A certain someone - Chapitre 40 - Adresse
"Comment est-ce que tu viens de m'appeler?"
Les dortoirs de Fuzhong disposaient de suffisamment d’espace. Les lits de Shi Yu et de Qiu Wenbin se trouvaient du même côté, tandis que ceux de Sheng Wang et de Jiang Tian, ainsi qu’une rangée de placards, occupaient l’autre. Au milieu se trouvait une longue table pouvant accueillir six personnes, comme si elle provenait tout droit de la bibliothèque.
Au moment où Sheng Mingyang et Jiang Ou partirent, Shi Yu descendit du lit supérieur, s’étendit sur la table et demanda : « Vous êtes tous les deux liés ? »
Sheng Wang hocha la tête. « Mn. »
« De vrais frères ? » Shi Yu mourait de curiosité.
« De quel genre de réalité parles-tu ? » demanda Sheng Wang.
« Des frères biologiques ? »
Sheng Wang secoua la tête. « Non. »
« Je le savais, vous ne vous ressemblez absolument pas. Êtes-vous cousins ou quelque chose comme ça ? » (NT : en Chine les cousins s’appellent frères)
« Non. » Sheng Wang jeta un coup d’œil à Jiang Tian et, voyant que cela ne semblait pas particulièrement le déranger, ajouta : « Nous venons tous les deux de familles monoparentales. Tu comprends maintenant ? »
Puisqu’ils allaient rester dans le même dortoir, ils devraient tôt ou tard le savoir. De plus, puisque Sheng Mingyang et Jiang Ou étaient venus un peu plus tôt, il n’était guère nécessaire de le cacher.
À l’explication de Sheng Wang, Shi Yu comprit immédiatement.
Il avait un QE décent et savait quand s’arrêter, alors il abandonna ce sujet. Il déclara : « Quand j’ai vu la liste des noms sur la porte aujourd’hui, je me suis dit : bon sang, la déesse de la fortune doit me sourire. Je suis Shi Yu, de la classe B. La semaine dernière, nos classes ont même joué un match de basket ensemble en cours d’éducation physique. Tu te souviens ? »
« Oui, je sais qui tu es. »
Bien que Sheng Wang fût mauvais pour retenir les visages, il avait effectivement une impression très nette de ce nouveau colocataire. C’était le garçon le plus bronzé de tout le terrain de basket, avec un style de jeu particulièrement sauvage : lorsqu’il jouait, il chargeait dans tous les sens comme un taureau. Sheng Wang avait demandé à Gao Tianyang qui diable était ce garçon dès le match terminé et avait retenu son nom.
« Tu me connais vraiment ? » L’étonnement se lut sur tout le visage de Shi Yu. « Je pensais être assez discret en classe B. »
« Je ne sais pas si tu es discret en classe B, mais tu es plutôt remarquable sur le terrain. J’ai joué une mi-temps et tu m’as marché dessus six fois au total. » Sheng Wang leva sa jambe droite et la secoua. « Tout cela sur ce pied. Je ne pourrais pas t’oublier même si j’essayais. Tu ne pouvais pas au moins changer de pied ? »
Shi Yu : « … »
Jiang Tian avait déjà vu à quel point Sheng Wang était mauvais pour retenir les visages. Le fait qu’il se souvînt de Shi Yu le surprit quelque peu. Maintenant qu’il en connaissait la raison, il détourna légèrement le regard.
Sheng Wang se tourna immédiatement vers lui. « Tu rigoles ? »
Shi Yu suivit le regard de Sheng Wang et regarda également dans cette direction. Sheng Wang devait avoir une paire d’yeux supplémentaire, sinon comment aurait-il pu affirmer que Jiang Tian riait tout seul, de profil ?
« Quand j’ai remis mes chaussures le lendemain, ma chaussure droite était plus serrée. Visuellement, elle n’était pas différente, mais j’avais l’impression d’avoir des pieds de porc. » poursuivit Sheng Wang.
