de grosses croûtes de sang s’accrochaient aux coins de ses lèvres. Lorsqu’il parlait, les plaies se rouvraient et le sang suintait.
« Fan Xiao ! » jura-t-il entre ses dents, « Tu m’as attaqué par surprise et maintenant tu fais semblant d’être aimable ! »
« Ne dis pas de choses inconsidérées », répondit Fan Xiao en coinçant la cigarette entre ses dents et en épluchant une orange pour Bai Yupeng. « Le Troisième Jeune Maître ne serait-il pas en train de me faire porter le chapeau ? »
Après avoir épluché l’orange en quelques secondes, Fan Xiao la lui tendit et dit lentement : « Troisième Jeune Maître, considère-moi comme un ami, cesse de m’être hostile ou de me mépriser. Je suis ruiné et sans ressources. Je te suis profondément reconnaissant. Comment pourrais-je faire quoi que ce soit pour te nuire en douce ? »
Bai Yupeng fit tomber l’orange. La douleur tiraillait le coin de sa bouche et il rugit : « Je m’en fiche complètement ! Je me suis vengé de ce type, You, et tu viens l’aider à se défouler ! Vous formez vraiment un beau couple de canards mandarins amoureux (NT : symbole de couple inséparable). Bon, d’accord, j’admets ma défaite. Je vous éviterai désormais, compris ? Maintenant que tu m’as tabassé, que tu as passé ta colère, qu’est-ce que tu veux encore ? »
Fan Xiao se pencha pour ramasser l’orange au sol, s’approcha lentement du lit et dit en souriant : « Je ne veux rien faire, je veux seulement rappeler au Troisième Jeune Maître de manger plus de fruits quand il est malade. »
Soudain, il attrapa les cheveux de Bai Yupeng et le força à relever le visage : « Cette orange est très sucrée, Troisième Jeune Maître, goûte-la. »
Tenant sa cigarette, souriant et parlant d’une voix douce, Fan Xiao écrasa l’orange entière dans sa main, laissant le jus acide couler sur la plaie au coin des lèvres de Bai Yupeng.
« Va te faire foutre, Fan Xiao ! Ça fait mal. Ça fait tellement mal, enlève-la, enlève-la ! »
« Ne gaspille pas. Je suis très pauvre maintenant. Ce n’est pas facile pour moi d’acheter ces choses. » Fan Xiao baissa les yeux froidement et fourra l’orange pressée, vidée de son jus, dans la bouche de Bai Yupeng.
La bouche s’ouvrait et se refermait avec peine, déchirant les croûtes à peine formées aux commissures des lèvres en plusieurs entailles sanglantes qui entamaient la chair. Le jus d’orange coula sur le visage jusque dans les plaies, déclenchant une nouvelle série de hurlements et de gémissements !
Les cris de douleur attirèrent l'attention de l’infirmière. Avant qu’elle ne puisse poser une question, Fan Xiao se redressa, s’essuya les mains avec un mouchoir et s’excusa avec un sourire : « Les malades ne sont pas de bonne humeur. Je lui ai conseillé de manger plus de fruits et il s’est emporté. »
L’infirmière resta sceptique mais ne souhaitait pas intervenir. Ce patient était obscène et avait harcelé toutes les infirmières ; elle ne voulait donc pas s’en mêler. Voyant que Bai Yupeng allait bien, elle lui dit simplement « Silence » et quitta la chambre.
« Fan Xiao, tu t’es bien amusé ?! » cria Bai Yupeng en couvrant ses lèvres de ses mains, les yeux écarquillés.
