Weird disciple - Chapitre 41 – Naufrage

 

Xie Yi tenta d’incliner la tête et échoua. Il se sentit comme paralysé, tout son corps tremblant faiblement. De toute évidence, le poison était suffisamment puissant pour un tout petit comme lui, de manière inattendue.

Il faudrait peut-être encore quinze à vingt minutes avant que les premiers sangliers n’arrivent. Il y avait une chance que Shi Yue fût déjà de retour d’ici là, mais… il avait dit deux à trois heures. Les cultivateurs de ce rang se trompaient rarement dans l’estimation du temps nécessaire pour des choses qu’ils faisaient souvent.

Ainsi, il ne pouvait pas bouger. Xie Yi continua de fixer le sol d’un regard vide.

Il acceptait assez mal de mourir ainsi. Si Shi Yue avait été celui qui devait le tuer, cela aurait été une autre histoire, mais Yao Ming ? Il n’avait aucune intention de laisser ce bâtard le tuer.

Mais—

Une voix murmura à son oreille.

Mais, n’a-t-il pas raison ?

Pourquoi n’était-il pas nerveux même face à la mort ? Ah… il avait perdu la peur de sa propre mort depuis bien longtemps déjà. Ce n’était pas très humain, n’est-ce pas ? Ne devrait-il pas avoir peur ? Certes, il ne voulait pas mourir, mais c’était une chose totalement différente de la craindre. La mort n’était pas quelque chose d’effrayant.

Beaucoup de gens l’avaient qualifié de monstre. Dans ce monde, tout ce que disaient les masses et les puissants était considéré comme juste. La Secte Vertueuse l’avait également appelé ainsi.

Le simple fait que son corps eût changé faisait-il de lui quelque chose de moins monstrueux désormais ? Était-ce une question d’âme et de souvenirs, ou bien de corps ?

Suivait-il réellement une voie différente dans cette vie ? Deux cadavres mutilés étaient apparus en ville, et leurs âmes semblaient tirer sur ses pas. Ils avaient tenté de le tuer, alors c’était de la légitime défense, mais Shi Yue disait toujours de ne pas exagérer dans les punitions.

Avait-il été excessif ? Les tuer était-il un acte que seul un monstre accomplirait ?

Irritant. Il ne comprenait vraiment pas. Pourquoi tout était-il si difficile ? Pourquoi tout était-il si compliqué ?

Était-il condamné à rester un monstre pour toujours simplement parce qu’il avait commis des erreurs dans sa vie passée ? Étaient-elles du genre à ne jamais pouvoir être pardonnées ? Mais alors, pourquoi se trouvait-il ici, comme s’il avait reçu une seconde chance ?

La seule chose qu’il ne voulait pas, c’était causer des ennuis à Shi Yue. Si celui-ci revenait et voyait son cadavre… ne punirait-il vraiment pas Yao Ming pour cela ?

La mer de sang dans son esprit faisait rage, furieuse. Une partie de lui voulait lutter contre le poison dans ses veines, quitte à sacrifier sa santé. Survivre était le plus important, se venger était le plus important. Il ne quitterait jamais un monde où Shi Yue restait derrière lui.

Puis il y avait cette ombre sanglotante, recroquevillée en silence, pesant lourdement sur lui.

Xie Yi se sentit coincé, fixé au sol, son esprit se vidant de plus en plus à chaque seconde. Ses pensées devenaient vides.

Je ne comprends pas, je ne comprends pas. La dernière fois que c’était ainsi, je me suis senti tellement mieux après être mort. Peut-être que ce n’est pas si terrible. Au moins, je ne ressentirai plus cela.

Il eut l’impression que les bêtes se rapprochaient, prudemment, quelque part à la lisière de sa perception. Elles avançaient avec précaution, peut-être méfiantes face au silence du camp. Il ne leur faudrait plus longtemps pour apparaître, ou peut-être était-il resté plongé dans sa torpeur depuis un bon moment déjà.

Puis elles s’arrêtèrent.

Et firent demi-tour.

Un bruissement retentit à sa gauche. Quelque chose se déplaçait dans les bois, se rapprochant de plus en plus. Les oiseaux se turent. Le vent cessa de souffler.

Incapable de bouger et toujours étourdi, Xie Yi ne montra aucune réaction évidente à ce qui approchait de lui.