À présent, même Shi Yu pouvait voir que Jiang Tian riait de profil. Sa pomme d’Adam tressauta deux fois.
« Mince… Tu peux réellement rire ? » Shi Yu était sincèrement, du fond du cœur, choqué.
En entendant cela, Jiang Tian tourna la tête, les sourcils froncés. L’expression de son visage semblait dire : « Quelles absurdités es-tu encore en train de raconter ? »
Shi Yu referma timidement la bouche. Sheng Wang, quant à lui, éclata de rire.
Il avait toujours trouvé amusant de taquiner Jiang Tian jusqu’à ce que son expression change, mais il semblait que les autres n’étaient pas du même avis.
Alors qu’il riait encore, Shi Yu joignit immédiatement les mains en signe d’excuse et dit : « Désolé de t’avoir accidentellement marché dessus six fois. Je ferai attention la prochaine fois que nous jouerons ensemble. »
Sheng Wang répondit : « Ce n’est rien, nous sommes dans le même dortoir, après tout. Je pourrai quitter le terrain et tout te rendre. »
Shi Yu éclata de rire.
L’atmosphère dans le dortoir se réchauffa quelque peu. Qiu Wenbin trouva finalement l’occasion de parler : « Euh… je m'appelle Qiu Wenbin, de la classe 11. »
Comparé à Shi Yu, il était beaucoup plus timide et discret. Lorsqu’il écoutait ses quelques camarades de dortoir discuter, il riait également, mais il était trop gêné pour se joindre à eux.
Il dit d’une voix indistincte : « Vous êtes tous des dieux, vous ne me connaissez probablement pas. »
De façon inattendue, ce fut Jiang Tian qui déclara : « Je t’ai déjà vu. »
Cette fois, ce fut au tour de Sheng Wang d’être pris au dépourvu.
À vrai dire, Jiang Tian connaissait en réalité pas mal de monde. Il était l’exact opposé de Sheng Wang : même s’il ne s’agissait que d’un passant qu’il avait aperçu une seule fois, il était toujours capable de le reconnaître. Il avait simplement choisi de ne pas le mentionner, voilà tout.
Pour lui, si quelqu’un n’était pas suffisamment proche de lui à un certain niveau, qu’il le connaisse ou non ne faisait aucune différence.
Des situations où il disait de son propre chef « Je t’ai déjà vu » étaient plus que rares. Sheng Wang se tourna donc vers Jiang Tian, une légère surprise dans les yeux.
« Il était dans le même lieu d’examen que Ding Xiu », expliqua Jiang Tian en baissant légèrement la tête.
Après avoir entendu cela, le visage de Qiu Wenbin rougit. Alors qu’il s’apprêtait à ajouter quelque chose comme « Mes notes sont particulièrement mauvaises », il entendit Sheng Wang demander, perplexe : « Ding Xiu ? Qui est-ce ? »
Jiang Tian : « … »
Il resta tout simplement sans voix pendant un moment. Puis il demanda de nouveau à Sheng Wang : « Puis-je te demander si tu te souviens encore de qui est Zhai Tao ? »
Ces paroles avaient un parfum évident de moquerie. Sheng Wang rit maladroitement, se souvenant enfin de la manière dont il avait été saboté lors de son épreuve de compréhension orale en anglais la dernière fois.
« Oh, oui, je m’en souviens maintenant. C’est Ding Xiu qui m’a poussé à aller chercher Jing-jie. »
L’index de Jiang Tian tapota sa tempe. « Si tu ne t’en souviens pas, je te conseillerais d’aller à l’hôpital pour passer un examen. »
« Va te faire voir », réagit Sheng Wang.
Il se retourna, encore une fois perplexe. « C’est normal que tu connaisses Ding Xiu, mais tu connais même ceux qui se trouvaient dans le même lieu d’examen que lui ? »
Jiang Tian le regarda. Son expression était figée d’une manière énigmatique, comme s’il hésitait à parler.