Fan Xiao jeta le mouchoir, hocha la tête, sourit et dit froidement : « Bai Yupeng, tu peux me respecter, mais je ne te respecte pas. Cependant, si tu t'en prends à moi, je me vengerai au centuple. Le différend entre moi et You Shulang s’arrête ici. Si tu n’es toujours pas convaincu, quels que soient les tours que tu emploieras, moi, Fan Xiao, j'accepterai tous les moyens que tu emploieras.. »
Bai Yupeng se montra étonnamment conciliant cette fois : « D’accord, d’accord, j’ai compris. Je vous éviterai tous les deux à partir de maintenant. »
Fan Xiao jeta la cigarette, l’écrasa du bout du pied et afficha de nouveau un sourire : « Alors c’est entendu. »
Après avoir quitté l’hôpital et tourné dans la ruelle arrière, il approcha une voiture de sport voyante garée sur la route étroite. Fan Xiao ouvrit la portière passager et monta.
L’homme au volant parlait au téléphone. Lorsqu’il vit Fan Xiao entrer, il se contenta de lui jeter un coup d’œil.
Il dit dans le combiné : « Toute la famille de Fan Xiao est ruinée. Il n’a plus rien à perdre. Pourquoi l’as-tu provoqué ? Je t’avais dit qu’il ne laisserait jamais passer un grief. »
Le conducteur rapprocha le téléphone de son oreille et pinça l’arête de son nez entre l’index et le majeur. Fan Xiao sourit, lui offrit une cigarette, puis l'alluma avec une allumette.
La fenêtre s’abaissa légèrement ; l’homme tira une bouffée et poursuivit : « Tu as frappé You Shulang, et Fan Xiao t’a frappé. D’après ce que je sais de lui, l’affaire est réglée. Il ne s’occupera plus de toi. »
« Moi et Fan Xiao ? » L’homme tenant la cigarette jeta un regard vers le siège passager. « Il n’y a rien entre lui et moi ! J'ai entendu dire que les problèmes de sa famille ne sont pas encore réglés, alors je ferais mieux de garder mes distances avec lui. Dire du bien de toi ? Bon, d'accord, tu t'es mis dans ce pétrin à cause de moi. Tu es mon frère, je t'organiserai une petite rencontre. Ne t'inquiète pas, Fan Xiao doit maintenant gagner sa vie, et il ne te surveillera plus après avoir évacué sa colère. J’irai te voir à l’hôpital un jour. Je viens d’atterrir et je suis gelé à mort, Salut ! »
L’appel se termina abruptement et la majeure partie de la cigarette fut jetée par la fenêtre.
Fan Xiao regarda la vitre qui se refermait rapidement et dit en souriant : « Shi Lihua, Bai Yupeng peut être considéré comme ton ami, tu ne sembles avoir aucun scrupule à le vendre. »
« Un ami qui ne se montre que par beau temps… Si je ne le vends pas, je vais te vendre, toi ? » Shi Lihua resserra son manteau. « Tu as délibérément tabassé Bai Yupeng juste pour le rassurer et lui faire croire que tu ne le surveillerais plus ?. »
« Oui. » Fan Xiao sortit de sa poche une crème pour les mains, pressa une demi-dose et la frotta soigneusement sur sa peau. « Il était devenu un peu méfiant récemment. Peut-être craignait-il que j’enquête. Il a arrêté toutes ses combines louches. Je n'en pouvais plus d'attendre, alors je l'ai tabassé pour le rassurer. »
« Tu attendais qu’il continue ses manigances avant d’agir ? »
Fan Xiao leva ses mains hydratées et les observa. « Un seul coup pour le tuer . »
Shi Lihua claqua la langue : « Fan Xiao, tu deviens de plus en plus maniéré. » Il tendit la main. « Donne-m’en un peu. Avec ce fichu temps, mes mains sont sèches et froides. »
Fan Xiao lança la crème et dit : « Dépose-moi là où j’ai garé ma voiture. »
« Elle est garée où ? » Shi Lihua se frotta le dos de la main. « Et ta moto pourrie ? Fan Xiao, pourquoi fais-tu ça ? Tu as aussi une entreprise en Thaïlande. Même si ce n’est plus comme avant, personne n’ose te toucher. Pourquoi rester dans Pourquoi t'obstines-tu à rester dans ce trou perdu? You Shulang ne t'a-t-il pas abandonné ? »
La crème fut arrachée des mains de Shi Lihua, et le visage de Fan Xiao se décomposa : « Conduis. »
Shi Lihua n’était pas du genre à rester inactif. Après deux jours à la maison, il recommença à traîner dans les boîtes de nuit.
