Panguan - Chapitre 53 - Papier mince
« Un vestige de l’époque républicaine a-t-il appris le pinyin, la méthode Wubi ou le clavier à neuf cases ???»
(NT : Il existe trois méthodes pour taper le chinois : 1) taper avec l’alphabet (le son: pinyin), la méthode la plus courante aujourd’hui . 2) Wubi : méthode plus technique basée sur la forme (les composants) des caractères. 3 ) clavier 3×3 : ancienne méthode sur téléphone à touches)
Si c'était le Wen Shi enfant, il aurait sûrement posé les questions de manière directe, puis attendu une réponse.
Mais aujourd’hui, il ne ferait plus cela.
Ces souvenirs qui revenaient peu à peu lui rappelaient qu’avec Chen Budao, sa franchise directe n’obtiendrait jamais de véritable réponse.
Quand Wen Shi était enfant, il pensait que Chen Budao était un immortel, né du ciel et de la terre, omnipotent. Rien au monde ne pouvait le prendre au dépourvu, aucune situation embarrassante n’était hors de sa portée. Il ne vieillirait jamais, ni ne mourrait.
Alors, quoi que Chen Budao dise, Wen Shi le croyait.
Ce n’est que plus tard que Wen Shi comprit peu à peu que Chen Budao pouvait aussi saigner et être blessé, qu’il avait aussi ses fardeaux et ses ennuis, mais qu’il n’en parlait jamais de lui-même, les évoquant toujours avec une légèreté détachée.
Et les réponses que Wen Shi croyait avoir obtenues n’étaient en réalité qu’une forme de protection enveloppante, où il prenait tout en charge.
Comme cette main qui s’était soudainement desséchée puis avait retrouvé son état initial, comme cet oiseau raidi par la mort puis soudainement ranimé. Comme ces liens du destin que Chen Budao avait failli porter à sa place.
Sa franchise n'obtenait en retour que des demi-vérités bienveillantes.
Aux yeux de Chen Budao, tant que Wen Shi s’adressait à lui de cette manière, il serait toujours ce petit disciple de la montagne Songyun qui dépendait de lui, le suivait, et avait besoin qu’il le protège.
Pas vraiment différent des autres gens en ce monde, juste un peu plus proche, voilà tout.
Mais maintenant, Wen Shi ne voulait plus être ainsi.
Il voulait se tenir aux côtés de Chen Budao, comprendre pourquoi il était venu et combien de temps il resterait.
La cuisine était plutôt silencieuse.
Depuis que Xie Wen avait hoché la tête, ils n’avaient plus échangé un mot.
Entre eux s’étendait une distance obscure, et leurs regards se perdaient dans cette pénombre, difficile à dire s’ils se croisaient ou s’évitaient.
Non loin de là, Da Zhao et Xiao Zhao avaient dit quelque chose, mais on ne comprenait pas vraiment quoi. Cela rendait le silence de la cuisine encore plus subtil. Comme si une fine couche de glace s’était formée sur un ruisseau, sur le point de se briser, sans encore se rompre.
Cela donnait envie de dire quelque chose, sans savoir quoi.
Le regard de Wen Shi glissa dans cette direction, et ses lèvres bougèrent : « Tu… »
Au même moment, Xie Wen ouvrit aussi la bouche.
Deux voix se superposèrent et s’interrompirent brièvement.
Xie Wen sourit en traversant l’obscurité du regard : « Qu'est-ce que tu allais dire ? »
Wen Shi secoua la tête.
Tout à coup, il n’avait plus envie de percer l’identité de l’autre.
Car cet instant lui avait donné l’illusion que tous deux étaient sortis de la relation maître-disciple, hors des mots « Wen Shi » et « Chen Budao » et de ce qu’ils portaient.
Comme il y a longtemps, lorsque l’autre montait les marches de pierre vers la montagne Songyun tandis que lui remontait par un autre sentier. Leurs regards s'étaient croisés, comme deux voyageurs de ce monde qui se rencontrent par hasard.
« Rien, toi d’abord. » Wen Shi leva légèrement le menton et prononça des mots qu’il n’aurait jamais dits auparavant.