Sheng Wang réagit alors avec deux « Oh ! », indiquant qu’il s’en souvenait désormais : « Tu es allé voir le doyen Xu pour vérifier les images de surveillance. »
En disant cela, il remarqua que l’expression de Jiang Tian devenait encore plus énigmatique. Il ajouta : « Attends, non, ce n’est pas toi qui es allé le chercher. C’est le doyen Xu qui est venu te voir de lui-même et t’a harcelé pour te montrer les images de surveillance. »
Jiang Tian : « … »
Ses lèvres bougèrent, et une seule phrase sortit. « Tais-toi. »
Sheng Wang resta un moment plié de rire, une main sur son épaule, avant de dire : « D’accord, c’est ma faute, nous n’en parlerons plus. Alors tu l’as repéré sur les images ? » Il désigna Qiu Wenbin.
« Mn. Doyen Xu est-il venu te voir à un moment donné ? » demanda Jiang Tian.
« Ah ? » Qiu Wenbin fut perplexe avant de comprendre que Jiang Tian s’adressait à lui. « D’accord, oui, oui. Le doyen Xu est venu me voir. Mais je n’étais pas le seul, en fait, il y avait deux autres étudiants. Il nous a demandé quand Ding Xiu avait quitté la salle d’examen et quand il y était revenu. Il vérifiait simplement. »
Bien que Big Mouth Xu n’eût fait qu’une brève annonce concernant les mesures disciplinaires prises contre Zhai Tao, Ding Xiu et Qi Jiahao lors d’une certaine cérémonie de lever du drapeau, sans entrer dans les détails de ce qui s’était passé, un certain nombre d’élèves du même niveau furent tout de même convoqués pour être interrogés.
À force de rumeurs colportées ici et là, une bonne moitié de la vérité avait déjà été reconstituée.
Sheng Wang hocha la tête en direction de Qiu Wenbin et dit : « Merci, alors. »
Qiu Wenbin fut surpris. « Pour quelle raison ? »
« Big Mouth ne t’a-t-il pas convoqué pour t’interroger ? Sans ta confirmation, cet incident n’aurait pas pu être élucidé et j’aurais été saboté pour rien. » Sheng Wang sourit. « Par conséquent, je devrais te remercier. »
Il exagérait en réalité quelque peu. Après tout, les éléments essentiels permettant de comprendre ce qui s’était passé étaient entre les mains de Jiang Tian, ainsi que dans les images de surveillance ; cela suffisait pour reconstituer clairement les événements. Qiu Wenbin et les autres n’avaient tout au plus fait que les aider. S’il ne leur avait pas demandé, il aurait interrogé quelqu’un d’autre.
Mais, formulée de cette manière par Sheng Wang, la situation donna à Qiu Wenbin l’impression étrange d’avoir accompli une bonne action.
Il avait le teint pâle et était également un peu corpulent. Lorsqu’il se sentait quelque peu gêné, il paraissait particulièrement honnête et sincère. « Ce n’était pas grand-chose. Nous sommes dans le même dortoir, après tout. »
Probablement en raison de cette appréciation, après avoir déballé ses propres bagages, Qiu Wenbin alla aider Sheng Wang et Jiang Tian jusqu’à être couvert de sueur. Il alla même trouver l’administrateur pour lui demander deux exemplaires du guide du séjour en internat.
« Chaque dortoir est censé en avoir un. Il est normalement fixé derrière la porte », expliqua Qiu Wenbin. « Nous sommes arrivés en retard pour emménager, alors je pense que notre exemplaire a disparu. »
Sheng Wang le reçut.
Le guide regorgeait d’informations, notamment les numéros de téléphone pour l’entretien du dortoir, l’administration et le centre de services. Il comportait même un plan indiquant l’emplacement de la salle d’eau chaude et de la buanderie.