« Vraiment tu ne viens pas ? » lança-t-il à Fan Xiao. « Pour décharger ? Avec les travailleuses ? Bon sang, j’ai l’impression que quelqu’un t’a remplacé. »
Après avoir raccroché, il ouvrit la porte du salon privé, écarta les bras et cria : « Joyeux anniversaire ! »
La personne fêtée était un héritier de seconde génération, un autre compagnon de beuverie de Shi Lihua.
Visages nouveaux, visages familiers et visages à moitié connus se mêlaient. C’était animé et débridé. En façade, tous étaient amis proches, mais en coulisses, tous étaient ennemis.
Tout le monde s’amusait, sauf un homme qui ne s’intégrait pas. Il était comme un trou dans une immense toile de décadence, placé juste à l’extérieur.
Assis bien droit dans un coin, il buvait seul ; parfois il saluait quelqu’un, mais son sourire était si faible qu’il n’atteignait pas ses yeux.
« Qui est-ce ? » demanda Shi Lihua en regardant vers le coin.
« Oh, c'est l'associé de mon père. Il est venu fêter mon anniversaire pour se faire bien voir. Le cadeau qu’il m’a offert est plutôt bon ; j’en parlerai à mon père un jour. » Le fêté ajouta : « Il travaille dans le secteur des nouvelles énergies, tu peux me le présenter ? »
Shi Lihua refusa paresseusement : « Laisse tomber, je ne suis qu’un vendeur de riz (NT : personne sans importance), pourquoi le connaîtrais-je ? »
L'homme dans le coin ne s'attarda pas avant de se lever pour partir. Le fêté se montra assez courtois avec lui, l’accompagnant jusqu’à l’ascenseur, et ils rencontrèrent par hasard Shi Lihua, qui attendait lui aussi l’ascenseur.
« Tu pars aussi ? » demanda le fêté.
« Partir mon cul, je vais à la voiture chercher quelque chose. »
L’ascenseur arriva. Shi Lihua et l’homme descendirent naturellement ensemble. Pendant la descente, aucun des deux ne parla ; ils se contentèrent d’échanger un signe de tête.
Avec un tintement, la lumière jaune s’alluma et l’ascenseur s’arrêta au premier sous-sol. La température du parking souterrain n’était pas vraiment chaleureuse pour Shi Lihua non plus, aussi resserra-t-il son manteau autour de lui en suivant l’homme hors de la cabine.
Un coup de klaxon retentit ; l’homme devant lui marqua une pause avant de changer de direction et de se diriger vers une voiture dont les phares clignotaient.
Le regard de Shi Lihua suivit instinctivement l’homme et, en apercevant la personne assise au volant, il laissa échapper malgré lui : « You Shulang ? »
Parmi les trois personnes réunies, seul Shi Lihua semblait mal à l’aise.
You Shulang demeurait indifférent, tandis que l’homme du secteur des nouvelles énergies restait posé ; souriant, il demanda : « Jeune Maître Shi, c’est bien cela ? Vous et Shulang vous connaissez ? »
« On peut dire ça. »
« Quelle coïncidence alors, je suis son petit ami. »
La voix de Shi Lihua changea brusquement de ton : « Tu es son quoi ? »
« Son petit ami. »
Les yeux de Shi Lihua s’agitèrent avant qu’il ne ricane enfin : « Alors pourquoi diable étais-tu là-haut dans ce club à tripoter les fesses d’un mannequin masculin ? »
Fan Xiao finit par apparaître et vint présenter des excuses au nom de Shi Lihua.