Lorsque cela atteignit la petite clairière où ils se trouvaient, les bruissements se changèrent en pas qui ne s’arrêtèrent qu’un instant avant de s’accélérer. Xie Yi leva à peine les yeux pour rencontrer un éclat turquoise vif devant lui.

La personne — qui, à tout égard, était absolument identifiable comme n’étant pas humaine — cligna des yeux avec embarras et fronça légèrement ses sourcils sombres. Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Se gratta la joue.

Dans l’ensemble, cet individu étrange semblait sincèrement incertain quant à la conduite à tenir.

Ses cheveux en désordre ressemblaient à une fourrure hérissée dans toutes les directions, et les oreilles qui en dépassaient semblaient légèrement pointues. Les dents qu’il dévoila en ouvrant la bouche étaient acérées, mais malgré tout, il n’avait rien d’intimidant aux yeux de Xie Yi.

« MingMing », parvint-il à articuler à travers ses lèvres paralysées.

L’homme baissa les yeux, légèrement mécontent. « Ah ? Quel genre de surnom est-ce là ? Je m’appelle Wu Mingtian, tu sais. »

« Déprimant », murmura Xie Yi, ses lèvres s’étirant en un faible sourire, tout ce dont il était capable.

« Comment connais-tu mon nom, petit ? Si tu peux me donner un surnom, alors moi aussi je peux t’en donner un. » Il réfléchit un instant. « Puisque tes yeux ressemblent au ciel au coucher du soleil, que dirais-tu de “Xiao Tian” (NT : petit ciel)? C’est comme dans mon nom, Mingtian. Très bien, nous nous sommes donné mutuellement un surnom, alors soyons amis. »

Sur ces mots, Wu Mingtian afficha un large sourire.

Xie Yi voulut rire, mais son corps paralysé supporta mal le mouvement et il s’étouffa légèrement.

Que c’était familier. Comme prévu, MingMing avait toujours été facile à vivre. Il apparaissait même ici, si près de la secte, des années plus tôt que dans sa vie précédente — probablement sur un simple caprice.

C’était pareil à l’époque. MingMing l’avait trouvé dans un ravin, blessé, et s’était soudain intéressé à lui à cause de ses yeux. Ils s’étaient donné des surnoms, et cela s’était arrêté là. La bête démoniaque était restée à ses côtés et l’avait accompagné. Ils ne s’étaient jamais vraiment interrogés sur le passé de l’autre.

Ils s’étaient simplement appuyés l’un sur l’autre, sans poser de questions.

« Tu dois encore me dire si nous sommes amis maintenant », lui rappela Mingtian en s’asseyant dans la même posture que Yao Ming auparavant.

Cela paraissait totalement différent lorsqu’il le faisait. Mingtian dégageait une aura fantasque, semblable à celle d’un empereur si puissant que tous devaient se plier à ses humeurs. S’il voulait jouer, qui pourrait l’en empêcher ? S’il voulait tuer, qui oserait lui barrer la route ? Et alors s’il souhaitait agir comme un enfant ? Personne ne pouvait le réprimander.

« Mh », parvint encore à articuler Xie Yi, ses yeux retrouvant lentement leur éclat.

Mingtian fut fou de joie. Regarde, celui-là avait une odeur similaire à celle de ses fragments de mémoire ! Il avait peut-être l’air faible, mais cela importait peu, car lui-même était fort. Il pouvait veiller sur ce gamin.

Ils étaient amis maintenant. C’était formidable, parce qu’il était certain d’être heureux avec lui.

Bon sang, cela faisait combien de temps qu’il cherchait déjà ? Plusieurs années, non ? Nie lui avait dit que son humeur s’améliorerait une fois qu’il commencerait à voyager, et c’était effectivement le cas ! Qui se souciait de ces idiots ! Il n’avait pas besoin d’eux !

…Hm, pour dire la vérité, son humeur n’avait pas été si bonne que ça. Mais d’une manière ou d’une autre, rien qu’en voyant cet enfant, il sentait la joie fleurir en lui.

Quel enfant adorable et si mignon ! Il tapota la tête de Xie Yi en montrant ses dents. Seulement, l’enfant était vraiment… immobile.