Dès qu’il aperçut la buanderie, il déclara immédiatement à Qiu Wenbin : « Tu es littéralement un saint. »
« Comment ça ? » Qiu Wenbin était quelque peu déconcerté par tous ces éloges.
Sheng Wang souleva le sac qui était resté posé dans un coin depuis le début et en révéla le fond couvert de boue. « Je cherchais la buanderie depuis le début. »
Les services des dortoirs de Fuzhong étaient plutôt convenables. Non seulement il y avait toute une rangée de machines à laver fonctionnant par scan d’un code QR, mais des blanchisseuses proposaient même un service de repassage. Pour les vêtements qui ne convenaient pas vraiment à la machine à laver, mais qui étaient trop difficiles à laver à la main, il était possible de les déposer auprès des blanchisseuses afin de bénéficier de ce service.
Sheng Wang envoya son sac à la blanchisserie.
*
Jiang Tian resta seul dans la chambre. Shi Yu et Qiu Wenbin étaient allés chercher de l’eau chaude. Il rangea le dernier livre dans l’armoire. Lorsqu’il leva enfin les yeux après avoir terminé de tout ranger, il se rendit compte que Sheng Wang était déjà revenu de la buanderie.
Celui-ci regardait à l’intérieur de l’armoire tout en se tenant devant sa porte.
Jiang Tian se redressa et demanda : « Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Rien, je regarde simplement. » Sheng Wang leva les yeux vers lui ; il semblait être de très bonne humeur.
Jiang Tian, quelque peu perplexe, s’approcha.
Il s’agissait de l’armoire qu’il n’avait pas refermée tout à l’heure. Une rangée entière de vêtements y était soigneusement suspendue et, au fond, se trouvait la valise qu’il n’avait pas encore fermée.
Pendant longtemps, sa valise avait toujours été parfaitement remplie. Tout ce qu’elle contenait était soigneusement classé selon le type d’objet, de sorte qu’il pouvait partir à tout moment. C’était efficace et pratique, au point que cette habitude était presque devenue naturelle chez lui.
À tel point qu’il avait lui-même presque oublié comment cette habitude s’était formée à l’origine.
Jusqu’à cet instant, lorsque la valise vide fut ouverte juste devant lui, il éprouva un étrange sentiment. Très vite, il se rendit compte que cela faisait déjà une éternité qu’il ne s’était véritablement installé nulle part.
Quelqu’un d’autre avait remarqué ce qu’il n’avait lui-même pas remarqué.
« Tu ne fermes pas ta valise ? » marmonna Sheng Wang.
Jiang Tian s’arrêta, se pencha et ferma la valise. Il la verrouilla, puis la poussa dans le coin de l’armoire. Lorsqu’il leva les yeux, il vit Sheng Wang penché près de la porte de l’armoire, l’exaltation dissimulée au bout de ses sourcils et au coin de ses lèvres.
Il avait de longs yeux légèrement recourbés, mais ils n’étaient nullement étroits. Ses cils projetaient une ombre au coin de ses yeux, tandis que la lumière venant d’en haut se mêlait aux ombres. Jiang Tian y vit un bateau amarré dans les profondeurs, clair et lumineux.
Jiang Tian resta interdit à cet instant.
La professeure de chinois, Beckon Money, avait un jour lu en classe de composition une rédaction exemplaire écrite par un camarade. Elle avait déclaré que « les jeunes de seize ou dix-sept ans sont toujours brillants ».
À l’époque, il était en train de résoudre un problème de mathématiques. Au milieu de ses calculs, il n’avait saisi que vaguement cette phrase.
Elle n’avait aucun contexte particulier et il ne lui avait donc pas accordé davantage d’attention. Pourtant, ce jour-là, tant d’années plus tard, il se la rappela.