Une veste de moto matelassée noire, un jean basique de la même couleur et une écharpe gris foncé enroulée autour du cou. Les vêtements, amples, semblaient pourtant ajustés par la posture de Fan Xiao. À cause de l’angle, la ligne de sa mâchoire et sa pomme d’Adam ressortaient particulièrement, révélant une netteté tranchante, mais aussi une certaine pâleur.
Il était assis à califourchon sur la moto, une longue jambe appuyée au sol. Il paraissait détendu, mais ses yeux étaient profonds et perçants. Il jetait parfois un regard aux passants. Son air nonchalant et son visage étaient captivants.
Après avoir fumé une cigarette, You Shulang tourna le coin de la rue et s’arrêta devant Fan Xiao. « Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus. »
Le cœur de Fan Xiao rata soudain un battement et il resserra sa prise sur le guidon. Il se détendit un instant avant d’oser regarder le visage de You Shulang.
Il sourit et répondit : « Cela fait longtemps, Shulang. »
Peu importe la passion qu’avait connue leur relation autrefois, il n’en restait désormais qu’un « cela fait longtemps ».
Et effectivement, ces mots étaient si légers et sans poids qu’ils furent emportés par le vent froid.
Les yeux de You Shulang parcoururent doucement le visage de Fan Xiao, s’arrêtèrent un instant sur une cicatrice près de son oreille, puis croisèrent son regard. « Que me veux-tu ? »
« Je viens te présenter des excuses au nom de Shi Lihua. Il a dit des absurdités hier. »
« Je sais, je n’y ai pas cru. »
Après trois secondes de silence, Fan Xiao poursuivit : « Je dois quand même m’excuser, quoi qu’il en soit, et j’avais peur que tu penses que c’était moi qui lui avais ordonné de faire cela. »
« Tu ne ferais pas une chose aussi insignifiante.. »
Fan Xiao baissa les yeux et rit doucement. « Ne me crois pas si malin. Comment sais-tu si je n’ai pas songé à le mettre en pièces à mains nues de la manière la plus directe ? »
Il leva ses yeux souriants, mais ils étaient emplis de tristesse. « Shulang, as-tu encore peur de moi ? »
You Shulang hésita un instant. « Peur. »
Fan Xiao hocha la tête : « Alors je continuerai à disparaître. »
Il prit un sac en papier accroché au guidon et le tendit à You Shulang : « Les petits pains poêlés de ton restaurant préféré sont froids, réchauffe-les en rentrant à la maison. »
You Shulang regarda le logo sur le sac : « De Linshi ? »
« Je passais par là pour du travail. » Fan Xiao fourra le sac dans ses mains. Quand il retira la sienne, ses doigts glacés frôlèrent de nouveau sa paume chaude. Cette froideur familière éveilla une pulsation tremblante dans son cœur, mais à mesure que chaleur et froid se séparaient, elle finit par se transformer en mélancolie.
Réprimant toutes ses émotions, Fan Xiao frotta ses doigts et dit d’un ton nonchalant : « Rentre, il fait trop froid. »
Il démarra la moto, mit son casque et tourna l’accélérateur d’un demi-tour, mais il entendit You Shulang appeler son nom.
« Fan Xiao. » You Shulang hésita encore, jetant un regard à la blessure sur son visage. « Tiantian a failli être renversé par une moto il y a quelques jours. »
Fan Xiao coupa le moteur et fronça les sourcils.
« Les routes sont glissantes en hiver, tu ferais mieux de ne pas rouler en moto. Fais attention à ne heurter personne. »
Après avoir parlé, You Shulang prit son sac et retourna vers la base de recherche et développement.
Quand You Shulang revint au laboratoire, on lui dit que des clients attendaient. Il remit le sac qu’il tenait à Tian Xiaonian : « Réchauffe-le pour tout le monde à midi. »
Il fit deux pas, puis revint en arrière. Tian Xiaonian le fixa quelques secondes avant qu’il ne dise : « Laisse-m’en une boîte. »
La salle de réception avait une porte vitrée ; avant même d’approcher, il aperçut le visage métissé sino-thaï de Shi Lihua.
