Weird disciple - Chapitre 34 - Nourriture du maître

 

Xie Yi se mordit l’intérieur de la lèvre presque jusqu’au sang. Il n’hésiterait jamais à s’en prendre à Yao Ming, c’était simplement qu’il ne voulait pas que Shi Yue se mette en colère contre lui pour avoir causé des ennuis, alors il se maîtrisa.

Ses mains enfin propres et se refermant sous l’effet de la température de l’eau, Xie Yi mit un moment pour ouvrir son sac à dos et en sortir de la nourriture séchée. La viande séchée avait été préparée avec des herbes spéciales qui réduisaient la faim et la fatigue. Il pourrait manger un véritable repas le soir pour retrouver son énergie ; pour l’instant, il était important de réussir à tenir toute la journée. La viande séchée n’était pas vraiment bonne. Non, elle était dégoûtante. Mais c’était un goût dégoûtant familier auquel il était tellement habitué qu’il en devenait presque agréable. Il mangeait souvent ce genre de viande séchée dans sa vie précédente. Comme il était amusant d’apprendre que la Secte Vertueuse en utilisait aussi.

Shi Yue observa son disciple mâcher joyeusement la viande séchée qu’il refuserait absolument de toucher et sentit son estomac se tordre de tristesse et de dégoût.

« Bien que ce voyage soit censé être un entraînement, nous n’avons pas besoin d’en faire trop dès la première fois. Que dirais-tu d’un vrai repas ? », tenta-t-il pour amadouer son disciple, prêt à sortir de la nourriture de meilleure qualité de son anneau de stockage.

Xie Yi leva les yeux, continuant à mâchonner la viande séchée comme un petit animal et clignant innocemment des yeux. « Non, ça va. C’est suffisant. »

« Ce n’est pas bon si tu te sens mal après avoir mangé cette viande séchée. La plupart des gens ne sont pas habitués à ce goût— »

« Ce n’est pas mauvais. »

Une fois de plus, Shi Yue cessa de parler et referma lentement la bouche. Il n’avait pas surveillé les repas de son disciple durant cette année. Il allait devoir commencer à le faire. Il comprenait qu’un orphelin ayant vécu dans la rue soit tolérant envers la nourriture, mais—

« Xie Yi », dit sombrement Shi Yue en levant la main. « Viens ici et prends un vrai repas. Et donne-moi toute cette viande séchée. »

Xie Yi déglutit, abasourdi, puis se leva docilement et s’approcha en traînant légèrement les pieds, tenant le papier dans lequel il avait placé la viande séchée.

Shi Yue la lui prit des mains avec une expression de dégoût et la jeta dans les bois. « Il y aura bien assez d’animaux pour en être contents. Un enfant comme toi a besoin d’une alimentation équilibrée pour grandir. »

« Maître Li est très attentionné. Jeune Xie Yi, cesse de le fixer et remercie-le », commenta Yao Ming, louant Shi Yue tout en donnant négligemment un ordre à Xie Yi.

Le garçon sortit de sa stupeur et lança un regard noir à l’homme avant de s’incliner devant Shi Yue. « Alors, merci, Maître. »

Shi Yue acquiesça doucement et ouvrit les mains, laissant apparaître une boîte remplie de quelque chose qui ressemblait à des raviolis et des légumes. D’un mouvement de manche, tout redevint chaud et fumant, soigneusement posé sur un épais morceau de tissu afin que Xie Yi puisse le tenir sur ses genoux. Des baguettes apparurent ensuite, puis une pomme se matérialisa sur la pierre à côté de lui — rouge et jaune, juteuse et au goût doux.

Malgré ce repas étonnamment raffiné pour un voyage, Shi Yue soupira. Il avait emporté cette nourriture pour Xie Yi au cas où le garçon oublierait d’en prendre, mais c’était terrible. De simples raviolis farcis préparés à la hâte…

Xie Yi mordit dans le premier, puis ouvrit grand les yeux et l’enfourna entièrement dans sa bouche.

Le goût délicieux se répandit dans sa bouche. L’enveloppe du ravioli était légèrement croustillante, l’intérieur moelleux et presque fondant sur la langue. De la viande et des légumes avaient été utilisés pour la farce, conservant une saveur légère et fraîche. Le goût de la viande n’était pas du tout écrasant, il se mêlait bien aux légumes et apportait une texture juteuse lorsqu’il mâchait. Entre la viande tendre et les légumes plus fermes, il avait plusieurs textures à savourer.

Un arôme savoureux monta jusqu’à son nez, la vapeur chaude réchauffant ses lèvres froides. Heureux, il lécha le jus et les miettes sur ses lèvres, attrapant précipitamment le suivant.

Shi Yue l’observa manger de bon cœur et ressentit une pointe de fierté. À vrai dire, il n’avait laissé personne d’autre que son maître et les deux Hua goûter à sa cuisine. En préparer pour Xie Yi avait été le fruit d’une longue réflexion, notamment parce qu’il ne voulait pas aller chercher davantage de nourriture à la cantine pour lui.

À présent, en voyant à quel point Xie Yi semblait heureux, il se sentit satisfait de sa décision.

Xie Yi dévora ce qui était, en vérité, le repas le plus délicieux de ses deux vies. Il ne s’était jamais vraiment soucié de la nourriture, puisque les vieillards l’avaient convaincu que c’était une perte de temps ; ainsi, même lorsque ses subordonnés lui disaient avoir apporté quelque chose de délicieux, il refusait simplement, jugeant cela inutile.

Son seul amour était l’alcool — il buvait soit le meilleur, soit rien du tout. S’il avait fait semblant comme dans le dortoir, c’était seulement parce que cela lui manquait.