*
Le dortoir devint plutôt calme à un certain moment. Sheng Wang vit les lèvres fines de Jiang Tian bouger légèrement, comme s’il voulait dire quelque chose. Cependant, une voix provenant du couloir se fit entendre : celle de Shi Yu, dont la voix était devenue particulièrement reconnaissable depuis la puberté. « Hé ? Poussez-vous un peu, s’il vous plaît, il y a beaucoup d’eau chaude ! »
Il revint avec Qiu Wenbin, une bouilloire à la main. Sheng Wang se décala pour les laisser entrer. Lorsqu’il regarda de nouveau vers Jiang Tian, celui-ci avait déjà sorti un câble de l’armoire, s’était dirigé vers le côté de la table, avait branché la prise et commencé à charger son téléphone.
Ils avaient obtenu une autorisation d’absence pour l’étude personnelle du soir et n’avaient donc pas besoin de retourner en classe.
Sheng Wang se frotta le bout du nez et sortit lui aussi deux livres de l’armoire. Il tira une chaise et s’assit.
Du côté faisant face à Qiu Wenbin, une rangée de livres était déjà empilée. Sheng Wang y jeta un coup d’œil : il y avait sept ou huit séries d’exercices ainsi qu’une pile de feuilles d’entraînement portant sur des sujets variés. Une lampe de bureau rechargeable se trouvait à côté des livres.
Qiu Wenbin se prépara une tasse de thé, adressa un sourire d’excuse à Sheng Wang et à Jiang Tian, puis s’assit.
« Tu étudies réellement ces livres ? » demanda Shi Yu en regardant Jiang Tian avec étonnement.
Jiang Tian retira un écouteur et lui rendit son regard avec une surprise encore plus grande. Les sourcils froncés, il demanda : « Qu’étudierais-je d’autre ? »
« Non, non, ce n’est pas ce que je voulais dire. » Shi Yu poursuivit : « N’y avait-il pas une rumeur selon laquelle les quelques psychopathes — je veux dire, les dieux de la classe A — sont légendaires ? Ils peuvent obtenir des notes parfaites même sans écouter en classe. »
Jiang Tian n’aimait déjà pas particulièrement se prêter à ce genre de plaisanteries. Après avoir entendu cela, il se sentit encore plus agacé. Finalement, il répondit : « C’est assez absurde. »
Après avoir parlé, il remit son écouteur, fit tourner son stylo entre ses doigts et se plongea dans la lecture de l’exercice.
Sheng Wang rit un moment à côté de lui, puis dit à Shi Yu : « Si, par “ne pas écouter”, tu veux dire ne pas écouter le cours de chinois pour faire des mathématiques, puis ne pas écouter le cours de mathématiques pour faire de la physique, alors il y en a beaucoup dans notre classe. »
Shi Yu déclara : « Alors la classe A travaille bien plus sérieusement que je ne l’imaginais. Dans notre classe, il y en a pas mal qui n’écoutent vraiment pas en cours, moi y compris, pour être honnête. Quand les cours durent trop longtemps, je n’arrive plus à tenir, alors je joue discrètement à des jeux dans le casier sous la table ou quelque chose du genre. Mes résultats restent tout de même à peu près corrects. »
Lorsqu’il disait qu’ils étaient « à peu près corrects », il faisait vraiment preuve d’une certaine modestie. Après tout, la classe B était la meilleure classe après la classe A.
À l’époque où les élèves passaient du collège au lycée, Fuzhong organisait un examen d’admission anticipée, qui revenait en quelque sorte à un examen de recommandation. Les élèves qui le réussissaient n’avaient pas besoin de passer le Zhongkao (NT : examen national d’admission au lycée en Chine) et commençaient directement les cours du lycée avec un semestre d’avance.
C’était précisément ce groupe d’élèves qui constituait les classes A et B.
« Ah. » Sheng Wang hocha la tête, puis lui adressa un pouce levé avec un sourire moqueur. « Impressionnant. »
Devant les trois personnes qui étudiaient, Shi Yu se sentit quelque peu déplacé. Il resta un moment à tourner en rond, complètement désœuvré, puis prit sa carte scolaire et entra dans la salle de bains en disant : « Je vais d’abord prendre une douche, sinon je vais devoir faire la queue tout à l’heure. »
Les dortoirs de Fuzhong disposaient de douches. Il suffisait d’insérer la carte scolaire dans la fente prévue à cet effet pour faire couler l’eau chaude, le montant étant automatiquement débité.