You Shulang s’adossa à la porte et dit froidement : « Toi et Fan Xiao jouez la comédie, l’un dehors, l’autre dedans pour faire du théâtre ?. »
« Pour chanter, encore faut-il un public qui aime écouter. » Le vieux bâtiment de l'école était encore chauffé par des radiateurs. Shi Lihua posa les mains sur les longs tuyaux de fer, y calant ses paumes et son dos pour les réchauffer. « Que t’a-t-il dit à l’instant ? »
« Il s’excusé en ton nom. »
« Mince ! » Shi Lihua retira ses mains et retroussa ses manches. « You Shulang, parfois je dois t’admirer. Quelqu’un comme Fan Xiao est tombé maintenant entre tes mains. »
« Je devrais en être honoré ? » You Shulang leva les yeux au ciel. « Que me veut le jeune maître Shi ? »
« Je veux juste te dire quelque chose que tu ignores. » Shi Lihua s’assit sur le canapé et croisa les jambes. « À propos de Fan Xiao. »
You Shulang regarda sa montre. « Je n’ai pas de temps à perdre pour des choses aussi insignifiantes. »
« You Shulang, qu’est-ce qui est important pour toi ? » Shi Lihua changea de position. « À quoi consacres-tu ton temps ? À flirter avec ton nouveau petit ami ? »
You Shulang entra enfin dans la pièce, ferma la porte et abaissa les stores ; la salle s’assombrit.
« Qu’est-ce que tu fais ? » Shi Lihua posa ses jambes et recula. « Pourquoi fermer la porte ? »
You Shulang retroussa lentement les manches de sa blouse blanche. « Tu ne voulais pas me dire quelque chose ? Réglons d’abord quelques comptes avant cela. »
« …Quels comptes ? »
« Tu connais parfaitement la situation. Ne devrais-tu pas partager joies et peines avec Bai Yupeng ? »
« Je… lui… tu veux me frapper ? »
« Au départ je voulais abandonner. Je ne voulais plus gaspiller mon énergie pour toi, mais le jeune maître Shi ne cesse de ressurgir devant moi. »
You Shulang s’approcha et le regarda de haut. « Dois-je le faire, ou le fais-tu toi-même ? »
Shi Lihua avala sa salive et jeta un regard vers la porte. « Comment pourrais-je faire ça moi-même ? »
You Shulang regarda le cendrier sur la table basse. « Fais couler du sang. »
Sa pomme d’Adam bougea nerveusement. Shi Lihua se décida et attrapa le cendrier : « Très bien, je ne te dois rien. »
La posture était ferme mais la force faible ; il abattit la main sans provoquer de véritable dommage. Seule une marque rouge apparut sur son front.
You Shulang se pencha et croisa son regard. « Ne te retiens pas. » Il redressa le menton de l’homme et appuya sur la marque. « Si une fois ne suffit pas, recommence. Monsieur Shi est délicat et et saigne vite. »
Shi Lihua s’emporta soudain et se frappa violemment avec le cendrier. Avant même de sentir la douleur, le sang coula.