Xie Wen acquiesça. « Bien, moi d’abord. »
Il fit un léger mouvement, toucha ses lèvres et dit : « Tu t’es blessé ici, essuie un peu le sang. »
Wen Shi resta silencieux une seconde, puis répondit d’un son vague émis du fond de la gorge. Il détourna le regard, pencha la tête pour se lécher le bord des lèvres, il y avait effectivement le goût du sang.
Soudain, un bruit de tintement retentit à l’extérieur. Wen Shi n’en était pas à son premier jour ici, il connaissait déjà ce son : c’était quelqu’un qui composait le code de la porte d’entrée.
Le goût du sang sur sa langue ne partait pas. Wen Shi saisit alors le verre qu’il venait de laver et y versa un peu d’eau.
Il leva la tête pour boire, et aperçut Xie Wen jeter un coup d’œil vers le salon : « Ton frère cadet et Lao Mao sont de retour. »
Wen Shi avala l’eau et fit un « hum ».
La porte de la villa retentit, et l’entrée résonna d’un léger bruissement : c’étaient sûrement Xia Qiao et Lao Mao qui enlevaient leurs chaussures. Les bocaux de médicaments s’entrechoquèrent, accompagnés de quelques mots, puis la lumière du salon fut soudainement allumée d’un « claquement », brisant l’obscurité et le silence.
Le regard de Xie Wen revint vers lui.
Il était toujours à contre-jour, mais son expression était beaucoup plus claire. À première vue, il semblait être lui-même, comme d’habitude.
« Alors,qu’est-ce que tu voulais dire tout à l’heure ? » demanda-t-il.
Wen Shi reposa son verre.
En réalité, il n’avait rien à dire. Ses talents d’improvisation étant très limités, il ne put que s’appuyer sur la personne qui venait de rentrer pour trouver une excuse.
Il passa à côté de Xie Wen, sans lever les yeux, et fit craquer ses articulations : « Je voulais demander quand ils reviendraient, je cherche Xia Qiao. »
Xia Qiao, tenant un sac dans une main et traînant ses chaussons, s’apprêtait à parler quand il entendit la voix de son ge. Il s’exclama avec joie : « Ge, tu es réveillé ! »
Wen Shi répondit simplement « hum ».
Xia Qiao fonça vers lui, brandissant son sac. Wen Shi fit un pas de côté pour éviter qu’il ne le heurte.
Xia Qiao, emporté par son élan, faillit atterrir sur Xie Wen, mais heureusement son ge attrapa rapidement la capuche de son sweat.
Xia Qiao appela timidement. « Patron Xie. »
Wen Shi jeta un coup d’œil dans cette direction.
Autrefois, il trouvait Xia Qiao inexplicablement craintif envers les gens. Maintenant, il comprenait que c’était probablement un instinct de marionnette. Comme Lao Mao ainsi que Da Zhao et Xiao Zhao, peu importe leur puissance, ils étaient toujours soumis à la pression d’un maître de marionnettes, éprouvant naturellement un certain respect.
Xie Wen regarda le sac que tenait Xia Qiao et demanda : « Tu as pris tous les médicaments ? »
Xia Qiao hocha docilement la tête : « Oui, ce que Lao Mao m’a demandé de prendre, j’ai pris. Ça devrait être complet. »
Wen Shi, observant le dos craintif et soumis de Xia Qiao qui répondait à toutes les questions, pensa : Ce crétin, ce ne serait pas un pantin fabriqué par Chen Budao ?
Un marionnettiste normal agissait avec méthode, car leur essence spirituelle était limitée, on ne pouvait pas la gaspiller pour s’amuser. Mais Chen Budao était différent: il avait du temps libre. Lorsqu’il en avait envie, il pouvait créer toutes sortes de petites choses inutiles puis les faire grimper sur Wen Shi comme sur un arbre.
Wen Shi réfléchit un instant et pensa que Xia Qiao, si faible et inutile à part pour son odorat et son courage limité, devait vraiment être l’œuvre de cette personne.