D’ordinaire, Shi Yu prenait des douches rapides, mais aujourd’hui, il prit son temps. Après tout, les autres n’étaient pas pressés pour le moment. La conversation qu’il venait d’avoir avec Jiang Tian et Sheng Wang le rasséréna soudain. Il avait toujours pensé que les meilleurs élèves de la classe A étaient des monstres, qu’ils pouvaient étudier sans effort particulier et laisser les autres loin derrière. Mais maintenant, il semblait que… ce n’était finalement que cela.
Ses résultats avaient toujours été plutôt bons. Son classement oscillait constamment entre la soixantième et la soixante-dixième place de son niveau. Comparé aux quelques élèves de la classe A dont les résultats faisaient constamment le grand écart, il était beaucoup plus stable.
Et jusqu’à présent, il n’avait même pas vraiment fait d’efforts.
Sheng Wang était arrivé en cours d’année après avoir changé d’établissement et, avec un peu de travail, il avait réussi à passer du bas du classement aux cent premières places en l’espace d’un mois. Il avait au moins un meilleur point de départ que lui, non ? Et s’il faisait lui aussi un peu d’efforts ?
Shi Yu pensa : Pour le reste, entrer en classe A devrait être largement à ma portée.
Sheng Wang ne fit pas beaucoup d’exercices ce jour là. Maintenant que ses résultats progressaient à toute vitesse dans toutes les matières, qu’il faisait de moins en moins d’erreurs et résolvait les exercices de plus en plus rapidement, il n’avait plus besoin de veiller jusqu’à une ou deux heures du matin.
Jiang Tian étudiait à côté de lui des problèmes de compétition ; il ne faisait en réalité que s’appliquer avec excès.
Sheng Wang faisait lui aussi preuve de zèle ; il s’exerçait à l’écriture.
Il persévéra avec la méthode de Jiang Tian pendant un peu plus d’un demi-mois. C’était comme s’il avait débloqué ses méridiens Ren et Du (NT : les deux principaux méridiens du corps) : son écriture était au moins passée de « ramper » à « marcher debout ».
Il n’y avait pas de devoir particulier à rendre pour correction, aussi Zhao Cai et Jing Jie ne s’en rendirent-ils pas compte. Sinon, ils l’auraient certainement félicité.
Alors que Sheng Wang réfléchissait, il termina une page de son cahier. Lorsqu’il leva les yeux, il vit que Qiu Wenbin copiait lui aussi une question entière.
Il y jeta brièvement un coup d’œil et demanda : « Tu t’exerces toi aussi à écrire ? »
Qiu Wenbin resta silencieux un moment. « Je constitue ma collection de corrections. »
Sheng Wang : « …… Désolé. »
Jiang Tian regarda cet idiot se ridiculiser et en fit son objectif personnel du jour. Son écouteur était toujours enfoncé dans son oreille et il ne leva même pas les yeux, mais il laissa tout de même échapper un petit rire.
Le visage énorme et rond de Qiu Wenbin devint complètement rouge lorsqu’il déclara : « J’ai fait beaucoup d’erreurs, alors je dois également en recopier beaucoup. »
Sheng Wang agita précipitamment la main. « Non, je ne me moquais pas de toi ou quoi que ce soit. »
S’il se trouvait dans le même lieu d’examen que Ding Xiu, alors il devait également être parmi les derniers du niveau. Son cœur devait probablement souffrir à l’idée d’affronter Jiang Tian, le premier du niveau. Sheng Wang ne put s’empêcher de se sentir maussade à sa place.