You Shulang le repoussa, se leva et dit froidement : « Tu te sens lésé ? Si tu me frappais, la blessure serait-elle moins grave ? »
Shi Lihua prit quelques mouchoirs pour couvrir la plaie. « Je ne me sens pas lésé, je l’ai mérité, d’accord. » Il marmonna : « La dernière fois que j’ai été battu, c’était quand mon grand-père m’a donné un coup de pied aux fesses à huit ans. »
You Shulang sortit une cigarette et la mit à ses lèvres, puis alla s’asseoir sur le canapé. « Dis ce que tu as à dire. Nous n’avons que cinq minutes avant le déjeuner. »
Shi Lihua ricana. « You Shulang, tu mourrais si tu arrêtais de jouer les durs ? »
You Shulang sourit : « Cinq minutes ne suffisent pas pour t’apitoyer sur ton ami ? Veux-tu que je joue “Porcelaine bleue et blanche” (référence à une chanson sentimentale, utilisée ironiquement pour se moquer du mélodrame) pour toi ? »
Shi Lihua resta un instant stupéfait, puis s’énerva : « L’un ne veut pas parler et l’autre ne veut pas écouter, alors je suis superflu. »
Il se couvrit la tête et se leva. « You Shulang, je comprends que tu haïsses Fan Xiao, mais il a beaucoup enduré pour toi. Il aurait pu s’en tirer après cet incident avec sa famille, mais pour s’assurer que tu te calmes, il était prêt à risquer sa vie. Pour te protéger, toi, le lanceur d’alerte, Fan Xiao a pris l’initiative d’admettre publiquement que c’était lui qui avait fait le signalement. Comme prévu, après son emprisonnement, il a été traqué par ceux qu’il avait dénoncés pendant trois mois. »
La cigarette entre les doigts de You Shulang se brisa soudain en deux. « Fan Xiao est poursuivi par quelqu’un ? »
Shi Lihua renifla avec mépris. « Qu’est-ce qu’il t’a raconté ? Qu’il était en prison six mois ? En réalité, il n’y est resté que trois mois. À sa sortie, on l'a aspergé d'essence en pleine rue et on l'a poursuivi avec un couteau. La police est intervenue et lui a fourni un logement sous protection. Heureusement, trois mois après, le grand patron impliqué dans l’affaire est mort de vieillesse et le pouvoir a changé de mains. Fan Xiao a recouvré sa liberté.
« Il n’est pas venu te voir après son retour. D’un côté, il voulait tenir sa promesse, et de l’autre, il craignait que ces gens ne s’arrêtent pas et ne t’impliquent. »
Shi Lihua fit quelques pas et posa la main sur la poignée de la porte. « Et aussi, c’est Fan Xiao qui a demandé à la mère de Tiantian de t’appeler. Il savait que tu étais seul et que tu aimerais cet enfant. Je ne croyais pas que tu adopterais Tiantian à l’époque. Fan Xiao disait que si tu ne l’élevais pas, il le ferait lui-même, parce que c’était l’enfant que vous aviez sauvé ensemble. »
Les stores s’ouvrirent soudain, et des rais de lumière traversèrent le visage de Shi Lihua. You Shulang tenait la télécommande et leva les yeux vers l’homme près de la porte. « Autre chose ? Le temps est écoulé. »
Shi Lihua fut surpris puis ricana avec colère. « Bodhisattva ? C’est donc ce Bodhisattva dont parlait Fan Xiao ? »
Comme s’il était furieux, il se couvrit la tête, claqua la porte et sortit en trombe. Le bruit énorme résonna dans tout le bâtiment.
« Frère You ? » Tian Xiaotian regarda la silhouette qui s’éloignait et passa prudemment la tête à l’intérieur. Ses joues étaient gonflées. « Les petits pains poêlés sont prêts. Ils sont délicieux. »
L’homme sur le canapé semblait figé ; ses doigts fins serraient encore la cigarette brisée. La lumière du soleil traversait les stores et projetait une ombre juste sur ses yeux. À part son regard indistinct, son expression demeurait extrêmement calme, mais…
Tian Xiaotian chercha un adjectif — elle avait toujours été la dernière en lettres — et marmonna simplement : « Tu as l’air… très triste. »
« Qu’y a-t-il, Frère You ? » Tian Xiaotian entra en tenant une boîte de petits pains poêlés et s’accroupit devant lui. Regardant cet homme toujours calme et distant, elle demanda doucement : « Tu es malheureux ? Cette personne t’a provoqué ? »
« Non, » You Shulang sourit, « je ne suis pas malheureux, et cela n’a rien à voir avec lui. »
Il prit les petits pains poêlés et laissa leur arôme chaud l’envelopper.
Traduction: Darkia1030
Créez votre propre site internet avec Webador