« Pourquoi t’a-t-il laissé tout porter ? » Xie Wen regarda Lao Mao et fit un signe de tête : « Il est revenu le ventre et les mains vides. »
Lao Mao, les yeux ronds, subit une injustice totale.
En fait, il avait peur de ce genre de situations. À l’époque où Wen Shi était encore petit, il portait déjà ainsi toutes ses affaires , et Chen Budao l’encourageait à le faire avec un mélange de taquineries et d’amusement.
Lui, un oiseau, que pouvait-il dire ? Il n’avait qu’à accepter son sort.
Alors maintenant, en voyant Xie Wen parler avec ce ton paternaliste, Lao Mao avait peur. C’était un réflexe conditionné construit au fil des années.
Heureusement, Xia Qiao expliqua : « Non, non, non, Lao Mao est trop âgé, il ne peut pas faire cet effort. Moi, jeune et fort, je peux le faire, ce serait mal vu de rentrer les mains vides. »
Lao Mao resta bouche bée.
Cette phrase était tellement chargée qu’elle en était presque insupportable pour Wen Shi, qui en resta sans voix. Il se pinça la gorge et regarda avec une expression complexe l’arrière du crâne de Xia Qiao.
Xie Wen, pour une raison inconnue, jeta encore un regard vers eux, un sourire apparaissant dans ses yeux. Peut-être à cause des paroles de Xia Qiao, ou à cause de l’expression de Wen Shi.
Lao Mao échappa ainsi à une situation délicate et se précipita pour prendre le sac des mains de Xia Qiao, invitant Da Zhao et Xiao Zhao à entrer dans la cuisine pour préparer les médicaments.
«Quel genre de médicaments ? » demanda Wen Shi d’une voix grave à Xie Wen.
Après avoir parlé, il eut soudain l’impression d’avoir trop montré son inquiétude.
En réalité, il savait quel était ce médicament; il l'avait reconnu immédiatement rien qu’en sentant son odeur. Autrefois, sur la montagne Songyun, quand il ne se sentait pas bien, il trempait souvent ses mains dans cette décoction, et la plupart de ses maux disparaissaient rapidement.
Xie Wen le regarda, resta silencieux deux secondes, puis dit : « C’est pour chasser le froid et soulager la douleur, l’effet est assez bon. Quand ils auront fini de le préparer, tu pourras essayer d’y tremper tes mains un moment. »
Wen Shi hocha la tête. Puis il se rappela qu’il était déjà réveillé et que la douleur avait depuis longtemps disparu.
Pourtant, Xia Qiao, ce maladroit, s’inquiéta : « Gege, tu es réveillé, est-ce que tu as encore mal ? »
Wen Shi resta silencieux un instant, puis laissa échapper un seul mot : « Oui. »
C’était probablement la première fois de sa vie qu’il admettait ressentir de la douleur.
De manière forcée.
C'était aussi probablement la première fois que Xia Qiao entendait une douleur exprimée avec autant de fermeté. Il parut un peu perdu. La seconde suivante, il vit son ge lever froidement le menton dans la direction du canapé, lui signifiant de s’approcher pour parler.
Xia Qiao, tenant le dernier sac dans ses bras, se dirigea docilement vers le canapé.
Wen Shi fit juste quelques pas, puis se souvint soudain de quelque chose et se tourna : La dernière fois, tu t'es aussi trempé les mains avec ça ? »
Xie Wen allait justement jeter un coup d'œil en cuisine pour surveiller la préparation. À ces mots, il s'arrêta et se retourna vers Wen Shi : « De quelle dernière fois parles-tu ? »
« La galerie Xiping. » répondit Wen Shi brièvement.
À l’époque, lorsqu’il était allé avec Xia Qiao à la galerie Xiping, dans la petite maison où Xie Wen se trouvait, il y avait déjà un bruit de bouillonnement continu, comme si quelque chose était en train de cuire.
Xie Wen fit « Oh », se souvenant enfin : « Tu t’en souviens encore. Tu as l'œil vif. »
« Je m’en souvenais juste. » Wen Shi remua légèrement les lèvres : « Pourquoi trempais-tu tes mains dans ce médicament ? »
Xie Wen : « Pour chasser le froid. »
Wen Shi : « Pourquoi ? »
Xie Wen : « Ma constitution est naturellement fragile, je crains le froid. »
Menteur.