« Euh », croassa Xie Yi. Ah, il avait oublié que MingMing avait tendance à ne voir que ce qui l’intéressait. « Em…poison…né. »

Mingtian s’arrêta, puis fit une grimace et renifla. Il y avait effectivement une légère odeur d’herbes ici… et de lapin. Et de noyau de bête broyé. Et encore d’autres herbes. Et deux autres personnes.

« Bon, voyons… ça devrait faire l’affaire, non ? », murmura Mingtian d’un ton pensif, avant d’utiliser ses ongles anormalement acérés pour tracer une entaille sanglante le long de son doigt. Sans cérémonie, il abaissa le menton de Xie Yi et laissa son sang goutter dans la bouche du garçon.

Il faudrait un peu de temps pour que cela fasse pleinement effet, mais Xie Yi fut déjà très satisfait de retrouver sa capacité à parler normalement. Le sang de Mingtian équivalait, pour certaines choses, à une potion de haut niveau, bien qu’il sache qu’il ne pouvait pas en abuser. Cela produisait des effets… particuliers.

« Mieux », soupira-t-il.

« Tu te laisses toujours empoisonner comme ça ? Pourquoi laisses-tu des gens dangereux s’approcher autant de toi ? C’est une mauvaise idée, Xiao Tian. »

Être appelé Xiao Tian ne lui semblait pas étrange — c’était déjà son surnom dans sa vie passée. Chef de secte Tiankong (NT : 天空, « ciel spacieux») était aussi le nom sous lequel la plupart des gens le connaissaient à l’extérieur.

En voyant l’expression légèrement dédaigneuse de Mingtian, comme s’il faisait face à un enfant stupide, Xie Yi pinça les lèvres. « Ce n’était pas volontaire. Je ne pensais pas qu’il oserait agir aussi ouvertement alors que mon maître est présent. J’ai été imprudent, j’imagine, mais cela ne se reproduira plus. »

Si ce monde n’avait pas l’intention de le traiter mieux que dans sa vie passée, alors il s’y préparerait.

Mingtian se déplaça et s’assit au bord de la tente. Avec des gestes paresseux, il tira Xie Yi sur ses genoux et posa son menton sur la tête du garçon. Sans se soucier de sa dignité, il manipula les bras de l’enfant comme ceux d’une poupée.

Xie Yi resta assis avec une expression résignée. Au moins, c’était plus confortable que le sol.

« À l’avenir, si quelqu’un essaie de te faire du mal, je m’en occuperai. Ton maître est quelqu’un de bien ou de mauvais ? » Le maître de son nouveau petit frère devait être quelqu’un de bien, sinon il le dévorerait.

« C’est la meilleure personne au monde », déclara fièrement Xie Yi. « Il n’y a personne de meilleur que lui. Je suis son unique disciple. La racaille qui m’a empoisonné veut aussi devenir son disciple, mais il n’en est pas digne— »

L’enfant aux cheveux noirs se lança dans un long discours, énumérant avec enthousiasme d’innombrables exemples de la grandeur de Shi Yue, si bien que Mingtian comprit immédiatement un point très important : le petit avait un énorme béguin pour cet homme. C’était un peu déprimant à admettre pour son nouveau frère, mais cela lui semblait aussi étrangement familier — et c’était une bonne chose. Tout ce qui lui paraissait familier était lié à ces fragments de souvenirs heureux, et il voulait qu’ils deviennent réalité.

Seulement, il ne pouvait vraiment pas aider son petit frère sur ce point… Il n’était pas très utile lorsqu’il s’agissait d’amour. Quelle tristesse.

 

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Note de l’auteur
MingMing <3 Son « nom » n’en est pas vraiment un : il s’écrit « Wu » (, « néant » / « absence ») et « Mingtian » (明天, « demain » / « futur »). C’est pourquoi Xie Yi dit que son « nom » est déprimant. Quant à « Tiankong » (天空), cela signifie « ciel » et fait référence aux yeux de Xie Yi. Petite précision au cas où cela ne serait pas clair : MingMing a vécu quelque chose semblable à des fragments de mémoire, des souvenirs soudains de choses qui ne se sont pas produites. C’est pour cette raison qu’il a décidé de voyager et qu’il apprécie Xie Yi malgré le fait qu’ils se rencontrent pour la première fois dans cette vie.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

 

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