« Mange plus lentement, ou tu vas t’étouffer », le réprimanda Shi Yue d’un ton incroyablement doux. Il avait envisagé de lui dire que manger aussi vite gâchait le goût, mais l’enfant semblait si ravi qu’il ne voulut pas se plaindre.

« Mm », acquiesça Xie Yi, puis fit de son mieux pour mâcher plus lentement. La boîte fut vidée bien trop vite, le laissant quelque peu déçu.

Malgré tout, son humeur était suffisamment bonne pour ignorer même la façon dont Yao Ming le regardait — avec une pointe de moquerie et de mépris. Enfin, quand n’était-ce pas le cas ?

Xie Yi resta assis quelques minutes, puis étira sérieusement ses jambes avant de se lever. « Bon, ça va. Continuons. »

« Tu n’as pas besoin d’une pause plus longue ? » Ou que quelqu’un soigne tes mains ? Ou t’aide avec ton sac ? Ou soulage ta fatigue ?

Shi Yue se sentit de plus en plus pointilleux, mais se retint de le dire à voix haute. Ce n’était guère mieux que lorsqu’il était avec Ying Hua… Aux yeux d’un cultivateur puissant comme lui, les enfants paraissaient ridiculement fragiles.

Xie Yi haussa les épaules. « Prendre une pause plus longue ne changera rien. Je préfère atteindre notre destination et installer le camp. »

« Maître Li, les enfants doivent parfois tester les limites de leur force. Pourquoi ne pas le laisser essayer d’endurer cela ? », approuva joyeusement Yao Ming. Si ce morveux voulait s’épuiser, il n’allait pas l’en empêcher. Plus il se surestimerait, plus ce serait amusant lorsqu’il ferait face aux bêtes.

Cependant, il était voué à être déçu.

Xie Yi était parfaitement capable d’évaluer sa propre force et son endurance et savait planifier de manière à ne pas avoir besoin de pauses plus longues qu’un instant. Aussi fatigué fût-il le soir venu, ce n’était pas au point de ne plus pouvoir bouger.

« Bien », loua Shi Yue. « Il semble que tu aies une bonne perception de la gestion de ta force. Assieds-toi sur le côté, laisse-moi m’occuper d’installer le camp. »

Xie Yi hésita. « Mais— »

« Tu n’as pas besoin d’apprendre tout d’un coup. Ton rythme est bien supérieur à celui d’un cultivateur moyen, alors va un peu plus doucement », insista le cultivateur. Il valait mieux que le garçon récupère ses forces pour le lendemain. « En attendant, dis-moi ce que tu as emporté et comment tu t’y serais pris seul. »

Comme Shi Yue trichait avec son anneau de stockage, le camp fut installé en quelques secondes et ne représentait pas vraiment la manière dont une personne normale s’y serait prise. Même pour Yao Ming, c’était un luxe total.

Xie Yi ouvrit son sac avec sérieux et expliqua son raisonnement. Il lui était impossible d’emporter une tente entière — encore moins deux — comme Shi Yue l’avait fait. Il avait une couverture grossière mais épaisse, ainsi que des matériaux pour préparer une formation de protection contre le vent et les intempéries. De plus, il avait prévu un silex pour allumer un feu et quelques herbes qui, brûlées, dégageraient une odeur capable de repousser les bêtes.

Son maître hocha la tête avec appréciation, fier que son disciple se soit renseigné. Pour un jeune cultivateur, c’était une préparation idéale pour camper à l’extérieur.

« Tu auras le luxe de dormir dans une tente, cette fois-ci. » Les deux tentes étaient faites d’un tissu vert foncé se fondant dans l’environnement, avec des coutures brunes formant des motifs complexes de formations.

Xie Yi fixa les tentes, puis cligna des yeux. « Il n’y en a que deux, pourtant. »

« C’est exact », répondit l’homme en levant un sourcil.

Yao Ming émit un léger son. « Eh bien, l’une d’elles est la mienne — encore une fois, merci beaucoup de l’avoir apportée. C’est plutôt confortable pour moi. »

Les deux jeunes cultivateurs continuèrent de fixer en silence jusqu’à ce que Shi Yue comprenne et esquisse un léger sourire. « Je ne me coucherai pas trop tôt et je partagerai avec Xie Yi pendant quelques heures. C’est encore un petit enfant et c’est sa première fois ici — s’il dort mal, cela affectera les résultats de ses combats. » (Et son maître lui avait dit qu’avec des enfants aussi jeunes, même s’ils faisaient preuve de force, ils pouvaient encore avoir peur, et lui avait donc suggéré de laisser Xie Yi dormir dans la même tente.)

Petit enfant… Partager… Petit enfant… Partager…

Xie Yi n’avait jamais pensé qu’être appelé petit enfant pouvait être aussi agréablement insupportable. En revanche, Yao Ming n’avait jamais été aussi agacé d’être déjà un adulte.

« Ce n’est vraiment pas nécessaire, il peut dormir avec moi », se hâta de proposer Yao Ming, tentant de corriger la situation, une lueur sombre brillant dans ses yeux tout aussi sombres.

« C’est mon disciple. De plus, ma tente est plus grande que la tienne. » Elle l’était, de beaucoup. Elle pouvait facilement accueillir trois ou quatre personnes, d’autant plus un adulte et un enfant.

« Merci, Maître », lança joyeusement Xie Yi, tirant la langue à Yao Ming pendant que Shi Yue avait le dos tourné.

L’homme montra les dents, lança un regard noir, puis s’éloigna.

 

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Note de l’auteur
Pour information, Yao Ming n’est pas attiré par Shi Yue. Il est attaché au statut de Grand Maître et à ses connaissances, et jaloux des avantages dont bénéficie Xie Yi.

 

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

 

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