Wen Shi serra les lèvres et le regarda.
Quelques mots, et la tension inexplicable entre eux était revenue.
Ce n’est que lorsqu’il aperçut du coin de l’œil Xia Qiao s’asseoir docilement sur le canapé qu’il détourna le regard et se dirigea vers lui.
Le cuir du canapé craqua légèrement. Xia Qiao vit son gege s’asseoir à côté, jambes allongées, corps légèrement voûté. Wen Shi, ses paupières à moitié baissées, tripota son lobe d’oreille, son regard fixé sur un point au sol, perdu dans ses pensées.
Au bout d’un moment, il tourna enfin la tête vers Xia Qiao, désigna le téléphone que Xia Qiao tenait dans les mains et demanda d’une voix grave : « Est-ce que Zhou Xu est dedans ? »
Xia Qiao fit un « Hein ? ».
Il mit quelques secondes à comprendre que Wen Shi voulait savoir s’il avait les coordonnées de Zhou Xu.
Par chance, la dernière fois, il ne les avait pas encore. Cette fois, après être sorti de la cage, il l’avait ajouté, c’était Zhou Xu qui avait pris l’initiative. Xia Qiao était convaincu que la phase rebelle de Zhou Xu avait été calmée par son marionnettiste de gege.
Wen Shi était trop intimidant; Zhou Xu n’osait probablement pas le contacter directement, et avait donc trouvé Xia Qiao de manière indirecte.
Ainsi, Xia Qiao comprenait tout à fait que Zhou Xu veuille trouver son frère. Mais l'inverse, en revanche, le laissait perplexe. Etonné, il demanda : « Tu veux le contacter, lui ? Pour quoi faire?»
Wen Shi : « Pour poser quelques questions. »
Xia Qiao pensa qu’il avait mal entendu.
Mais non, Wen Shi avait vraiment l’intention de contacter Zhou Xu.
Xie Wen, selon les rumeurs, était un « membre exclu » de la famille Zhang. Comment il était arrivé chez les Zhang, ce qu’il avait vécu, pourquoi tout le monde le reconnaissait comme « membre des Zhang »… À part Xie Wen lui-même, seuls les Zhang pouvaient le dire avec précision.
Zhou Xu était un Zhang, avait vécu dans la branche principale et avait un caractère curieux qui le poussait à vouloir fourrer son nez partout et tout savoir. Sa mère, Zhang Biling, était une des rares personnes à avoir des contacts avec Xie Wen.
Donc, en l'interrogeant, il pourrait forcément en apprendre un peu.
Xia Qiao, bien qu’un peu perdu, n’osait désobéir. Il inspira, et sous le regard fixe de Wen Shi, ouvrit son téléphone et chercha Zhou Xu.
Xia Qiao proposa. « Je vais passer un appel vocal, tu lui parles. »
Wen Shi jeta un coup d’œil vers la cuisine et répondit catégoriquement « non. »
Xia Qiao fut encore plus perplexe, se demandant s’il allait devoir taper un message.
Pourquoi pas.
Xia Qiao passa en mode texte, les pouces suspendus au-dessus du clavier, prêt : « Alors gege, tu dictes, je tape. »
Tout en parlant, il envoya un premier emoji, comme pour saluer Zhou Xu.
Mais cette proposition reçut à nouveau un « non » de Wen Shi.
Xia Qiao resta bouche bée, se demandant : Tu vas taper toi-même ?
Était-ce que cet ancien vestige de l’époque républicaine connaissait le pinyin, le Wubi ou le clavier à 9 touches ?
Pendant qu'ils tergiversaient sur cette affaire, la famille Zhang- pour être précis, toutes les autres familles à l'exception de Wen Shi et Xia Qiao –, autour de Zhou Xu et Da Dong, étaient en train de s'affoler en ligne devant l'arbre généalogique.
Traduction: Darkia1030
Check: Hent-du
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