Il regarda deux fois en direction de l’autre côté et ne put vraiment plus se retenir. Il demanda : « Tu recopies toutes les questions auxquelles tu t’es trompé comme ça ? Tu recopies la question entière ? »
Qiu Wenbin leva les yeux d’un air absent.
« Oui, le professeur a dit de constituer une collection de corrections. De cette manière, ce sera beaucoup plus clair. »
« Euh… » Sheng Wang réfléchit à ce qui pouvait bien être plus clair de cette façon.
Peut-être réfléchissait-il trop intensément, ou peut-être Jiang Tian avait-il des yeux derrière la tête. Il ne se contenta pas de jeter un regard sur le côté : il retira son écouteur et demanda clairement à Qiu Wenbin : « Avec la façon dont tu recopies, es-tu certain de pouvoir terminer tout cela en une seule journée ? »
Sheng Wang : « …… »
Comment pouvait-il être aussi doué pour choisir ses mots ?
Le visage de Qiu Wenbin devint instantanément rouge comme un foie de porc.
Sheng Wang s’empressa de dire : « Il ne voulait rien dire d’autre, il voulait simplement dire… Non, attends, je voulais moi aussi dire que c’est bien trop inefficace. Lorsque je suis arrivé ici, je faisais autant d’erreurs que toi ; je n’aurais jamais pu terminer de tout recopier. »
Qiu Wenbin était stupéfait. « Comment puis-je faire autrement ? »
Sheng Wang ne sut plus s’il devait rire ou pleurer. « Ne recopie pas. »
« Hein ? » Qiu Wenbin était plus perplexe que jamais.
« Je suis plutôt désinvolte et je n’attache pas autant d’importance à mes livres et à mes feuilles non plus. Je les ai découpés », expliqua Sheng Wang. « Découpe la question, prends un cahier et colle les questions selon leur type. Ce sera ta collection de corrections. »
Sheng Wang désigna Jiang Tian du doigt. « Lui, la première fois, il fait tout dans un cahier et marque d’un signe les questions auxquelles il s’est trompé. La deuxième fois, il va directement revoir les questions qu’il a ratées. Tout dépend de toi. Dans tous les cas, il vaut mieux ne pas recopier. Tu peux gagner énormément de temps pour faire autre chose si tu ne recopies pas. »
Qiu Wenbin resta abasourdi un instant. Puis il eut soudain une révélation.
« Qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? » Sheng Wang eut quelque peu envie de rire en le voyant.
Qiu Wenbin se gratta la tête. « J’ai l’impression d’être tombé dans une grotte et d’y avoir trouvé un livre rare sur les arts martiaux. »
Les jeunes avaient souvent le sang chaud pour des raisons étranges lorsqu’ils étaient encore adolescents. Qiu Wenbin ressentait désormais exactement cela. Même s’il n’avait encore rien commencé, il avait l’impression qu’une porte menant vers des miracles s’ouvrait lentement devant lui.
Il devint impulsif, ce qui était rare chez lui, et demanda : « Si… si je ne parviens pas à résoudre une question, puis-je vous la poser, à vous deux ? Mes notes sont trop mauvaises maintenant, mes parents ne veulent même plus me regarder. Je veux simplement m’améliorer un peu. »
Jiang Tian réfléchit un instant, puis demanda : « Quel est actuellement ton classement dans le niveau ? »
« …… »
Qiu Wenbin redevint rouge comme un foie de porc.
Sheng Wang s’empressa de plaquer une main sur la bouche de Jiang Tian. Puis, d’un ton parfaitement impassible, il dit à Qiu Wenbin : « Mon ge n’est pas très doué avec les mots, ne t’abaisse pas à son niveau. Considère-le comme un muet. »
Il voulait plaisanter, mais Jiang Tian ne sembla pas comprendre la plaisanterie.
Il tapota légèrement la main de Sheng Wang, puis promena son regard sur lui. Un sourcil légèrement relevé, il demanda : « Comment m’as-tu appelé ? »
Traduction: Darkia1030
Correction: Religieuse Aucafé
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